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PROCUREURS, HUISSIERS

Monseigneur à toujours le petit mot pour rtre, répondit le praticien.

Quelques procureurs roulent carrosse, et tirent de leur gi*effe quarante à cinquante mille francs par an. Les avocats les courtisent assidûment, pour avoir des causes ; Ils font le soir la par* tie de madame en cheveux longs, et Fensencent de tout leur pouvoir, afin que le choix tombe sur eux pour les pièces d'écritureSy partie lucrative, chère à l'ordre, et qui mérite bien qu'on déroge un peu à l'art de Torateur et que Ton ménage les bonnes grâces de la femme du praticien.

C'est toujours lui qui choisit Tavocat. Le plaideur ne connaît que la boutique du procureur : et comme il faut commencer par TassigTiation^ le praticien est nécessairement Tagent de toute la procédure : aussi les avocats sont-ils plus souples et plus dociles devant les procureurs, que Tapothicaire ne Test devant un docteur de la faculté.

Il faut passer par les longues épreuves de la cléricature^ pour être habile à posséder une charge ; il faut monter lentement la pénible échelle. Ce triste noviciat est do huit à dix années. Ainsi les procureurs ont des clercs à bon marché ; le maître clerc lui même, limonier de Vétuàe^ n'a que de faibles gages; les autres clercs barbouillent le papier du matin au soir pour leur pauvre nourriture. Ils vivent d'espérance, logent dans les mansardes, en attendant une charge vacante.

Les plus adroits^ dans les petites études, tâchent d'intéresser la procureuse, afin d'adoucir la rigueur de leur joug; mais dans les grandes, madame ne saurait se résoudre à manger avec des clercs.

Elle oublie que son mari n'est qu'un ancien clerc qui vient d'acheter une charge. Le nigaud approuve le noble orgueil de sa femme, son panache, ses polonaises, ses femmes de chambre, ses tons, ses airs. Il ne veut plus communiquer qu'avec les amis de madame, parce qu'ils lui ont promis une riche clientelle.

Les huissiers, qui marchent à la suite des procureurs, ne sont

pas moins redoutables et plus ardents encore à la curée. Quand une fois la brèche est ouverte, alors ils montent à Tassant, et traitent une maison comme une ville livrée au pillage. Voyez le vautour acharné sur sa proie, et qui la dépèce avec son bec noir et crochu ; c^est Timage de leur joie avide, quand leurs mains armées de la fatale plume, saisissent les meubles pour les porter en vente sur la place publique.

Ces mêmes huissiers qui, comme une meute dévorante^ se déchaînent contre les particuliers, pour peu que la bride leur soit lâchée, n'osent porter un exploit à un membre du parlement ou à un homme en place ; c'est à qui se refusera à cet office. Quand on veut poursuivre un grand, il faut avoir recours au procureur-général, pour obliger un simple huissier à faire son devoir.

Ainsi le bourgeois à Paris, outre ses autres fardeaux, a dans la noblesse impérieuse et hautaine une véritable aristocratie à combattre; il rencontre une ligue qui insensiblement devient plus formidable que jamais.

C'est par ces agents subalternes de la justice, et qui infectent les venues de son temple, que Ton n'en approche plus qu'avec crainte et tremblememt. C'est par eux que les juges se sont trouvés aux milieu des pièges et des surprises et que la longueur des affaires à fait renoncer aux meilleurs droits, parce que la ruine inévitable des familles a paru devoir suivre la demande la plus légitime.

Ce fléau, que les tribunaux supérieurs ne songent pas à réprimer, dévore la partie indigente ; Ton a vu des hommes iniques menacer encore de la justice ceux qu'ils avaient dépouillés, s'ils n'étoufiaient pour toujours leurs plaintes et leurs murmures ; et les infortunés voulant conserver les débris de leur fortune, se sont tus, craignant que le monstre de la chicane ne vint leur enlever ces faibles restes.

Tous ces praticiens ont entr'eux un genre de plaisanterie qui équivoque perpétuellement sur les mois de leur profession. 11

LA BAZOGHE. 237

n'y arien de plus gothique et de plus maussade que les railleries des hommes d'affaires : pour être plates et grossières, elles n'en sont pas moins inhumaines ; car ils plaisantent encore ceux qu'ils ont vexés et rongés.

Ce n'est pas que Fimprobité soit attachée à la profession : quelques procureurs honnêtes ne présentent pas sans cesse la justice à leurs parties, pour ne leur en faire embrasser que Tombre. Us emploient leur habileté à sauver leurs clients d'un dédale d'erreurs et d'un embrasement funeste. Plusieurs ennoblissent leur profession par la vertu qui les orne toutes ; ils servent de modèle aux autres, et ils méritent l'estime et la confiance du public : mais on peut dire d'eux aussi :

Apparent rari nantei in gai^ite vasto*

Ces communautés de procureurs sont liées au parlement d'une manière forte étroite. Elles en suivent les mouvements^ et en épousent les idées avec la plus grande chaleur.

C'est une communauté de clercs qui jugent entre eux de leurs dlfTérends. Autrefois il y avait le roi de la bazoche, maître du royaume de la bazoche, et qui établissait des juridictions bazochiales ; mais attendu que le nombre des clercs allait à près de dixmille^ Henri III révoqua le titre de roi. 11 était bien peureux, dira-t-on ; mais souvent les hommes se sont laissé conduire par des mots, et plus loin qu'ils n'auraient d'abord imaginé.

Les armoiries de la bazoche sont trot« écritoires (1). Oh! quel fleuve dévorant, semblables aux noires eaux du Styx, sort de ces armes parlantes, pour tout brûler et consumer sur son pas- Ci) Il existe une Tieille ronde de la basoche, qui n'avait pat moins de quarante

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sage! Quoi, Montesquieu, Rousseau, Voltaire et Buffon ont aussi trempé leur plume dans une écritoire ! Et Thuissier exploitant et récrivain lumineux se servent chaque jour du même instrument !

LXXVIU.

Théâtre bourgeois*

Amusement fort répandu, qui forme la mémoire, développe le maintien, apprend à parler, meuble la tête de beaux vers, et qui suppose quelques études. Ce passe-temps vaut mieux que la fréquentation du café, Tiusipide jeu de cartes et Foisiveté

absolue.

On pense bien que ces acteurs, qui représentent pour leur propre divertissement, ne sont pas assez formés pour satisfaire rhomme de goût ; mais en fait de plaisir , qui raffine à tort. Pour moi, j'ai remarqué que la pièce que je connaissais devenait toujours nouvelle, lorsque les acteurs m'étaient nouveaux. Je ne sais rien de plus fastidieux que d'assister à une troisième et quatrième représentation par les mêmes comédiens. ' Je n'ignore pas qu'on y déchire sans miséricorde les chefscouplets, et qu'oB Toudrait faire remonter à la bataille de Pavie. Toici l'un de cet couplets :

L'encrier, la plume et l'épée Étaient les armes de Pompée; Labazocbe est son héritière,

Elle en est fière I Soldat clerc , le bazochien Est bon TiTant et bon chrétien* Vive Ubezochei A son approche Tout va bien !

Cet encrier, celte plume et cette cpée , n'en déplaise à Uereier« sont * bien pIoB que irois simples écritoires, l'expressiou parlante de cette jeunesse turbulente et aventureuse, toujours prêle à en \enir aut mains, et à laquelle la jeunesse de nos écoles ne saurait être comparée. {^oU fU ^Éditeur é)

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d'œuvre des auteurs dramatiques, qu'on y estropie les airs des meilleurs compositeurs ; que ces assemblées donnent lieu à des scènes plus plaisantes que celles que ron représente : et tant mieux; le spectacteur s'amuse à la fois de la pièce et des personnages. Puis les allusions deviennent plus piquantes; car rhistoire des actrices a la publicité de Thistoire romaine.

On joue la comédie dans un certain monde^ non par amour pour elle, mais à raison des rapports que les rôles établissent. Quel amant a refusé de jouer Orosmane F et la beauté la plus craintive s'enhardit pour le rôle de Nanine,

J'ai vu jouer la comédie* à Chantilly par le prince de Condé et par madame la duchesse de Bourbon. Je leur ai trouvé une aisance, un goût^ un naturel qui m'ont fait grand plaisir. Vraiment ils auraient pu être comédiens , s'ils ne fussent pas nés princes.

Le duc d'Orléans, à Saint-Assise, s'acquitte aussi très-bien de ses rôles, avec facilité et rondeur. La reine de France enfin a joué la comédie à Versailles dans ses petits appartements. N'ayant pas eu Thonneur de la voir, je n'en puis rien dire.

Ce goût est répandu depuis les plus hautes classes jusqu'aux dernières; il peut contribuer quelquefois à perfectionner l'éducation, ou à en réformer une mauvaise, parce qu'il corrige tout à la fois l'accent, le maintien et l'élocution. Mais cet amusement ne convient qu'aux grandes villes , parce qu'il suppose déjà un certain luxe et des mœurs peu rigides. Gardez-vous toujours des représentations théâtrales, petites et sages républiques; craignez les spectacles : c'est un auteur dramatique qui vous le dit.

Parmi ks anecdotes plaisantes que fournissent les amateurs bourgeois, dont la fureur est de jouer la tragédie, je choisirai cette historiette, que je tr ouve dans le Babillard,

«4 Un cordonnier habile à chausser le pied mignon de toutes « nos beautés, et renommé dans sa profession, chaussait le co- ^ thurue tous led dimanches. 11 ô^était brouillé aveo le décora-

« teur. Celui-ci devait pourvoir la scène au cinquième acte, d'un a poignard, et le poser sur Fautel. Par une vengeance mali- « cieuse, il y substitua un tranchet ; le prince^ dans la chaleur « de la déclamation, ne s'eu aperçut pas ; et voulant se donner « la mort à la fia de la pièce, il empoigna, aux yeux des spec- « tateurs, Tlnstrument bénin qui lui servait à gagner sa vie. » Qu'on juge des éclats de rii^ qu'excita ce dénouement, qui ne parut pas tragique.

CMMédto elMidMiilae*

Je ne parlerai pas ici de ces farces irréligieuses où une jeunesse indévote se permet des gaietés très-indiscrètes ; où l'on Toit le prêtre disant la messe, qui va cherchant l'hostie que la souris a emporté pendant le Dominus vobiscum, et déjà à demi croquée. Je ne répéterai point le dialogue de l'abbesse se confessant au cordelier; il faut laisser ces boufi&>nneries sous le Toile qui les couvre.

Je dois parler de certaines petites pièces libres et voluptueuses qu'on vient d'accueillir en secret, comme infiniment propres à débarrasser les femmes de ce reste de pudeur qui les fatigue.

Là, Thalie, comme on l'a tant de fois reproché aux dramatistes, n'est plus une régente, le théâtre n'est plus une école : on eu a chassé toute morale; ce n'est point Tesprit assommant de Ûoral; ce n'est point le jargon quintessencié de la comédie moderne, c'est la peinture aisée d'un riant et facile libertinage; ce sont les caractères à la mode, le goût du jour^ le ton nouveau d'une débauche raisonnée, et qu'on appelle décente.

Un abbé se plaint de la facilité d'avoir des femmes, et de la difficulté d'avoir des abbayes. Les soubrettes chantent des couplets qui font hausser l'éventail, mais pleins de vérités. Des équivoques, des plaisanteries, une corruption bien profonde, le

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