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CHAPITRE II

CONTINUATION OU MÊME SUJET, OU l’on MONTEE COMMENT LES CONFESSIONS, OU TOMBEAUX DE MARTYRS, ONT FOURNI LE TYPE DE l’aüTEL PRINCIPAL DES ÉGLISES CHRÉTIENNES, ET LES CHAMBRES DES CATACOMBES. CELUI DES CHA¬ PELLES LATÉRALES.

Entre toutes les Catacombes de Rome , il n’en est pas de plus connues, de plus accessibles , et dont la célébrité non interrompue remonte à une plus haute époque, que celles de Saint-Sébastien , situées sous la voie Appienne, et qui forment, dans leur état actuel, une partie du vaste cimetière de Saint-Calixte. Creusées dans les premiers temps de la République, on présume que c’est de cette partie du sol de Rome qu’ont été extraits les matériaux de sa première enceinte de murailles; nous savons déj'i que le tombeau des

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Scipions était une des nombreuses cryptes pratiquées dans cette localité , et appropriée à la sépulture d’une famille romaine. Quant à l’époque où les chrétiens s’en emparèrent à leur tour pour le même usage , nous manquons de témoignages précis ; mais toutes les présomptions se réunissent pour nous autoriser à croire que ces souterrains de la voie Appienne furent occupés des premiers par le Christianisme. La tradition qui a contribué à jeter tant d’éclat sur les Catacombes de Saint-Sébastien, la tradition suivant laquelle les restes des apôtres saint Pierre et saint Paul y reposèrent un certain espace de temps, avant d’être transportés dans le lieu qu’ils ont occupé jusqu’à présent, remonte certainement an premier âge de l’Église l. Les pein-

i Cetle tradition , qui s’appuie sur deux témoignages contradictoires , celui du pape saint Grégoirele-Grand, et celui du bibliothécaire Anastase, est un de ces problèmes de l’histoire ecclésiastique qu’il ne me convient, à aucun titre, de discuter ici. On trouvera, d’ailleurs, cette question traitée avec beaucoup de soin par Bottari , Pitture e Scult. t. I, p. 50-35.

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tures de ce cimetière sont généralement , par leur goût et par leur exécution, du nombre de celles qui tiennent de plus près à l’antiquité ; et ce mérite de l’art , joint à cet intérêt d’une illustration chrétienne, justifie de plus en plus l’idée que le cimetière de Saint-Calixte est le plus ancien de tous, comme il en est le plus célèbre. C’est aussi ce qui résulte du choix qu’on fit de bonne heure de ces souterrains, à l’effet d’y célébrer les fêtes des martyrs , dont la sépulture n’avait pu fournir de motif local pour cette célébration , par exemple , celle de saint Cyprien, qui s’y célébrait le 18 des calendes d’octobre 1 . C’est ce qui prouve enfin l’usage qui s’établit d’y déposer , c’est-à-dire , d’y ensevelir les papes , à partir de saint Calixte 2. Que , du reste , les souterrains dont il s’agit aient dû leur agrandissement et leur

1 Le calendrier publié par Boucher contient ce qui suit, sous la date : xviii Kal. Oct. Cypriani Africœ} Romœ celebratur in Callisti.

2 C’est ce qui est prouvé par le Liber Pontificalis et par l’écrit intitulé : Depositio Episcoporum.

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décoration à ce pontife , dont ils reçurent leur nom , c’est aussi un fait suffisamment avéré par les témoignages de l’histoire ecclésiastique ; et comme il est certain , d’une autre part, que saint Calixte lui-même fut enseveli dans le cimetière de saint Calépode, sur la voie Aurélia 1 , il n’est pas douteux que ce nom de Calixte donné aux souterrains de la voie Appienne , ne vienne des travaux exécutés par ce pape, et non pas de sa sépulture. Or, le temps où il vécut, qui est celui du règne d’Alexandre-Sévère , si favorable au Christianisme et si consolant pour l’humanité, rend ces travaux de saint Calixte faciles à admettre , même indépendamment des témoignages qui les attestent.

Il importait que ce point historique fût fixé avec toute la précision et toute la certitude possibles , puisqu’il en résulte que la décoration de la principale partie des Catacombes de Rome remonte au siècle d’Alexan-

1 Le calendrier de Boucher contient aussi cette notion sous la date : Pridie Idus Oct. Callisti } in via Aurélia , milliario III.

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dre-Sévère , conséquemment à une époque où subsistaient encore , bien que considérablement déchues, toutes les traditions de l’art antique ; et , à l’appui de ce fait , vient se placer l’observation que certaines chapelles du cimetière de Saint-Calixte ont offert des peintures beaucoup plus anciennes que les sépulcres qui y ont été pratiqués : ce qui résultait de ce que ces peintures se sont trouvées détruites par l’excavation de niches faites postérieurement. Une autre question , moins importante mais presque aussi curieuse à résoudre , est celle qui concerne l’origine de ce mot même de Catacombes , appliqué cl’abord aux souterrains de la voie Appienne. Ce mot, qui trahit par sa forme grecque son origine chrétienne, ne se lit, pour la première fois, que dans une Epître du pape saint Grégoire I 1 , date bien tardive pour une dénomination qui rappelle les premières sépultures chrétiennes de Rome. L’expression Catacumbœ ne s’est pas rencontrée sur

1 S. Gregor. Epistol. lib. iv, Ep. 50, ind. 12.

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une seule des inscriptions extraites de ces cimetières sacrés; ce qui ne laisse pas non plus d’exciter quelque surprise. Mais c’est l’emploi même de ce mot , dans les diverses applications qu’il reçut, qui offre le plus de singularité. Dans le langage corrompu des temps de l’extrême décadence et de la basse latinité , il désignait spécialement la contrée du Cirque de Maxence et du Mausolée de Cœcilia Metella, et non pas précisément des lieux de sépulture chrétienne ; cela résulte de ce témoignage, extrait d’un document du vne siècle 1 : Maxentius.... Circum in Catecumpas . Plus tard, le nom de Catacombes s’appliqua à ces sépultures mêmes, mais avec une acception limitée à la partie des souterrains qui avoisinaient la basilique de Saint- Sébastien ; c’est dans ce sens que le mot Ca~ tacumhœ fut employé durant tout le cours du moyen âge; témoin ce passage de l’écrit anonyme De Mirahilibus Romœ, document du

1 Voy. dans le Corp. Historié, med. œvi, d’Eecard , l’écrit intitulé : Imperia Cœsarum 7 1. 1, p. 51.

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xme siècle , où il en est question en ces termes1: cœmeteria Callisti juxia Catacumhas. Dès lors aussi, le nom de Saint-Calixte , étendu à la plus grande partie de ces cimetières, avait réduit l’usage du mot Catacombes à la désignation d’une chapelle souterraine communiquant par un escalier avec la basilique de Saint-Sébastien , la même chapelle où , suivant une ancienne légende , avaient été déposés les corps des apôtres saint Pierre et saint Paul ; dans la plupart des témoignages de l'histoire ecclésiastique , où se reproduisent si fréquemment, depuis le vil6 siècle jusqu’au xme, des expressions telles que celles-ci : festum ad Catacumhas , locus qui dicitur in Catacumhas, c’est cette petite portion du cimetière de Saint-Sébastien qu’il faut entendre , et non pas la totalité des souterrains de la voie Appienne connus alors sous le nom de Saint-Calixte 2 *. Le contraire

1 Apud Montfaucon. Diar. liai, in fin., p. 286.

2 Tous ces faits sont bien exposés par M. Rœstell,

Roms Catacomben , p. 374-75.

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esl arrivé dans les temps modernes , où le nom de Catacombes, appliqué à la généralité des cimetières souterrains de Rome, et embrassant, dans une dénomination commune, cette multitude de désignations particulières, a acquis ainsi une extension si démesurée ; ce n’est sans doute pas un des traits les moins curieux de ces révolutions du langage qui accompagnent celles de la civilisation ellemême , et qui en forment un des chapitres les plus instructifs.

Les Catacombes de Saint-Sébastien , ou le cimetière de Saint-Calixte , étant donc, de tous les souterrains sacrés de Rome , celui qui prétend justement à la plus haute antiquité, et qui offre le plus d’objets intéressants pour la connaissance du génie des premiers âges du Christianisme, en même temps qu’il est encore le plus accessible , est aussi celui où nous devrons étudier de préférence les divers genres de monuments que la piété des premiers fidèles se plut à y consacrer, et qui constituent la principale partie du trésor de l’antiquité chrétienne. On y des-

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cend par un escalier pratiqué avec soin , lequel aboutit à une chapelle, celle de Sainte-Françoise, située dans la partie gauche de la basilique actuelle de Saint-Sébas- ^ tien. La première pièce souterraine qu’on rencontre au bas de cet escalier, est une chapelle ornée d’un buste moderne de saint Sébastien, ouvrage du Bernin , et d’un tombeau où fut longtemps placé le corps de sainte Lucine. De là, on entre dans les Catacombes proprement dites , dont le plan , tel qu'il se trouve actuellement réduit, ne présente qu’un assez petit nombre de sentiers étroits , conduisant à des chambres plus ou moins spacieuses , plus ou moins ornées, mais qui , dans l’état ancien des lieux , communiquant aux vastes cimetières de saint Calixte et d’autres pontifes , creusés sous les voies Appienne et Ardéatine , en partie comblés ou interceptés aujourd’hui par des murs de construction modorne , ou par des éboulements, offraient, à cette époque primitive, cet immense labyrinthe si laborieusement exploré par l'infatigable Bosio, et si fidèle-

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ment représenté dans les plans qu'il en a dressés. Les chambres ( cubicula), sont la partie la plus intéressante des cimetières chrétiens, par les objets qu’elles renferment ou par les ornements qui les décorent. Taillées primitivement dans le tuf, à diverses époques, elles étaient ensuite , suivant le besoin ou la convenance, soutenues d’ouvrages en maçonnerie, ou revêtues de stuc, et l’on y représentait en peinture des sujets sacrés ou allégoriques , distribués en compartiments , dans un goût de décoration qui rappelle absolument celui des tombeaux romains des premiers siècles de l’Empire. A la première espèce de travail que je viens d’indiquer, répondent les expressions, assez souvent reproduites dans les Vies des Papes , d’Anastase , telles que celles-ci 1 : multas f abricas per cœmeteria fieri prœcepit ( Fabianus

1 Le témoignage entier est rapporté par Bottari , Pitture e Scult t. II, p. 14. On ignore, du reste, dans quelle partie des Catacombes de Rome étaient ces fabriques du pape Fabianus; mais elles étaient antérieures à celles de saint Calixte.

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papa); à la seconde , attestée encore , sur les lieux mêmes, par de nombreuses peintures plus ou moins bien conservées , se rapportent d’autres témoignages du même genre, celui-ci, entr’autres, tiré d’une Lettre du pape Adrien Ier à Charlemagne , où il est dit que le pape saint Célestin , qui siégeait en-42-4, fit orner de peintures son propre cimetière 1 . D’autres parties, consistant en parties de revêtement rapportées en marbre , lesquels ne sauraient provenir que des temps postérieurs aux persécutions , d’une époque où l’on pouvait décorer sans crainte et sans danger les Catacombes devenues plus accessibles, mais non pas moins sacrées; des travaux, dis-je, de cette sorte, sont indiqués dans des vers de Prudence 2; il s’en est retrouvé quelques

1 Epistol. ad Carol. Magn. in A et. concil ed. Paris., 1714. t. IV, colonn. 812. Ce pape fut enseveli dans le cimetière de Sainte - P riscille } selon Anastase. 11 s’agit donc ici d’une chambre de ce cimetière.

2 Prudent., Peristeph Hymn. xi, v. 185, sqq. :

Nec parus contenta aditus obducere saxis , Addidit ornando clara talenta operi.

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exemples, notamment dans deux chapelles du cimetière des SS. Marcellin et Pierre r. Ces chambres ou chapelles , qui ne se rencontrent dans aucun des cimetières de Rome en plus grand nombre et dans une meilleure forme de décoration que dans le cimetière de Saint-Calixte , servaient primitivement aux assemblées des fidèles, alors que, poursuivis au dehors par la rigueur des lois impériales , les chrétiens n’avaient de refuge tant soit peu assuré que dans ces souterrains. Plus tard encore , lors des troubles qui s’élevaient au sein de l’Eglise, de nombreux fidèles, des papes même, firent leur habitation des Catacombes de Rome ; Boldetti en a rapporté plusieurs exemples, sur la foi de témoignages historiques dont on ne saurait contester l’autorité 1 2.

Ce n’est pas que des voyageurs protestants, tels que Keysler, n’aient élevé des

1 Bot, tari, Pitture etc., t. II, tav. c, p. 127 ; tav. cxix, p. 157.

2 Boldetti, Osservaz. sopr. i Cimiterj ; lib. I,c. ni,

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doutes sur cette opinion des antiquaires romains; mais les objections tirées de l’exiguité et de l’incommodité des lieux où les chrétiens n’auraient pu vivre privés d’air, d’espace , d’aliments , n’auraient de valeur que dans le cas d’un séjour prolongé; elles sont sans force quand il s’agit d’un refuge momentané. 11 est bien vrai encore que les païens connaissaient, à Rome et ailleurs, l’usage que les chrétiens faisaient de ces souterrains pour s’y dérober, dans l’accomplissement de leur culte , à la sévérité des lois romaines; plusieurs édits de persécution, dont nous possédons le texte 1 , font mention de ces cimetières comme d’autant de retraites qu’il faut , avant toute chose , enlever aux chrétiens. Mais cette persécution, qui s’étendait jusque dans la profondeur des Cata-

1 Voy. dans Eusèbe, Histor. Ecoles ., lib. ix , c. 2, l’édit de Maximin qui a rapport à la persécution d’Antioche ; et pour ne pas citer d’autres actes pareils, rapportés parle même auteur, ibid ., lib. vii, c. ii , joignez-y les A et. procons. S. Cypriani, dans Ruinart , p. 210.

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combes , n’empêchait pas, vu la prodigieuse extension , les détours infinis, les issues diverses de ces souterrains , que les chrétiens ne pussent s’y procurer encore un asile. Il existe, d’ailleurs , des faits décisifs , tels que celui de la mort du pape Xyste II, qui périt dans les Catacombes, où il avait cherché un refuge 1 ; et de pareils faits réduisent au néant des allégations vagues, fondées sur une observation superficielle. Plus lard encore, lors des persécutions suscitées par l’arianisme ou par l'intolérance de Julien, et même dans des temps moins éloignés de nous , tels que ceux de l’invasion des Lombards 2, il est probable que les Catacombes qui avaient cessé de cacher dans leur sein les assemblées religieuses des fidèles, servirent plus d’une fois encore à les protéger contre

1 S. Cyprian. Epist. 80 ad Success., p. 535, ed. Fell. : Xystum antem in Cœmeterio animadversum esse sciatis j vm. Id. Aug. die , et cum co Quantum.

2 Baron., ad Ann. 755, n. ix; et ad Ann. 701,

n. in.

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leurs adversaires hétérodoxes ou contre leurs ennemis étrangers. Ce qui est certain, c’est que jusqu’au vme siècle , et plus tard même , on continua de creuser et d’orner, dans les Catacombes, des chambres qui n’avaient plus pour motifs les nécessités du premier âge , et qui pouvaient être des précautions aussi bien que des réminiscences.

Mais le principal usage des chambres en question, leur destination essentielle et primitive, fut de servir à la célébration des saints mystères. A la vérité, cette célébration du service divin dans les Catacombes n’avait lieu qu’aux époques de persécution , et il ne faudrait pas croire qu’elle y eût été habituellement pratiquée dans les temps ordinaires. Mais les jours d’épreuves, qui affligèrent l’Église à sa naissance, se succédaient assez rapidement pour qu’une circonstance qui ne devait être qu’une exception plus ou moins rare devînt une pratique fréquente. On ne peut s’expliquer que de cette manière le double sens attaché au mot cœmeterium dans la langue des premiers chrétiens. Ce mot s’em-

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ployait à la fois pour cimetière et pour église 1 ; il fallait bien , en effet , que les Catacombes servissent habituellement d 'églises, pour que le mot cœmeterium , qui d’abord n’avait désigné qu’un tombeau unique, puis une sépulture commune , finît par signifier une église, et même une église de premier ordre , telle que la basilique même de saint Paul , appelée cœmeterium dans une inscription qui s’v conserve encore, et où il est question d’une restauration de cette basilique 2. La célébration des fêtes des martyrs , qui n’avait lieu que dans les Catacombes, était , d’ailleurs , une cause qui ramenait sans cesse l’Eglise dans ces souterrains , et le Christianisme à son berceau. Il existe enfin, comme nous l’avons vu, des traces de l’administration du baptême pratiquée dans les Catacombes, même à une époque où les jours d’épreuves et de persécutions étaient depuis longtempspassés sur la terre. La présence des deux sièges épiscopaux , opposés l’un à l’autre , tels qu’il

1 Bingham, Origines, P. III, p. 129.

2 Borgia, Confess. Vatic. beat. Petr., p. 139.

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s’en est trouvé dans mie chambre du cimetière de Sainte- Agnès l 2, prouve qu’il s’y fit aussi des ordinations : en sorte que les principaux actes du Christianisme, d’abord accomplis par nécessité dans les Catacombes, puis répétés , par tradition et par réminiscence , dans les mêmes lieux , ont dû y produire des dispositions matérielles qui s’y observent encore , et dont l’influence a continué de s’exercer jusqu’à nos jours sur l’ordonnance des églises chrétiennes.

Il suit de ce qui vient d’être dit, que les chambres du cimetière de Saint-Calixte , et généralement des cimetières de Rome , doivent être considérées comme les églises primitives du Christianisme, comme les premiers édifices qui aient pu être consacrés à la célébration de son culte a. C’était toujours sur le

1 Bottari, Pitture e Scult. , t. Il, tav. cxxxvni, p. 46; voyez-en d’autres, dans Arringhi, Rom . Subterr v 1. iv, c. 18, p. 141 ; et 1. vi, c. 48, p. 662.

2 Ibid. y t. 111, p. 75 : È certo, che queste cappellette...,furonoun rozzissiraoabbozzo delle Chiese e delle Basiliche edificaie dipoi.

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tombeau d’un martyr que cette célébration avait lieu , et ce tombeau servait à’ autel pour y dire la messe : ce fait résulte du témoignage du Liber pontificalis , qui rapporte l’institution de cet usage au pape saint Félix, dans les termes que voici 1 : Hic constituit suprà memorias maftyrum missas celebrari. C’est de cet usage de la primitive Église qu’est venu le nom de confessio, qui se donne encore à Rome au principal autel des basiliques chrétiennes, et c’est également par une tradition du même usage que s’établit la coutume de déposer des reliques sous l’autel , coutume qui remonte plus haut que le siècle même de Prudence2. Jetons ici un coup d’œil

1 Anastas. Bibl., in vit. S. Felic ., n°2. SaintFélix siégea de l’an 269 à l’an 274, sous Claude-le-Gothique et sous Aurélien. Voy. Labus , Fasti délia Chiesa , t. Y, p. 660.

'•> Prudent. Peristeph ., Hymn. y, v. 515, sqq. :

Sed mox subactis hoslibus ,

Jam pace justis reddita,

Altar quietem debitam Præslat bicatis ossibus.

COM'INUATlOi'î

rapide sur cette multitude de petites églises, aujourd’hui enfouies dans les entrailles de Rome, pour montrer ce que les temples superbes dont elle s’enorgueillit aujourd’hui ont pu emprunter à cette source d’éléments et de motifs de leur ordonnance.

Le plan en est très-varié , sans doute à raison de celui des excavations , faites d’abord à une autre intention , et converties plus tard à un pareil usage. Il y en a de forme cubique, carrée, triangulaire , sphérique, hémisphérique , pentagone, hexagone , octogone, ou même lout-à-fait irrégulière. Mais, parmi celles dont la forme, plus ou moins régulière , se retrouve dans le plan des temples chrétiens d’un autre âge , je citerai particulièrement trois chapelles découvertes par Boldetti : l’une , dans le cimetière de Saint- Calixte , de forme sphérique, avec six niches demi-circulaires; une autre, du cimetière de Sainte-Hélène , de forme carrée, avec le petit tombeau servant d'autel au milieu , soutenue aux quatre angles par quatre colonnes taillées dans le même tuf; et la troi-

du coup d’oeil général. llo

sième , du cimetière de Sainte-Agnès, dont la voûte à plein cintre, comme le sont la plupart des voûtes de ces chambres souterraines, repose sur deux colonnes taillées de même à l’entrée de cette chapelle , avec les tombeaux creusés dans chacun des trois côtés, et avec le petit siège épiscopal adossé à la paroi qui fait face à l’entrée l. A ces trois exemples, j’en ajouterai un quatrième, tiré du cimetière de la voie Latine2; c’est celui d’une chapelle , de forme carrée, terminée par une coupole , et soutenue aux quatre angles par quatre colonnes , avec cette particularité bien remarquable , que la voûte et les colonnes sont décorées de pampres et de vignes travaillés en stuc , de bas-relief; seul exemple que je connaisse, dans les Catacombes, d’un genre de travail dont il existe encore, à la Villa Hadriana de Tivoli , et dans quelques tombeaux antiques, découverts aux

1 Bokletti, Osservazioni , etc., lib. I, c. iv, tav. 1, 2, p. 14-15. Voy. ces plans reproduits par M. d’Agincourt, Architecture , pl. xm, nos 5 et 4.

2 Bottari, Pitture, etc., t. II, tav. xcu.

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portes de Rome % de si admirables modèles. Je signalerai enfin , comme exemple d’une disposition rare dans les Catacombes , une chapelle du cimetière des SS. Marcellin et Pierre , dont la voûte est percée d’une ouverture carrée donnant sur la campagne 1 2. C’est un de ces cuhicula clara , dont la mention se reproduit assez souvent dans les Vies des Papes , d’Ànastase 3 ; la manière dont cette chapelle est peinte, jusque dans l’ouverture qui y donne du jour, montre qu’elle n’a pu être ainsi décorée que dans des temps où la persécution avait tout-à-fait cessé.

Presque toujours , les parois latérales sont remplies, à raison de leur élévation ou de leur capacité, de deux, trois ou quatre rangs de sépulcres disposés parallèlement et en nombre égal de chaque côté. Dans le plus

1 Cabbot, Stucchi figurati, etc. Roraa, 1795.

2 Bottari, Pitture , etc., t. II, tav. cxxi.

3 Anastas. Bibliolh., in vit Marcellin . , n° 4 : Sepeîivit in via Salaria, in coemelerio Priscillæ in cubictjlo ci.aro, quod palet usque inhodiernum diem.

MJ COUP d’oeil général. 117

grand nombre , la paroi antérieure ou principale n’offre qu’un seul tombeau , creusé dans le tuf, et surmonté d’une voûte en forme d 'arc, d’où est venu le nom de monumentum arcualum , donné à cette classe de sépulcres chrétiens. Dans le centre de la pièce , se trouve quelquefois le tombeau ou autel ( memoria , confessio) ; mais, le plus souvent, ce tombeau se présente adossé à chacune des parois latérales , sons la forme de sarcophage ou de caisse quadrangulaire (area), recouverte d’une table de marbre (mensa). Rarement ces monuments sont-ils construits en briques avec revêtement de marbre , comme on en a un exemple dans la principale des chambres du cimetière de Saint-Calixte , découverte en 1S67 par Bosio *. Quant au sarcophage, il offre absolument la forme de cercueils antiques de ce nom que nous possédons en si grand nombre , et il est habituellement décoré dans le

1 Botlari, Pitture e Scidt t. II, tar. lui, p. 1 Î-Î5.

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même goût , c’est-à-dire orné sur le devant , quelquefois aussi sur les deux petits côtés , ou même sur les quatre faces , de bas-reliefs historiques, distribués par compartiments, dont les sujets sont empruntés à l’Ancien et au Nouveau Testament. Ces cercueils chrétiens se sont trouvés insérés en partie dans le tuf, comme c’était aussi le cas au tombeau des Scipions ; et les chapelles entières , ornées, dans la voûte cintrée qui surmontait les sarcophages , de peintures allégoriques , telles que celles des petits temples de Probus et de Bassus , dans le cimetière du Vatican , ont offert , dans leur disposition générale comme dans les principaux détails de leur décoration, l’imitation exacte des tombeaux de familles romaines de cet âge ; au point qu’à en juger d’après quelques exemples de ce genre , on pourrait se croire suffisamment autorisé à regarder la plupart des chapelles des Catacombes comme autant de tombeaux de familles chrétiennes. Mais , sans insister sur cette analogie qui réduirait beaucoup l’importance religieuse des Cata-

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combes, et qui avait pourtant frappé nos deux savants bénédictins D. Mabillon 1 2 et D. Montfaucon % je me borne à signaler, dans la disposition générale de ces chambres souterraines , telle qu’on peut la reconnaître à ce petit nombre de traits principaux, l’origine certaine et la forme primitive des chapelles latérales de nos églises chrétiennes. Il est constant, en effet, que la distribution de ces chapelles , étrangères au plan des temples antiques, et même à celui des basiliques chrétiennes du premier âge , n’a pu être empruntée qu’aux Catacombes, alors que l’Église , désormais assurée de sa victoire, transportait dans ses temples les mo-

1 Mabillon, Mus. Ital., t. I, p. 1, p. 112; Montfaucon, Diar. Ital., p. 118.

2 D. Montfaucon n’a pas été frappé de cette analogie : mais il conjecture seulement que les chambres étaient destinées aux hommes distingués; voici ses paroles : « Interdum inciditur in caméras quadras , « ampliludine inter se dispares, simili cadaverum « ordine instructas quæ forsitan insigniorum ossa « complcctantur, domissis ad plebeia corporas si- « mitris. « Diar. liai. p. 118, (Éditeurs belges.)

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numents de ses persécutions , et les y plaçait de manière à rappeler, avec la forme et avec la disposition primitive de ces monuments , les souvenirs, toujours si puissants sur la piété , de ces temps d’épreuves et de misères où les cimetières servaient d’ églises , oùles tombeaux servaient d 'autels, et oùle sang des martyrs, suivant une expression heureuse et consacrée , devenait la semence des chrétiens.

L’importance qu’acquiert , dans l’histoire de l’art chrétien, l’analogie des chambres sépulcrales , types des chapelles de nos églises , avec les chambres des tombeaux antiques, m’oblige à m’arrêter encore sur ce point, et à en mettre, par quelques exemples décisifs, la démonstration à l’abri de toute difficulté. Or , un des monuments les plus complets et les plus intéressants à cet égard , est le tombeau de saint Hermès, qui passe pour avoir souffert le martyre la dernière année du règne de Trajan'. Ce tom-

1 En fan de J.-C. 116. Voy sur l’époque de ce martyr, sur sa qualité très douteuse de préfet de

du coup d’oeii général. 121

beau, découvert pour la première fois au xvie siècle par Bosio , mais resté inédit , existait encore parfaitement conservé, lorsque M. d’Agincourt le retrouva et le fît dessiner tel qu’il était, en 1780 ; j’ai pu m’assurer , par mes propres yeux, qu’il n’a pas éprouvé depuis cette époque de dégradations considérables. Il se trouve dans laCatacombe désignée par le nom de ce saint, et située sous l’ancienne voie Salaria, tout près de Rome. En avant du tombeau même, est une aire, en forme de carré long, qui doit avoir servi aux réunions des fidèles , alors qu’ils se rassemblaient dans ce souterrain pour y tenir les synaxes de la primitive Eglise. Le tombeau consiste en une excavation, sous la forme d’une grande niche terminée par une voûte cintrée : c’est là ce que j’ai dit qu’on appelait proprement monumentum arcuatum. Cette niche est fermée, dans sa partie

Rome , et sur la sincérité de ses actes , qui paraissent dater du vue siècle et avoir subi de graves interpolations, les savantes recherches du P. Corsini, Scr. Prœfect. Urb., p. 54-5G.

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inférieure, à peu près au tiers de sa hauteur, par une construction en briques, enduite extérieurement de stuc , sur lequel sont peintes, en trois compartiments, trois figures isolées, savoir , au milieu un de ces fossores, dont j’ai déjà eu l’occasion de faire connaître l’office et le titre , si fréquemment reproduits sur les monuments chrétiens du premier âge, et, à droite et à gauche, deux femmes portant un plateau, ou un panier de fruits, telles qu’on en trouve si souvent figurées, absolument de cette manière et dans ce costume , sur les sarcophages païens , où elles sont accompagnées de génies des saisons, et telles qu’on en voit aussi sur plus d’une peinture antique , par exemple, sur celles de la vigne de Saint-Jean-de-Latran % mais qui représentent ici sans doute deux diaconesses de la primitive Église , dans l’action môme de porter des secours et des aliments aux pauvres fidèles qui étaient l’objet

1 Filture antiche ritrovate in una vigna accanto il V. Ospcdale di S. Giovanni in Laterano Vanno 1780, Roma, 1785, in- fol., tav. iii,iv, v.

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de leur pieuse institution. Ce monument est couvert d’une grande table de marbre , scellée horizontalement dans le tuf, et appelée proprement mensa, mot latin dont l’usage 1 , avec cette même acception déjà consacrée dans le siècle de Prudence 2, est resté dans la langue moderne de l’Italie 3 ; c’était sur

1 L’usage de ce mot était déjà consacré au temps de saint Paul , comme on le voit dans la première épître aux Corinthiens (chap. x, v. 21 ) : « Non po- « testis mensæ Domini participes esse et mensæ Dæ- « moniorum, » où mensæ signifie l’autel du sacrifice.

( Editeurs belges.)

3 Le texte de Prudence mérite d’être rapporté ici , Peristeph ,; Hymn. v, v. 513 j et Hymn. xi, v. 171, sqq. *

111a sacramenti donatrix mensa, eademque Custos fida sui martyris apposila ,

Servat ad æterni spem judicis ossa sepulcro, Pascititem sanctis Tibricolas dapibus.

3 Je profite de cette occasion pour consigner ici un fait curieux, c’est qu’en travaillant, en 1829, aux réparations de l’ancien autel de la chapelle du baptistère de Saint-Marc, à Venise, on eut lieu de lever la précieuse pierre de granit oriental qui sert

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cette table , qui recouvrait les restes du saint martyr , qu’avait lieu primitivement la célébration de la messe.

Tels sont les traits principaux qui résultent de l’observation du tombeau de saint Hermès , et d’après lesquels on peut le considérer comme le type des monuments chrétiens du même ordre et du même âge. En continuant la description de cè tombeau , nous aurons lieu d’y signaler d’autres analogies non moins importantes. Ainsi, l’on remarquera que, sur la paroi du fond, enduite pareillement de stuc , sont peints, en demifigure, les Enfants dans la fournaise, un des sujets favoris des peintures chrétiennes de cet âge. Plus haut , sont représentés divers animaux symboliques, qui semblent se désaltérer à une eau pure, et qui indiquent par cette image , empruntée au langage allégorique de l’antiquité, l’ardeur avec laquelle

de mensa; et sous cette table, on trouva un bel autel antique, dédié au Soleil, dont l’inscription a été publiée et expliquée par mon savant ami , le docteur Labus , Nuov. Ricoglitor., Febb. 1830, n° lxii.

du coup d’oeil général.

ces premiers chrétiens venaient puiser aux sources de la régénération et de la vie. Audessus, et dans le pourtour d’une espèce d’archivolte , se reconnaissent plusieurs sujets tirés des Saintes-Écritures; et, dans le champ extérieur de cet archivolte , est placé le Christ , assis au milieu des douze Apôtres. Tout est certainement chrétien dans l’ensemble et dans les détails de ce monument, tel que je viens deledécrire; maistouten même temps y parait emprunté de la disposition et de la décoration des tombeaux antiques, tels, par exemple, que celui des Nasons \ On y reconnaît de plus , à la forme même de la grande niche qui termine ce monument, et à la place qu’elle y occupe , le modèle primitif d’après lequel fut disposée et décorée cette partie essentielle des basiliques chrétiennes, qu’on appela depuis Y abside ou la tribune ; et c’est encore là un des principaux éléments de l’architecture chrétienne, dont le motif véritable et le type primitif

1 Bellori , Pict. vet. sepulcr. Nason tab. n et iv.

126 CONTINUATION

se retrouvent clans les cimetières sacrés de Rome.

En poursuivant nos recherches sur d’autres monuments des Catacombes, pour y rendre de plus en plus sensible cette observation importante , nous voyons que la plupart des dispositions ou des détails architectoniques de nos églises sont puisés à la même source. Ainsi, dans une petite chapelle du cimetière de Saint-Calixte I, on trouve encore en place, au-devant d’un tombeau de martyr inconnu , une dalle de marbre percée a jour et posée comme une espèce de grille ; premier modèle des balustrades placées dans les temples chrétiens, au-devant de l’autel principal , et dont l’intention originaire , difficile à expliquer dans le système des autels ordinaires , devient évidente d’après l’observation des Catacombes; il est clair, en effet, qu’elle a eu pour objet de mettre les restes sacrés recueillis dans la tombe à l’abri des

1 Boidetti, Osservazioni , etc., lib. I, c. 9. tav. xxxiv, p. 35; d’Agincourt, Architecture , pl. xm, n° 2.

dü coup d'oeil général. 127

atteintes d’un zèle trop ardent ou irréfléchi. Mais c’est surtout cet autel principal luimême , dont la forme et la destination primitives sont si manifestement dérivées de l’usage pratiqué clans les Catacombes, qui mérite d’être ici l’objet d’une attention particulière. On sait que cet autel , appelé d’abord indistinctement memoria , martyrium, titulus , ou confessio, à cause de sa forme primitive qui avait été celle d’un tombeau de martyr , a fini par porter exclusivement ce dernier nom dans le langage moderne de l’Italie. Il est placé au point centrai de l’intersection de la nef et de la croisée, dans un lieu souterrain , auquel on descend par des degrés, et dont l’abord est fermé par une grille. C’est au-dessus de ce souterrain , et au niveau du sol de l’église , qu’est placé un second autel , servant à la célébration de la messe , et rappelant, par sa forme et par sa position même, directement audessus de l’autel souterrain ou du tombeau , son origine sépulcrale et sa première destination , comme le caveau auquel il répond ,

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témoigne du lieu d’où il est sorti *. Presque toutes les anciennes basiliques de Rome, bien que reconstruites dans les temps modernes avec plus ou moins de l’éclat et de la magnificence d’un art nouveau et d’une société nouvelle , offrent ce trait essentiel de l’architecture chrétienne, monument d’un cuite primitif. Je me contenterai d’en citer quelques exemples , choisis aux deux extrémités de la carrière que l’art a parcourue dans la seule enceinte de Rome, depuis qu’il est sorti de ses Catacombes.

Entre les églises de la plus ancienne époque , une des plus remarquables à tous égards, est l’église dédiée à sainte Prisca , fille d’un sénateur romain , cpii passe pour avoir été baptisée par saint Pierre lui-mème, et qui est révérée comme la première martyre. Son corps fut déposé dans un cercueil qui a la forme d’un autel antique. Ce tom-

^oldetti, Osservazioni, p. 52. Rien n’établit mieux la forme, le nometVusage des autels chrétiens appelés memoriœ , que le célèbre passage de saint Augustin , de Civitat. Dei , lib. vnr, c. ult.

dd coup d’oeil général. 129

beau de Prisca fut placé au centre de sa propre chambre , dans le palais de son père , dont on voit encore aujourd'hui les substructions sur le mont Aventin. Cette chambre , avec le tombeau qu’elle renfermait , devint ainsi une espèce de petit temple funèbre, ce que les anciens nommaient Hérôon ; et lorsque, plus tard, on construisit au-dessus l’église qui existe encore , elle en forma la confession souterraine. Ainsi , cet édifice intéressant présente tout ce que l'on trouvait dans les Catacombes : un tombeau servant d 'autel, une chapelle souterraine, et enfin une église supérieure; monuments nés les uns des autres, et où le culte des morts se lie, par un rapport intime, avec celui de la Divinité , de même que le Christianisme s’y unit matériellement à l’antiquité , par la construction même de cette église, élevée sur les fondements d’un palais romain. La réunion de ces divers éléments se montre plus sensible encore et plus directement puisée a la source que j’ai indiquée, dans l’ancienne église de Saint-Pancrace. Une cha-

îao

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pelle, ou oratoire, primitivement creusée dans un cimetière , qu’on appelle la Cata combe de Saint-Calépode, forme la confession souterraine , renfermant , au milieu , le tombeau du saint, qui sert à' au tel; au-dessus , a été bâtie , au ive siècle , à l’époque où le Christianisme commençait à être affranchi des craintes et des dangers qui avaient entouré son berceau, l’église proprement dite1, dont le plan , tracé sur celui des basiliques romaines, est terminé par ce demi-cercle appelé abside ou tribune, et emprunté, comme je l’ai dit , du type des monumenta arcuata des Catacombes 2. Le temple chré-

1 Voyez-en le plan donné par M. d’Agincourt, Architecture , pl. xm, nos 25, 24, 25. Le P. Lupi cile aussi l’église souterraine de Saint-Hermès, à l’occasion de la tribune , trait essentiel des églises chrétiennes, dont elle offre le modèle primitif, Disserta zioni , I, § xxn , p. 14.

2 On voit un pareil demi-cercle à l’extrémité du plan de quelques basiliques romaines , notamment à celui de la basilique Aemilia, sur le Forum ; et l’on sait que c’est dans cette partie demi-circulaire nommée tribunal , Yitruve, v, i, que siégeaient les ma-

du coup d’oeil général. 131

tien , dont on ne voit plus aujourd’hui , au lieu dit Torre Pignatarra , à trois milles de Rome , sur l’ancienne voie Labicane , que de si déplorables ruines, était un monument du même genre. C’était, dans le principe, une crypte, ou cimetière, où avaient été recueillis les restes de deux martyrs , Marcellin et Pierre, et qui, enveloppée, au ive siècle, dans la construction d’une église ronde à l’extérieur , avec huit niches ou chapelles à l’intérieur, dont le plan rappelait ainsi celui d’une basilique érigée par Constantin et décrite par Eusèbe 1 , forma la confession souterraine de ce temple chrétien. Restauré au vme siècle par Hadrien Ier, il fut re^

gislrats romains chargés de rendre la justice; mais, malgré cette analogie, je persiste à croire que la tribune des basiliques chrétiennes a eu son type orb ginaire dans les Catacombes , tout en accordant que cette disposition des basiliques profanes favorisa l’adoption que firent à leur tour les chrétiens du plan de ces édifices , pour celui de leurs églises , comme le prétend le P. Lupi, Disscrtazioni , I, § xxvi , p. 15.

1 Euseb., vit. Constant., lib. ni, c. 50.

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trouvé, en 1394, par Bosio, dans un état de dégradation qui laissait à peine apercevoir des restes de peinture et de mosaïque appartenant sans doute à la restauration d’Hadrien ; et aujourd’hui, ces tristes débris d’un art chrétien du vme siècle ont entièrement disparu

A Sainte- P raxède , à Saint- Martin «’ Monti, et dans quelques autres anciennes basiliques de Rome1 2, on voit pareillement, au-dessous du niveau de l’église actuelle, une chapelle souterraine , avec le tombeau d’un martyr, correspondant directement à la place où s’élève l’autel principal ; et là , où il n’existe pas de chapelles souterraines , il a été pratiqué sous l’autel un enfoncement, en guise de sépulcre , pour y renfermer un corps saint , comme cela se voit à Sainte- Cécile in Transtevere. Insensiblement, cet

1 Voy. dans Bottari , le plan et les détails de ce monument, Pitture e Scult.} t. I, tav. îv, et t. Il, tav. xciv, p. 1 1 2-1 16.

2 Boldetti en a donné le catalogue, Osservazioni, iib. 1, c. ix, p. 32.

du coup d'oeil général. IBS

autel , qui rappelait par sa forme et par sa place les premiers triomphes du Christianisme, devint, à ce titre, un objet principal de décoration dans les temples chrétiens. On l’entoura de colonnes , on le couvrit d’une coupole, on y prodigua les matières les plus précieuses et les objets les plus rares; mais, à travers toutes les modifications du culte et tous les progrès de l’art, l’idée fondamentale, l’idée primitive de tombeau demeura toujours imprimée d’une manière plus ou moins sensible à cet autel. Il en existe encore à Rome une foule d’exemples remarquables de tout ordre et de tout âge , sans compter un bien plus grand nombre détruits dans le cours des derniers siècles 1 , où , tout en admirant les prodigieux travaux

1 Ciampini lui-même, témoin de ces destructions, décrit ou cite plusieurs exemples de ce genre, veter. Monim.j 1. 1, p. 181-182, et il rapporte les dessins dé plusieurs autres, tav. xuii, xliv et xlv. Botlari exprime les mêmes plaintes , précisément à l’occasion de la destruction des anciennes confessions , Pitture } etc., t. I.

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demandés à l’art par le Christianisme , il est permis de lui reprocher de n’avoir pas assez respecté les traditions de son berceau et les monuments de son premier âge. Tel est , pour ne pas nous engager dans une trop longue énumération , et en nous bornant à l’un de ces exemples les plus caractéristiques ; tel est Y autel de l’antique église des SS. Nérée et Achillëe, bâtie près des Thermes d’Antonin Caracalla. La forme sous laquelle se produit ce monument, est celle d’un autel carré, dressé entre quatre colonnes de porphyre, qui soutiennent une espèce de dais ou de coupole ,* sous cet autel est une grille qui laisse apercevoir la confession , ou chapelle souterraine, c’est-à-dire le caveau, où repose, dans un sarcophage, le corps du martyr, dont la grille permet la vue et défend seulement l’accès *. Tout, dans l’ensemble aussi bien que dans les détails de ce petit monument, empreint du caractère du premier âge de l’Église, rappelle

D’Agincourt, Architecture, pl. xm,n° 17.

du coup d’oeil général. 135

des formes et des traditions antiques , bien qu’appropriées ici à un usage chrétien. La grille , qui entoure l’ouverture du lieu souterrain, est manifestement de forme antique, telle qu’on la voit , en effet , placée en avant du sanctuaire, sur plus d’une médaille antique1, et telle encore qu’on la retrouve dans une peinture d’une ancienne église de Ravenne, représentant une confession , et publiée par Ciampini 2, sur un sarcophage chrétien du cimetière de Sainte- Agnès, publié par Bottari 3. Les colonnes, avec le fronton qu’elles supportent, ne rappellent pas moins évidemment la disposition des édicules, ou petits monuments héroïques funéraires des anciens , dont nous possédons tant d’images sur les vases peints et sur les sarcophages, et qui servirent de type primitif pour l'élévation de la plupart des tombeaux antiques ;

1 Je mécontenterai de citer pour exemple la monnaie de Zéla , gravée dans le cabinet de M. Allier, pl. viii, n° 6.

2 Ciampini , veter. Monim., t. I. lab. xlih, n° o.

3 Bottari , t. III , tav. cxxxvi.

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témoin celui qui se voit encore près de Sainte- À qnès-hors- des-murs , pour n’en pas citer d’autre exemple 1 ; l’analogie que je signale ici est si sensible , que le pieux Ciampini lui-même , bien que vivant dans un temps où ces exemples étaient encore si rares, et sous l’influence d’idées si différentes, n’a pu s’empêcher d’en être frappé2. La coupole , nommée particulièrement, dans les temps du moyen-âge, ciborium, mot dont l’étymologie est douteuse, et la vraie signification incertaine3, puis, tabernacle, et dans notre langue baldaquin, se rapporte

!lla été publié par M. d’Agincourt, Architecture , pl. xii , nos 4 et 5.

a Ciampini, loc. laud., t. I, p. 178-179.

3 Sur l’étymologie de ce mot, voy. Ducange, Glossar. med, et infini. Latinit h. v., et Constantin. Christ., n° 57; Macri, Hierolexicon , h. v.; bingham, Origin. et Antiq. Ecclesiast., t. 111, lib. vin, c, vi, § xvm. Un mot plus ancien, et dont la véritable origine n’est pas moins incertaine, est celui d'Apellarea ou Apellaria , sur lequel on peut consulter Pacciaudi, de Umbell. Gestat p. 56-57.

1>Ü COUP d’oeil général. 187

par sa forme à celle de la voûte arquée , qui termine , au-dessus des tombeaux des martyrs, la plupart des oratoires des Catacombes chrétiennes. Enfin, X autel même, par sa forme générale et par les détails de sa décoration , ressemble si parfaitement à un sarcophage antique , qu’il est impossible de méconnaître le type auquel il est emprunté. Mais, à cet égard encore, l’exemple le plus décisif que je puisse citer, est X autel même de la confession de la célèbre basilique de Saint - Laurent -hors -des -murs , autel formé absolument comme un sarcophage 1 ; jusquelà, qu’aux deux angles de la frise qui le couronne, sont sculptées deux têtes, ou masques, comme on en voit à la plupart des beaux sarcophages antiques , et qui se retrouvent imitées à la même place, sur quel-

1 Ciampini , qui a donné un dessin de cette confession y tab. xlv, n° 4, désigne lui-même l’autel par ces mots : quadratus sarcophagus , p. 183; mais il a laissé échapper, par inadvertance ou par tout autre motif, l’observation des masques imités de V antique , qui décorent la frise.

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ques sarcophages chrétiens 1 , par un de ces effets d’une habitude longue et invétérée, si intéressants à constater sur les monuments primitifs du Christianisme.

L’importance qu’avait acquise , en raison des idées et des souvenirs qui s’y rattachaient, le monument en question, la confession ou Y autel principal des églises chrétiennes, est attestée d’âge en âge par les embellissements progressifs dont ce monument devint l’objet. On employa à sa décoration le concours de tous les arts avec toutes les ressources que comportaient des siècles de barbarie, tels que ceux du moyenâge, où la richesse matérielle servait comme de signe au mérite de l’objet, et de supplément au mérite de l’art ; de même qu’autrefois, au sein de la Grèce parvenue au plus haut degré de sa culture , l’emploi des matières précieuses avait servi au triomphe de l’idolâtrie, en réunissant dans des chefs-

1 V oyez-en un exemple dans un sarcophage chrétien, d’Arles en Provence, publié par Millin, V oyage dans le Midi de la France , t. III, pl. lxv, n° 5.

dü coup d’oeil général. 139

d’œuvre de l’art tous les genres de perfection et de richesse. C’est ainsi que les confessions ou tabernacles des églises de Rome, lesquelles ont encore conservé plus fidèlement que les temples du reste de la chrétienté les types et les traditions du premier âge , dans ce genre de monuments aussi bien que dans tons les autres, sont devenus, par la réunion plus ou moins régulière, par l’accumulation plus ou moins heureuse de toutes les parties qui constituent un édifice indépendant, colonnes, entablement, fronton, coupole, une espèce de monument tout-à-fait à part, ou, pour mieux dire, un petit temple dans un grand , en même temps que par l’emploi des plus riches matières ils ont formé de véritables trésors. Le tabernacle de Sainte-Marie-Majeure et la confession de Saint-Pierre du Vatican montrent, dans leur état actuel , le plus haut degré où puisse s’élever sans doute sur la terre cette double magnificence , par la combinaison de tout ce que l’architecture peut accumuler d’ornements et de richesses ; en contemplant, avec

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Fadmiration dont on ne saurait se défendre, ces merveilles de Fart employé par le Christianisme, on n’a plus qu’à jeter un coupd’œil sur ces sépulcres des Catacombes d’où cet art est sorti avec cette religion, pour mesurer à la même place l’immense intervalle que le génie de l’homme a parcouru, à partir d’un berceau si humble et si obscur, jusqu’à ce faîte de la grandeur et de la perfection. Four ne parler que de cette confession de Saint-Pierre, monument prodigieux au sein d’un prodigieux édifice, il est intéressant d’observer sa forme primitive, telle qu’elle résulte d’une description détaillée de notre Grégoire de Tours1, description rédigée à l’époque même où un autre Grégoire , celui qui fut surnommé le Grand, et qui siégea sur la chaire de saint Pierre de

1 Gregor. Turon., de Glor. Mart lib. i, c. 28. Le passage de notre vieil historien national est rapporté, avec d’autres témoignages à l’appui, par Boldetti, lib. 1, c. 9, p. 55-36. Voxj. aussi la lettre d’Eusèbe à Théophile, par D. Mabillon, p. 104-

du coup d’oeil général. 141

l’an 590 à l’an 60-4 de notre ère , avait enrichi ce tombeau de l’Apôtre de quatre colonnes d' argent massif \ sans compter cent autres colonnes de marbre précieux et d’un travail exquis, empruntées sans nul doute à des monuments antiques, qui en formaient le péristyle extérieur. Ces détails, comparés à l’état actuel du monument, offriront un sujet de comparaison assez curieux pour qu'il me soit permis de m’y arrêter quelques instants

Le tombeau de saint Pierre, la mémoire ou la confession proprement dite, était placé sous un autel orné de quatre colonnes ; ces colonnes d’argent , soutenaient l’espèce de dais ou de coupole, nommé ciborium , qui couvrait le sépulcre , et qui devait être lui-même d’argent massif, puisque nous savons que , dès le temps de Symmaque , un ciborium d’argent. du poids de cent vingt livres, avait été érigé par ce pontife au-dessus de l’autel principal. Cet autel était entouré d’une grille qui s’ouvrait pour quiconque allait y faire sa prière. Dans cette intention , on se plaçait

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au-dessus du tombeau ; on ouvrait une petite fenêtre qui donnait immédiatement dessus; puis , on passait sa tête à travers cette ouverture, nommée jugulum , et dans cet état, on demandait à Dieu , par l’intercession du saint, les grâces dont on avait besoin. On faisait ensuite descendre sur le tombeau un linge ( palliolum ) , qui avait été soigneusement pesé dans une balance , et l’on demeurait là à jeun et en prières jusqu’à ce qu’on eût obtenu , si la foi était assez vive et assez ardente, l’accomplissement de ses vœux. Or , la marque à laquelle on reconnaissait que Dieu avait exaucé ces prières, c’est que le linge que l’on retirait pesât beaucoup plus qu’auparavant. Ces sortes de linges s’appelaient en général , dans la latinité de cet âge , sanctuaria ou sudaria ; on les trouve désignés sous le nom particulier de brandea dans les écrits de saint Grégoire-le-Grand, qui faisait de fréquents envois aux princes de son temps, ou aux maisons religieuses, de ces linges considérés dès-lors comme des reliques. D. Mabillon , à qui j’emprunte une par-

DU COUP d’oeil GÉNÉRAL. 143

tie de ces détails % atteste que , de son temps encore, au commencement du xvme siècle, on conservait , dans l’église de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, des linges sanctifiés de cette manière, qui avaient été donnés par ce pontife. Mais revenons au tombeau ou à la confession de Saint-Pierre : je dois encore ajouter qu’il y avait deux petites fenêtres , l’une plus basse, l’autre plus élevée, appelées l’une et l’autre cataractœ, par lesquelles on faisait descendre sur les restes du saint les linges dont il a été question , mais non pas indifféremment par l’une ou par l’autre de ces cataractes .

Telle était donc, au vie siècle de notre ère, la disposition de la confession àe Saint-Pierre, et tel était l’usage auquel la fit généralement servir la dévotion de cet âge. Mais pour avoir une idée complète du goût et de la richesse qui régnaient dans la décoration de cette partie si importante des basiliques chrétiennes , il faut ajouter à ces détails d’autres

Lettre d’ Eusèbe , p. 107.

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renseignements qui datent d’une époque peu éloignée ; car ils appartiennent à l’âge d’Hadrien Ier et de Léon III , c’est-à-dire au siècle de Charlemagne. A cette époque, la confession était précédée d’un portique de douze colonnes qui faisaient partie de la construction primitive , puisque la tradition les attribuait à Constantin. C’étaient des colonnes torses ou cannelées, de porphyre, d’albâtre et de marbre précieux ; une grille de bronze en fermait les entre-colonnements; le sol, à partir de cette colonnade jusqu’à la confession , était revêtu de lames d’argent, du poids de cent cinquante livres ; l’entablement que supportait ce portique était aussi plaqué en argent, et l’on y avait sculpté de bas-relief, d’un côté, le Sauveur entouré des apôtres, de l’autre , la mère de Dieu avec les saintes femmes; le couronnement était formé de lampes et de candélabres d’argent , pesant sept cents livres. De là on descendait dans la confession, où tout était d’argent, la grille qui l’entourait, les candélabres qui l’éclairaient, et dont une partie était d’or, les

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