ANCIENS RACOLEURS
C'étaient des soldats travestis, qui, après avoir employé la ruse pour enrôler des jeunes gens sans expérience, avaient recours à des violences de toute espèce.
Des lieutenants de fortune, ou des bas officiers, envoyés de leurs régiments pour faire recrue à Paris, récompensaient généreusement ceux qui leur amenaient de beaux hommes : un louis par chaque 'pouce au-dessus de cinq pieds, était le prix courant. Un pareil encouragement devait grossir la troupe des racoleurs : aussi tous les soldats des gardesfrançaises, (avant la restauration de ce régiment, et la belle discipline instituée par le maréchal de Biron) pour qui tirer l'épée et tuer son homme n'était qu'un jeu, étaient reçus dans cette troupe ; mais ils n'en étaient jugés dignes, qu'après avoir attesté leur idonéité par plusieurs meurtres commis selon tous les principes de Y honneur. Cette bravoure farouche était commune parmi eux, pour écarter de leurs manèges tous les soldats des autres régiments, qui auraient prétendu partager leurs profits.
Un grand nombre, travestis en brillants domestiques, gardaient toutes les avenues de la capitale, et allaient au-devant des rustres inexpérimentés, qui, fuyant les ingrats travaux de la campagne, surchargée d'impositions de toute espèce, venaient chercher un maître opulent.
A l'approche d'un de ces malheureux : Où allez- vous, l'ami, lui criait, dès la porte d'une auberge ; le cochersoldat ? Et le rustre, appuyant le coude sur son bâton
blanc, lui apprenait, d'un air niais, le sujet de son voyage
— Je puis vous rendre service ; venez vous rafraîchir
Le bon villageois regarde cette rencontre comme un coup de la Providence." Plein de confiance, il mange beaucoup, boit avantage, encouragé par des propos lestes et gaillards.
— Mon maître, lui dit l'autre, a besoin d'un laquais; vou /