MESSES
N dit par jour quatre à cinq mille messes à quinze sols pièce. Les capucins font grâce de trois sols. Toutes ces messes innombrables ont été fondées par nos bons aïeux qui pour un rêve commandaient à perpétuité le sacrifice non sanglant. Point de testament sans une fondation de messes ; c'eût été une impiété, et les prêtres auraient refusé la sépulture à quiconque eût oublié cet article, ainsi que les faits anciens le prouvent.
Entrez dans une église, à droite, à gauche, en face, en arrière, de côté, un prêtre ou consacre, ou élève l'hostie, ou la mange, ou prononce Vite missa est.
110 TAÈLEAtr DE PARIS
Des prêtres Irlandais se sont quelquefois avisés de dire deux messes par jour ; et vu l'immensité de la ville, le hasard seul a fait reconnaître la supercherie. Un double appétit les forçait à cette double célébration.
Dans le siècle passé, un prêtre du Petit-Saint- Antoine (i) était marié secrètement, et tenait son ménage près de la place Maubert. Il se partageait avec la même ferveur entre l'autel et son épouse. Bon prêtre, bon mari, père de cinq enfants, il s'habillait deux fois par jour, pour tromper les regards et remplir ses doubles fonctions qui lui étaient également chères. Sa félicité fut traversée par un cruel délateur ; le parlement cassa son mariage, et il fut exilé à perpétuité : heureux de ne pas subir une peine plus grave.
L'abbé Pellegrin (2) n'était pas marié ; mais il faisait des opéras tout en disant la messe. Le démon ne présidait pas à ses compositions ; car elles étaient extrêmement froides. kS On fit sur lui ces vers :
Le matin catholique, et le soir idolâtre, Il dîne à l'autel et soupe au théâtre.
Un prince ayant nommé pour son aumônier l'abbé XP***
connu par ses nombreuses et intéressantes productions, lui
?-•( dit à sa première audience : M. l'abbé, vous voulez donc
être mon aumônier ; mais sachez que je n'entends point
de messes. — Et moi, monseigneur, je n'en dis point.
On appellait messe musquée, une messe tardive, qui se disait, il y a quelques années, au Saint-Esprit à deux heures ; le beau monde paresseux s'y rendait en foule avant le dîner. On donnait trois livres au prêtre, parce qu'il était obligé de jeûner jusqu'à cette heure ; la loueuse de chaises y gagnait encore. L'archevêque a défendu cette messe, et
(1) Communauté d'hommes qui avait son établissement dans la rue Saint-Antoine.
(2) Simon Pellegrin, successivement moine, aumônier de vaisseau et homme de lettres, vendait au public des madrigaux, et rit des opéras, des comédies et des cantiques.