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dans le langage des chrétiens, quand ils avaient ceux à'areœ 1 et de cœmeteria, que comme line tradition de l’usage antique et de la nature primitive de ces souterrains , en sorte que les monuments de la langue s’accordent ici avec l’observation des lieux , pour justifier l’idée qu’on doit se former des Catacombes. Du reste, dans les souterrains dont il vient d’être parlé en dernier lieu , et même dans quelques-uns de ceux qui appartiennent à la plus haute époque de l’occupation chrétienne , tels que le cimetière de Sciint-Calixte , l’irrégularité du plan , qui tient aux anciennes excavations , sert à faire distinguer au premier coup d’œil les carrières primitives des cimetières chrétiens proprement dits , où règne une sorte de régularité dans la direction et l’alignement des allées souterraines; sans compter le mode même de travail et celui de la décoration intérieure , qui n’offrent pas moins de
1 Tertullian. ad. Proc, scctpul. c. ni; Quùm do Areis sepulturarum nostrarum acclamassent .
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différences. On peut donc désigner sur le plan , et reconnaître encore sur le terrain , les Catacombes nonvellss ( Cryptas novœ), cpii ont été ajoutées aux anciennes à mesure que l’accroissement de la population chrétienne rendait ces additions nécessaires. On peut aussi s’assurer à un autre signe , de ces additions faites au plan des Catacombes pri mitives; et voici de quelle manière. Il s’est rencontré en plus d’un endroit des Catacombes , des allées entières comblées de terre ou murées à l’entrée , lesquelles, après le déblaiement, ont été trouvées remplies de sépulcres comme les autres. Or, c’est là un fait grave et curieux , dans l’explication duquel les antiquaires romains se sont entièrement mépris, par suite de la préoccupation systématique qui les dispose à rapporter tous les faits à une donnée unique. Ainsi , on a cru que cet encombrement de terres et cette clôture de cimetières venaient de ce que , dans les temps de persécution , et principalement dans le cours de celle qui eut lieu sous Dioclétien, les chrétiens avaient
coup d'oeil général
voulu soustraire à la profanation les restes de leurs martyrs *. Mais c’était aller chercher bien loin l’explication d’un fait bien ordinaire ; ou plutôt, c’était se refuser à voir ici le résultat nécessaire d’excavations nouvelles, qui avaient fait condamner les anciens caveaux déjà remplis, en y rejetant les terres, produits de ce travail 1 2.
A toutes les raisons que j’ai données de l’emploi fait par les premiers chrétiens des anciennes carrières des Romains , pour y cacher leur vie aussi bien que leur mort , il faut ajouter quelques circonstances particulières que nous ont fait connaître les monu-
1 C’était l’opinion de Buonarotti, Osservaz. su i Filti antichi, ..-etc,, p. xu, suivie par Boîdetti, p. 6-7.
2 L’auteur critique bien à tort les antiquaires romains, puisqu’à leur conjecture très admissible , il n’oppose qu’une autre conjecture, dont il n’allègue aucune preuve : un peu plus loin, l’auteur révoquera en doute la tradition qui attribue aux martyrs condamnés la construction des thermes de Dioclétien , sans appuyer son doute de la moindre raison.
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ments mêmes trouvés dans les Catacombes, d’accord avec l’histoire de la primitive Eglise. On sait que les premiers prosélytes de la foi chrétienne étaient généralement des hommes du peuple. Or, c’était dans cette classe que se trouvaient, à Rome et ailleurs, les ouvriers employés à l’extraction de la pouzzolane; gens qui devaient connaître parfaitement la direction des nombreux souterrains creusés aux portes et aux environs de Rome, et qui pouvaient en rendre tout à la fois l’accès facile à leurs frères et les retraites impénétrables à leurs persécuteurs. C’est d’ailleurs un fait attesté par de nombreux actes de martyrs, qu’en divers temps de persécution, et particulièrement sous celle de Maximien, les chrétiens furent condamnés en masse au travail des carrières (ad arenam fodiendam) 1 ; et c’est une opinion assez générale à Rome, que la construction
1 Ces témoignages, tirés de divers Actes de Martyrs, ont été cités par Bottari, Pitture e Seul., etc., t. I, p. 13; et par Marangoni , Act. S. Victoria. ,
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des Thermes de Dioclétien fut le résultat de ce travail, dû en grande partie à des mains chrétiennes *. On a cru voir, dans une des peintures du cimetière de Saint-Calixte , mais à la vérité sans cpie cette explication me paraisse bien sûre, des chrétiens employés à ce travail des mines 2 ; et un savant antiquaire, le P. Marangoni, explique de cette manière les grandes et spacieuses ailées qui se trouvent dans la partie qu’il a lui-même découverte de la catacombe des SS. Saturnin et Thrason. On pourrait cependant, avec plus de raison , ou du moins avec plus de vraisemblance, reconnaître dans des Catacombes aussi régulièrement taillées et disposées que celle dont il s’agit , l’œuvre de mains chrétiennes travaillant à leurs propres sépultures ; et je doute que la tradition relative à la construction des Thermes de Dioclétien , soit bien fondée , même en attribuant aux Actes des martyrs toute l’autorité qu’ils peuvent avoir. Mais sans entrer dans
1 Boltari, ibid.y t. II. p. 20.
2 Idem, ibid.j t. II, tav. lvii.
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cette discussion , j’admets , comme un fait suffisamment avéré , que la population chrétienne de Rome avait dû acquérir, par toute sorte de voies, par le résultat de ses propres travaux comme par l'effet des persécutions, une connaissance approfondie de ces localités souterraines ; j’en trouverais au besoin la preuve dans les peintures qui ornent encore, en plus d’un endroit, les parois ou les voûtes des Catacombes , et qui sont bien certainement l’œuvre de mains chrétiennes.
On y voit assez fréquemment représentés des personnages, la tête rase , vêtus d’une tunique courte , c’est-à-dire, en costume des gens de la dernière classe du peuple , travaillant à creuser un roc qui surplombe, quelquefois seuls, d’autres fois accompagnés d’un second personnage portant une lampe à la main 1 , signe certain que ce travail s’opérait dans des lieux sombres ou souterrains. Sur l’une de ces peintures, publiée
x Botlari, ibid t. II , tav. xc, xcvin , xcix', c, ci ,
coup d’oeil général
dans la Roma subterranea l 2, le personnage en question est accompagné de son nom , Troftmus , et de son titre de fossor, qui ne laisse aucune espèce de doute sur sa profession. Mais le monument le plus curieux et le plus décisif à cet égard, est une peinture du cimetière de Saint-Calixte 2 découverte et publiée par Boldetti3, et représentant un certain Diogène , qualifié fossor, vêtu de l’espèce de tunique courte nommée gausapé et propre aux esclaves, avec le monogramme du Christ , qui s’y voit brodé , et qui prouve sa qualité de chrétien. Ce personnage tient d’une main l’instrument de sa profession, qui est une espèce de pioche , de l’autre main, la lampe , qui servait à l’éclairer dans son travail; divers autres instruments d’un genre analogue, épars sur le sol, complètent cette représentation et en met-
1 Arringhi, Rom. Subterr t. II, p. 285; Bottari, Pitture e Scnlt., etc. t. II, tav. clxxi.
2 Voyez la planche lre.
3 Boldetti, Osservazioni , etc., lib. I, c. xv, p. 60. Voy. aussi p. 62, tav. ii.
SUR LES CATACOMBES
tent le sens à l’abri de toute incertitude.
Il existe , d’ailleurs , un assez grand nombre d’inscriptions, toutes recueillies dans les Catacombes, et appartenant à des chrétiens de la même profession ; ce qui résulte des mots fossores ou fossarii 1 , qui accompagnent leurs noms2. De plus, nous savons par d’autres monuments du même genre, que c’était de ces sortes de gens que l’on achetait de son vivant la place (locum), pour la sépulture de soi et des siens; et c’est ce qui se lit , pour n’en pas citer d’autre exem-
1 La fonction de creuser les sépulcres et d’enterrer les morts, qui était confiée aux Fossores ou Fossarii ^ n’était pas une profession chez les chrétiens , mais un office de la cléricature. L’auteur aurait dû fournir l’une ou l’autre preuve de son opinion, car elle est contraire aux opinions d’Aringhi (1. i, ch. 15, n° 5 et suiv.) et de Boldetti (Observazion. , 1. i, chap. 15). Ces deux écrivains établissent très-bien que l’office des Fossores a toujours été confié à des clercs. Aringhi remarque qu’il en est fait mention dans une des lettres de saint Ignace, martyr.
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2 Apud Boldett., ibid. , p. 53, 59, 65; et apud Bottar., t. III, p. 132.
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pie, sur une inscription du cloître de Saint- Paul-hors-des-Murs '.Or, ces images et ces inscriptions de chrétiens d’une condition si humble et d’une profession si vile en apparence , peuvent seules nous expliquer une particularité remarquable de l’histoire de la primitive Église ; c’est que le premier titre de cléricature, conféré aux membres de cette Église , était précisément celui de fos sor, ainsi que nous l’apprend l’auteur de l’écrit De septem Gradibus Ecclesiœ , attribué à saint Jérôme, et publié dans le recueil de ses œuvres 2. 11 est clair, en effet, que pour que l’on eût fait un emploi sacré , une des fonctions spéciales de la cléricature , de cette profession de Fossor , il fallait qu’elle
1 Arringhi, Rom.Subterti,t. I, p. Al7. Voy. aussi Muratori, Thés., t. IV, p. 1865, n° 9.
2 Oper. D. Hiéronym., t. IX, Epist. 15 ad Rust. Narhon. Il en est encore fait mention dans la 62e É pitre de saint Augustin. Sur lerang qu’occupaient les Fossores dans la hiérarchie de la primitive Église, voy. Godefroy, ad Cod. Theod 1. xm, t. I, 1. 15 et le P. Goar, not. ad ordinaz. del Lettere , p. 258.
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eût été exercée, dès le principe, à l’usage et dans l’intérêt du Christianisme ; il n’est pas moins évident que , dans les circonstances critiques où se trouvait l’Église naissante, sans cesse livrée aux persécutions et menacée de périls de toute espèce, une profession pareille , plus nécessaire et accompagnée de plus de dangers qu’aucune autre , avait dû constituer , en faveur de ceux qui ne craignaient pas d’en remplir les devoirs en tout temps et à tout risque, un véritable ministère sacré. Ainsi donc, le travail de creuser les Catacombes , d’y préparer les sépultures des chrétiens , et sans doute d’y ensevelir les victimes de la persécution , conférait, au sein de la primitive Église , un titre clérical; et , par une conséquence irrécusable , l'existence de ce titre, rapprochée, dans plusieurs des Catacombes de Rome , de l’image de ceux qui en furent revêtus, prouve que c’est en grande partie par des mains chrétiennes, et à l’usage de sépultures chrétiennes, que ces souterrains ont été réduits en l’état et décorés en la forme où ils se sont retrouvés.
coip d'oeil général
Il est difficile de suivre, dans l’obscurité des premiers temps de l’Église, les progrès toujours croissants de cette société religieuse, réfugiée ou ensevelie au sein des Catacombes. Mais, s’il est permis d’appliquer à ces cimetières les notions qui nous restent concernant d’autres églises qui touchent au berceau même du Christianisme , il dut se former de bonne heure, dans les Catacombes de Rome , auprès du tombeau des premières victimes de la persécution, des sépultures communes aux chrétiens de toute condition et de tout âge. Nous apprenons en effet, par la Lettre circulaire de l’église de Smyrne , concernant la mort de son saint évêque Polycarpe *, que les restes d’un martyr devenaient , dans ce premier âge de l’Église, un objet de vénération, un titre de gloire, un motif d’émulation pour la communauté des fidèles; conséquemment, son tombeau un lieu de rassemblement, un but de pèlerinage. On se réunissait donc à ce tombeau , pour y
1 Voy. celte circulaire dans la collection des Pères a/wsfohgMes de Coutelier, t. Il, p. 300, Antuerp.,1698,
SUR LES CATACOMBES
prier en commun , pour s’y affermir dans la foi en présence de ces reliques sacrées, enfin pour s’y préparer à de nouveaux triomphes dans la pieuse commémoration des victoires remportées sur la persécution : c’est l’idée qui se trouve textuellement exprimée dans la Lettre circulaire que je citais tout-à-l’heure. De là, l’institution des cimetières communs, par le prix qu’attachait chaque fidèle à savoir que ses restes seraient déposés près de ceux des martyrs, et qu’ils participeraient ainsi d’une manière plus ou moins directe aux prières de la communauté tout entière1 ; c’est une intention qui se trouve positivement exprimée, comme éminemment efficace pour le salut des âmes , par le plus savant docteur de l’église latine 2 , par saint
1 C’est de celte coutume de la primitive Église qu’est dérivé l’usage des sépultures dans les églises, qui a régné durant tout le moyen âge, et qui prévaut encore à Rome.
2 D. Augustin., de cur. ger. pro mort., cap. ult. : Quod vero quisque apud riemorias martyrum sepelitur, hoc tantum mihi videtur prodesse defuncto, ut
coup d'oeil général
Augustin. Un autre usage, qui remonte pareillement à l’origine du Christianisme , celui des agapes , ou des festins sacrés qui se célébraient à l’anniversaire de la mort des martyrs et sur leurs monuments mêmes , suppose nécessairement que les Catacombes avaient été appropriées de bonne heure aux besoins d’une pareille institution; et en effet, tant de traces de la célébration des agapes primitives, tant de peintures qui s’y rapportent, tant de fragments de verre et tant d’autres objets qui y avaient matériellement servi, ont été retrouvés dans les Catacombes de Rome, qu’il est impossible de douter que le plan et la décoration de ces cimetières sacrés n’aient été , en beaucoup d’endroits, dirigés d’après cette vue et rapportés à cette intention.
Quoi qu’il en soit , il paraît constant que les Catacombes de Rome, creusées eri partie sous la République, mais laissées alors presque généralement à l’état de carrières,
comir.endans eura etiam martyrum pafrocinio, affectas pro illo supplicationis augeatur.
SUR LES CATACOMBES
avaient été dès le commencement de l’Empire occupées par les chrétiens , et bientôt remplies des monuments de leur culte et des images de leur croyance, puisque déjà du temps de saint Jérôme, les souterrains de Rome étaient devenus un but de promenade religieuse, et en quelque sorte de pelèrinage pour tous les chrétiens de la terre , à cause des innombrables restes de saints et de martyrs dont la dépouille mortelle y avait été déposée. Il nous reste , de ce savant docteur, un témoignage bien curieux de l’état des Catacombes de Rome à l’époque où il les visitait lui-méme dans sa jeunesse ; ce passage, qui peut se vérifier encore aujourd’hui sur les lieux, joint toute la gravité de l’histoire à tout l’intérêt de la circonstance ; car si j’avais à raconter une des courses que je fis dans les Catacombes , je ne me servirais pas d’expressions différentes de celles que je vais emprunter à saint Jérôme 1 : «Quand
1 S. Hieronyra., in Ezech. c. xl : Dura essem Romæ puer, et liberalibus studiis erudirer, solebam cura cæteris ejusdem ætatis et propositi, diebus do-
coi p d’oeil général
« j’étais à Rome , encore enfant et occupé de urnes études littéraires, j’avais contracté « avec d’autres jeunes gens de mon âge, « livrés aux mêmes travaux que moi , l’habi- «c tude de visiter tous les dimanches lestom- « beaux des apôtres et des martyrs , et de « parcourir assidûment les cryptes creusées « dans îe sein de la terre , qui offrent de « chaque côté des innombrables sentiers « qui s’y croisent en tous sens , des mille liers de corps ensevelis à toutes les « hauteurs, et où il règne partout une ob- « scurité si profonde, qu’on serait tenté d’y
mkiicis sepulcra apostoîorum et martyr-uni circuire, crebroque cryptas ingredi, quæ in terrarum profunda defossæ ex utraque parte ingredientiura per parietes habent corpora sepultorum , et ita obscura sont omnia , ut propemodum propheticum illud complealur ; descendunt in inferrmm viventes; et rarô desuper lumen admissum horrorem temperet ienebrarum , ut non tara fenestram , quam foramen dimissi luminis putes. Rursumque pedetentim proceditur , pt cæca nocte pircumdalis illud virgilianum oecurrit : liorror ubique aniraos, simul ipsa silpntia terrent.
SIR LES CATAC051BE8
« trouver l’accomplissement de cette parole u du Prophète : vivants , ils sont descendus U dans l’enfer. Ce n’est que bien rarement u qu’un peu de jour, pénétrant par les ouïe vertures laissées à la surface du sol , adou- « cit l’horreur de ces ténèbres sacrées ; à « mesure qu’on s’y enfonce , en marchant «c pas à pas , et en rampant sur la terre , on » se rappelle involontairement ces paroles de u Virgile : Partout l’obscurité profonde, et le « silence même épouvantentl’imaginalion. » Il serait difficile de décrire aujourd’hui en d’autres termes , et surtout de donner d’une manière plus précise une plus juste idée des Catacombes de Rome, que ne le faisait saint Jérôme dans le passage que je viens de traduire , à une époque où ces souterrains , encore peuplés de tous leurs hôtes etrevêtus de tous leurs ornements , devaient présenter aux regards et à la piété des chrétiens un ensemble de souvenirs et de monuments singulièrement intéressant , un vaste musée funéraire où toute l’histoire des longues et rudes épreuves du Christianisme se trouvait
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écrite dans d’innombrables listes des noms de ceux qui en avaient été les héros ou les témoins. A la vérité, ce qui faisait, du temps de saint Jérôme, le principal intérêt des Catacombes, en a disparu, depuis tant de siècles que la religion y a puisé et que le temps y a détruit tout ce qu’y avait déposé la piété des premiers âges. Mais il y a dans cette localité, même nue et dépouillée comme elle nous apparaît, dans le deuil de ces solitudes profondes, de ces sépultures vides , où l’image de tous les effets de la vétusté se joint à celle des premiers jours du Christianisme, unesource d’impressions saisissantes, que la parole ne peut exprimer. Il faut être descendu dans ces immenses cryptes, dans celles du moins où la circulation n’a pas été rendue trop pénible, pour qu’on ne puisse s’y livrer avec quelque sécurité aux émotions qu’on y éprouve ; il faut avoir vu les Catacombes , les avoir parcourues avec un guide intelligent, ou seul avec ses souvenirs , pour se faire une idee de l’impression qu’elles produisent. Plusieurs des roules qui s’y proion-
SLR LES CATACOMBES.
gent et qui s’y croisent dans tous les sens, ont un mille et plus de longueur ; dans celles dont les parois latérales n’ont pas été dépouillées de tons leurs anciens ornements , l’imagination n’a véritablement aucun effort à faire pour croire qu’on s’y promène dans une ville immense, entièrement peuplée de morts. De loin en loin, des carrefours, des espèces de places publiques, qui se présentent avec des monuments d’un ordre plus élevé, ou d’un volume plus considérable, quelquefois même avec de petits temples, modèles primitifs des églises chrétiennes, avec des puits ou des citernes , ajoutent à l’illusion que cause l’aspect de ces cités souterraines ; la silencieuse horreur qui y règne rend les idées qu’on y porte et les impressions qu’on y reçoit aussi pénétrantes, aussi profondes , que ces retraites même que s’était creusées , dans les entrailles de la terre , une religion proscrite et persécutée.
D’après tous les faits qui viennent d’ètre exposés, on a pu juger que le primitif, le principal usage des Catacombes avait été d’y
COUP D*OEIL général
déposer les restes des chrétiens à l’abri de tout outrage et de tout mélange avec des cendres profanes. Mais il résulte encore des monuments mêmes qui les décorent, que ces souterrains servirent aussi de lieux de réunion aux premiers chrétiens , soit dans les temps de persécution, soit en des temps postérieurs, et même à l'époque où le Christianisme triomphant sur la terre et assis sur le trône , trouvait , en honorant son berceau, un moyen de plus d’ajouter à sa puissance morale. Il se rencontre effectivement dans presque toutes les Catacombes , des salles (cubicula) , quelquefois assez spacieuses, d’une forme plus ou moins régulière, qui n’ont pu servir que pour les réunions nommées synaxes , ou pour la célébration des mystères sacrés , qui constituaient cette partie de la discipline arcanique de la primitive Eglise , dont les indices s’y montrent encore de toutes parts. Ces salles, habituellement privées de jour extérieur, étaient éclairées par des lampes suspendues à la voûte , dont quelques-unes y ont été effectivement trou-
SCP, LES CATACOMBES,
vées en place 1 ; ou bien, elles étaient insérées dans de petites niches ( loculi ), qui s’y rencontrent aussi par centaines. D’autres fois , ces lampes étaient placées sur des tuiles ou sur des fragments de marbre scellés en saiîiie dans le tuf ou dans le mur, en guise de petites consoles. Quelques-unes des salles en question recevaient du jour par une ouverture de la voûte donnant sur la campagne; c’était ce que l’on appelait cuhicula clam 2; les soupiraux qui se rencontrent encore de loin en loin au-dessus des Catacombes, et qui rendent parfois si dangereuses les promenades solitaires dans la campagne de Rome, ont été, sans le moindre doute , pratiqués à cette intention , mais en des temps postérieurs à la primitive occupation. Ces sortes d’ouvertures supérieures sont désignées dans quelques actes de martyrs par les mots luminare cryptœ 3; on a
1 Bottari. Pittur. e Scult., etc., t. I, p. 17.
2 Idem, ibid.y t. 1, p. 10, et t. II, p. 160.
3 C’est dans les 4ctes des SS. Marcellin et Pierre , à l’occasion du martyre de sainte Candide, que se
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des exemples de chrétiens précipités vivants dans les souterrains de Rome par cette voie , et qui trouvèrent ainsi la mort au sein de ces mêmes Catacombes oùles attendait la sépulture. Mais la plupart des soupiraux en question n'ont été manifestement ouverts que dans des temps très-postérieurs aux persécutions, alors que l’Église n’avait plus à craindre de célébrer publiquement ses fêtes et ses cérémonies sacrées ; car il est évident que si les Catacombes eussent admis la lumière extérieure par des jours multipliés , à l’époque où elles servaient de refuge aux chrétiens persécutés , il ne leur eût pas été possible d’échapper, dans ces souterrains , aux recherches de leurs ennemis. On observe d’ailleurs assez fréquemment, dans les cimetières à plusieurs étages, de ces sortes d’ouvertures qui correspondent de l’étage
trouve le passage suivant : Sanctam vero Candidatn atque virginem } per prœcipitium } id est per lurainare cryplæ jactantes } lapidibus obruerunt. Ces Actes sont rapportés dans le recueil des Bollandistes, 2 juin , n° 10, p. 175.
SUR LES CATACOMBES
inférieur à celui d’en haut privé de toute espèce de jour : d’où il suit qu’elles n’ont pu être pratiquées ici dans le dessein de faire pénétrer la lumière. Quoi qu’il en soit, les salles creusées dans les Catacombes, avec ou sans fenêtres, avaient besoin d’être illuminées par la clarté des lampes , pour qu’on pût y accomplir en tout temps les devoirs de la piété et les mystères de la religion. De là, l’immense quantité de lampes trouvées dans ces cimetières, lesquelles sont au premier rang des objets d’antiquité chrétienne qu’on en retire. De là aussi, sans npl doute, l’usage qui s’est maintenu dans l’Église de cierges allumés pour la célébration des saints offices 1 , usage qui rappelle encore aujour-
1 Sur l’usage des cierges , dérivé de ce qui se pratiquait dans les Catacombes, et suivi dans la primitive Église , nous avons le témoignage de -Prudence, Peristeph yHymn. n : nocturnis sacris adstare fîxos cereos ; et celui de S. Paulin de Noie, Poëm. xvm, v. 96-98 :
Clara coronantur densis altaria lychnis;
Lumina ceratis adolenlur odora papyris;
Nocte dieque micanl.