‹ Tableau des catacombes de RomeChapitre 18 sur 24 · MONUMENTS SCULPTÉS, SARCOPHAGES ET PIERRES SÉPULCRALES · texte numérisé non relu

MONUMENTS SCULPTÉS, SARCOPHAGES ET PIERRES SÉPULCRALES

Après les peintures qui décorent, en tout ou en partie , la voûte et les parois des chambres sépulcrales creusées dans les Catacombes , ce qui attire en second lieu l’attention de l’obseryateur chrétien, ce sont les cercueils et les pierres tumulaires, les uns ornés de bas-reliefs , les autres chargés de symboles et d’inscriptions , qui forment une portion si considérable et si précieuse du matécieldel’antiquité chrétienne. C’estcette classe d’objets que je me propose de faire connaître , avec autant de détail que le comportent le plan et la nature de ce travail , en commençant par les sarcophages.

ET P1EKRES SÉPULCRALES.

Si l’examen des peintures chrétiennes des Catacombes nous a prouvé que la disposition générale de ces peintures, et un assez grand nombre de leurs motifs , avaient été puisées dans les traditions antiques , la même observation s’applique aux sarcophages ornés de sculptures, où les chrétiens, à l'exemple des Romains de cet âge, déposaient les restes de leurs frères; dans les circonstances où se trouvaient h la fois l’Empire et l’Église , il est évident qu’il n’en pouvait être autrement.il y avait même, pour qu’il en fût ainsi, un motif déplus, dans la facilité d’un emprunt matériel des monuments profanes, qui n’avait pu avoir lieu pour les peintures, et qui s’offrait de lui-même pour les sarcophages. C’est, effectivement, une notion qui résulte d’une foule d’exemples , appartenant à toutes les époques du Christianisme et sur presquetous les points de son domaine , que l’usage qui se fît des sarcophages et des urnes cinéraires antiques, dans presque tous les besoins du culte , mais principalement pour les sépultures chrétiennes. Sans sortir de Rome, où

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ces exemples , plus nombreux que partout ailleurs, sont aussi plus significatifs , comme produits dans le siège même de l’unité catholique, on y trouve des sarcophages , des urnes et jusqu’à des autels ou cippes funéraires , employés dans les églises et dans les sacristies, en guise de fonds baptismaux , de bénitiers , de vases à laver les mains , de troncs pour les aumônes; si la plupart des vieilles basiliques de Rome n’avaient pas perdu, sous leur forme actuelle, presque tous les éléments de leur ancienne décoration , on y retrouverait encore aujourd’hui , employés de cette manière , une foule de monuments antiques , et principalement d’urnes et de sarcophages , qui n’en ont disparu qu’à partir des temps de la renaissance.

La seule église â'Aracæli , sur le Capitole , renfermait tout un musée de cette sorte de monuments appropriés à l’usage des sépultures chrétiennes de différents âges ; on sait que ces monuments , vus encore au XVIe siècle et décrits par Fabricius, ont péri, pour la plupart, lors de la dernière restauration de celte

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église, sous le pontificat de Clément VIII li suffit d’avoir parcouru les recueils des antiquaires de cet âge , tels que celui de Boissard 1 2, pour savoir que le plus grand nombre des urnes cinéraires qui s’y trouvent gravées , sont citées comme existant alors dans des églises de Rome , où le Christianisme primitif les avait employées à son usage , et d’où les a bannies plus tard le zèle scientifique, trop souvent ligué avec le préjugé religieux contre ces précieux restes de l’antiquité profane 3. Aujourd’hui, ces monuments se rencontrent épars dans les musées publics ou privés de Rome et de toute l’Europe : témoins, pour n’en pas citer d’autres exemples,

1 P. Casimiro, Memorie di Aracœli , etc., c. 4, p. 35, et 7, p. 264; Marangoni, delle Cose gentil esche, etc., p. 450.

2 J. -J. Boissard., Roman. Vrb. Topogr. et Antiquit.} part. I-YI , 1627, Fol.

3 Ce n’est pas à Rome, où les débris de l’antiquité

sont recueillis avec un soin excessif, qu’on doit accuser le zèle scientifique de se liguer avec le préjugé religieux contre les précieux restes de l’antiquité profane. ( Éditeurs belges.)

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deux de ces urnes cinéraires , du Musée Britannique, à Londres1 2, qui se voyaient encore au XVIe siècle , l’une dans l’église de Saint- Apollinaire, l’autre dans la basilique de Saint- Sébastien , à l’époque où elles figuraient dans les recueils de Gruter et de Boissard \ Mais, malgré ces ravages du temps et ceux de la science ; malgré les changements que la main des hommes a pu opérer à cet égard dans la décoration des églises de Rome , il y reste encore assez d’urnes et de sarcophages antiques pour nous apprendre de quelle manière les premiers fidèles employèrent à leur propre usage ces sortes de monuments profanes; je n’aurai besoin , pour mettre ce fait dans toute son évidence , que d’un petit nombre d’exemples , choisis entre les plus remarquables , tels que j’ai pu les observer de mes propres yeux.

Il existe à Sainte-Marie de l’Aventin , au

1 Mus. Brit., Marbles , p. V, pl. i, fig. ï>, et

pi- », «S- i-

2 Gruter, p. dlxxxiii, n» 10; Boissard, p. VI, tab. 128.

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prieuré de Malte, un beau sarcophage de marbre blanc, que notre P. Montfaucon y avait remarqué à l’époque de son voyage d’Italie 1 , et qui lui fournit l’occasion d’exprimer quelques doutes sur l’antiquité de ce monument , à cause des figures et des symboles profanes dont il jugeait l’explication difficile, et dont, en tout cas, la présence lui semblait peu d’accord avec la sépulture d’un évéque chrétien. Mais c’était évidemment une légère distraction de cet habile homme, qui avait pu rencontrer , à Rome et ailleurs, une foule de monuments semblables , lesquels ne sont pas moins indubitablement antiques , pour être difficiles à expliquer , ni moins certainement employés à une sépulture chrétienne, pour être antiques. Sans sortir de notre pays, où il existait tant de ces monuments qui, dès le XIIIe siècle , avaient attiré l’attention du Dante 2, le

1 Diar. Ital., c. xii , p. 164.

2 Dante, Infer no } c. ix. Ces sarcophages ont été décrits par un autre illustre ultramontain , Maffei , Aiitiq. Gall.} ep. 25.

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P. Montfaucon eût pu se rappeler le grand sarcophage , en marbre de Paros , dont il est parlé dans saint Grégoire de Tours 1 2 , et qui se trouvait dans le souterrain de l’église de Saint-Cassius , à Tours. Il n’est guère possible , d’ailleurs , qu’un antiquaire aussi versé que lui dans la connaissance des monuments français de tout âge , n’eût pas eu l’occasion de voir de ses propres yeux les beaux sarcophages employés à la sépulture d’autant d’évêques de Marseille, sarcophages qui existaient encore, avant 1789 , dans l’église souterraine de Saint-Victor , et qui sont devenus, de nos jours, les profanes ornements du musée de Marseille a.

Mais , revenons au monument qui avait suggéré au P. Montfaucon les réflexions que j'ai relevées : un autre savant bénédictin , D. Mabillon, avait été mieux inspiré, lorsqu’au sujet du sarcophage affecté à un usage

1 Gregor. Turon., Hislor. Franc., iv, 12.

2 Voyez Ruffi, Hist. de Mars., t. II, p. 129. Us sont gravés dans les Monuments de la France , de M. de Laborde, 1. 1 , pl, lxxt.

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pareil dans la célèbre basilique de Saint- Laurent-hors-des-Murs ; il avait fait cette observation , que les chrétiens du premier âge eurent fréquemment recours au même moyen pour la sépulture de leurs frères *■. Le monument dont il s’agit ici, est le superbe sarcophage représentant un mariage romain , qui servit de cercueil au cardinal Guglielmo Fieschi , neveu du pape Alexandre IV , et qui se voit encore aujourd’hui à la même place , dans cette même basilique chrétienne1 2. Rien n’est assurément plus célèbre , en fait de sépulture chrétienne , que le magnifique sarcophage de porphyre , qui servit de cercueil à Sainte-Hélène , mère de Constantin , puis au pape Anastase IV , qui la fit transporter à Saint-Jean-de-Latran pour cet usage; c’est un fait reconnu par tous les antiquaires, que

1 Iter Italie , §. 10, p. 81 : Sic profanis tiunulis christiani non raro quasi propriis usi sunt.

2 II est gravé dans V Admiranda 7 tab. 58. J’en ai moi-même publié le couvercle qui était resté jusqu’à ce jour à peu près inédit. Voyez mes Monuments inédits , Appendice f pl. lxxii a, n. 2.

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cette urne de porphyre , avec les bas-reliefs représentant un combat dont elle est ornée, est un monument de travail antique et profane *. Un des exemples les plus curieux que je puisse citer de cette pratique usitée à presque toutes les époques du Christianisme, est celui d’un sarcophage, avec des figures de satyres nus et d’autres personnages tout aussi profanes , placé dans la chapelle de l’illustre famille Savelli, de l’église d 'Aracœli, sur le Capitole , et renfermant les restes du noble Luca Savelli, père du pape Honorius IV 1 2. Il peut paraître assez singulier que ces sortes de sujets bachiques , si communs sur les sarcophages antiques , comme ils l’avaient été sur les vases peints, n’aient causé presqu’aucun ombrage à la simplicité de nos premiers chrétiens , lorsqu’ils se servirent de ces monuments pour leurs propres sépultures. On en eut, dans ces derniers temps , un exemple bien remarquable , quand on

1 Bottari, Piiture e Scult t. III, tav. clxcvi.

2 Casimiro, Mcmorie di Aracœli. p. m.

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fouilla dans les cryptes du Vatican , pour y asseoir les fondations de la nouvelle sacristie de Saint-Pierre , sous le pontificat de Pie VI. On y trouva un sarcophage, avec des basreliefs représentant une scène de bacchanales , et avec une inscription chrétienne , qui constatait que cette urne, de travail antique , avait été employée à la sépulture de deux personnages chrétiens, dont les squelettes y étaient renfermés

Mais jamais peut-être le contraste que je viens de signaler, entre cette espèce de sujets profanes et une sépulture chrétienne , n’a dû paraître plus frappant que sur un sarcophage trouvé dans le cimetière de Sainte-Agnès , et représentant un Bacchus entouré de petits Amours nus et de génies des saisons , dont l’inscription nous apprend qu’il servit à recevoir la dépouille mortelle d’une jeune vierge chrétienne, nommée Aur. Agapetilla , et qualifiée servante de Dieu

1 Ce sarcophage , transporté depuis au Musée du Vatican , est gravé dans le savant ouvrage de l’abbé Cancellieri, de Secretar. Basil. Vatican., lab. xm.

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( ancilla Dei1). Il serait trop long d’indiquer tous les sarcophages antiques , connus pour avoir été employés au même usage, dans les églises de Rome; hors de Rome, les exemples en seraient si nombreux , particulièrement en France , qu’il serait impossible et superflu de les citer tous. Je rappellerai seulement que c’est dans le sarcophage d’un jeune romain, Tib. Jul. V alerianus , que furent recueillis les restes du martyr saint Andéol 2. Deux beaux sarcophages , sur l’un desquels est représentée la forge de Vulcain , sujet rare et curieux, renfermèrent jusqu’au ive siècle , les ossements d’un autre martyr, saint Victor, et ceux de saint Mauron , évêque de Marseille 3. C’est aussi dans un sarcophage antique, orné de figures de 'personnages romains , que fut déposé

1 Boldelti, Osservazioni sopr. i sacr. cime te rj x p. 466.

2 Millin , Voyage au midi de la France } t. II, p. 122, pl. xxviii, nos 4 et 5.

3 Le même, ibid., t. III, p. 156, 158, pl. xxvi, 4, et xxxvn , a.

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le corps de saint Honorât, évêque d’Arles"1 ; et qui ne sait que c’est un sarcophage romain, représentant X enlèvement de Proserpine, qui servit de cercueil à Charlemagne 2? Mais pour ne pas sortir de Rome et de Tltalie, où ces sortes d’exemples se rencontrent en plus grand nombre, et aussi avec plus d’autorité que dans le reste de la chrétienté , je citerai particulièrement un sarcophage qui se voit dans le couvent des Camaldules, au-dessus de Frascati, et qui, après avoir reçu la dépouille mortelle de quelque guerrier romain , renferma les restes de plusieurs martyrs , dont les noms sont inscrits sur le bouclier que soutiennent deux génies nus 3. On voit encore sous le portique de la basilique de Saint-P aul-horsdcs-murs, un superbe sarcophage représentant la fable de Marsyas , qui fut employé

1 Millin. tbicl., t. III, p. 536, pl. lxiv, 5.

2 On l’a vu longtemps au Musée des Grands-Augustins, et la description s’en trouve, n» 428 de la Notice de ce Musée.

3 Bottari. Pitture e Scult., t. III, p. 10-11.

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au xie siècle pour la sépulture du célèbre Pierre Leone , comte de V A ventin 1 2 ; à la même époque, où un autre sarcophage , sur le devant duquel est sculpté le sujet de Phèdre et Hippolyte , servait de cercueil à la mère de la fameuse comtesse Mathilde; et ce n’est pas là encore la particularité la plus curieuse que présente l’histoire de ce précieux monument de Fart antique. Yasari nous apprend que , resté durant presque tout le cours du moyen âge , encastré dans la façade du dôme de Pise , il devint au xme siècle un sujet d’études assidues pour Nicolas de Pise , et qu’ainsi il servit , entre les mains de ce maître célèbre , à la renaissance de l’art 3; aujourd’hui, il se trouve parmi tant d’autres monuments du même genre , dans le Campo Santo de Pise 3, vaste

1 Nicolaï, délia Basihca di S ■ Paolo } lav. x, p. 273-286.

2 Vasari, vit. de’ Pitlori , etc., t. Il, p. 184, ed. Milan.

3 P. Lasinio , Raccolta di sarcofagi del Cainj)û Santo di Pisa , tav. txxm.

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et admirable musée funéraire, ou toutes sortes de monuments de l’antiquité profane, grecque, étrusque et romaine, urnes et sarcophages de toute forme , de toute proportion, ont été mis à contribution par des chrétiens de tout âge, de manière à produire , avec l’édifice même qui les renferme , et avec le prodigieux ensemble de peintures qui le décore, un monument certainement unique au monde. Je n’ajouterai plus qu’un dernier trait, appartenant au même pays, à la Toscane; c’est que le célèbre baptistère de Florence était jadis environné de sarcophages antiques , employés à la sépulture de nobles Florentins, et placés extérieurement sur les degrés , maintenant enfouis, de ce temple chrétien. Tous ces sarcophages, qui se voyaient encore à cette place , au temps de Boccace *, en furent enlevés plus tard par le célèbre Àrnolfo di Lapo , ar chitecte du dôme de Florence ; il en est resté un dans le baptistère même, dont le

Decnmeron. Giorn. vi, nov, 9, éd. Rom.

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bas-relief représente une marchande de couronnes ( coronaria ), et qui servit encore dans le dernier siècle à recueillir la dépouille mortelle d’un évêque de Florence *.

Du moment qu’il est établi par tant d’exemples, empruntés en grande partie à Rome et à l’Italie, et appartenant à presque toutes les époques du Christianisme , qu’il se fît , parmi les fidèles , un usage à peu près général des urnes et des sarcophages antiques pour la sépulture de leurs frères, on ne doit pas être surpris qu’ils aient donné une disposition semblable aux sculptures qu’ils firent exécuter sur leurs propres monuments. On doit encore moins se scandaliser qu’ils aient adopté plusieurs des figures allégoriques qui avaient été consacrées , sur les sarcophages des anciens , à exprimer certaines intentions funéraires ou symboliques, quand ils eurent, à leur tour, à rendre les mêmes idées , ou des idées équiva-

1 II est publié dans le recueil de Gori , Inscript, ant. Eiritr.j t. IIÎ, tab. îx.

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lentes. De ce nombre , furent ces petites figures de génies nus et ailés, soutenant de leur main , dans une position inclinée , qui avait aussi , comme l’on sait , sa signification symbolique , tantôt le bouclier avec Y image du défunt , tantôt le cartel avec Yin scription , tels qu'on les voit sur une foule de sarcophages antiques. Ces deux mêmes figures , quelquefois avec le petit manteau grec , nommé chlamyde, remplissent précisément le même office sur des sarcophages chrétiens du premier âge , tels que celui de Vérone 1 , et celui de saint Ambroise , à Milan, le dernier desquels passe pour avoir été le cercueil de Stilicon 2. Or, on ne peut s’empêcher de convenir que le type de ces figures chrétiennes n’ait été pris des monuments antiques où elles se montrent si fréquemment; c’est ce qu’a reconnu le docte et judicieux Bottari , dans l’explication de deux beaux sarcophages chrétiens, extraits du

1 Feron. illustrât., P. III, c. 5, p. 57, et Mus. V eron ., p. 484.

5 Monum. diS. Anibrog., tav. 14, p. 99.

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cimetière du Vatican *, et d’un troisième , plus remarquable encore , provenant des cimetières de la voie Appïenne 2, qui tous offrent la même particularité. On ne peut nier, en effet, que les anges du Christianisme n’aient été figurés sur ses monuments absolument sous les mêmes traits cpie les génies des sarcophages païens ; ce point d’archéologie sacrée une fois admis , il ne reste plus à l’antiquaire chrétien qu’à rattacher à des sources bibliques, comme l’a fait le P. Marangoni 3, la notion des génies altérée par l’idolâtrie.

Ce trait d’analogie n’est pas le seul qui dut exciter l’attention des interprètes de l’antiquité chrétienne. Un des plus grands antiquaires clés temps modernes , l’illustre Buonarotti , en a signalé plusieurs autres , tous produits par la même cause, par la nécessité de se conformer, dans l’expression d’images symboliques , indifférentes en elles-mêmes ,

1 Bottari, Pilture e Scalt t. I, tav. xxn et xli.

2 Idem, ibid.y t. Iï, tav. r.xxxvi.

3 Marangoni , dette Cose gertilesche } etc., c. xix.

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je veux dire innocentes sons le rapport de la croyance religieuse, à des types depuis longtemps admis et consacrés dans la langue imitative, auxquels l’œil, la main et la pensée des peuples étaient accoutumés. C’est ainsi qu’il reconnaît , à la manière dont sont représentés sur les sarcophages chrétiens, dans les mosaïques des églises et dans les miniatures des manuscrits, les fleuves, les fontaines , les villes , les provinces personni. fiés, l’imitation positive, ou, pour mieux dire, la reproduction servile des types du paganisme 1 ; cette énumération pourrait s’accroître bien aisément, même en s’en tenant aux seules représentations que nous offrent les sarcophages chrétiens. On y voit, par exemple , des personnages allégoriques , tels que Y espérance et la charité , représentés en clemi-figure , absolument suivant le costume antique 2. Sur un de ces sarcophages, qui provient du cimetière du Vatican, et

1 Buonarotti , V etri , antichi , p. 7.

2 Bottari , Pitture e Scultur.,1. I, tav. xxvni, p. 105.

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qui , par je ne sais quel accident, gît de nos jours abandonné dans un coin des jardins de la villa Médicis , la tempête est représentée par une demi-figure ailée x, àpeu près comme dans une miniature du Virgile du Vatican 2 ; et l 'astre d’Hélène est personnifié , suivant le même système, par un buste de femme radiée, porté sur un croissant . Mais, pour ne pas trop multiplier ces exemples , je me bornerai à signaler ici en peu de mots quelques-uns des traits les plus significatifs appartenant au même ordre d’idées funéraires , qui prouvent que les emprunts d’images figurées suivirent , chez nos premiers chrétiens, l’emprunt matériel qu’ils firent pour leur usage des urnes et des sarcophages antiques.

Les génies des saisons, qui figuraient dans les bas-reliefs des sarcophages et dans les peintures des tombeaux antiques , comme une image allégorique du cours

1 Boltari, Pitlure, t. I, tav. xlii, p. 186-7.

2 Pictur. ex antiq. codic. Vatican. Virgil lab. vin.

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de la vie humaine , avaient été adoptés par les fidèles, comme symboles des idées chrétiennes de la résurrection, ainsi que le prouve, avec les peintures des Catacombes précédemment décrites, l’exemple du sarcophage chrétien publié par Buonarotti 1 , mais surtout le célèbre sarcophage du Jun. Bassus, du cimetière du Vatican, dont les faces latérales sont décorées de figures de génies des saisons, en partie nus et ailés, et représentés avec tous les symboles et les attributs que l’antiquité profane avait affectés à cette classe de personnage d’ordre allégorique 2. C’est une image du même genre et puisée à la même source que celle du soleil et de la lune, personnifiés, comme on le voit sur un sarcophage tiré des Catacombes 3 4 , et sur une lampe chrétienne 4 , où le

1 Buonarotti, Vetri anlichi, vignette, p. i.

2 Bottari, Pitture e Scult ., t. I, prefaz., p. 1, et spiegaz., p. 1 , avec l’explication donnée, p. 47-52.

3 Arringhi, Rom. Subterr., 1. n, c. x. p. 335.

4 Borloli , Lucent, antich., P. III , n° 29 ; Bottari, Pitture , etc., t. III, p. 77,79.

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Bon Pasteur , cette personnification symbolique du Christ, est représenté avec une couronne d’étoiles sur la tête , ayant de chaque côté les bustes du soleil, à tête radiée, et de la lune, avec le voile déployé au-dessus de la tète, qui sont deux traits si manifestementpuisés dans les traditions de l’art antique ; de pareils exemples medispensent deciter des monuments d’un âge plus récent, tels que les diptyques d’ivoire ecclésiastiques et les peintures des manuscrits, où de pareilles images, réminiscences trop éloignées de l’antiquité , n’ont plus pour nous la même valeur, bien qu’elles aient la même origine.

Quant à ces images mêmes du soleil et de la lune, employées sur les monuments funéraires de l’antiquité , on sait qu’elles avaient pour objet de représenter allégoriquement le cours de la vie humaine , réduite ainsi à son expression la plus simple; en sorte que les chrétiens, en s’emparant de ce type, n’eurent qu’à l’approprier par l’intention au génie de leur croyance, sans avoir à y faire aucun changement dans la représentation

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même. Les masques du soleil et de la lune placés , comme on en a tant d’exemples, aux angles du couvercle des sarcophages antiques, étaient des abréviations de la même image symbolique , ainsi que j’ai déjà eu occasion de le dire ; et de là vient aussi sans doute que des masques pareils figurent à la même place, sur plusieurs sarcophages chrétiens des Catacombes. D’autres fois, on employa à la même intention les têtes des Dioscures , dont on sait que la figure en pied décorait les sarcophages et la façade des tombeaux romains ; j’en puis citer pour exemple un cercueil chrétien , extrait du cimetière de Sainte-Priscille , dont le couvercle est orné d’une grande tête colossale, représentant un des Dioscures l, et un autre sarcophage provenant du cimetière de Sainte- Cyriaque 2, dont le couvercle, actuellement brisé , portait à chacune de ses extrémités

1 Bottari, Pitture e Scult t. lit, tav. clxiii , p. 114 ] cf. ibicl t. I, p. 125.

2 Idem , ibid,, t. II, tav- lxxxvi , p. 07.

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une grande tête coiffée d'une tiare , que Boltari a prise pour celle du soleil , où il devait plutôt reconnaître un Dioscure ; mais où l’imitation de l’antique est sensible et positive , dans l’une comme dans l’autre hypothèse. Du reste, que ce soient les têtes des Dioscures qui aient été employées ici et ailleurs, en place de masques du soleil et de la lune y c’est ce qui résulte de l’observation d’un de ces sarcophages, qui se trouve à Florence , et qui est publié clans le recueil de Gori l. L’imitation de l’antique et la tradition des idées funéraires attachées à ce symbole se reconnaissent jusque dans l’emploi des masques scéniques qui se voient sur le couvercle de quelques sarcophages chrétiens 2 ,

1 Inscript, cmt. Etrur., t. III, p. 1, lab. viii, n° 2. Gori fait, à ce sujet, l’observation que voici : Primævos Christianos interdirai raulta quæ apud Ethnicos fréquenter occurrebant in eorum sepulcris, in suis admiscuisse, jani alii docti viri observarunt.

2 Voyez un fragment d’un beau sarcophage du Vatican publié par Bottari , t. I, tav. xxxi, n° 2,

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à la même place où ils figurent si souvent sur les sarcophages romains ; et l’on sait que le motif qui fit si souvent employer ces sortes de masques pour couronnement des tombeaux , dans l'antiquité romaine , tenait à la manière dont les anciens considéraient la vie , comme une sorte de drame : idée profane , certainement étrangère au Christianisme, dont l’expression figurée ne peut s’être maintenue sur ses monuments , que par l’effet d'une pratique usuelle et d’une routine aveugle, comme il en est de tant d’autres images analogues puisées à la même source.

et un sarcophage d’Arles publié par Millin , Voyage au midi de la France , pl. lxiji , n° 3. Ce sont deux masques de ce genre qui se trouvent aux deux extrémités de la frise qui couronne la confession de la célèbre basilique de Saint-Laurent-/iors-des-il/Mr$; et cette tradition s’était conservée assez avant dans le moyen-âge, à en juger par le sarcophage où repose, à Perugia, le corps du bienheureux Egidio, dont le couvercle est orné de deux masques semblables, plus grossièrement exécutés. Ce sarcophage est gravé en guise de vignette , en tète de le Préface du tome II du recueil de Bottari.

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C’est encore un trait dérivé de la langue figurée du paganisme, que la manière dont le ciel est personnifié, aux pieds de la personne du Christ, sur plusieurs sarcophages chrétiens 1. Cette personnification consiste en une demi-figure d'homme qui tient de ses deux mains un voile déployé au-dessus de sa tête. Buonarotti , qui ne pouvait manquer d’être frappé de cette image , et qui y voyait Veau du firmament représentée de cette manière allégorique, si familière aux premiers chrétiens , convenait que le type en était emprunté aux monuments païens , où les divinités des eaux se trouvent figurées de la même manière 2. Il eut été plus exact, plus conforme du moins à l’usage suivi sur le plus grand nombre des monuments qui

1 Tels que celui de Jun. Bassus , dans BoUari , Pitlur. e Scult., t. ï, tav. xv , et un autre, d’une exécution peut-être supérieure , bien que d’une époque plus basse , ibid., t. I , tav. xxxiit ; le Ciel y est imberbe.

2 Buonarotti, flétri antichi , p. 7, et Medaglion Sinlich,, proem., p. 27.

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nous restent de voir ici une personnification du ciel , tel qu’il est représenté , entre autres monuments antiques, d’une signification indubitable et d’un haut mérite , dans un des bas-reliefs de Y autel d'Auguste , du Musée du Vatican, que j’ai publié1; mais que l’on adopte l’opinion de Buonarotti ou la mienne, qui ne diffèrent , du reste , qu’en un point assez peu important, on ne pourra s’empêcher de reconnaître, avec ce savant lui même , que le type en question était un de ces emprunts d’images figurées que le Christianisme dut faire à l’art antique, et de plus, suivant moi , une des conséquences inévitables de l’emploi matériel de ces monuments.

Un des exemples les plus curieux, comme les plus positifs , qui se puisse citer encore de cet emploi , fait par le Christianisme , de signes consacrés dans la langue figurée de l’antiquité profane, c’est la présence de deux génies nus et ailés , jouant avec deux coqs

1 V oyez mes Monuments inédits d’ Antiquité figurée, Odysséïde , pl. lxix, p. 591-592.

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qu’ils excitent à la lutte : sujet d’un petit bas-relief qui décore , au-dessous d’un bouclier renfermant les portraits en buste de deux jeunes époux , un beau sarcophage chrétien, extrait du cimetière de Sainte- Agnès Il serait certainement bien superflu de s’attacher ici à montrer à quelle source avait été puisée cette représentation dont il n’est pas un seul élément qui ne soit notoirement antique. Ces deux génies , jouant avec deux coqs , ne peuvent être que des génies de la palestre , tels qu’on les voit en effet représentés sur beaucoup de monuments antiques rien n’est plus commun, ni plus avéré, en fait d’antiquité figurée , que l’emploi symbolique du coq, dans tout ce qui a rapport aux exercices de la palestre et du gymnase, comme aux jeux et aux combats qui en étaient dérivés. Ce qui ne permet pas non plus de regarder ce type profane, sur un monument chrétien , comme l’effet d’une

1 Boltari, Pillure e Scult., t. 111, tav. cxxxvn, p. 44.

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inadvertance, ou comme une exception unique et sans conséquence ; c’est que la même image de deux génies avec deux coqs s’est rencontrée sur un verre chrétien des Catacombes publié par Boldetti *, sans que, dans ce cas-ci, comme dans celui qui nous occupe , il soit venu à l’esprit de l’interprète de l’antiquité ecclésiastique d’expliquer dans un sens chrétien une image si positivement païenne. A mon avis , cette image , relative aux jeux et aux exercices de la jeunesse grecque et romaine , ne pouvait avoir été placée sous le portrait de deux jeunes époux , morts sans doute à la fleur de leur âge, que par une réminiscence du procédé antique qui faisait servir à une pareille intention l'image dont il s’agit ; et c’est là un de ces traits les plus sensibles de l’influence qu’exerce sur l’esprit des peuples une habitude longue et invétérée, en dépit de tous les changements de la civilisation et même de la croyance.

• Boldetti , Osservaz . sopr. i scier. Cimilerj ; p. 21 6.

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D’après les exemples que je viens de citer de l’emprunt de types et de motifs d’imitation fait aux monuments antiques par les premiers chrétiens , on ne sera pas surpris que, dans la composition de leurs propres monuments , leur pensée ne soit restée encore fidèle à certaines traditions du paganisme ; et que , dans l’exécution des sujets puisés aux sources bibliques ou dans l’Evangile, leur main n’ait encore reproduit, par l’effet d’une pratique aveugle, un grand nombre d’éléments de Fart profane , particulièrement de détails de costume, d’ameublement, d’architecture, qui étaient indifférents en eux-mêmes , mais avec lesquels on était familiarisé de si longue main. Ce serait d’ailleurs une recherche fastidieuse pour nos lecteurs, et qui ne pourrait avoir quelque intérêt que pour l’antiquaire, que celle de ces détails de costume qui décèlent, sur les sarcophages chrétiens , l’imitation de modèles antiques. Qu’il nous suffise de signaler ici à leur attention le caractère général de ces monuments du Chris-

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tianisme primitif, en y ajoutant l’indication sommaire des sujets historiques qui y sont représentés.

Il existe deux classes principales de sarcophages chrétiens ; ceux de la plus grande dimension , dont les quatre côtés sont ornés de bas-reliefs aussi bien que la frise qui les couronne, et ceux d’une moindre proportion, qui n’offrent de sculptures que sur la face antérieure, décorée en partie de ces sortes de cannelures qu’on nomme strigiles , d’après leur forme, qui paraît, en effet, empruntée de celle de cet instrument. Sur les sarcophages de la première classe, les sculptures sont quelquefois distribuées en deux étages ; ou bien , elles consistent en un seul rang de figures d’une plus grande proportion : ce sont celles qui offrent généralement le plus de mérite sous le rapport du style, en même temps qu’une exécution plus étudiée. Ces bas-reliefs représentent le plus souvent des sujets de Y Ancien et du Nouveau- Testament mêlés ensemble, c’està-dire placés l’un à côté de l’autre indistinc-

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tement , bien que toujours séparés l’un de l’autre par quelque élément architectonique. Généralement, chaque scène ou groupe est isolé par une colonne de celle qui précède et de celle qui suit; et cette colonne torse, ornée de pampres, rappelle l’ordre d’architecture qui obtenait le plus de faveur à cette époque de décadence, et qui se retrouve par un motif d’imitation plus excusable aux yeux de la tradition religieuse qu’à ceux du goût, dans la composition de plusieurs des tabernacles des églises modernes de Rome. Quelquefois les groupes de figures sont placés sous des arcades portées par des colonnes ; ou bien , ces arcades , figurant un portique, sont sculptées surïefonddu bas-relief. Dans l’un comme dans l’autre cas, on reconnaît , à cette disposition générale , l’imitation positive des grands sarcophages romains, tels que ceux qui représentent les travaux d’ Hercule, et qui abondent à la dernière époque de l’antiquité. Quant au défaut d’unité qu’offrent cette suite de sculptures , où des traits de l'Évangile alternent

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avec ceux de la Bible *, c’est aussi une circonstance qui se retrouve sur des sarcophages antiques de la même époque ; ainsi qu’on peut s’en faire une idée d’après un bas-relief Mattéi que j’ai publié moi-même 2. Les sarcophages à strigiles sont d’une composition plus simple et plus régulière. Ils offrent, au milieu de la face antérieure , un sujet composé ordinairement de trois figures, savoir, une matrone chrétienne entre deux docteurs , ou le Christ entre deux apôtres ; et aux deux extrémités une figure d’ordre allégorique, telle que celle du Bon Pasteur. Ici encore, l’imitation de l’antique se montre d’une manière sensible dans la disposition générale , dans le nombre et dans la composition des figures, et jusque dans l’intention qui substitua le Bon Pasteur, image chrétienne par excellence , au groupe profane d 'Amour et Psyché, qui occupe ordinairement la même

1 Par Bible l’auteur entend ici et en plusieurs autres endroits le Vieux Testament. [Editeurs belges.)

2 Monuments inédits d* Antiquité figurée, Achil lêïde , pl. vi.

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place sur les sarcophages à strigiles , de travail antique , et qui , dans les idées de la civilisation païenne , offrait une image allégorique du bonheur éternel promis aux âmes des héros.

On pourra prendre une idée générale des sarcophages chrétiens du meilleur temps, en jetant les yeux sur un de ces monuments , tiré du cimetière du Vatican, qui se trouve aujourd’hui dans la cour de l’église de Sainte- Agnès , à la place Navone *. Les figures sculptées sur le devant sont distribuées en six compartiments , de chaque côté d’un groupe principal qui occupe le centre. Chacun de ces sujets est placé entre deux colonnes ornées de pampres , et supportant un entablement d’ordre corinthien. Au milieu, est le personnage du Christ, jeune et imberbe, assis entre deux de ses disciples; sous ses pieds , est représenté en demi-figure le C2e/personnifié , avec un voile qu’il tient de ses deux mains déployé au-dessus de sa tète. Le divin

Voyez planches 7e et 8e.

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maître présente un volume déployé à l’un des apôtres qui doit être saint Pierre , mais qui , du reste, ici non plus que sur aucun autre de ces monuments du même temps , n’est distingué par aucun signe particulier. Des trois sujets sculptés à la gauche du spectateur, le premier est celui du Sacrifice d' Abraham : on y remarquera la main sculptée dans la partie supérieure; c’est celle du Tout- Puissant cp\\ arrête le bras déjà levé d’ Abraham ; et c’est, pour en faire ici l’observation, de cette manière abrégée , avec la seule in^ dication de la main qui sort d’un nuage ou qui se montre en haut , qu’est toujours représentée l’intervention de Dieu le père, dans lessculptures chrétiennes aussi bien que dans les peintures des Catacombes. A la place correspondante , du côté droit , est figuré le gouverneur de la Judée, Ponce-Pilate , assis sur son tribunal , et prêta se laver les mains , au moment de rendre la sentence inique ; c’est ici l’expression figurée du texte sacré, rendue dans le costume romain; tout , dans la pensée , comme dans l’exécution , s’y trouve con

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forme à l'usage antique, de se laver les mains pour se purifier du sang innocent, aussi bien qu’à la pratique juive. Huit apôtres , distribués deux à deux, dans les deux compartiments intermédiaires, de chaque côté du personnage du Christ , remplissent le champ du bas-relief ; et ces figures d’apôtres n’offrent du reste , dans la physionomie et le costume , rien qui les distingue des personnages romains sculptés sur tant de sarcophages antiques l.

Les deux petits côtés ou faces latérales de notre sarcophage , offrent plus d’intérêt par la représentation et par les détails accessoires qui l’accompagnent. Sur l’un de ces basreliefs, est représenté la faute de saint Pierre, reniant son divin maître ; le coq , érigé sur une colonne ionique, sert ici d’emblème du sujet, et pour ainsi dire d’indice accusateur, comme dans le texte sacré. Le second des bas-reliefs offre deux scènes sans aucun rap-

1 Quoi de plus naturel que de représenter les Apôtres tels qifils étaient réellement de leur vivant ?

(- Editeurs belges.)

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port l’une avec l’autre; c’est, en premier lieu , le législateur des Juifs , sous les traits d’un homme jeune et imberbe , louchant de sa baguette le rocher d’Horeb d’où il fait jaillir une source abondante , et devant lui , deux jeunes Hébreux , dont l’un , agenouillé , se désaltère à cette source , et l’autre , debout , emporte l’eau qu’il vient de recueillir dans un vase de la forme allongée des amphores. La seconde scène offre la femme guérie du flux de sang , à genoux aux pieds du Sauveur; sujet qui eut une grande célébrité dès les premiers siècles de l’Église , et dont la représentation sculptée sur plus d’un de ces sarcophages chrétiens , aurait pu servir aux Pères du second concile de Nicée d’argument contre les hérétiques ennemis des images , bien mieux encore que la statue érigée , au témoignage d’Eusèbe , dans la ville de Panéas 1 , dont il serait aujourd’hui bien difficile de soutenir la légende. Quant à l’inten-

* Euseb., Hislor. Ecoles 1. vu, c. 18 ; consultez, sur ce point le xe Excîirsus de l’exceliente édition donnée par Heinichen.

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tion qui porta l’artiste chrétien à réunir dans une même composition ce trait de la vie du Sauveur et celui de la mission de Moïse , c’est ce qu’il serait bien superflu de rechercher , attendu qu’on ne pourrait découvrir cette intention que par de simples conjectures. Mais ce qui offre ici tout l’intérêt joint à toute la certitude possible , ce sont les fabriques sculptées des deux côtés sur le fond du bas-relief. Ces fabriques représentent , à n’en pas douter , des édifices chrétiens consacrés au culte , tels qu’il fut permis aux fidèles d’en ériger , seulement à partir des temps de Constantin. On y reconnaît, à sa forme de carré long , surmontée d’un toit à deux versants , avec une fenêtre dans le fronton de la façade , et d’autres fenêtres , tantôt cintrées et tantôt oblongues et carrées, ouvertes sur les murs latéraux , la basilique primitive, déjà pourvue de Y abside qui la termine à son extrémité. On y reconnaît aussi , dans l’édifice presque contigu , de forme circulaire, terminé en coupole et surmonté du monogramme du Christ, le hap-

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tistère du premier âge , tel qu’on avait coutume de l’ériger, attenant à la basilique , et non pas dans l’enceinte même de la basilique. Les portes de ces édifices chrétiens sont ornées de tentures relevées de chaque côté ; c’est encore un traitd’archéologie chrétienne, que nous connaissons par une foule de témoignages de l’histoire ecclésiastique , et dont l’imitation est intéressante à retrouver sur notre sarcophage. On sait que ces sortes de tapisseries, ou voiles (vêla), se faisaient d’étoffes à fond d’or, avec des sujets peints ou brodés , tels que ceux dont parle saint Paulin de Noie 1 ; il existe encore dans plusieurs des anciennes églises de Rome , notamment à Saint-Clément , à Sainte-Marie in Cosmedin et à Saint-Georges in P^elahro, des vestiges des anneaux de fer qui servaient à attacher ces tentures. Mais nulle part cet élément de la décoration des églises chrétiennes du premier âge ne s’était montré

1 S. Paulin. Nol., S. Fel. Natal, iii, v. 95 5 cf. Rosweid. Not. ad. h. l.; t. II, p. 849-853.

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