COMÉDIE CLANDESTINE
vice orne de toute la gaieté possible, voilà ce qui distingue ces monodrames qui attestent notre esprit , et la singulière licence de DOS mœurs {i).
Les romans de Grébillon fils sont chastes, en compai'aison de ces petites pièces, où la dérision de la vertu et Toubli des principes sont affichés au point que Tauteur, quoiqu'il imagine, ne scandalise jamais Tauditoire. 11 est toujours plus dépravé que le poète.
Ces monodrames font sortir le talent pittoresque de nos bouffons. Ainsi tous les moyens de l'ancienne comédie sont tombés; elle n'est plus que décrépite et froide , auprès de cette muse moderne à Tœil vif et hardi, au ton décidé^ au geste libertin, qui a réponse à tout, qui voit tout avec le sourire dominant d'une malice spirituelle.
Notez que toutes ces femmes dont on peint l'esprit et la dépravation, sont toutes ou comtesses^ ou marquises, ou présidentes , ou duchesses ; et les hommes à l'avenant. Il n'y a pas une seule bourgeoise personnifiée dans ces pièces. 11 n'appartient pas à la bourgeoisie d'avoir ces vices distingués ; le libertitiage roturier est si loin d'un idiome aussi fin , aussi délicat ; il n'est pas digne des pinceaux qui célèbrent les mœurs ingénieuses des femmes de qualité.
On joue aussi dans des salons privilégiés , des proverbes qui tiennent à des aventures récentes et connues. On a besoin de la causticité pour sortir de Tatonie. La simple médisance ne frap-* perait pas assez profondément la victime ; il faut qu'elle expire sous les pointes les plus acérées, et le tout par amusement (2).
(1) Od jagera, par les titres seuls, de la décence de ces pièces , représentées dans la plus haute et la meilleure société ; à Bagnolet, par exemple, sur le petit théAtre du duc d'Orléans : Léandre grosse , VAmanl poussifs Léandre élcUon , de Collé toutes trois. La yérité dans le vtn, passe, et à raison, pour le chef-d'œuvre du genre. Mais quelles mœurs, quel jargon et quelle société 1
{Noté de réditeur.)
(î) 1 Depuis que la fureur de jouer des proverbes, dit Grimm, s'est répandue dans les sociétés de Paris , nous avons vu des facétieui aller de terele en cerde
Voilà donc les atellanes naturalisées parmi nous ; elles ne se présentent point sur les théâtres publics. Tout à la fois licencieuses et impudentes, elles ne sont dans Tombre que pour exciter plus vivement la curiosité. Les lois ne peuvent les interdire ; c'est une jouissance pour ces êtres blasés, qui croient aviver ainsi leur âme abâtardie. Mais, malgré tant d'efforts, le rire du libertinage ou celui de la méchanceté ne sera jamais le bon rire. J*en préviens les auteurs et les auditeurs.
Le peuple, qui a besoin d'amusements, s-y précipite en foule; mais ces théâtres sont ceux qui mériteraient le plus FaUention du magistrat^ et les pièces devraient être des compositions agréables et morales ; car il n'y a pas d'opposition entre ces deux mots, quoi qu'en disent les poètes corrupteurs.
Pourquoi ces pièces sont-elles pour la plupart basses, plates^
contrefaire des gens ridicules et bien connus, et représenter de ces petits drimes dont ils donnaient ensuite le proverbe à deviner aux spectateurs. Cette manière de contribuer à l'amusemeot de la société n'est pas précisément le chemin qui mène à la considération, mais elle doune une sorte d*existence à Paris , et Faecès auprès de la bonne compagnie, où cette classe de personnes n'aurait jamais figuré sans l'amusement qu*elle procure. Nous avons vu briller, pendant un certain temps, une mademoiselle Delon , de Genève, qui avait épousé ici un gentilhomme, et se faisait appeler la marquise de Luchet. M. le comte d'Âlbaret était un autre acteur principal de ce gehre. Un commis dans les fourrages, homme original et plaisant , qui contrefait les Anglais dans la perfection, et qui est généralement connu "i Paris sous le nom de milord Gor, était aussi de cette troupe, qui se mêlait quelquefois avec Préville et Bellecour, de la Gomédie-Française> excellents en ce genre, lesquels amenaient encore avec eux l'avocat Coqneley de Chaussepierïe , qa*on dit sn« blime... » La vogue qu'eurent ces folies donna l'idée de composer des pièces régulières de ces scènes décousues , et que l'on improvisait séance tenante. Ce fut Carmootelle qui , le premier, s'avisa de réduire ces amusements en système et écrivit des Proverbes dtamaliçues. Collé, Théodore Leclerc et Alfred de Musset sont les classiques de ce genre éphémère qui devait tomber avec le goÀt des théâtres de société, et qui serait mort, à l'heure qu'il est , sans le succès incroyable du CaprUe, et de // faut qu'une porte eoil okvette ou/etmëè, ( Note de ridUeur. )