CORBILLARD
'aste char servant aux magnifiques obsèques des princes, où l'on porte à son dernier gîte un grand personnage mis en plomb. Il va au lieu de sa sépulture se reposer, le plus souvent de quels travaux ? des fatigues journalières de la chasse.
La marche lourde et lente de ce corbillard traîné par huit chevaux caparaçonnés et portant le deuil de Son Altesse, quel spectacle bizarre ! Les crêpes du cocher pendent jusqu'à terre. Les chevaux, sous la casaque noire , et blanche qui les couvre, sont indociles à l'ordre des funérailles. Le volume de ce char est élevé et fort ample, comme si le corps qu'il recèle était celui d'un géant, ou d'un homme extraordinaire. Les armes du défunt sont peintes au-dehors d'une manière également large et tranchante.
Mais tandis que le deuil environne ce char funèbre, sous la vaste toile qui est très-épaisse, doublement et triplement tendue, sont des ouvriers en veste, qui jouent aux cartes et au dés sur le cercueil royal pour se désennuyer de la longueur de la marche. Ce que j'avance ici est un fait.
On dirait que ce corbillard est l'image des courtisans qui semblent s'affliger, et que l'étiquette conduit à cette lugubre cérémonie. Les dehors peignent la tristesse ; au- dedans des cœurs est la distraction.
Non, rien ne peint mieux le revers de la grandeur et le néant des représentations humaines, que ces bourreliers, ces garçons selliers, ces charrons qui, commandés pour raccommoder le corbillard en cas d'accident, sont cachés sous la toile tendue, et roulent les dés sur le corps de l'éminent personnage, lorsque tout l'appareil d'un deuil fastueux, les flambeaux, les crêpes, le cortège sacerdotal, les aumôniers à cheval, les timbales voilées font mettre toute la ville aux fenêtres.