‹ Tableau de ParisChapitre 31 sur 154 · LONG-CHAMP · texte numérisé non relu

LONG-CHAMP

e mercredi, le jeudi et le vendredi saints, sous l'ancien prétexte d'aller entendre l'office des ténèbres à Long- Champ, petit village à quatre milles de Paris, tout le monde

sort de la ville ; c'est à qui étalera la plus magnifique voiture, les chevaux les plus fringants, la livrée la plus belle.

Les femmes couvertes de pierreries s'y font voir ; car l'existence d'une femme à Paris, consiste surtout à être regardée. Les carrosses à la file offrent tous les états allant, reculant, roulant dans les allées sèches ou fangeuses du bois de Boulogne.

La courtisane s'y distingue par un plus grand faste ; telle a orné ses chevaux de marcassites. Les princes y font voir les dernières inventions des selliers les plus célèbres, et guident quelquefois eux-mêmes les coursiers. Les hommes à cheval et à pied pêle-mêle, confondus, lorgnent toutes les femmes. Le peuple boit et s'enivre ; l'église est déserte, les cabarets sont pleins : et c'est ainsi qu'on pleure la passion de Jésus-Christ.

Autrefois on y courait à cause de la musique. L'archevêque, en l'interdisant, crut rompre la promenade ; il se trompa. Les fidèles promeneurs traversèrent constamment le bois de Boulogne pour se rendre à la porte de l'église, et ils n'y entrèrent point.

Quand le printemps est descendu sur la terre, à cette changeante époque, que le zéphyr souffle, que le ciel est pur, que les bois sont verts, on dirait que l'on va saluer la nature dans son temple, et la remercier de ne nous avoir pas oubliés.

Les femmes ce jour-là ne sont pas la principale figure ; les équipages et les chevaux l'emportent sur elles. Les fiacres délabrés servent à rehausser les voitures neuves et élégantes. Les carrosses modernes, mieux coupés, ont avec moins d'ornements beaucoup plus de beauté que ceux que Ton faisait autrefois ; et moins lourds en tous sens, ils vont avec plus de rapidité.

L'ouvrier sort ces jours-là, met son habit des dimanches, se mêle dans la foule, regarde toutes les jolies femmes ; mais on le reconnaît à ses mains noires et calleuses.

Tandis que les uns se promènent, respirent l'air pur et frais du printemps, d'autres vont dans les églises pour y

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