‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 88 sur 146 · GOMMENT SE FAIT UN MARIAGE · texte numérisé non relu

GOMMENT SE FAIT UN MARIAGE

violateur, ou les yictoires de l'amant chéri, disparaissent également; c^est une yierge enfin qui, huit jours après, marche sous le chapeau virginal à l'autel de Thyménée.

L*ëpoux n'en doutera point. Tout est régénération devant les lois de la chimie^ la félicité des époux est encore liée à cette science suhlime que jMdolâtre ; elle fait la gloire, le bonheur et le repos des demoiselles parisiennes. Mais celles des provinces sont loin de cet inestimable avantage ; elles n'ont point à leur porte UD artiste aussi recommandable que le sieur MaiUe. Je les plains, que de paroles artificieuses^ que de mensonges frauduleux^ pour remplacer une fiole qu'on peut cacher dans la main.

Demoiselles de tous les pays qui tremblez de. Texpérience d'un époux, et qui désirez assujettir son cœur, en y versant l'estime profonde, quand vous verrez sur un pot de moutarde du sieur Maille, l'union paisible des armes des trois premières puissances de TEurope, songez que cet artiste unit de même la femme et le mari, prévient leur dissension, leur rupture ; et leur ôtant les fâcheux soupçons, les craintes importunes, les reproches désespérants, consolide leur bonheur dans la pleine confiance des caresses mutuelles. Ailleurs une petite voix contrefaite est nécessaire ; elle devient tout à la fois honnête et trompeuse. Ici le mari s'enivre de sa conquête, et vante son propre triomphe. L'épouse n'a pas besoin d'une voix fallacieuse pour qu'il se félicite lui-même de sa victoire. On disait à la cour, il y a quarante ans : Lhonneur y recrott comme les cheveux. Oh ! il y recroît bien autre chose, ainsi que dans la capitale!

Une demoiselle bien majeure proposa tout naturellement à un galant homme de lui faire un enfant, mais sans exiger qu'elle se mariât. Dès qu'elle fût grosse, elle congédia le galant. Elle eut un fils qu'elle allaita. Le père plaida pour épouser la mère, qui lui tint rigueur, et lui demanda combien il voulait pour la peine qu'il avait prise de la féconder. îl perdit son procès, dépens compensés.

Jeune mariée*

Cléon rencontre Damis» Tembrasse^ Tétouffe et lui dit : je suis le plus heureux des hommes; j'épouse une jeune fille qui sort du couvent, et qui n'a vu, pour ainsi dire, que moi. EUe porte sur son front Tempreinte de la douceur et de la bonté. Rien de plus ingénu, de plus naïf et de plus modeste; ses yeux craignent de rencontrer les regards que sa beauté fixe sur elle. Quand elle parle, une aimable rougeur colore son visage ; et cette timidité est un nouveau charme, parce que je suis sûr qu'elle naît de la pudeur, et non de la médiocrité d'esprit. Les malheurs qui affligent l'humanité la trouvent sensible, et elle ne saurait en entendre le récit sans se trouver presque mal. Qu'il est doux de lui voir répandre des larmes sur les infortunes d*autrui ! Il n'y a point d'âme plus sensible, plus douce, plus aimante ; elle ne vivra, elle ne respira que pour moi ; elle chérira ses devoirs^ et je serai le plus fortuné des maris.

Gléon épouse. Au bout de six mois Cléon rencontre le même Damis, et ne lui dit rien de sa femme : Damis apprend que cet ange marié, qui n'a plus besoin de se contraindre, a remplacé la modestie par la fierté, la timidité par la hardiesse, et que si elle rougit encore quelquefois, c'est d'orgueil ou de dépit : il apprend qu'elle a déjà son appartement séparé ; qu'elle est en société avec la marquise, la baronne, la présidente ; qu'elle a pris leurs maximes hautaines et dédaigneuses ; qu'elle persiffle son mari, et qu'à la moindre contradiction elle s'emporte et le peint coQime un jaloux, un brutal, un avare.

Elle ne se lève qu'à deux ou trois heures après midi, et se couche à six heures du matin ; elle sort à cinq heures. On la die comme enjouée et aimable dans la liberté du souper. On ne sait pas au juste quel est son amant, et c'est ce qui désespère surtout son mari. 11 est réduit à souhaiter qu'elle en ait un, parce

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