OBJECTIONS. U
faut que vous soyez bien né pour Tennui si vous ne vous amuses pas au milieu de ce tourbillon mouvant et rapide.
Vous faut-il pour cela beaucoup d'argent? Non; pourgtiaratUe-biuit $qu9 yous entendez pendant une beure et demie la musique sentimentale de Gluck; et Tingénieuse Guimard et la philosophe Théodore (i) dansent pour le plaisir et le cbarme de Tos regards.
Ensuite pour vingt sous tous jouissez d'un chef-d^œuvre dramatique de Corneille, de Molière, de Voltaire^ à votre choix ; leur génie est à vos ordres. Aimez-vous les pièces h ariettes, dont la musique est facile et riante ? vous en entendrez trois le même jour encore pour vingt sous.
Vous aurez un équipage, des chevaux et un cocher fouet et bride en main, pour trente sous par heure; et si vous avez été éclaboussé la veiUe^ vous pourrez vous venger et éclabousser à votre tour la voiture dorée, et le maître s'il marche à pied.
N'avez-vous point de bibliothèque? Pour quatre sous vous vous enfoncez dans un cabinet littéraire^ et là^ pendant une aprèsdînée entière, vous lisez depuis la massive Encyclopédie^ jusqu'aux feuilles volantes.
Votre esprit une fois rassasié, des traiteurs vous donneront à dîner à toute beure du jour et à un prix modique, si par misan? thropie ou par maladresse vous n'aviez point l'esprit d'aller vous asseoir à la table des riches. Leur dépense une fois faite, que leur impolie qui mange les plats? En6n, auriez-vous le malheur de ne pas avoir une maîtresse?
Eh bien, vous pourrez trouver à peu de frais sous l'humble sia-
(1) Vademoiselle Théodore ne fût jamais montée sur le Ihé&tre sans les supplieatiooi de son maître Laoy. Cette rare jeune fille dévorait les ouvrages de J.-J. Rouneaa ; lorsqu'elle entra à rOpéra, elle écrivit à celui-ci pour lui demander des instructions sur la manière de s'y conduire. Rousseau ne trouva pas au-dessous de lui de répondre à sa lettre. L*on compread, dès lors, pourquoi ce qualificatif de philotophe^ que Mercier donne à la jeune danseuse.
{Noie de l'édileur,)
moïse des appas que couvrent plus rarement la mousseline et la soie. Demandez aux amateurs en ce genre : ils vous diront qu'on ferait vainement le tour du globe pour rencontrer des aventures aussi plaisantes, aussi rares, aussi singulières; des beautés très-austèrès dans un quartier, vous les trouverez voluptueusement faciles dans un autre.
Aussi ne vous étonnez pas de notre esprit^ monstetir l'humoriste. Que de goûts, de sentiments, d'apercevances fines, de vuesneuves^ distinguent un homme de la capitale d'un gros campagnard qui ne vit qu'à trente lieues de nous ! Il est d'une autre espèce assurément : ce n'est plus notre compatriote; peut-il nous suivre, nous entendre? Voyez-le, bouche béante, œil étonné! il croit au bonheur, tandis qu'il n'y a de réel au monde que le plaisir ; c'est la monnaie courante de la félicité humaine, et les grosses pièces n'appartiennent à personne ici-I>as. Je ne veux point du bonheur monotone des champs : c'est le premier des plaisirs insipides, disait Voltaire ; je veux friser les superficies, et je m'arrête aux voluptés, toujours exquises quand elles sont variées. Or, où trouverai-je mieux que dans Paris?
Je suis à tout sans peine et sans gêne. Si je fais couper un habit chez mon tailleur, eh bien, autant vaut-il prendre la couleur du jour caca-^auphin que prune-monsieur. C'est une suprême folie, vous écrierez-vous ; mais tout le monde à la cour est ainsi, il n'y a point de réponse à cela. 11 ne faut jamais disputer des goûts ni des couleurs. Je quitte mon habit opérabrûlé, mon frac tison, et je m'habille ce soir en cacordauphin^ d'après l'échantillon véritable et reconnu. Je saurai bien distinguer les nuances^ et je dirai aloi*s tout comme un grand seigneur, c'en est, ce n'en est pas.
Allez, monsieur le misanthrope ; il y a des choses très-profondes sous l'habit caca-dauphin. Je le porte en triomphe aux trois spectacles, et je m'en ferai gloire ; car apprenez que je ne veux point m'écarter de la plus légère nuance des modes régnanteSy ni de la capitale et de Versailles^ d'une lieue seulement.