LE CALVAIRE OU LE MONT-YALERIEN
T^etite montagne à deux lieues de Paris, habitée par des -*■ ermites qui sont en possession de ce lieu depuis quatre ou cinq siècles. C'est pendant la semaine sainte et aux fêtes de la croix un concours étonnant de peuple et de bourgeois de Paris, qui y viennent admirer les chapelles et le grand crucifix où Jésus-Christ est mis en croix entre le bon et le mauvais larron. Tel badaud croit pieusement que ce Calvaire est la montagne même où les Juifs crucifièrent Jésus, et qu'il expira réellement sur ce Calvaire, où le peuple prie et s'agenouille, Il n'a point de connaissance de la montagne Go l gotha, située hors de Jérusalem du côté du septentrion ; il ne sait pas même où Jérusalem était placée : il prend l'imitation pour l'objet réel.
Sept chapelles environnent cette croix, et dans chacune est réprésenté quelqu'un des mystères de la passion. Des figures en plâtre de grandeur naturelle frappent le peuple de componction. Le statuaire a donné aux Juifs et aux bourreaux des mines rébarbatives, qui font sangloter la multitude.
Il y a quelques années qu'il se faisait des pèlerinages nocturnes la nuit du jeudi au vendredi saints. Quantité de femmes, de couturières, de jeunes filles accompagnées
de pèlerins chargés de croix, traversaient le bois de Boulogne et gravissaient avec ferveur la montagne un peu haute et rude. On a réprimé avec sagesse ce que cette piété avait de suspect. Aujourd'hui les pèlerines et les pèlerins, cahotés dans une charrette pour leurs cinq sols, s'y rendent pendant le jour. On y entend la messe, et Ton redescend ensuite dîner gaiement dans les cabarets de Suresne. Les pèlerinages eurent en tous temps plus d'une utilité ; et la population de la France doit infiniment au P. Duplessis (i), grand planteur de Calvaires.
Les vues des terrasses du Mont-Valérien sont uniques pour leur étendue et pour la beauté des objets qu'elles offrent. On y découvre les beaux paysages des environs de Paris, le vaste canal de la Seine, ses détours, et les villages qui décorent ses rives.
Un confesseur ayant ordonné à son pénitent, pour l'expiation de ses fautes, de faire un pèlerinage au Calvaire avec des pois dans ses souliers, celui-ci, trouvant la tâche trop pénible et voulant toutefois obéir, les fit cuire au premier bouchon, et continua ainsi son chemin. Ainsi le petit comme le grand sait composer avec la loi et sa conscience. Qui n'a pas fait cuire ses pois î
On fait des retraites dans la maison des prêtres et chez les ermites qui y sont établis. On y jouit d'un bon air, d'une vue magnifique ; et le corps s'en trouve tout aussi bien que l'âme.
RUE PLATRIERE (2)
Jean- Jacques Rousseau a parlé assez souvent dans ses écrits des beaux paysages du lac de Genève, des forêts, des lacs, des bosquets, des rochers, des montagnes dont l'aspect parlait puissamment à son âme. Son imagination ne
(î) Historien, membre de la congrégation de Saint-Maur. Fut bibliothécaire de la ville d'Orléans (1689- 1767).
(2) Cette rue allait de la rue Coquillière à la rue Montmartre.