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L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES

1 K l'antiquaire sourit d'un poète moderne qui ne s'ap- L' relie pas Homère ou Euripide. Aristote l'emporte encore sur Descartes et Newton : plus les idées sont anciennes, mieux elles valent : le siècle des Médicis n'y a pas encore droit de bourgeoisie.

Tel érudit ne daigne pas apercevoir la colonnade du Louvre pour parler d'un vieux temple de Ceres, dont il restitué l'entablement, l'architrave, etc. Si l'on perd une bataille, c'est que l'on a oublié la force de la phalange

Macédonienne. , ,, .

Apelle et Zeuxis étaient les premiers peintres de 1 univers car leurs tableaux, à force de vétusté, n'existent plus. Si nous faisons quelque chose de passable, c est par pure réminiscence : les anciens avaient tout dit, tout vu tout deviné ; nous les répétons à notre insu, et par un effet de la métempsycose; car nous sommes une race abâtardie, dégénérée pour les arts : vivent les Grecs.

Notre langue ne vaut pas l'hébreu, qui est une langue sacrée : nous ne commencerons à valoir quelque chose que dans quatre mille ans. ,

Tous ces contempteurs des temps modernes écrivent des in-40. sur les anciens ;. c'est aux anciens à les lire. Ils traduisent les anciens, et ces anciens-là, sous leur plume paraissent bien sots et bien vides. Ils mettent tout Homère en rimes plates, pour en rendre la lecture a jamais impossible, et pour l'admirer sans doute tout seuls D'autres font de mauvaise prose, pour nous faire detestei notre idiome, et pouvoir crier plus haut encore : vivent

les Grecs ! Cela est adroit.

Spanheim(r)s'extasiaitdevoluptésurunemedailleantiqut.

(,) Numismate, né à Genève en 1629, mort en 1710.

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il est bon de regarder une médaille une fois, mais c'est assez. Si c'est à raison d'antiquité, tel rocher est plus vieux que l'alphabet phénicien, transmis ou non transmis aux Grecs. Tel homme de lettres est curieux ; c'est bien fait à lui. si cela l'amuse: mais tel autre ne voit pas sur une médaille la raison d'une excessive volupté. (1)

Les membres de ce corps se nomment académiciens ; mais ce titre est une très faible distinction à Paris, et l'on ne sait trop pourquoi : c'est qu'il faut être de l'académie française pour être un véritable académicien.

Le public, ou plutôt l'opinion, a mis entre ces deux corps un grand intervalle. Il serait facile néanmoins d'opposer l'académie des belles-lettres à l'académie française, si la première voulait s'humaniser un peu avec les belles-lettres, puisqu'elle en porte le nom, goûter de la littérature moderne, réciter quelques vers français, et ne point faire de divorce avec le bel-esprit. Alors tous ces antiquaires passeraient pour des gens de lettres, et l'on s'accoutumerait à dire d'eux, qu'ils ont de V esprit ; le goût prendrait peut-être ensuite, et les quarante seraient dépossédés du privilège exclusif à la réputation et à l'immortalité.

Cette académie ne veut plus, dit-on, que ses membrest passent désormais à l'académie française, parce que c'esr trop de gloire pour un simple mortel, que de réunir sur sa tête les titres opposés de savant et de bel-esprit : il faudra opter, et l'on ne pourra plus servir à la fois les deux maîtresses jalouses et rivales. Point d'accord entre r érudition et les grâces.

(1) Le facétieux Piron a fait une épitaphe assez plaisante d'un de ces investigateurs du temps passé. Elle est peu connue :

Ci-gît un antiquaire opiniâtre et brusque.

Il est esprit et corps dans une cruche étrusque.

s (Note de Mercier.)

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