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CAFES

Les spectacles des Boulevards, à leur exemple, les grands Danseurs du roi, V Ambigu comique, les Variétés amusantes, donnent aussi une représentation gratis dans les mêmes circonstances ; ils affichent de même, relâche pou? le service de la cour, spectacle gratis pour la naissance, etc. ce qui chagrine et mortifie étrangement les comédiens ordinaires du roi, qui ne craignent rien tant que d'être assimilés aux acteurs forains, à peu près comme un procureur au parlement craint qu'on ne le confonde avec un huissier à verge.

On distingue à Paris les planches des Boulevards des planches privilégiées, celles qui portent Jeannot (i) de celles qui portent le gros Dezessarts (2) ; mais c'est une distinction qui échappe au peuple : il range sur la même ligne et dans la même classe tous ceux qui, chantant, déclamant ou aboyant, contribuent à ses plaisirs pour de l'argent.

Il n'y a que le risible peccata du combat du taureau qui n'obtient pas l'honneur d'assembler^è^ûbricgra^s, et de mériter par là les bonnes grâces et le regard de la cour ; mais il doit présenter requête.

TRETEAUX DES BOULEVARDS

e foule y abonde ; ec c'est une raison ae plus pour examiner l'attrait qui portela multitude vers ces théâtres, que chacun dit dédaigner, et que chacun fréquente. Le grand nombre de tréteaux, leur diversité, leur prix modique, des scènes changeantes et perpétuellement renouvelées, tout entraîne le citadin. Eh ! c'est là qu'on peut voir combien la curiosité oisive est surtout affamée de spectacles. Elle demande plutôt du nouveau que du bon.

( 1 ) Acteur jouant les jocrisses.

(2) Acteur d'une extraordinaire corpulence, qui s'était spécialisé dans les rôles de financiers.

TRÉTEAUX DES BOULEVARDS

On voudrait savoir pourquoi dans cette foule de théâtres de toute espèce libres et ouverts, on proscrit toute pièce décente et régulière ; pourquoi un privilège exclusif, dont on n'aperçoit pas l'utilité, ôte au peuple une nourriture agréable et saine, et défend de mêler un grain de raison au breuvage grossier qu'on lui verse de toutes parts.

Les plus plates bouffonneries sont autorisées, et l'on lait haro sur toute pièce qui a l'apparence d'être instructive et morale. Deux comédiens (qui le croirait !) sont les censeurs nés, les rédacteurs en charge, et les mutilateurs sans rappel de toutes les pièces qui se jouent sur les boulevards.

Cette incroyable prohibition, au seul avantage de deux troupes privilégiées, vient de céder cependant à l'intérêt des mœurs et à celui du public.

On a senti qu'il était ridicule de repousser tout à fait la raison de dessus les tréteaux des boulevards, et que le peuple qui courait à ces spectacles était justement celui qui avait le plus besoin de recevoir quelqu' instruction salutaire. On s'est donc relâché de cette loi bizarre qui n'admettait que la sottise et le mauvais goût :*on a permis à quelques pièces raisonnables de paraître sur les tréteaux ; mais il faut qu'elles soient en un acte.

Un auteur qui aurait dans son portefeuille des pièces touchantes et régulières en trois actes, ne pourrait les donner à la troupe qu'il voudrait choisir. On borne, on rétrécit les plaisirs du public, en ne permettant pas à l'art de se faire entendre sur le théâtre de son choix. 1 Ces petits spectacles sont toujours pleins, parce qu'ils n'ont point la gêne des grands. On voit le parti que l'on pourrait tirer de ce goût universel pour les représentations dramatiques, si l'on savait mettre partoutlepublicà son aise.

Il serait beau de présider tout à la fois à l'amusement et à l'instruction publique, en brisant toutes ces vieiiles et misérables ordonnances qui, pour l'intérêt de quelques comédiens, empêchent l'essor du talent et substituent des farces ou des pièces étranglées à des compositions nobles et intéressantes. Et qu'importe à l'état que Tau-

TRÉTEAUX DES BOULEVARDS 91

teur parle sur les planches du théâtre des boulevards, ou sur les planches du théâtre français? Pourquoi rencontre-t-on, au-dessus de l'art dramatique, la main impérieuse qui coupe, qui hache, qui dessèche et qui tue ? Eh quoi ! ne verra-t-on jamais sortir de la bouche du ministère que le mot, je défends, et jamais le mot, je permets ? Sans la massue pétrifique qui frappe tous les arts, le génie des Français aurait déjà surpassé en tout genre ,

les autres nations.

Nicolet a gagné sur ces tréteaux cinquante mille livres de rente ; et son frère qui a fait longtemps le même métier, a mal fait ses affaires. Ainsi deux fameux cardinaux, ministres, eurent des frères qui vécurent obscurément sous la pourpre, et qui n'ont laissé aucune trace dans l'histoire.

Taconnet a fait une partie de la fortune de Nicolet, et il est mort à la Charité. Volanges enrichit les Maltères, et ne s'enrichit pas lui-même. Audinot calcule paisiblement dans son salon, tandis que ses petites actrices lui gagnent de l'argent. Sic vos non vobis. Le boulevard ressemble là-dessus au reste du monde.

Là, on met dans la bouche des petites filles, encore dans l'enfance, des obscénités choquantes, et rien ne révolte plus que d'entendre les expressions du libertinage passer par de si jeunes organes. Jamais peuple, que je sache, n'a offert ce genre de corruption.

Ces petits spectacles sont des lieux de prostitution précoce. L'on voit chez ces farceurs l'étalage scandaleux de toutes les dévergondées et tandis que tous les théâtres décents sont fermés à neuf heures, ces théâtres immodestes sont ouverts la nuit.

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