‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 73 sur 146 · SAVOYARDS · texte numérisé non relu

SAVOYARDS

enfants ianocents n'étaient pas pressés entre Tabnégation et la honte?

Quelqu^un dira qu'il faudrait le style de Juvénal pour tonner contre cette licence ; mais que ferait le plus véhément satiiique? à quoi remédierait-il? La perte des mœurs vient le plus souvent de Tinsuffisance des lois, de leurs erreurs et de leurs contradictions.

Savoyards*

Ces hoimôtes enfaDts,

Qui de Savoie arrivent tous les ans, Et dont la maia légèrement essuie Ces longs canaux engorgés par la suie.

VOLTAIRB.

Ils sont ramonneurs, commissionnaires, et forment dans Paris une espèce de confédération qui a ses lois. Les plus âgés ont droit d'inspection sur les plus jeunes ; il y a des punitions contre ceux qui se dérangent : on les a vus faire justice d*un d'entre eux qui avait volé ; ils lui firent son procès et le pendirent.

Ils épargnent sur le simple nécessaire, pour envoyer chaque année à leurs pauvres parents. Ces modèles de Tamour filial s trouvent sous les haillons^ tandis que les habits dorés couvrent les enfants dénaturés.

Ils parcourent les rues depuis le matin jusqu'au soir, le vissage barbouillé de suie, les dents blanches, i air naïf et gai : leur cri est long, plaintif et lugubre.

La rage de mettre tout en régie en a formé une du ramonnage de cheminées : les régisseurs ont chassé ces petits Savoyards, et Ton a vu dans des maisons neuves et blanches tous ces visages basanés et noircis qui étaient aux fenêtres en attendant de l'ouvrage*

L'établissement de la petite poste a fait tort aux Savoyards. Ils sont moins nombreux aujourd'hui, et Ton dit que leur fidélité, si longtemps éprouvée, commence à n'être plus la même ; mais ils se distinguent toujours par Tamour de leur patrie et de leurs parents.

Il est bien cruel de voir un pauvre enfant de huit ans, les yeux bandés et la tête couverte d'un sac, monter des genoux et du dos dans une cheminée étroite et haute de cinquante pieds; ne pouvoir respirer qu'au sommet périlleux; redescendre comme il est montée au risque de se rompre le cou, pour peu que la vétusté du plâtre forme un vide sous son frêle point d'appui ; et la bouche remplie de suie, étouffant presque, les paupières chargées, vous demander cinq sols, pour prix de son danger et de ses peines. C'est ainsi que se ramonnent toutes les cheminées de Paris, et des régisseurs n'ont enrégimenté ces petits malheureux que pour gagner encore sur leur médiocre salaire. Puissent ces ineptes et barbares entrepreneurs se ruiner de fond en comble, ainsi que tous ceux qui ont sollicité des privilèges exclusifs !

Ces Allobroges de tout sexe et de tout âge ne se bornent pas à être commissionnaires ou ramonneurs. Les uns portent une vielle entre leurs bras, et raccompagnent d'une voix nasale. D'autres ont une boîte à marmotte pour tout trésor. Ceux-ci promènent la lanterne magique sur leur dos, et Fannoncent le soir au moyen d'une orgue nocturne, dont les sons deviennent plus agréables et plus touchants parmi le silence et les ténèbres. Les femmes, étalant leur étonnante fécondité, sous le masque de la laideur, vous montrent des enfants, et dans leur hotte, et pendus à leurs mamelles, et sous leur bras^ sans compter ceux qu'elles chassent devant eUes, le tout pour attirer les aumônes : dégoûtantes, maigres, noires, et paraissant âgées, elles sont toujours grosses, et à pleine ceinture.

Les vielleuses des boulevards portent sur une gorge souillée un large cordon bleu qui quelquefois a servi à une rosgcsté.

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