‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 83 sur 146 · LES HEURES DU JOUR · texte numérisé non relu

LES HEURES DU JOUR

ment. Ce sont des scènes mouyantes et périodiques, séparées par des temps à peu près égaux.

A sept heures du matin , tous les jardiniers , paniers vides , regagnent leurs marais, affourchés sur leui*s haridelles. On ne voit guère rouler de carrosses. On ne rencontre que des com« mis de bureaux qui soient habillés et frisés à cette heure-là.

Sur les neuf heures^ on Yoit courir les perruquiers saupoudrés des pieds à la tête (ce qui les a fait appeler merlans) ^ tenant d'une main le fer à toupet, et de l'autre la perruque. Les gai;çons limonadiers, toujours en veste, portent du café et des bavaroises dans les chambres garnies. On voit en même temps des apprentis écuyers, suivis d'un laquais qui , montés sur des che vaux, courent battre les boulevards , et font payer quelquefois aux passants leur malheureuse inexpérience.

Sur les dix heures « une nuée noire des suppôts de la justice s'achemine vers le Châtelet et vers le palais : vous ne voyez que des rabats, des robes, des sacs (lj,et des plaideurs qui courent après.

A midi, tous les agents de change et les agioteurs se rendent en foule à la bourse, et les oisifs au Palais-Royal. Le quartier Saiat*Honoré , quartier des ûnanciers et des hommes en place, esttrès*battu,et le pavé n'est rien moins que libre. C'est Theure des sollicitations et des demandes de toute espèce.

A deux heures, les dîneurs en ville, coiffés, poudrés , arrangés, marchant sur la pointe du pied de peur de salir leurs bas blancs, se rendent dans les quartiers les plus éloignés. Tous les fiacres roulent à cette heure, il n'y en a plus sur la place. On se les dispute, et il arrive quelquefois que deux personnes ouvrent en même temps la portière, montent et se placent. Il faut aller chez le commissaire pour qu'il décide à qui il restera.

A trois heures , on voit peu de monde dans les rues , parce

(i) Oa dit qu'il faut porter trois sacs à ce palais : sac de papiers, sac d*argent, sac de patieoee. {Noie de Mercier),

que chacun dîne : c'est un temps de calme , mais qui ne doit pas durer Longtemps.

A cinq heures et un quart, c'est un tapage affreux^ iufemal. Toutes les rues sont embarrassées, toutes les voitures roulent en tous sens, volent aux différents spectacles, ou se rendent aux promenades. Les cafés se remplissent.

A sept heuœs, le calme recommence ; calme profond et presque universel. Tous les chevaux frappent en vain le pavé du pied. La ville est silencieuse, et le tumulte paraît enchaîné par une main invisible. C'est en même temps Theure la plus dangereuse vers le milieu de Fautomne, parce que le guet n'est pas encore à son poste , et plusieurs violences se sont commises à rentrée de la nuit (1).

Le jour tombe, et tandis que les décorations de Topera sont en mouvement, la foule des manœuvres, des charpentiers^ des tailleurs de pierre regagnent en bandes épaisses les faubourgs qu'ils habitent. Le plâtre de leurs souliers blanchit lepavé^ et on les reconnaît à leurs traces. Ils vont se coucher, lorsque les marquises et les comtesses se mettent à leur toilette.

A neuf heures du soir le bruit recommence. C'est le défilé des spectacles. Les maisons sont ébranlées par le roulis des voitures, mais ce bruit est passager. Le beau monde fait de courtes visites en attendant le souper.

C'est rheure aussi où toutes les prostituées , la gorge découverte, la tête haute, le visage enluminé, l'œil aussi hardi que le bras, malgré la lumière des boutiques et des réverbères, vous poursuivent dans les boues en bas de soie et en souliers plats : leurs propos répondent à leurs gestes. On dit que l'incontinence sert à préserver la chasteté, que ces femmes vfdgivagues empêchent le viol , que sans les ûlles de joie, on se ferait moins

(1) Un assassio, en 1769, armé d'une fronde courte, ayait déjà, à la mt-oclobre lue trois hommes dans l'espace de six jours, lorsqu'il fut an été.

[Note de Mercier),

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