INOCULATION
j ongtemps combattue, elle a enfin triomphé. Une suite ■L* constante et non interrompue d'heureux succès en ont fixé parmi nous le règne et les avantages. L'exemple du monarque, de ses frères, de plusieurs princes et de plus de trois cent mille personnes inoculées en Europe sans suites fâcheuses, ont décidé les esprits en sa faveur.
Quand on se rappelle tout ce qui a été dit et imprimé contre cette pratique salutaire, on voit quelle est l'opiniâtreté de l'esprit de parti, combien le corps des médecins s'oppose constamment aux découvertes les plus intéressantes : mais l'on doit sentir aussi, que le temps, de concert avec l'expérience, est le grand maître qui fixe les opinions ; car ce ne sont point les ingrats contemporains, qui récompenseront l'inventeur heureux ; ce sera la postérité.
On a cru faussement que la petite vérole était une maladie purement accidentelle et contagieuse, et qu'on pouvait s'en garantir à force de soins et de précautions. M. Paulet (1), entre autres, a toujours écrit là-dessus d'après
(i) Instituteur irlandais qui, protégé par Louis XVI, fonda en France un établissement d'enseignement mutuel.
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l'idée de la peste. Si on l'écoutait, il suffirait d'établir des lois, des règlements, et de publier des ordonnances de police contre la petite vérole, comme on fait pour l'enlèvement des boues et le balayage des rues.
Cette erreur a conduit M. Paulet à proscrire l'inoculation, et il nous ordonne, pour parer aux ravages de la petite vérole, la séquestration ; mais tout ce qu'il recommande à ce sujet, est absolument impossible et chimérique.
Dans une ville comme Paris, il nous imposera la gêne, la contrainte, l'interdiction de tout commerce et de toute société parmi les citoyens, amis et parents. Cela peut-il se proposer, cela est-il praticable, quand même on voudrait suivre à la lettre cet étrange précepte ?
Puisque, d'après son propre aveu, les traits de ce fléau sont invisibles, que tout leur sert de véhicule, ils se répandront partout, ils franchiront toute barrière ; comment les enchaîner dans tous les instants, dans toutes les périodes de la vie humaine, tandis que l'inoculation nous offre le seul moyen d'anéantir la petite vérole et de sauver à la fois la vie et la beauté ? ce que des expériences multipliées ne permettent plus de contredire.
Que de terreurs chimériques M. Paulet a répandues ! comme avec son érudition il nous a environnés de craintes mensongères ! et qu'il est bon qu'on le raille un peu et à propos de toutes ces productions enfantées dans la solitude du cabinet, où l'auteur accumule mille raisonnements démentis par la foule des faits.
Mais l'inoculation n'est encore en honneur à Paris^que dans les classes supérieures, et chez les personnes opulentes ; elle n'est pas encore descendue chez le bourgeois, chez l'artisan, encore moins chez le pauvre, fr Je me promène dans la Suisse, je vois chaque père de famille attentif à faire inoculer ses enfants dès leur plus tendre jeunesse ; il croirait manquer à un devoir essentiel, s'il s'y refusait par négligence : aussi je vois la génération qui s'élève, belle, fraîche et brillante. Les visages ne portent plus l'empreinte de ce fléau cruel ; tous les fronts ont