‹ Tableau de ParisChapitre 107 sur 154 · PORTE-CHAISE D'AFFAIRES · texte numérisé non relu

PORTE-CHAISE D'AFFAIRES

pr xnée et en habit de velours, qui dit a 1 huissier . J e viens îairePmon s^ice: il entre, et se tient debout dans un coin,

U ïraonn?dPerivSoir une figure qu'il ne connaissait pas amande Quel est cet homme ? on se regarde ; on dit qu on Î Teco^att point. Le roi envoie demander au pe« nuel il est ? L'inconnu répondit en s'mclmant, qu il avait Phonneur d'être le porte-chaise d'affaires de sa majesté ^"service ne l'appelait à la cour que ^'f^™ médecine que l'avis lui en était toujours donne par 1 apo tocake 'parce que leurs fonctions étaient nécessairement SéSrX, et qu'il attendait respectueux Le™, instruit et satisfait, lui fit dire de rester, et lm continua

puis il revint à Paris signer dans ses contrats le tre pom peux d'officier du roi. Il est inutile de due qu il y a des privilèges attachés à sa charge.

I es princes qui commandent à tout, obéissent à l'éti-

LEquPe te : le'pWlosophe sourit de cet étrange esclavage , ; e

quand U voit les princes enchaînes eux-mêmes dans le

% entraves d'un vain cérémonial, il reconnai ^[^

Î5Ô TABLEAU DE PARlè

même ne permettent pas au comédien de reprendre son attitude naturelle.

L'étiquette établie dans les cours demanderait les pinceaux d'un Rabelais : mais les princes eux-mêmes ne doivent-ils pas être étonnés de suivre avec tant de ponctualité les ordres d'un être fantastique ?

Les princes, au milieu de gens faits pour le^; servir, attendent quelquefois patiemment que leurs souliers soient mis, parce que l'officier qui, par sa charge, a droit de chausser le pied du prince, ne se trouve pas présent. Cette sujétion bizarre fait, des princes, des hommes asservis à des coutumes singulières.

On a vu en Espagne un sujet fidèle condamné à perdre la vie, parce qu'ayant sauvé d'un incendie une reine en chemise, il avait été obligé de la porter entre ses bras. %s*~£à-C Manger avec un prince est une chose que l'étiquette repousse : il conversera avec vous, vous lui serez utile et agréable ; mais manger sur la même nappe vous est interdit ; sa volonté expire dans le domaine borné par la circonférence d'une table.

C'est l'étiquette qui préside à la naissance d'un prince. , ,Tous les grands officiers de la couronne sont là. C'est l'étiquette qui voudra qu'après sa mort on lui serve une table splendide, et qu'on l'interroge, à chaque instant, sur l'état de sa santé.

• Les princes auraient plus de peine à se dérober aux lois de l'étiquette qu'aux lois de la constitution de l'état. Souvent le monarque s'est trouvé dans l'impossibilité de faire un voyage, d'entrer dans une maison, parce qu'il n'avait pu concilier les prétentions respectives de ses serviteurs.

Nous rions en apprenant certains usages de peuples éloignés de nous ; de ce que le roi de Loango, en Afrique, par exemple, prend ses repas dans deux maisons différentes ; de ce qu'il boit dans l'une, mange dans l'autre : et l'habitude nous familiarise avec ces étiquettes, dont l'asservissement est plus encore pour les princes que pour ceux qui les environnent. On dirait qu'ils sont livrés, dès le moment

de leur naissance, à une foule de farfadets capricieux qui arrangent tous les moments de leur vie au gré de leurs fantaisies.

Les pauvres humains vivent de tout cela ; mais je su s fâché qu'on ait banni de la cour le fou du roi. De toutes les charges de la couronne c'était la plus nécessaire. Un naturel enjoué qui avait la liberté de parler, acquérait le droit de dire une foule de choses que les rois n'entendent plus depuis qu'ils ont banni le fou, tristement remplacé par une multitude de fous titrés qui ne le valent pas.

Après l'étiquette vient le protocole. Combien dans le corps d'une lettre faut-il de doigts en blanc ? La suscription est encore une chose importante. Telle lettre doit être en papier de ministre. Louis Armand, père de feu M. le prince de Conti, ayant écrit du camp d' Yron à M. le Régent, le pria, s'il avait manqué au cérémonial, de l'en instruire, avouant qu'il ne le savait pas. M. le Régent lui répondit que le cérémonial n'était pas propre à nourrir l'amitié, et le "pria de lui écrire sans cérémonie.

La sécheresse du protocole met une différence entre les lettres et les simples billets. Il n'est pas toujours aisé pour amener le très humble, très obéissant serviteur. Quand on écrit au roi, l'on ajoute, et sujet. Un prince met sur l'adresse : au roi, mon souverain seigneur. ; et à la reine, ma souveraine dame. On dit au pape : très humble, très obéissant et très dévot fils et serviteur. Le pape répond par un bref en parchemin.

Ce protocole varie peu.

Le protocole veut que, quand on se sert de secrétaires, C$ la cortesia soit de la main du prince.

Le roi de France a vingt-quatre millions de sujets ; il n'y en a pas deux mille qui sussent lui écrire selon les lois du protocole. r-^ /

On appelle le dauphin, monsieur, en lui parlant ; et iJ a \ la qualification de monseigneur, quand on lui écrit.

La suscription, l'enveloppe, tout cela a sa forme.

Quand on écrit à une majesté, il ne faut que quatre ou

cinq lignes à la première page, et que toute la lettre soit de la main de celui qui écrit.

Tantôt la cortesia peut être de la main du secrétaire, tantôt cela lui est défendu.

Tout le monde ne sait pas placer Y altesse sêrénissime, Y altesse royale.

En juillet 1733, M. de Bussi manda que l'impératrice Amélie se plaignait, que dans les lettres des princes et princesses de la maison de Condé, pour la prier de recommander à l'empereur leurs affaires de Naples, la suscription ou cortesia, votre très-humble et très-obéissant serviteur, était de la main du secrétaire.

Il faut éviter envers tout particulier, archevêque ou ministre, l'expression de profond respect, qu'on n'emploie que pour le roi. On dit aux autrësT^oï^c respect, ou bien avec un grand respect.

Il est plus difficile de savoir écrire une lettre dans la véritable précision des lois du protocole, que de faire bien la révérence, et d'avoir un maintien devant un prince.

Et par la même raison que le bourgeois ne saura ni saluer, ni se tenir debout, ni parler à un prince, il ne saura pas lui écrire.

A L'étiquette n'est pas preuve de servitude : les fiers Anglais servent à genou leur roi ; l'étiquette ne porte aucune atteinte à la liberté d'un peuple. Les Français ne sont pas humiliés en s'assujettissant à des fonctions domestiques. Tout ce qui approche du roi prend un caractère de noblesse^

L étiquette a ses minuties ; mais celles-ci tombent de jour en jour : il n'y a que le despotisme qui puisse se faire de l'étiquette un culte.

Un prince du sang est maître- d'hôtel, Ceci n'est pas simplement d'étiquette ; c'est qu'il y a un très gros revenu attaché à cette charge.

C'est l'étiquette qui veut que le roi d'Espagne tutoie tout le monde, à commencer par son frère, tandis que le roi de France dit à son valet-de-chambre vous.

C'est l'étiquette qui place la chaise-percée d'un prince

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au milieu des courtisans à qui il accorde les entrées, et qui fait que tel offre le coton.

Quand on sort de chez le roi ou de chez les princes, on passe le premier, et voilà la civilité, la politesse par excellence ; pourquoi ? c'est qu'en passant le premier, vous faites un avantage à celui qui vient après vous ; vous le \ laissez jouir plus longtemps des regards du prince ; puis )£«-. enfin vous lui sauvez l'embarras de partir le premier.

La feue reine, (1) très scrupuleuse sur l'étiquette, la regardait comme une portion essentielle de la souveraineté. Dans sa dernière maladie, elle tomba dans un évanouissement profond ; on lui présentait quelque chose à boire, une femme dit à ses côtés : elle ne le prendra point. Lorsque la reine fut revenue à elle, son premier mot fut de faire sentir à cette femme l'irrévérence de son expression : elle avait employé le terme vulgaire elle, au lieu de dire sa majesté ; et la reine, toute mourante qu'elle était, la réprimanda de son incivil laconisme.

Quand certains princes se sont fait appeler l'ombre de Dieu, le confm de la lune, le frère du soleil, l'ami des étoiles ; que d'autres, à l'issue de leur repas, ont fait proclamer que tous les autres rois de la terre pouvaient dîner ; que tel autre veut qu'on se prosterne en terre dès qu'il paraît, il n'est ! pas étonnant qu'on ait assujetti les sourires, les regards, , ^y-u^»-* les gestes et les pas, de manière à désigner un air soumis.

L'étiquette qui faisait jadis servir à dîner à des rois morts, subsiste encore de nos jours, et subsistera jusqu'à la fin ce la monarchie : car comment supprimer une coutume si essentielle à son bonheur ? comment refuser à dîner au cadavre royal, quand les officiers de sa bouche ont si bon appétit pour lui ? — A -L Cy*

Pourquoi demander un tabouret, quand on peut avoir un bon fauteuil chez soi ? dit la comédie : et la comtesse qui a ri de ce trait, avec tout le public, postulera, quinze jours après, le tabouret chez la reine.

(1) Marie Leczinska.

Jean- Jacques Rousseau est le premier qui a refusé de x signer, votre très humble serviteur. Mais s'il eût été en place, on l'eût excellencisé, monseigneurisé et principisé malgré lui.

Les prélats du siècle dernier décidèrent, dans une assemblée du clergé, qu'ils s'appelleraient dorénavent grandeur.

Les superlatifs ne sont plus de mode. On n'écrit plus à très haut, très magnifique, très excellent, très brillant, très vénérable ; mais ces énumérations de dignités reprennent place dans le billet mortuaire, et vous apprenez que le très haut, très magnifique seigneur pourrit dans tel coin.

C'est une étiquette d'appeler ses domestiques comme des chiens, en criant à tue- tête : eh ! eh !

C'est l'étiquette qui fait appeler la femme d'un président madame la présidente, et celle d'un maréchal madame la maréchale ; comme si elle rendait la justice, ou si elle conduisait les armées.

Une princesse, à telle heure, voit ses femmes qui entrent, la décoiffent et la déchaussent, bon-gré mal-gré ; elle a beau résister, il faut qu'elle obéisse, et qu'elle suive le courant des affaires.

L'étiquette fut de tout temps, à la cour d'Espagne, une coutume vraiment despotique.

Un misérable régent de sixième, comme on sait, devint cardinal et ministre plénipotentiaire, pour avoir fourni, en cachette, chaque jour une bouteille de vin à la reine d'Espagne, qui aimait le vin ; l'étiquette de son palais ne lui permettait qu'un verre d'eau entre ses repas.

Quel lecteur ne s'amuse pas de voir ceux qui commandent aux autres, se soumettre à leur tour à des lois imaginaires ?

Ce fut donc une grande affaire, de donner à la femme de Philippe V (i), un confesseur, puis un cuisinier français, et non italien ; passe encore pour cette distinction. Plusieurs

(i) Petit-fils de Louis XIV et roi d'Espagne.

membres du conseil voulaient un cuisinier et un confesseur savoyards. Il y eut une autre dispute sur le perruquier du roi. On l'avait fait venir de Paris, parce que les barbiers espagnols ne savaient pas encore faire une perruque ; mais on redoutait, en même temps, que l'indiscrétion du barbier français ne mit dans la chevelure artificielle qui devait coiffer sa majesté, des cheveux tirés de la tête d'un roturier. Or, un roi d'Espagne ne devait porter sur son chef que des cheveux de gentilshommes.

Il fallut batailler longtemps, et gagner le terrain picdà-pied, pour changer quelque chose au despotisme de la religieuse étiquette, dite par excellence Y étiquette du palais.

Les lettres de la princesse des Ursins (i) sur cet objet, sont curieuses. Cette princesse écrivait à la maréchale, mère d'Adrien de No ailles : Je vous supplie de dire que c'est moi qui ait V honneur de prendre là robe-de-chambre. Les plaisants disent aujourd'hui que la robe de chambre d'étiquette de Philippe V, était un vieux manteau court qui avait servi à Charles II ; que l'épée du roi était un poignard, qu'on posait derrière son chevet ; que la lampe était enfermée dans une lanterne sourde ; que les pantoufles étaient des souliers sans oreilles, etc. Il n'y a pas de mal à tout cela ; mais il est bon d'apercevoir ce qui était masqué sous ce cérémonial, que les courtisans d'alors exaltaient avec tant d'emphase.

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