MARIAGE, ADULTÈRE
rents, et voilà Thistoire de la moitié des mariages qui se font à Paris dans le second ordre de la bourgeoisie.
Autrefois, Tadultère était puni de mort; aujourd'hui^ celui qui parlerait de ces lois austères et antiques serait prodigieusement sifflé.
Voyez dans toutes nos comédies si Ton ne rit pas toujours aux dépens des maris : voyez les petits vers de nos poètes légers; ils plaisantent incessamment sur le mariage avec un sel qui réjouit tout le monde. Ces gentillesses ne sont qu*une apologie perpétuelle de Tadultère : on dirait qu'on a peur que les femmes ne comprennent assez tôt que leurs charmes ne sont pas faits pour n'appartenir qu'à un seul.
Tous les arts deviennent complices de ces exhortations à Tinfidélité, tous s^empressent à les confirmer dans cette idée, à achever d'éteindre tout scrupule dans leurs âmes. Nos tableaux, nos statues et nos estampes, qu'offrent-ils? Tous les tours heureux et triomphants joués au pauvre dieu d'Hymen. Nos peintures ne sont pas plus chastes que nos vers.
Mais de nos jours, ô raffinement criminel! on a été encore plus loin que Tadultère ; on a corrompu l'institution la plus auguste ; on s'est servi des lois même pour consacrer le libertinage et en produire les fruits avec audace. Cette dépravation , ce nouveau scandale, date de notre siècle : c'est encore un crime du luxe.
Un homme opulent est attaché à une fille^ en a des enfants dont la loi ferait des bâtards. Il imagine de leur donner un nom et un rang; il ordonne qu'on lui cherche quelqu'un de noble, mais dont les adversités ont dénaturé l'âme : on le trouve, on le marchande; il est sorti d'une famille qui a un nom, mais indigente; il a été élevé dans une fierté oisive, et il n'a pas de pain. Héduit à une pareille extrémité, l'honneur n'est pour lui qu'un vain nom. On lui propose d'épouser cette fille, et d'en reconnaître les enfants : il aura une pension qu'il ira manger dans le coin d'une province éloignée.
Le noble d'abord a quelque répugnance ; mais Tor^ ce puissant mobile des actions iniques, For le décide. On le mène chez un notaire^ où il signe un contrat qui lui assure véritablement une pension, mais qui porte une séparation de biens préliminaire.
Figurez-Yous cet homme qui le lendemain trouve, dans une chapelle obscure, quatre témoins, et devant Tautel, une fille jeune et charmante qu'il n'a jamais vue: voilà sa femme, mais sous la condition expresse qu'elle ne sera jamais à lui.
Elle sort en ce moment des bras de la volupté, pour y rentrer après la cérémonie ; l'époux lui touchera une fois la main^ pendant que le prêtre prononcera les paroles sacrées. Passé cet instant, à jamais séparé d'elle, il ne reconnaîtra peut-être pas le visage de celle avec qui il aura contracté. L'anneau se donne, le oui se prononce de part et d'autre^ ou, pour mieux dire, le parjure et le sacrilège s'accomplissent.
En sortant de la chapelle, l'épouse, sans saluer son mari, monte dans un équipage, et se retrouve dans le lit qu'elle avait quitté. L'époux fuit vers la province ; on lui paye une année d'avance, et il a une femme dont il ne peut pas visiter l'appartement, ni même habiter la ville. Il a et il aura des enfants qu'il n'a point vus, qu'il ne verra point, et ils porteront son nom.
Il se bannit, et va manger sa honteuse pension dans une petite ville, lorsque sa femme, déployant son contrat de mariage et l'acte de célébration, se pare publiquement du nom qu'elle a acheté. Un marbre offre ce nom en lettres d'or au frontispice d'un superbe hôtel, tandis que le mari n'ose articuler le sien dans sa profonde retraite.
Voilà ce qui se pratique sous l'œil de la législation : et la loi outragée est réduite au silence; car on a tourné contre elle ses propres formes avec une coupable adresse : l'homme a paru se venger à son tour d'une loi inflexible et extrême.
N'aurait-il pas mieux valu ne pas abolir ces anciens mariages mixtes et faciles, où la femme n'était pas déshonorée, où les