PORTES-COCHÈRES
PORTES-COCHERES
Les gens qualifiés font jeter, pendant leurs maladies, du fumier devant leurs portes cochères et aux environs, pour que le bruit des carrosses les incommode moins. Ce r^W privilège abusif change la rue en un cloaque affreux, pour peu qu'il ait plu, et fait marcher cent mille hommes en douze heures, dans un fumier liquide, noir et puant, où l'on enfonce jusqu'à mi-jambe. Cette manière d'empailler toute une rue, rend les voitures plus dangereuses, en ce qu'on ne les entend pas.
Pour épargner quelque cahot bruyant à une tête malade ou vaporeuse, on expose la vie de trente mille fantassins, dont la cavalerie se moque, il est vrai, mais qui ne doivent pas expirer sous les roues silencieuses d'un carrosse, parce que M. le marquis a eu un accès de fièvre ou une indigestion.
Socrate allait à pied ; Horace allait à pied. (Ibam forte ma sacra, sicut meus est mos.) Jean- Jacques Rousseau allait à pied.^Qn/un Jourdain (ijjnoderne, qu'un faquin ait une berline an^aîse~èTlîhë^Q^^o^hére.; à Ta bonne~h~eure ; qu'il ha^ . , éclabousse Tes passants ; eh bien ! l'on s'essuie : mais qu'il ne nous écrase pas dans la fange, parce que ce n'est point un crime digne de la roue, que de savoir se servir de ses j ambes, ou de rêver un peu dans son chemin.
Souvent les portes cochères vomissent des voitures qui sortent à l'improviste, et qui coupent la rue rapidement et transversalement ; de sorte qu'il est impossible de se garantir de ce brusque danger : on se jette dans le péril, ne sachant si elles tourneront à droite ou à gauche. Ne pourrait-on pas obliger les portiers à prévenir les passants, et à siffler d'une certaine manière : ce qui serait un signal conservateur. Il y a moins de danger quand les voitures rentrent, parce que le laquais fait sonner le marteau à coups précipités ; et l'on est averti.
(i) Principal personnage du Bourgeois Gentilhomme, de Molière.
/ Il est presqu'ignoble de ne pas demeurer en portel cochère. Fût-elle bâtarde, elle a un air de décence que n' obtient jamais une allée. Celle-ci conduirait à l'appartement le plus commode, qu'elle serait proscrite, fût-elle encore j^f large, propre et bien éclairée. Il y a des portes cochères obscures, embarrassées par des équipages, où l'on risque de donner de l'estomac dans le timon et dans l'essieu. Eh bien ! l'on préfère ce passage étroit à cette voie roturière qu'on appelle allée. Les femmes du bon ton ne vont point visiter ceux qui sont logés ainsi.
Les portes-cochères sont fort utiles à ceux qui ont des dettes. Les exploits s'arrêtent à la loge du portier ; les huissiers ne vont pas plus loin ; et quand ils en viennent à une saisie, l'exécution n'a lieu que sur les misérables effets qui garnissent la loge. L'huissier pénètre l'allée jusqu'au septième étage, et il ne franchit jamais le seuil de la porte cochère. Voilà de singuliers usages, et qui n'en régnent pas moins : que l'on s'étonne encore après cela de la défaveur des allées bourgeoises.
Ce qu'elles ont vraiment d'incommode, c'est que tous les passants y lâchent leurs eaux, et qu'en rentrant chez soi l'on trouve au bas de son escalier un pisseur qui vous regarde et ne se dérange pas. Ailleurs, on le chasserait ; ici, le public est maître des allées, pour les besoins de nécessité. Cette coutume est fort sale, et fort embarrassante pour les femmes.
*Ljx?