‹ Tableau de ParisChapitre 69 sur 154 · CAFES · texte numérisé non relu

CAFES

ON compte six à sept cents cafés ; c'est le refuge ordinaire des oisifs et l'asile des indigents. Ils s'y chauffent l'hivei pour épargner le bois chez eux. Dans quelques-uns de ces cafés, on tient bureau académique ; on y juge les auteurs, les pièces de théâtre ; on y assigne leur rang et leur valeur ; et les poètes y vont débuter, y font ordinairement plus de bruit, ainsi que ceux qui, chassés de la carrière par les sifflets, deviennent ordinairement satiriques ; car le plus impitoyable des critiques est toujours un auteur méprisé.

Tel homme arrive au café vers les dix heures du matin, pour n'en sortir qu'à onze heures du soir ; il dîne avec une tasse de café au lait, et soupe avec une bavaroise : le sot riche en rit, au lieu de lui offrir sa table.

Il n'est p]us décent de séjourner au café, parce que cela annonce une disette de connaissance, et un vide absolu dans la fréquentation de la bonne société.

Nos ancêtres allaient au cabaret, et l'on prétend qu'ils y maintenaient leur belle humeur : nous n'osons plus guère aller au café ; et l'eau noire qu'on y boit, est plus malfai-

santé que le vin généreux dont nos pères s'enivraient: la tristesse et la causticité régnent dans ces salons de

glaces, et le ton chagrin s'y manifeste de toute part : est-ce la nouvelle boisson qui a opéré cette différence ? On courtise^les cafetières : toujours . environnées d'hommes, il leur faut un plus haut degré de vertu pour résister aux tentations fréquentes qui les sollicitent. Elles sont toutes fort coquettes; mais la coquetterie semble un attribut indispensable à leur métier.

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