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SUR MERCIER XI

comme catéchisme des institutions républicaines. Cet acharnement contre les idées et les théories de ceux qui, après Voltaire, tentaient d'ouvrir la voie de la liberté aux peuples, cei entêtement à ne pas vouloir reconnaître la valeur de leurs idées, en même temps qu'il se déclarait contre les philosophes et les scientifiques, lui attirèrent cette épithète, qu'il devait garder toujours, de singe de Jean -Jacques. Ainsi Von retrouve, dans cette phase de sa vie, cet esprit révolté qui devait V entraîner malgré la logique et lebon sens. Avant toute autre opinion ilavaitcelle d'être opposé à ce qui avait la faveur du moment. Il était V ennemi du présent, quel qu'il fût. Il est certain qu'après avoir accepté un siège de député à la Convention il ne pouvait rétrograder vers la monarchie expirante qu'il avait lui-même attaquée, mais sonbesoind' opposition lui faisait discuter et réfuter, dans la mesure du possible, les décisions de cette assemblée. Sa vie tout entière révèle ce caractère instable ou, si l'on préfère, très stable dans sa volonté de tout vilipender. Après avoir ridiculisé les Académies et les coteries où les gens de talent venaient perdre leur temps à ériger des lois d' enseignement pour le peuple, il fut heureux de se voir nommé membre de l'Institut et, en 1795, professeur d'histoire à l'Ecole Centrale, inaugurée par la Convention. Ce n'est pas tout, deux ans plus tard il accepte V emploi de contrôleur des loteries républicaines, qui n'étaient que la suite de ces trop fameuses loteries royales qu'il avaii accusées d'être la ruine et l'avilissement du peuple. Enfin, son caractère se caméléonant perpétuellement, il devint réactionnaire vers la fin de la république et, l'Empire proclamé, ne trouva rien de plus spirituel que de redevenir républicain. Peut-être sentait-il, en agissant de ces différentes manières, que son esprit ne gagnerait rien en se

mêlant à celui des partisans du régime de V heure ? Son besoin de critique le désignait comme adversaire du pouvoir et il se laissait aller à son tempérament combatif, franc malgré tout et empreint, reconnaissons-le, d'un grand courage. Son audace d'orateur et d'écrivain lui valut, de la part de Savary, grand chef de la police, la menace d'aller continuer à Bicêtre V étude qu'il avait, sous Louis XVI, consacrée à cet établissement. Il tint tête à ce ministre de V ordre public, ne lui céda pas et garda son allure républicaine. Dès lors il ne changea plus d'opinion, et pour cause ; il attendait un changement de régime. Il le vit pourtant, mais trop tard pour que ses forces physiques V autorisassent à prendre place parmi les nouveaux organisateurs. Il mourut en 1814, peu après la chute de Napoléon, de ce sabre organisé, ainsi qu'il le désignait et dont il avait été un des plus violents adversaires.

Mercier a laissé les œuvres suivantes : L'Homme Sauvage, d'après Pfeill {Amsterdam 1767) ; Songes et visions philosophiques (Paris 1768) ; L'An 2440 ou Rêve s'il en fût jamais (Amsterdam 1770) ; Eloges et discours philosophiques (Amsterdam 17 7 '6) ; Théâtre (Amsterdam 1778-1784, 4 vol.) ; Tableau de Paris (Neufchâtel 1781 ; Amsterdam 1782-1789, 12 vol.) ; Mon bonnet de nuit (Neufchâtel 1784, 2 vol.) ; Portraits des rois de France (Neufchâtel 1783) ; Histoire de France depuis Clovis jusqu'à Louis XVI (Paris 1802, 6 vol.) ; Fragments d'e Politique, d'Histoire et de Morale (Paris, 1793, 3 vol.) ; Nouveau Paris (Paris 1797 et 1800, 6 vol.) ; Néologie (Paris 1801, 2 vol.) Jeanne d'Arc, d'après Schiller (Paris 1802) ; De l'Impossibilité du système astronomique de Copernic et de Newton (Paris 1860) ; Satire contre Racine et Boileau (Paris 1808).

Comme on le voit, Mercier n'a pas publié moins de quarante-trois volumes, auxquels il convient d'ajouter son édition de Jean-Jacques Rousseau qu'il fit en collaboration avec Brizard, ses articles dans les Annales Patriotiques et la Chronique du mois, le Cours de Littérature qu'il termina peu de temps avant ca mort et qui ne parut pas en librairie et un Dictionnaire dont treize feuilles seulement furent publiées. Cet extraordinaire bagage littéraire lui permettait de s'intituler le plus grand livrier de France et de revendiquer l'honneur . d'avoir à peu près tout dit sur les événements, les modes, les coutumes, le mouvement littéraire et artistique de son époque. Nous avons observé qu'il s'était parfois trompé dans ses jugements et que l'avenir devait faire la preuve de plusieurs de ses erreurs. Peut-être ne faut-il accuser, dans ces circonstances regrettables, que cet amour du paradoxe auquel certains auteurs de cette époque se laissèrent aller. On parlait beaucoup, on écrivait davantage, on se répétait malgré soi tout en essayant d'apporter des variantes par la fantaisie et l'ironie. Qui pourra répéter tout l'esprit qui se dépensa aux déjeuners de Grimod de La Reynière où, entre les plats les plus savants et les plus inédits, chacun avait le devoir d'encenser les gastronomes au détriment des mangeurs vulgaires ; où l'amphytrion, petit-fils d'un charcutier, déclarait qu'il n'était point de talent possible chez un mangeur profane ; où, durant V absorption des dix-huit tasses de café qui terminaient le repas, la philosophie, endormie dans le bien-être, s'exerçait avec fantaisie et humour. Le malheureux Restif de la Bretonne, qui eut l'honneur de faire partie de ces agapes, s'exprime ainsi : « Les déjeuners avaient pour but la réunion de tout ce qui avait quelque mérite, soit à la capitale ou dans les provinces. Ils consistaient

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