‹ Tableau de ParisChapitre 137 sur 154 · FILLES PUBLIQUES · texte numérisé non relu

FILLES PUBLIQUES

a tracé le tableau dans son Paysan perverti : les touches en sont si vigoureuses, que le tableau en est révoltant ; mais il n'est malheureusement que trop vrai. Arrêtons-nous, et gardons-nous d'épouvanter les imaginations sensibles ; car les désordres voilés de l'humanité ne sont pas bons à mettre au grand jour.

Disons seulement, que le nombre des filles publiques ne

favorisant que trop le désordre des passions, a donné aux

... jeunes gens un ton libre, qu'ils prennent avec les femmes

les plus honnêtes ; de sorte que dans ce siècle si poli, on est

grossier en amour."

Nous sommes si éloignés de la galanterie ingénieuse de nos pères, que notre conversation avec les femmes que nous estimons le plus, est rarement délicate. Elle abonde en mauvaises plaisanteries, en équivoques et en narrations scandaleuses. Il serait temps de corriger ce mauvais ton ; c'est aux femmes qu'il appartient d'établir la réforme, en ne permettant plus ces propos qu'elles ont été obligées de souffrir, sous peine de passer pour bégueules.

Les passions honteuses et publiques portent avec elles leur contre-poison, et ne sont pas peut-être si difficiles à réprimer que celles dont le dérèglement paraît excusable ; en sorte que je croirais qu'une fille publique est plus près de devenir honnête femme, que la femme galante.

Mais le scandale des fiiles publiques est poussé trop loin dans la capitale. Il ne faudrait pas que le mépris des mœurs fût si visible, si affiché : il faudrait respecter davantage la pudeur et l'honnêteté publique.

Comment un père de famille, pauvre et honnête, se flattera-t-il de conserver sa fille inrocente et intacte dans l'âge des passions, lorsque celle-ci verra à sa porte une prostituée mise élégamment, attaquer les hommes, faire parade du vice, briller au sein de la débauche, et jouir, sous la protection des lois même, de sa licence effrénée ? Le retour qu'elle fera sur elle-même, lui dira qu'il n'y a aucun prix solide attaché à l'exercice de la vertu, et elle se lassera de se combattre elle-même. La raison ne pourra

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