‹ Tableau de ParisChapitre 151 sur 154 · LE CHEVALIER TAPE-CUL · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER TAPE-CUL

Ainsi tout Paris le nomme. C'est un maniaque libidineux ; il se plaît, quand il passe près d'une femme, à lui donner un léger coup de main sur la croupe. Sa main est souple, et ne manque jamais son coup ; il ne regarde pas celle qu'il a touchée, il la devance et poursuit son chemin. Celle qui vient à sa rencontre reçoit le coup dès qu'elle dépasse. La belle croit que c'est un être invisible qui a frappé le bas de son dos. Le chevalier touche de deux mains, à droite, à gauche, la fille et la mère ; car toute chute de reins a pour lui un attrait inexprimable. Jamais son regard, jamais son discours n'ajoute à cette singulière licence ; le coup est si rapide et si mesuré, qu'il ne paraît pas une insulte ; on dirait même d'un hommage quand li rencontre les belles formes de la svelte jeunesse. Mais il ne dédaigne point les massifs attraits des robustes servantes ; il les assimile aux charmes mignards de la jeune fille à la taille déliée. Quand trois femmes marchent de front, il frappe adroitement celle du milieu, et avec tant de subtilité, que celle-ci accuse l'une de ses voisines.

Ce chevalier arpente les rues d'un pas infatigable ; sa course semble éternelle : affublé d'un ample habit gris, on le reconnaît à ses cheveux blanc57~âf'son bras gauche tourné sur la hanche, et toujours prêt à renouveler le passe-temps qui fait sa constante manie.

Il y a peu de femmes marchant à pied qui ne se souviennent d'avoir été légèrement frappées ; et quand elles voient ensuite passer un homme à grosses jambes, qui semble toujours rêver, et qui ne détourne jamais la tête, elles ne peuvent s'imaginer qu'on ne regarde pas du moins celle que l'on touche ainsi.

Mais le coup que frappe cejpersonnage décoré ne dégénère point en attentat ; comme son front n'a rien d'audacieux on ne peut se persuader que sa main ait été téméraire. Celles qui prennent cette marque d'attention pour une injure,

songent que le délit a été si prompt, que ce n'est pas la peine de vouloir s'en fâcher. Le Chevalier Tape-cul promène donc sa bizarre fantaisie dans tous les quartiers, et frappe également le long des rues et des quais les croupes maigres et les croupes rebondies. Il n'a point de prédilection marquée, et l'on ne saurait l'accuser d'une préférence injurieuse, ce qui fait que les femmes de quarante-cinq ans lui pardonnent et prennent même son parti. Sa conduite envers elles a tout l'air d'un souvenir galant. Sans doute, la Vénus aux belles fesses, dans les jardins de Versailles, n'échapperait point à sa main, si elle pouvait y atteindre.

DE BLUNET

p "Était un petit bourgeois de Pans, sans rang, sans for- ^ tune, sans crédit, sans talents spirituels. Eh ! pourquoi en parlez-vous, me dira-t-on ? Attendez, vous saurez pourquoi. C'est que ce Blunet fit à sa femme vingt-un enfants en sept fois de suite ; or il n'y eut peut-être pas dans toute l'antiquité un exemple d'une fécondité si prodigieuse. C'est l'Hercule Parisien que ce Blunet.

Ces enfants tri-jumaux furent baptisés, vécurent les uns plusieurs jours, les autres plusieurs mois ; et il en resta douze des plus forts, tous grands, et en bonne santé.

Comme le public émerveillé ne savait à qui attribuer cette espèce de prodige, et qu'on disputait à qui de sa femme ou de lui on en attribuerait l'honneur, Blunet coucha avécX une servante qu'il avait, et au bout de neuf mois, la fille ) accoucha de trois enfants mâles. Blunet mourut en 1685. C'est dommage qu'on n'ait pas suivi l'histoire de ses descendants; mais alors on avait l'esprit moins porté à l'observation des phénomènes qui tiennent à l'histoire naturelle.

Qu'on se moque encore chez l'étranger de la mollesse des Parisiens ! Ils n'auront qu'à répondre, Et Blunet ! où est parmi vous son pareil ?

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