MANUFACTURES
Les offices depeseurs de laines, avec celui d'égard (i) au droit du poids du lin,ua droit du filet, dit des trois balances et les six de pesages de saye (2), qui subsistoient à Valenciennes, et qui appartenoient à la ville ; l'établissement de la halle aux laines, de celle aux draps et d'une jurisdiction ditte la Halle Basse, pour juger toutes les contestations qui en dépendoient, ne laissent pas douter combien il y avoit de manufactures de cette espèce.
Le sieur de Salmonsart, mort vers 1 587, rapporte que de son tems, l'on y comptoit plus de 5000 métiers à faire des sayes, reversés (3), changeans (4), gros grains et autres semblables étoffes, auxquelles ont succédé les
(1) Egard, expert.
(2) Saye, étoffe grossière en laine.
(5) Reversés, sorte d'étoffe de laine imitant le satin, qu'on teignait ordinairement en noir.
(4) Changeans, étoffe de soie de deux couleurs, elle devait son nom à la réflection d"une couleur sur lautre.
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baracans (i), qui étoient renommés dans toute l'Europe par leur bonté et leur beauté. Ils subsistoient encore à la prise de Valenciennes parles François, mais la fraude et la manœuvre de la politique, pour attirer cette manufacture dans l'intérieur du royaume, la fit passer à Abbeville, en accusant toujours dans les pays étrangers la fabrication de Valenciennes, quoiqu'elle perdît infiniment en qualité et en bonté.
La fabrique, des toiles, batistes et linons étoit aussi très distinguée par leur qualité et leur bonté, mais depuis le règlement du 12 septembre 1729, qui a confondu marques et dimensions de toutes les fabriques, celle de Valenciennes y est entièrement tombée. Il s'y fait cependant un grand commerce de ces toiles, qui se fabriquent dans la Picardie, l'Artois, le Haynaut, la Flandre et le Cambrésis, mais il s'en faut de beaucoup que ce commerce y procure le même avantage que la fabrique. Et cependant elle est devenue nuisible à l'agriculture dans les campagnes oia elle s'est établie, elle y énerve les habitans et elle y manque souvent de bras ; l'expérience devroit convaincre que dans les pays cultivés, les fabriques ne devroient être réservées qu'aux habitans des villes, pour forcer ceux de la campagne à ne s'adonner qu'à l'agriculture.
La manufacture des dentelles se conserve avec la même célébrité, mais le peu de consommation qui s'en
(i) Baracan, tissu de laine, propre à faire des vêtements, que la qualité et la finesse de la fabrication valenciennoise, faisaient fort rechercher.
fait actuellement par la variété des modes, la rend très languissante.
La fabrique à retordre les fils étoit défendue à Valenciennes par l'ancienne ordonnance, à cause du préjudice qu'elle pouvoit causer à celles de toiles, batiste et linons.
La famille des Mathieu et leurs représentants avoient cependant obtenu successivement le privilège de continuer à retordre, par arrêt du Conseil d'Etat ; cette autorisation donnée à terme pour 20 ans, et dont la dernière est du 14 septembre 1752, échut à pareil jour 1772. Cette manufacture étant tombée en décadence, il s'en est établie plusieurs autres sans privilèges, qu'on a tolérées et même favorisées, à cause de l'abondance des fils, dont le prix étoit tombé si bas, que les fileuses ne pouvoient plus subsister de leur travail.
Il y a des savonniers pour la fabrique du savon noir, qui sert à blanchir le linge, et dont les blanchisseurs de toile, batiste et linons, font un grand usage. Leurs blanchisseries sont si renommées pour la beauté du blanc que les toiles y reçoivent, et les apprêteurs par la perfection qu'ils leur donnent, que beaucoup de marchands des villes de St Quentin, Bapaume, Arras, Douay, Cambray et autres envoyent leurs toilettes à Valenciennes, pour y être blanchies et apprêtées.
Il y a des raffineries de sel gris et blanc, l'usage et le débit du premier y a été défendu par l'arrêt du Conseil du 15 juillet 1679, de crainte qu'il ne s'en fasse des
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versements dans le pays de gabelle ; les arrêtsdes2 3 mars 1720 et 16 juin 1722 contiennent des règlements à ce sujet.
Il y a aussi une raffinerie de sucre brut en blanc, qui a été établie en vertu d'un arrêt du Conseil d'Etat du roy du 20 avril 1740, avec privilège exclusif pendant 20 ans dans tout le Haynaut.
La Ville a toujours f^it sans beaucoup de succès les plus grands efforts pour encourager le rétablissement des anciennes manufactures, en attirer de nouvelles et encourager les arts ; le plus d'avantage qui en est résulté a été pour le blanchissage des toiles et les ouvrages de bonneterie. La manufacture des tapisseries de haute lisse, quoique belles et solides, n'y a fait que naître et disparaître, si celle des bazins a duré plus longtems, ce n'a été que pour profiter des faveurs qui y étoient attachées.
La manufacture de différentes sortes de linge de table damassé, yeux de perdrix, gros grains et autres façons, de toiles de fils et cotons de divers dessins, couleurs et largeurs, autorisée par les arrêts du Conseil et les lettres patentes du 29 septembre 1758, ne donnent pas grande espérance, malgré que des personnes intelligentes y ont pris un intérêt vrayement patriotique ; il en a été de même de quantité d'autres établissements.
En 1782 on a établi une école de mathématiques à la demande de M' Ducroq, écrivain de la place, elle n'est pas encore des plus suivies.