‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 97 sur 146 · FOIRE SA1NT*GERMAIN · texte numérisé non relu

FOIRE SA1NT*GERMAIN

ordarières ? C^est qu^une poignée de comédiens ose dire qu'il n^appartient qu*à eux de représenter des pièces raisonnables; c*est qu'on les soutient dans cette ridicule prétention; c'est qu'à la suite de cette incroyable et honteuse législation , le peuple est condamné à n'entendre que l'expression du libertinage et de la sottise. Et voilà où aboutit la police des spectacles chez un peuple renommé par ses chefs-d'œuvre dramatiques.

Les parades qu'on représente extérieurement sur le balcon comme une espèce d'invitation publique, sont très-préjudiciables aux travaux journaliers, en ce qu'elles ameutent une foule d'ouvriers <{ui , avec les instruments de leur profession sous le bras^ demeurent là la bouche béante, et perdent les heures les plus précieuses de la journée.

Les figures en cire du sieur Gurtius sont très*célèbres sur les boulevards , et très-visitées ; il a modelé les rois , les grands écrivains, les jolies femmes^ et les fameux voleurs ; on y voit Jeannot, Desrues, le comte d'Estaing et Linguet; on y voit la famille royale assise à un banquet artificiel : l'empereur est à côté du roi. Le crieur s'égosille à la porte : entrez, entrez, messieurs ; venez voir le grand couvert^ entrez^ c'est tout comme à Versailles (1). On donne deux sous par personne, et le sieur Gurtius fait quelquefois jusqu'à cent écus par jour, avec la montre de ces mannequins enluminés.

(1) Ce petit bonhomme rabougri, qui aouonçaitle spectacle d'une voii cbeTrotante à la porte dn théAtre de M. Séraphin, aura été le dernier crieur ou aboyeur. Pleine licence était accordée à l*aboyeur dont la rédaction et le style ne péchaient point d*ordinaire par le manque de fantaisie et d'originalité. Le crieur de Nieolet n'était pas le moins prodigieux de ces tentateurs gagés. Voici Tune de ses annonces : ■ Entrez , Hessienn, voir le grand festin de Pierre ;}ll, Constantin remplira le r61e de Don Juan, et sera précipité dans les enfers, avec toute sa garde robe, • Le moyen de résister i de pareilles séductions ! Le théAtre de Nieolet ne désemplissait pas.

{Note deVéditeur,)

F«lre Sainè-C&ermalii*

Les spectacles des boulevards sont obligés d'aller à cette foire, à laquelle on devrait bien donner une entrée spacieuse ; car il il n'y a qu'une porte étroite dont le terrain descend encore en pente. Il faut que toutes les voitures et les fantassins pêlemêle passent par ce dangereux sentier.

Là, des hommes de six pieds, montés sur des brodequins , coiffés comme des sultans, passent pour des géants. Une ourse rasée, épilée, à qui Ton a passé une chemise^ un habit, veste et culotte, se montre comme un animal unique, extraordinaire. Un colosse de bois parle, parce qu'il a dans le ventre un petit garçon de quatre ans. Il faut la révolution de plusieurs années pour amener à Toeil du naturaliste quelque chose digne de son attention. La charlatanerie grossière est là sur son trône. Le saltimbanque effronté a obtenu le privilège de duper le public ; il a payé ce privilège, qu'importe ensuite qu'il donne des gourdes au parisien ? On le connaît si bonnace, qu'on sait d'avance qu'un faux merveilleux le transportera non moins que s'il était véritable.

Les salles des farceurs sont presque toujours remplies. On y joue des pièces obcènes ou détestables, parce qu'on leur interdit tout ouvrage qui aurait un peu de sel^ d'esprit et de raison. Quoi, voilà un théâtre tout dressé, un peuple tout assemblé^ et l'on condamnera les auditeurs à n'entendre que des sottises, tandis que notre théâtre si riche devrait être considéré comme un trésor national ! Et pourquoi appartiendrait-il exclusivement aux comédiens du roi ?

Quoi, Dugazon serait l'héritier de Corneille ! Quoi, ces chefsd'oeuvres que tout l'or des souverains ne saurait faire renaître, demeurerait en propre à une poignée de comédiens ! Quoi, ils n'appartiendraient pas essentiellement à tous ceux qui se sentent l'âme et le talent de les faire valoir! Quoi, l'auteur aurait

COMÉDIENS ITALIENS. îtô

pu avoir une autre idée que de répandre partout ses productions et sa gloire ! Quoi, sacrifier l'art à Tîntérêt passager de l'acteur, ne donner qu'un point resserré au génie, l'obliger à prendre tel organe, l'asservir à Tinstrument qu'il anime ; et quand j^ai composé, je donnais donc mes pièces à une seule troupe ! Brûlons nos pièces.

Le grand duc de Toscane, qui possède le véritable génie d'un législateur, parmi une foule de lois utiles et conçues dans une haute sagesse, a donné à tous les théâtres la liberté absolue du choix des pièces; certain que la concurrence et l'émulation serviraient ce bel art beaucoup mieux que tous les règlements qu'un petit esprit de classification a établis parmi nous pour lui ôter son essor et sa, grandeur.

Là enfin on voit (et qu'importe le lieu?) le célèbre Gomus, homme doué du génie le plus souple et le plus inventif, et qui, sans les éludes ordinaires, doit tout à la sagacité rare qu'il a reçue de la nature. Ce physicien fécond en découvertes , en étonnant nos regards, exerce et surprend notre intelligence. 11 faut bien se garder de le confondre avec les faiseurs de tours dont il est environné. Quiconque l'aura vu, ne tombera pas dans cette erreur grossière : non-seulement il est l'émule de ceui qui étudient la nature; mais il a droit encore à un rang distingué parmi les plus habiles scrutateurs de ses phénomènes : les merveilles qui s'opèrent sous ses mains industrieuses, valent bien quelques pages systématiques écrites en beau style.

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Tout en conservant ce titre, ils ne représentent plus aucune pièce italienne, où, pour mieux dire, ces cannevas où Carlin a si souvent déployé un jeu assaisonné de tant de grâces naïves et piquantes. Us sont rentrés dans le droit de donner au public

dés pièces morales et intéressantes : droit dont ils n'abusent point, il faut l'avouer ; mais les pièces à vaudevilles ayant pris faveur, ils ont obéi au goût momentané de la capitale. Ils se piquent de servir le public avec un zèle infatigable, on les voit ardents à le récréer de nouveautés « n'épargner ni soins ni peines. Leur désintéressement est rare. Ils ne lésinent point sur les décorations ni sur les babillements ; jaloux de donner aux représentations le plus grand éclat. Ils ont un tact assez sûr pour la musique vive» légère, expressive ; mais ne savent pas encorejugerles comédies d'une manière aussi juste; cela viendra.

Les pièces à vaudevilles occupent donc presque exclusivement ce théâtre depuis dix-huit mois. Gomme tout succès touche à un excès, il est à craindre que ce théâtre ne s'infeste de rébus^ de eoupleis trop Hbres, d'équivoques^ etc. Pourquoi faire baisser les yeux aux grâces ?

Ces jolis riens oi&ent des tableaux naïfs et ne sont pas dépourvus de gatté; mais il est à craindre que ces bluets, nés dans un champ fertile, n'étouffent les épis nourriciers, substantiels et à la tête dorée.

Les auteurs avaient cru pouvoir éta))lir sur cette scène un second théâtre national ; ils n'ont pas réfléchi que Tart du chant excluait presque toujours celui de la déclamation, et que les pièces vraiment dramatiques avaient un caractère trop profond pour s'allier à la l^èret^ de ces petites pièces, la plupart vides de sens. L'ariette et le vaudeville tueront toujours Marivaux et ses successeurs.

LXXXni;

Les spectateurs du théâtre français commencent enfin à sent^ l'uniformité et la ressemblance de ces plans étroits^ de ces caractères répétés qui laissent un vide et impriment une

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