‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 89 sur 146 · DE LA PETITE BOURGEOISIE · texte numérisé non relu

DE LA PETITE BOURGEOISIE

qu'il pourrait du moins par son moyen lui faire entendre raison sur des choses qui intéressent leur fortune, ce point capital^ et qui aujourd'hui subjugue tout le reste.

Elle adresse la parole à son époux dans les assemblées générales et lui souiût; mais elle est des semaines entières à la maison sans lui parler et sans le voir* Toutes les femmes s'empressent à dire qu'elle vit décemment^ et que son mari doit s'estimer heu» reuœ d'avoir une femme aussi sage.

LXXÏI.

ne la petite boorgeolale*

Je yeux parler ici de la dernière classe qui touche à ce qu'on appelle le petit peuple, lequel se fond ensuite dans la populace. Le petit boui^eois de cette classe garde encore dans son armoire le cassis qu'il appelle un remède universel; on a beau lui dire que cette boisson est dangereuse, il en use parce que son grand père en a usé ; quand il a la fièvre, il prend du bouillon de viande très-fort, et il s'obstine à croire que ce régime est salutaire, tandis qu'il estnuisible.il fait apprendre à ses enfants, la verge à la main, l'évangile du jour. Il ne désirerait rien tant au monde que de devenir le mârguillier de sa paroisse ; mais, c'est aux .bourgeois marchands de draps qu'appartient tant d'honneur.

Les filles du petit bourgeois vivent moins que les autres sous ie regard de leur mèt*e : elles ont des prétextes perpétuels pour mettre leurs mantelets et sortir de la maison; elles sont réputées sages, tant qu'elles ne sont point enceintes ; mais quand leur grossesse se déclare, elles quittent la maison paternelle^ et les voilà six mois après filles du monde. Leur frère s'engage un beau matin ^ il déserte au bout de dix-huit mois, et l'on n'en entend plus parler. Il n'y a plus que cette petite bourgeoisie qui fournissent des soldats volontaires ; autrefois les fils de bons bourgeois se faisaient un point d'honneur de servir quelque

temps ; aujourd'hui ce service n'a plus rien d'attrayant, et n'est plus regardé que comme la ressource du libertinage et une Tente honteuse de sa personne.

Tous les hommes méchants ont peut-être commencé par être des enfants misérables. L'indigence de cette classe ne permet pas aux parents, de faire du bien à leurs enfants : ceux-ci sont plus mauvais sujets que dans la classe du petit peuple, parce qu'ils n^ont pas pour ressource les métiers^ qui donnent un pain journalier.

On distingue une fille de la dernière bourgeoisie à ses rentraitures : C'est un raccommodage de linge qui substitue à un trou un treillage qui ressemble aux toiles des arraiguées. Ces pauvres filles ont donc leur fichu plein de rentraitures.

Le petit bourgeois, moins sensible que l'homme du peuple, caresse à peine ses enfants. Quand ils sont un peu grands, il les oublie, songe à amasser un petit pécule; il croit avoir tout fait pour les siens, quand il leur a fait faire leur première communion^ c'est pour eux l'éducation complète/

La première communion des enfants sera longtemps pour le petit bourgeois le couronnement et le nec plus uUrà de l'instruction. Les filles déjà nubiles vont au cathéchisme, et conune ce jour solennel sera pour elles une occasion de parure^ qu'elles se montreront publiquement avec tous leurs avantages naissants^ elles s'en inquiètent plus que les garçons. Les prêtres conduisent ces phalanges de jeunes beautés, qui bientôt vont leur échapper^ elles portent encore sur leur front les traits de Tinnocence^ .mais un monde corrupteur va les réclamer ; l'exemple, la séduction, la pauvreté, tout multipliera les dangers autour d'elles, et l'année de la première communion n'est que trop souvent, hélas ! le terme de leur sagesse ; il est intéressant de les voir encore dans cet état de pureté, lorsqu'elles accomplissent les actes de la religion et ceux de la charité, soit en recevant à genoux l'hostie saiute^ soit en délivrant des prisonniers, soit en renouvelant aux fonds de baptême des {promesses qu'elles croient

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