HAUTEUR DES PANACHES
s'étonne d'abord, s'accoutume à tout : on porterait des chapeaux rouges et bleus, vert-pomme et lilas, qu'on s'y ferait : chacun arborerait sa couleur favorite. Ce serait un nouveau coup d'œil.
On commence par condamner les nouvelles modes; chacun se récrie sur la folie changeante : au bout d'un mois, elle est adoptée par ses plus violents contradicteurs ; et tel qui la fronde aujourd'hui, prendra demain les idées qu'il avait combattues.
Puisque c'est à nous à inonder la terre de nouveaux bonnets, jouissons de notre génie inventif; plaçons nos chapeaux d'homn)ea*sur les têtes Suissesses et hollandaises. Continuons de donner toujours la loi prédominante des coiffures. Toutes les femmes ont pris nos chapeaux : il s'agit de les faire adopter définitivement à Vienne^ à Berlin et à Pétersbourg. Et qui sait si nous n'étendrons pas encore plus loin, en triomphateurs heureux, nos illustres conquêtes ?
Hantenr dea paiiaehe«*
n n'y a pas longtemps que les hautes coiffures, les plumes, panaches, etc. , étaient sur toutes les têtes de femmes. Et au spectacle une rangée de femmes, placées à l'orchestre^ bouchait la vue à tout un parterre; la même chose à l'amphithéâtre et dans les loges. C'était un vrai désespoû: pour les spectateurs : on murmui*ait tout haut; mais les femmes en riaient, et la politesse parisienne se contentait de gronder, mais n'allait point au delà.
Il n'y eut qu'un seul homme, Suisse de nation et fort impatienté, qui, tirant une paire de ciseaux, fit mine, dans une loge, de vouloir couper l'excédent qui l'empêchait de voir : alors, pour s'y soustraire, la dame fut obligée de se mettre derrière et de laisser passer à 'sa place l'homme, qui y consentit très-bien. Ce n'est donc pi us le temps où le parterre criait place aux dames! et où l'on ne pouvait être sûr d'avoir une place au spectacle tant qu'il pouvait y arriver une femme, fût-elle douairière ou borgne.
Autrefois Ton ne pouvait voir^ aujourd'hui Von ne saurait entendre ; le caquet de ces femmes à panache ne discontinue pas pendant toute la pièce. On entend sortir des petites loges des voix bruyantes, des éclats de rire : c'est un babil qui oblige celui qui veut entendre d'aller ailleurs. On en fait la remarque tout haut; les causeuses l'entendent très-bien; elles, se taisent et puis recommencent de plus belle trois minutes après. Elles sentent que la colère des hommes se bornera à quelque réflexion maligne et qui tournera même à leur avantage : car, pendant la petite diatribe, on les considère, et le grondeur désarmé finit par rire le premier de son accès de mauvaise hument Oh! les femmes, à Paris, ne redoutent, dans aucune circonstance, le courroux des hommes !
Noeefl*
Que celui qui a vu une noce champêtre^ le couple du hameau qui s'avance vers l'église, les doigts amoureusement entrelacés, portant dans leurs regards le désir ingénu ; les parents qui les suivent au même autel où ils se sont mariés ; les garçons de la fête en habits du dimanche^ les mbans au chapeau, le bouquet au côté; les filles en blanc corset, regardant, ce jour-là, leur amant avec plus d^assurance ; et le violon un peu aigre, mais qui conduit gaiement la marche et ferme le cortège, ne s'attende point à trouver sous le superbe portique de nos temples ni la gaieté vive et franche ni le riant tableau de cette joie naïve, ouverte et abandonnée.
L'hymen ici se célèbre à grands frais : on ne marche point sur la pelouse, le long des haies fleuries, pour arriver à l'autel du bonheur. On s'enferme dans des carrosses à glaces; on est chargé d'atours : les coiffeurs ont occupé toute la matinée ; on s'observe tristement; le cérémonial règle tous les pas; et le couple opulent, sous des habits d'or, porte déjà sur son front