‹ Tableau de ParisChapitre 63 sur 154 · ENSEVELISSEMENTS · texte numérisé non relu

ENSEVELISSEMENTS

corps sont transportés, la nuit, dans des cimetières. On n'accompagne le corps que jusqu'à l'église, et les parents et amis sont dispensés aujourd'hui de mettre le pied sur le Bôrd~dé1a fosse humide ; un petit caveau banal les reçoit Indistinctement, et puis ces corps vont trouver le grand air des campagnes. Cette sage et nouvelle disposition a concilié le respect qu'on doit aux morts, avec la salubrité publique : les apparences sont sauvées ; on a l'air d'être enterré dans l'église, dans sa paroisse enfin, et Ton repose véritablement en pleine campagne.

C'est le contraire de ce que le mort a fait de son vivant ; quelquefois pour se débarrasser, à la ville, des importuns et des parasites, il a fait dire qu'il était à la campagne, tandis qu'il restait clos et enfermé chez lui.

A peine un homme a-t-il rendu le dernier soupir, qu'on l'arrache encore chaud de son Ht ; on ne cherche plus qu'à se débarrasser de son corps. La loi terrible et fatale des vingt-quatre heures règne impérieusement dans cette dernière catastrophe de la vie humaine, comme dans les fictions théâtrales qu'adore la nation. Elle ne se départira jamais de ces deux mauvaises et cruelles règles.

On fuit ; on abandonne le corps à un vieillard. Ce vieillard est un prêtre indigent et subalterne, qui garde un mort la nuit, et à qui l'on donne vingt sols et une bouteille de vin. Il ht quelquefois à côté du cadavre, au lieu de l'office des morts, Tibulle ou la Pucelle : familiarité avec le trépas, il veille indifféremment sous son étole la beauté qui n'est plus et le vieillard qui a terminé sa carrière ; le cierge funéraire ne l'attriste pas : tandis que le bénitier est au pied du lit, il tire sa bouteille cachée sous un coin du linceul, et il abrège en la vidant, les longues heures de la nuit.

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