DIMANCHES ET FETES
peuple, et même à celle du cœur humain ; car il est très applicable à la logique des passions.
Au reste, les dimanches et fêtes s'annoncent par la fermeture des boutiques. On voit sortir de bonne heure les petits bourgeois tout endimanchés, qui se hâtent d'aller à la grand' messe pour avoir le reste du jour à eux. Ils arrangent un dîner à Passy, à Auteuil, à Vincennes, ou au bois de Boulogne.
Les gens du bon ton ne sortent pas ces jours-là, fuient les promenades, les spectacles, et les abandonnent au peuple. Les spectacles donnent ce qu'ils ont de plus usé ; les acteurs médiocres s'emparent de la scène : tout cela est bon pour des parterres moins difficiles, et pour qui les pièces les plus anciennes "sont toujours des pièces nouvelles. Les acteurs chargent ces jours-là plus que de coutume, et obtiennent de grands applaudissements.
Les bourgeois aisés sont partis dès la veille pour leur petite maison de campagne, voisine de la barrière. Ils y ont ^J^/^^mené leur femme, leur grande fille et leur garçon de boutique, quand on est content de lui, ou quand il a su plaire à madame.
On a porté la veille, dans un fiacre bien plein, toute la provision, et un pâté de Le Sage. C'est le jour des gaudrioles. Le père fera des contes, la mère rira aux larmes ; la grande fille s'émancipera un peu, et se tiendra moins droite ; le garçon de boutique, qui aura acheté des bas de soie blancs et des boucles toutes neuves, honoré du titre de Joli' garçon, fera des gentillesses et déploiera tous les moyens de plaire, attendu qu'il aspire de loin à la main de mademoiselle ; car elle aura bien en dot dix à douze mille francs, malgré ses deux petits frères qui sont en pension, et qui ne participent pas encore aux jouissances de la maison de campagne, jusqu'à ce qu'ils aient remporté un prix au collège. Il ne faut pas les distraire du soin de devenir un jour de grands hommes, lorsqu'ils sauront la langue latine : c'est ce que croient pieusement le père, la mère et toute la maison.