LES DIMANCHES ET FÊTES
la grippe^ la coquette; et le rieur, trois jours après, est grippé lui-même, et descend au tombeau.
Le passage des appartements chauds et des salles de spectacles au grand air, rend cette suppression de transpiration presque inévitable. La méthode nouvelle de porter de grands manteaux est excellente : on se met de cette manière à Tabri de rimpression du froid ; un prompt exercice en serait encore le plus sûr pn'servatif. Les foinracs qui sont obligée s d'attendte quelque temps leurs voitures, ces femmes chjui nantis et délicates que je vois frissonner le long des escaliers et sous les portiques, devraient penser que leurs pelisses ne sont pas suffisantes pour les garantir de tout accident.
Lxvin.
làWÊ dimanehe* et fête**
U n'y a plus que les ouvriers qui connaissent les fêtes et dimanches. La Courtille, les Percherons, la Nouvelle-France se remplissent ces jours-là de buveurs. Le peuple y va chercher des boissons à meilleur marché que dans la ville. Plusieurs désordres en résultent ; mais le peuple s'égaie, ou plutôt s'étourdit sur son sort ; et ordinairement Touvrier fait le lundi, c'est-à-dire, s'enivre encore pour peu qu'il soit en train.
Le bourgeois qui a besoin d'économie, ne sort pas des barrières. Il va se promener assez ennuyeusenient aux Tuileries, au Luxembourg, à l'Arsenal, aux Boulevards. Si dans ces prome- Dades il y a une seule robe retroussée, pariez que c'est une femme de province qui la porte.
Le peuple va encore à la messe, mais il commence à se passer des vêpres, que le beau monde appelle l'op^a des gueux, 11 faut qu'il reste debout dans les églises, ou qu'il paye une chaise. Gela est très-mal vu ; on lui demandera six sous pour entendre un sermon assis. Les temples sont donc déserts, excepté dans
les grandes solennités où les cérdmonies le rappellent. Quoi ! de l'argent encore pour entendre l'office divin !
Pendant l'octave de la Fête-Dieu, il y a toujours beaucoup d'afïluence au salut et à l'exposition du Saint-Sacrement : il est vrai que c'est pour la petite bourgeoisie un prétexte de sortirai de se promener à la tombée du jour, dans une belle saison. Les jeunes filles surtout sont fort dévotes au salut et à la bénédiction du soir ; en général le dimanche est précieux pour elles. L'amour fait son profit des vacances ordonnées par l'église.
Le magnifique jardin des Tuileries est abandonné aujourd'hui pour les allées des Champs-Elysées. On admire les belles proportions et le dessin des Tuileries ; mais aux Champs-Elysées, tous les âges et tous les états sont rassembles : le champêtre du lieu^ les maisons ornées de terrasses, les cafés, un terrain plus vaste et moins symétrique, tout invite à s'y rendre.
11 est singulier que, dans les états catholiques, le dimanche soit presque partout un jour de désordre. On a supprimé enfin à Paris, quatorze jours de fêtes par an ; autant d'enlevé à l'ivrognerie et à la débauche crapuleuse.
Un savetier voyant un jeudi, au coin d'une borne, un sei^gent ivre qu'on tâchait de relever et qui retombait lourdement sur la pierre, quitta son tire-pied, se posta devant l'homme chancelant, et après l'avoir contemplé, dit en soupirant : Voilà cependant l'état où je serai dimanche!
( Ce trait qui ne doit pas être dédaigne du philosophe, appartient, à ce qui me semble, à la connaissance du peuple, et même à celle du cœur humain ; car il est très-applicable à la logique des passions.
Au reste, les dimanches et fêtes s'annoncent par la fermeture des boutiques. On voit sortir de bonne heure les petits bourgeois tout endimanchés^ qui se hâtent d'aller à la grand'messe pour avoir le reste du jour à eux. Ils arrangent un dîner à Passy, à Auteuil, à Yincennes ou au bois de Boulogne.
Les gens du bon ton ne sortent pas ces jours-là, fuient les
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promenades^ les spectacles, et les abandonnent au peuple. Les spectacles donnent ce qu'ils ont de plus use ; les acteurs médiocres s^emp^u^nt de la scène : tout cela est bon pour des parterres moins difficiles, et pour qui les pièces les plus an-ciennes sont toujours des pièces nouvelles. Les acteurs chargent ces jours-là plus que de coutume, et obtiennent de grands applaudissements.
Les bourgeois aisés sont partis dès la veille pour leur petite maison de campagne, voisine de la barrière. Ils y ont mené leur femme, leur grande fille et leur garçon de boutique, quand on est content de lui ou quand il a su plaire à madamCé
Ou a porté la veille, dans un fiacre bien plein, toute la pro» vision, et un pâté de Le Sage : c'est le jour des gaudrioles, L^ père fera des contes, la mère rira aux larmes, la grande fille s'émancipera un peu et se tiendra moins droite; le garçon dé boutique qui aura acheté des bas de soie blancs et des boucles toutes neuves ( honoré du titre de joli garçon), fera des gentillesses, et déploiera tous les moyens de plaire, attendu qu'il aspire de loin à la main de mademoiselle; car elle aura bien en dot dhc à douze mille francs, malgré ses deux petits frères qui sont en pension, et qui ne participent pas encore aux jouissances de la maison de campagne, jusqu'à ce qu'ils aient remporté un prix au collège. Il ne faut pas les distraire du soin de devenir un jour de grands hommes, lorsquMls sauront la langue latine : c*est ce que croit pieusement le père, la mère et toute la maison^
Bagea-feiniiiefl*
Quand une fille est devenue mère, elle n*avertit personne malgré Fédit de Henri IL Elle dit qu'elle va à la campagne ; mais elle n'a pas besoin de sortir delà ville, même du quartier pour se cacher et faire ses couches. Chaque rue cfire uue sage^
femme qui reçoit les filles grosses. Un même appartement est divisé en quatre chambres égales au moyen de cloisons, et chacune habite sa cellule, et n'est point vue de sa voisine. L'appartement est distribué de manière qu'elles demeurent inconnues Tune à Tautre pondant deux à trois mois ; elles se parlent sans se voû*.
On ne peut forcer la po/'te d'une sage-femme que par des ordres supérieurs. La fille attend là le moment de sa délivrance un mois ou six semaines, selon qu'elle a bien ou mal calculé. Elle sort après la quinzaine et rentre dans sa famille et dans la société. Elle a pu accoucher dans une rue voisine, voyant de sa fenêtre celles de son père sans que celui-ci s'en doute ; et voilà ce que la province ne saurait concevoir.
La sage-femme se charge de tout, présente l'enfant au baptême, le met en nourrice ou aux Enfants trouvés, selon la fortune du père ou les craintes de la mère.
Combien ces réduits secrets ont-ils vu de malheureuses etten^ dres amantes, quelquefois trahies, abandonnées, et mouiUant de leurs larmes tardives leur couche solitaire 1 Quelle situation affreuse que celle de la jeune beauté qui, pressée entre le remords, le désespoir et la honte, paye avec usure un moment de faiblesse 1 Elle ne peut nommer ni son amant ni son fils en les chérissant tous deux ; fugitive de la maison paternelle, elle se trouve isolée dans cette immense ville, et obligée de vendi'e de petits bijoux pour obtenir le lit où elle déposera le fruit de ses amours.
On la cherche de tous côtés { elle ne sortira de cette prison .clandestine que quand elle pourra reparaître. La faute sera oubliée et même pardonnée, pourvu qu'il n'y ait point de publicité.
Ces sages-femmes tirent le plus d'argent qu'elles peuvent des infortunées qui viennent chercher leurs secours ; ils ne sont pas désintéressés ; il n'en coûte guère moins de douze livres par jour.
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On a vu plusieurs filles assez habiles pour cacher leur grossesse jusqu'au dernier instant, assez heureuses pour accoucher pramptement, assez intrépides pour revenir dans leur foyer domestique sans éveiller les soupçons de leurs père^ mère, frère et sœur. Quel inconcevable chef-d'œuvre d'habileté, de présence d'esprit et de courage ! Ainsi les sa^çes-femmes sauvent la réputation des anaantes infortunées, elles sont vouées à la discrétion; le plus souvent, il est vrai, elles ne connaissent pas les personnes qu'elles accouchent. L'enseigne d'une sage-femme est parlante ; elle offre une femme portant un nouveau-né. Sans décrier une maison, cette enseigne empêche que des demoiselles bien nées y viennent demeurer, parce que ce voisinage paraîtrait trop commode aux yeux de la malignité. La ûlie prend la peine, quand l'accident lui arrive, de traverser la rue, et alors tout est dans l'ordre.
Le prêtre qui baptise est accoutumé à voh' arriver la sagefmmey et il distingue ainsi du premier coup d'œil l'enfant de Tamour de l'enfant de l'hymen. Les droits du prêtre ayant été fraudés, il punit le fils de Tinfracteur dans l'extrait baptistaire, et le déclare enfant naturel, c'est à dire, bâtard. Qui voudra écrire des anecdotes singulières, intéressantes, piquantes, savoir et le bien et le mal que l'amour fait dans ce monde, toutes les ruses qu'il invente, toute la force et tout le courage dont il est susceptible, qu'il fasse la connaissance de quatre ou cinq sagesfemmes ; il apprendra des aventures uniques presque incroyables, et les noms des personnages y manquant, le lecteur sera intéressé sans que les acteurs soient trahis. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est de voir quelquefois la fille d'une sage-femme servir sa mère dans des fonctions qui réveillent certaines idées, et au milieu de tant d'exemples de faiblesses, conserver sa chasteté intacte. Si elle tombe dans le piège, ce ne sera pas faute d'avoir eu sous ses yeux des motifs propres à la retenir sur le bord du précipice.
Plusieurs filles qui ont visité une ou deux fois l'appartement
obscur et impénétrable de la sage-femme^ n'en trouvent pas moins un époux, en jouant le rôle d'Agnès, rôle que presque toutes les ûUes et même les plus sottes possèdent par instinct. Puis dans cette ville immense qui peut conter Thistoire de tel ou tel individu ? Le changement de quartier suffit pour dérouter le plus habile, le plus curieux investigateur.
Les filles pauvres et sans ressources vont faire leurs couches à THôtel-Dieu ; on les y reçoit dès le sixième mois. Cette partie de Fadmimstration est très-bien soignée; rien ne manque à ces femmes de ce qu'exige leur état. Les maîtres de Tart y inspectent journellemeut la manière dont elles sont traitées jusqu'à leur parfait rétablissement. La chose vue en grand me paraît exempte de reproches.
Ces sages-femmes qui reçoivent toutes celles qui se présentent, sans s'enquérir de leur nom et qualité^ et Thôpital des Enfants-trouvés font que l'infanticide est un crime inouï dans la capitale. Ce forfait n'était pas rare avant ce sage établissement ; et voyez s'il n'est pas plus commun eu Suisse que dans toute la France.
L'édit de Henri H est tombé en désuétude; et sur cent filles qui accouchent clandestinement^ à peine y en a-t-il une seule qui sache qu'une vieille loi la condamne à la mort pour n'avoir pas révélé sa grossesse.
On compte à Paris deux cents maîtresses sage&-femmes; il y naît environ vingt mille enfants : divisez.
ComnoBt «e tmii um mariage*
Le père entre dans la chambre de sa fille, qui est à sa toilette, et qui a appris de sa femme de chambre qu^on allait la marier. Le père s'avance: Mademoiselle, lui dit-il, je vois, à vos yeux, que vous n'avez point dormi. — Non, mon père.