‹ Tableau de ParisChapitre 62 sur 154 · ENSEVELISSEMENTS · texte numérisé non relu

ENSEVELISSEMENTS

Vui,

SUR cent personnes qui meurent, soixante expirent sans laisser un domestique pour les ensevelir ;. mais il y a dans chaque rue une vieille servante toute ridée qui remplit cet office ; et c'est encore un objet de charité journalière, que le drap qu'on livre pour envelopper tel pauvre trépassé. La vieille servante l'entortille, pour une bouteille de vin, dans le plus mauvais morceau de toile qui puisse se trouver ; même les gens qui laissent de la fortune, ne sont pas mieux traités. On choisit toujours le plus mauvais drap du logis, et par ordre des héritiers et de l'épouse ; puis un valet d'église (i) cloue le mort entre quatre planches brutes en fredonnant une chanson. Des ecclésiastiques en surplis emportent le corps, en chantant le même De profundis qu'ils ont chanté la veille, et qu'ils chanteront le lendemain : pour se désennuyer, ils jasent ou bâillent le long des rues, ou regardent les grisettes.

L'Anglais est toujours enveloppé dans un linceul de flanelle, et il ne descend point au tombeau que lavé et rasé ; les cercueils sont peints et garnis de clous à tête argentée. Les champs de la mort, a dit quelqu'un, sont par toute la terre nourricière du prêtre. Mais les enterrements sont hors de prix sur les grandes paroisses de Paris ; les économes en ce genre doivent se loger sur les petites ; il y a cent pour cent à y gagner.

Les billets pour le convoi portent que le mort sera inhumé dans l'église ; mais on ne fait plus que l'y déposer : tous les

(i) Le petit peuple le nomme croque mort, ainsi qu'il appelle les soldats du guet^ (qu'il n'aime pas à cause de leur aveugle brutalité) tristes à pattes ; ce sobriquet met en fureur cette espèce de milice, qui appesantit alors les coups de bourrade, et qui blesse indistinctement tous ceux qu'elle rencontre : le petit peuple est toujours sur le point de lui faire la guerre. {Note de Mercier). Le guet à cheval a pour sobriquet, les lapins ferrés.

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