CARRABAS, POTS-DE-CHAMBRE
(^ui connaît le majestueux carrabas, attelé de huit che- J* vaux, lesquels font quatre petites lieues en six heures et demie de temps. Il mène les gens à Versailles; il renferme
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dans une espèce de longue cage d'osier vingt personnes qui sont une heure à se chamailler avant que de pouvoir prendre une attitude, tant elles sont pressées ; et quand la machine part, voilà que toutes les têtes s'entre-choquent. On tombe dans la barbe d'un Capucin, ou dans les tétons d'une nourrice. Un escalier de fer, à larges degrés, oblige vieille et jeune à montrer au moins sa jambe à tous curieux passant.
Ce carrabas, deux fois par jour, voiture lentement, mais non doucement, les valets des valets de Versailles (1) Tous les enfants qui vont sucer le lait des nourrices Normandes, font leur entrée le lendemain de leur naissance dans le carrabas de Poissy; c'est un choc dur et perpétuel à casser la tête rafermie des adultes.
Quand le carrabas chemine sur la route royale, le leste équipage, ^passant comme l'éclair^ le regarde en pitié. Ce carrabas n'a pas l'air de conduire les gens à une cour brillante. S'il fait soleil, vous y arrivez grillé ; s'il pleut, vous êtes trempé comme une soupe. C'est dans cet état qu'on débarque les Parisiens empressés de voir la majesté du trône, devant le château magnifique et la grille dorée du riche souverain.
Quand cette lourde 'et vilaine cage croise un équipage royal, il n'y a plus d'expression pour rendre le contraste qu'offre le coup d'œil ; il faut en rire malgré soi. On dirait qu'on a voulu conserver la première voiture qui fut imaginée pour rehausser l'éclat et la légèreté des voitures nouvelles. Le bon HenriTVrnravait cependant qu'un coche de cette espèce, et il écrivait à Sully : je m pourrai vous aller trouver d'aujourd'hui, ma femme m'ayaint pris mon coche. Comme deux cents années font absolument changer de face aux mêmes objets !
Il faut entrer dans ce Garrabas, ou dans des carrosses dits
(1) On connaît le mot de Duclos. Quand je dîne*à Versailles, je crois manger à V office ; je n'entends que des valets qui parlent incessamment de leur maître. (Note de Mercier.)
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