‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 10 sur 120 · MOUTIER · texte numérisé non relu

MOUTIER

Combat *ur le Uy (i»).— Première expédition en Vendée.— Marche de Boulard (du 7 au a3 avril). — Combat de Saint-Pierre de Cltemillé (u).— Retraite de» Vendéens.— Reprise de Chollel (i3 à 17). — Combat des Aubiers (1 S). — Retraite de Berruyer (19 avril au 3 mai). — Marche de Bcys- »er (fin d'avril). — Prise de Tbouars (5 mai). — Première bataille de Fontenay (16) — Deuxième bataille de Fontenay (a5).

Ce n'était pas tout: 4o,ooo Austro-Sardes s'apprêtaient à descendre des Alpes en Savoie et dans le comté de Nice. 45,ooo Espagnols se réunissaient au pied des Pyrénées; et à l'intérieur, une formidable insurrection éclatait à quatre-vingts lieues de Paris.

Près de l'embouchure de la Loire se trouve une contrée singulière qui faisait partie de l'Anjou, du Poitou et du comté Nantais, et, depuis la nouvelle division de la France, des départemens de la Loire-Inférieure, de Maiuc-ct-Loirc, de la Vendée et des Deux-Sèvres; on l'appelait le Roccage, et la guerre civile lui a laissé le nom de Vendée, (i)

Un labyrinthe de collines entourées de rivières qui versent leurs eaux dans ce fleuve ou directement dans la mer; des plateanx incultes, couverts de genêts d'une riche végétation; des pâturages, plantés d'arbres, bordés de haies vives et de barrières, forment ce pays à part. Circonscrit par le Tboué, la Loire, la mer jusqu'à Saint-Gilles et un arc de cercle qui rejoindrait le Tboué en passant par la Chafaigncraye, à peine avait-il quelques points de contact avec les provinces voisines. Une seule route, celle de Nantes à la Rochelle existait au moment de l'insurrection. Celle de Saumur à la Roche-sur- Yon (Bourbon- Vendée) était tracée, mais inachevée; les autres communications n'étaient que de mauvais chemins de traverse , sombres défilés, bordés de haies épaisses qui les recouvraient en vojite.

Là, vivait une population nombreuse éloignée de plusieurs centaines d'années de la- France du xvm* siècle; elle s'était arrêtée à ce degré de

(0 Voir la troisième carte.

civilisation que ses mœurs naïves feraient sans doute regretter, si l'hife toire de tous les temps ne les montrait inséparables du plus aveugle fanatisme. Les Vendéens avaient été successivement exaltés par toutes sortes de circonstances contro les progrès de la révolution. Leur foi vive et simple s'était révoltée contre la constitution civile du clergé. Des relations cordiales avec les seigneurs do paroisse, les associaient au ressenti* ment delà noblesse; enfin loin de partager l'entraînement général en faveur des réformes politiques, ils s'en étaient effrayés d'abord, puis irrités à mesure qu'elles atteignaient les objets de leurs aflectious. Dès long-temps on pouvait les regarder comme le premier instrument d'une réaction inté* rieure, et les partisans de l'ancien régime n'avaient rien négligé depuis quatre ans pour les préparer à la révolte. Cependant vingt-et-une villes ou bourgades disséminées dans le pays, ayant pris parti pour les assemblées, avaient jusqu'alors rendu impossible un mouvement général; il fallait que quelque provocation nouvelle déterminât l'explosion. La levée dos 3oo,ooo hommes alluma l'incendie, qui s'étendit en un moment d'une extrémité à l'autre d'un pays aussi propre à la guerre civile, tant par sa configuration topographique que par les dispositions des habitans, Dans toutes les communes on se refusa au tirage , le tocsin appela les miliciens aux armes et deux grands rassemblemena se formèrent, l'un dans la Haute-Vendée vers Saint-Florent, l'autre dans la Basse- Vendée à Challans. Cathelineau, voituricr des environs de Beaupréau, Stofflet, garde-chasse de Maulevrier , se mirent à la tête des insurgés de Saint- Florent; ils ne tardèrent pas à être secondés par Bonchamps et d'Elbée, anciens officiers subalternes. Bientôt 3o,ooo hommes sous leurs ordres occupèrent Saint-Florent, Jallais, Chemillé et enfin CholleL Les détachemens des garnisons de Rennes et de la Rochelle cantonnés dans le Bocage, furent désarmés, et abandonnèrent à l'insurrection de l'artillerie et des munitions.

D'un autre côté, le rassemblement de Challans, commandé par Charette, s'empara deMachecoul, du Pornic et de l'île de Noirmoutiers. Ces succès entraînèrent la Vendée centrale; il ne resta plus aux autorités républicaines que la haute vallée du Layon et celle du Thoué.

Verteuil et Labourdonnaye commandaient à cette époque les divisious territoriales. Le premier mit en mouvement une colonne de 5oo hommes pour dégager la route de La Rochelle à Nantes et ouvrir la commua nication avec son collègue. Elle pénétra par Luçon jusqu'à Chantonnay; mais à chaque pas le nombre des assaillans augmentait, et ne résista point à la tactique qui fit long-temps le succès des insurgés. Ils se glissaient en silence le long des haies qui bordent toutes les routes, et quand ils avaient enveloppé les colonnes républicaines, ils poussaient de grands

cris, et faisaient feu à bout portant en tête, en queue et sur les flancs. Des troupes aguerries pouvaient seules tenir à ce genre d'attaque.

L'impossibilité d'ouvrir la communication entre Verteuil et Labourdonnaye décida le gouvernement à confier au général Berruyer le commandement des troupes rassemblées' sur la Loire. 3ooo hommes de troupes réglées et 1 1,000 gardes nationaux levés à la hâte , étaient répartis depuis Ancenis jusqu'à Bressuire, sous les ordres des généraux Duhoux, Ixjygonnier, Quétineau et Gauvillicrs. Pour une battue, ces ressources pouvaient suffire: elles étaient insignifiantes contre l'insurrection dont au reste on ne connaissait pas encore la portée. A tout hasard , Berruyer donna l'ordre de pénétrer par toutes les routes ; son attaque fut secondée par Canclaux qui déboucha avec 3ooo hommes de Nantes et par Dayat, Chalboz et Boulard de l'armée de La Rochelle qui débouchèrent par les Sables, Ghantonnay et la Chataigneraye avec 5?oo hommes.

Boulard commença le mouvement : sorti des sables d'Olonnc , il déblaya la vallée de l'Auzancc, s'établit, l'épée à la main, à Saint-Gilles et à Challans, et repoussa les insurgés jusqu'à La Garnache. La côte était dégagée et il s'apprêtait à reprendre l'île de Noirmoutiers: mais au bruit de ses pas , la Vendée centrale se leva en masse. Les chefs de Royrand et Sapinaud à la tête de 12,000 hommes , tinrent en échec Chalboz à la Chataigneraye et Dayat à Ghantonnay. La position importante des Sables étant compromise , Boulard arrêta sa marche jusqu'alors heureuse et revint prendre poste à la Motte-Achard.

D'un autre côte, Berruyer s'avançait en cinq colonnes dans la haute Vendée. Celle qu'il conduisait en personne (iooo) partie de Saint-Lambert arriva en même temps que Duhoux (1000) venant de la Samelière devant Saint-Pierre-de-Chemiilé. Un vif combat livra aux républicains le village jusqu'à l'église dont les insurgés étaient encore maîtres à l'entrée de la nuit. Cette résistance et l'incertitude du succès des autres colonnes engagèrent le général en chef à se replier à Saint-Lambert. Mais ses lieutenans avaient partout réussi. Gauvilliers (i5oo) avait passé la Loire et était entré dans Saiut-Florcnt. Lcygonnier (5ooo) s'était emparé de Coron à la suite d'un violent engagement, et Quétineau avait sans obstacle pris position aux Aubiers avec 5ooo hommes.

Les chefs vendéens menacés sur leurs flancs, évacuèrent Chollet et se retirèrent découragés au-delà de la Sèvre Nantaise. Berruyer reprit sa marcheoffcnsive,fitàNuaillé sa jonction avec Leygonnier, et tandis que Gauvilliers entrait dans Beaupréau, il délivra Chollet.

Tout allait bien en apparence ; pour frapper au cœur les rassemblcmens qui fléchissaient, on n'avait plus qu'à pousser jusqu'à la Sèvre; mais le torrain manquait sous les pas des colonnes républicaine*. A l'appro-

che de Quétineau, les communes qui entourent Châtillon se soulevèrent; elles mirent à leur tête , le jeune Larochejacquelin qui leur fit cette noble harangue en les menant au combat: a Si j'avance, suivez-moi; si je recule tuez-moi; si je succombe, vengez-moi. » 11,000 paysaus tombèrent avec fureur sur le cantonnement des Aubiers ; les troupes entraînées par ce eboe imprévu s'enfuirent jusqu'à Bressuire.

Après ce brillant succès , Larochejacquelin courut aux autres chefs réunis à Tiflauge, il leur porta les armes et les munitions dont il venait de s'emparer et les décida à reprendre l'attaque. Animés par ses discours et son exemple, ils marchent sur Cholletel l'enlèvent; ils dispersent à Vihiers la colonne de Leygonnier et rejettent au-delà de la Loire et du Thoué Berruyer et ses lieutenans. Enfin un nouveau chef, Lescure, insurge les environs de Bressuire , entre de vive force dans la ville et dusse Quétineau j usqu a Thouars.

. A l'ouest, Beysser était sorti de Nantes et avait ouvert la communication avec Boulard. L'apparition d'une flottille française leur avait facilité la reprise de Noirmoutiers, et ils étaient aux prises avec Charetle autour de Légé, lorsque la nouvelle des désastres de Berruyer les fit rentrer dans leurs positions.

A U suite de ces succès, la Vendée reçut une sorte d'organisation militaire et politique. La première, seule, est de notre sujet. Charette conserva le commandement du Marais; il pouvait rassembler 1 5 àao,ooo hommes, et il avait à contenir les troupes républicaines des Sables et de Nantes.

DeRoyrand et Sapinaud, avec 12 ou iô,ooo hommes, occupaient Montaigu et couvraient la grande route de Nantes à La Rochelle; la grande armée catholique , ou armée a" Anjou, sousCathelineau, StofHet, Bouchâmes et d'Elbée, observait les rives de la Loire et les débouchés d'Angers et de Saumur; enfin l'armée du Poitou, commandée par Lescure et Larochejacquelin, interceptait les avenues de Poitiers et de Niort : ces deux derniers corps s'élevèrent un moment jusqu'à 60,000 hommes.

Toutes les dispositions étaient défensives, car le but des insurgés était de se soustraire aux décrets de la Convention et d'interdire l'accès de leur pays. Les chefs avaient d'autres vues, mais les moyens matériels manquaient, et leur influence ne s'étendait pas jusqu'à transformer en corps d'invasion des milices informes, dont le premier mobile était l'amour de Jcurs foyers. Dès qu'une expédition était terminée, il n'était possible de rien retenir autour du drapeau, que des cadres incomplets; mais dès qu'une attaque était signalée, le tocsiu appelait aux armes les combattans qui accouraient en foule aux lieux de rendez- vous.

Toutefois, les victoires de Vihiers, des Aubiers et de Bressuire avaient imprimé un élan dont on profita pour charger à fond les colonnes répu-

blicaines. Toutes les bandes de l'Anjou et du Poitou se ruèrent par Argentan etBressuire, à la poursuite de Quétineau; celui-ci avait rangé ses 3 à /|Ooo hommes sur le Thoué, s'appuya nt à la vieille enceinte do Tbouars. Il opposa d'abord une vive résistance; mais les assaillans, an nombre de 3o à 4o,ooo, exaltés par leurs succès et par l'exemple de leurs chefs, s'élancèrent dans la rivière et gravirent à l'autre rive. Déjà, ils escaladaient les murailles de la ville , quand on capitula.

Maîtres de ThoUars, les Vendéens n'avaient plus, pour dégager le Bocage , qu'à détruire les brigades de Chalboz et Dayat , qui se maintenaient à laChataigueraye, fortes de 6000 hommes. On se rabattit sur elles, on les poussa jusqu'à Fontcnay, et comme elles se rangeaient en bataille , on n'hésita pas à les attaquer. Mais, pour la première fois, on combattait en plaine; la seule tactique que l'on connût n'était plus applicable et , malgré l'immense supériorité du nombre, l'armée insurgée, chargée en flanc et à dos par une cavalerie exercée, éprouva une déroute complète; elle fuit, laissant quelques centaine* de morts et abandonnant ses bagages ci son artillerie.

Les chefs la rallièrent à Parthenay, n'eurent point do peine à la fairé revenir de sa surprise, à la ramener à la charge, irritée de sa défaite et résolue à se venger. Le plus grand nombre manquaient de munitions : en voilà, disaient les officiers, montrant leurs adversaires. On se précipite, on enlève l'artillerie, on culbute en un moment la colonne républicaine, qui fuit jusqu'à Niort. Les Vendéens trouvèrent à Fontenay d'immenses ressources. Ils prirent sur le champ de bataille 4a pièces de canon; mais, après leur victoire, ils se dispersèrent, et les généraux se rendirent à Châtillon, qui devint le centre de leur administration.

Suite des opérations sur la frontière du Nord.— Combat de Quiévraio (3o avril) De Raisinés (8

mai).— De Honcq (»3).— Combats d'Ami» et Marly (a4-a6).— Prise de Fûmes (3 1).— Capitulation de Coudé (ro juillet). — De Valencienoes (*8).— Attaque du camp de César (? et 8 août).— Combat de Linselles (18 août).-— filocos de Duakerque (On d'août).

Cependant les Anglais, les Hanovriens et les Hollandais, sous le

prince d'Orange et lo duc d'York, étaient entrés en ligne. Mais les chefs de la coalition, réunis à Anvers, avaient perdu près d'un mois à concerter leur plan de campagne et le partage des provinces qu'ils projetaient d'enlever à la France. Leur circonspection laissa respirer le gouvernement partout assailli, et donna le temps d'organiser les nouvelles levées. Elle tenait à diverses causes: sur le Rhin, la Prusse, préoccupée du dernier partage de la Pologne, ne put renforcer ses armées et se borna au siège de Mayence, dont elle commença l'investissement par . l'occupation de Landstuhl, Kaiscrslautern, Neustûdt et Spire; au nord, Gobourg fut chargé du principal effort : l'expérience de l'année précédente avait montré combien il est périlleux de s'aventurer en France, à. moins de s'appuyer sur une forte base; or, la frontière belge était ouverte, et celle du département du Nord, hérissée de forteresses; il était donc conduit à débuter par une guerre de sièges.

Son année se déploya en un vaste cordon , de la mer à la Moselle. A droite , les Hollandais et le duc d'York (5 1 ,8oo hommes) se rangèrent entra Fumes et Courtray, pour menacer Lille et prendre Dunkerque, pria de l'intervention effective des troupes anglaises. Au centre, Gobourg (70,000 hommes), se liant avec la droitepar le corps prussien de Knobelsdorf; campé à Tournay, pénétra dans l'angle formé par la Sambre et l'Escaut, afîudW vrir la route de Paris par Valenciennes , Landrecies et Guise , et de s'emparer, pour servir de base à l'invasion, des places de Condé, Valenciennes, Lequesnoy, Landrecies et Maubeuge. Enfin, à gauche, Beanlieu (i5 à 20,000) occupa Namur et le Luxembourg pour surveiller les Ardennes.

A ces forces immenses, la Convention n'opposait , outre les garnisons des places et la faible armée des Ardennes , que 40,000 hommes réunis , depuis la fuite de Dumouriez, sous le commandement de Dampierre et répartie dans les camps de Cassel, de la Madeleine, de Famars et de Maubeuge; mais les renforts arrivaient de toutes parla.

Cobourg entra en opération par l'investissement de Gondé. Il prit position sur la Scarpe , puis à Raismes et à Quiévrain, de manière à contenir à-la- fois les camps sous Lille et Valenciennes.

Dampierre tenta deux fois de secourir la ville assiégée. Il sortit de Famars et marcha sur Quiévrain, tandis que Lamarlière, débouchant de Lille, attaquait Saint-Amand. L'action s'engagea d'abord avec vigueur} mais les impériaux défendirent victorieusement Quiévrain , et les géné- • raux français furent contraints à rentrer dans leurs camps, af&iblis de la perte de aooo hommes.

1* résultat de la seconde affaire fut plus funeste. Lamarlière et Dampierre entreprirent d'ouvrir entre eux la communication par la route de

Yalenciennes à Lille; le premier pénétra dans Saint-Amand, le second emporta Baismes; mais, au-delà de ce village, il ne put forcer les impériaux retranchés daus les bois. En dirigeant l'a t laque, il reçut une blessure mortelle et ses soldats regagnèrent en désordre leur camp. Lamarlière fut encore une fois forcé de se replier sur Lille. On avait perdu a5oo hommes.

Ces deux combats et l'inaction de la gauche des Français indiquaient assez leur faiblesse. Cobourg s'enhardit à pousser en avant. Occuper Lamarlière par une fausse attaque sur Lille, placer York à la rive droite de la Scarpe, enlever tour-à-tour les faubourgs de Valenciennes, investir cette place et foire reculer les troupes du camp de Famars , telles furent ses dispositions et elles réussirent.

Le prince d'Orange et Knobelsdorf débouchèrent de Menin et Tournay, livrèrent à Lamarlière , vers Roncq et Turcoing , un combat qu'il soutint glorieusement, mais sans résultat; pendant ce temps, York vint se poster entre la Scarpe et Yalenciennes; alors Cobourg put disposer de toutes ses forces pour chasser les troupes républicaines, d'abord d'Anzin, puis de Marly. Le camp de Famars, dominé de tous points, n'étant plus tenable, l'armée commandée provisoirement par Lamarche se retira dans le camp de César, entre Bouchai n et Cambrai. ■ On était réduit à chercher des positions défensives; Cobourg, maître d'assiéger à-la-fois Yalenciennes et Condé , chargea le duc d'York d'ouvrir la tranchée devant la première de ces villes, et Clerfàyt de bloquer étroitement la seconde. Lui-même s'établit à Raisinés, occupant les rives de la Scarpe et de l'Escaut, et tenant ainsi en respect Lamarche et Lamarlière.

. A peu de jours de là, ces revers reçurent une faible compensation parla prise de Fumes, dont s'emparèrent les troupes du camp deCassel, encouragées par le départ du duc d'York à prendre l'offensive. Mais, partout ailleurs , des coups accablans ébranlaient sans relâche la république naissante.

- Ce fut alors que la révolution du 3i mai renversa la Gironde et fit passer le pouvoir entre les mains de la Montagne. Le parti vainqueur n'avait point encore de représentons dans les premiers grades de l'armée, et il fut obligé de confier le commandement à des généraux déjà illustrés. Depuis la défection de Dumouriez, Custines était au premier rang; il fut appelé à l'armée du Nord. Mais il n'existait point d'unité de vues entre ce général et les hommes exaltés que le mouvement populaire avait places à la tête des affaires. Les ressources lui manquèrent , et il ne trouva point dans ses passions ces inspirations qui en tiennent lieu. 11 resta immobile à son quartier général de Cambrai, pendant que Condé était bloqué et que le canon anglais battait «n brèche Yalenciennes.

Ces deux places succombèrent. Condé capitula lorsque sa garnison (4°°°) eut épuisé toutes ses subsistances. Valencicnncs , après sept semaines de tranchée ouverte, après l'incendie de ses églises, de l'arsenal, de 5 à 6oo maisons, après avoir fait essuyer à l'ennemi une perte de i5 à 20,000 hommes, se rendit au duc d'York, et la garnison, réduite à 7000 hommes, fut libre de rentrer en France, à la condition de ne point combattre avant un an les armées coalisées.

Avant de se séparer, les forces que le siège avait réunies firent l'essai d'un coup de main sur le camp de César et sur Cambrai. Le camp, assis au confluent de l'Escaut et du canal de la Sensée, renfermait i8 à 20,000 hommes et le quartier général de Kilmaine, qui remplaçait provisoirement Custines destitué.

Eulever à-la-fois le général en chef et le plus fort noyau de troupes tenant la campagne, c'était frapper au cœur l'armée républicaine encore accablée du poids de ses désastres, c'était s'ouvrir la route de Paris.

Le duc d'York tourna Cambrai pour prendre le camp à revers, pendant que Cobourg remontait les deux rives de l'Escaut pour attaquer de front et par la droite. Cette manœuvre était bien conçue; mais elle s'exécuta mal : on laissa à Kilmaine le temps de se reconnaître. Aux premiers coups de feu, il évacua ses positions, et, à la suite d'un léger engagement d'arrière-garde, à Marquion , il mit entre ses adversaires ét lui, d'abord la Sensée , puis la Scarpe , et il plaça son camp à Gavcrellc, entre Arras et Douai.

Cette retraite habile le reportait sur les derrières des ennemis. Le poursuivre, c'était s'aventurer dans le labyrinthe de places dont le nord est hérissé. Marcher sur Paris, en masquaut à-la-fois Cambrai, Bouchain, Arras et l'armée , c'était un de ces mouvemens hardis qui , depuis , ont réussi , mais dont le secret n'était pas encore révélé. Les impériaux se bornèrent à insulter les places de la Somme et à faire autour de Cambrai un simulacre de siège à l'appui d'une sommation qui ne produisit point d'effet. Après quoi ils se concentrèrent au nombre deprès de 100,000 à Bavay et commencèrent l'investissement du Qucsnoy. Le duc d'York se dirigea sur Meuin par Marchiennes.

Quelques changemens furent apportes dans les dispositions des coalisés. Les impériaux de Bcaulieu et d'Alvinzy passèrent à la droite et remplacèrent Knobelsdorf rappelé à l'armée de Brunswick. Le duc d'York se trouva dès-lors à la tête deprès de 60,000 hommes.

L'armée française, forte de 70 à 80,000 hommes était ainsi répartie ; la droite gardait laSambre et se liait par le camp de Maubeuge à l'armée des Ardcunes (20 àa5,ooo) ; le centre occupait le camp de Gaverclle ,

les places de Douai , Cambrai et Bouchain; la gauche s'était maintenue à Cassel , à Gyvelde et au camp de la Madeleine sous Lille.

York tourna lentement autour de cette dernière ville , espérant dérober sa marche aux généraux français et surprendre Dunkerque. Il laissa Beaulieu à Cysoing pour maintenir ses communications avec Cobourg. Arrivé à Menin, il fit attaquer par le prince d'Orange le camp de la Madeleine. Un vif combats engagea et livra aux Hollandais le village de Linsellcs et les hameaux qui en dépendent. Ces démonstrations indiquaient le projet d'investir Lille. Cependant Alvinzy, par Ypres et Furncs pour attaquer Gyvelde, et York par Popcringhe , pour tourner le camp de Cassel, s'avançaient sur Dunkerque ; mais les troupes de Gyvelde et de Cassel ne prirent point le change: à l'arrivée des enne. mis, elles étaient déjà sous le canon de la place , dont toutefois elles ne purent empêcher l'investissement. \a tranchée s'ouvrit sous la protection des corps hessois et hanovriens de Freytag et Walmoden qui prirent position sur l'Yscr à Wormhout et Rexpoêdc.

Suite Jus opération* sur le Rhin et dans les Vosges. — Occupation d'Àrlon (9 juin).— n*Hontbo«rgi I)wu-Poiits(i9 Capitulation de Maycncc (ti juillet).— Blocu* de Landau.— Perle de Pir-

masi tis (ie' septembre).— De Boutlenllial (10).— Combat! de Pirmasrns et Bomlcnthal (m-14).— Perte des ligne» Je Weissembourg (i3 octobre).

Bcauharnais avait été nommé général en chef de l'armée du Rhin en remplacement de Cuslines. Son premier soiu fut de faire quelques démonstrations pour troubler le siège de Maycncc. Il commença àdonner à Dclaage, qui commandait l'armée de la Moselle, Tordre de s'emparer d'Arlon , espérant attirer dans le Luxembourg Brunswick ouWurmser, et profiter de cette division pour pénétrer daus le Palatinat. Arlon fut occupé , mais ni Wurmscrni Brunswick ne s'en émurent. Beaulieu se détacha de la Meuse pour reprendre la position perdue et le mouvement de Bcauharnais eut

pour seul résultat de le rendre maître d'Hoinbourg , et de renouer, par Pirniasens et Deux-Ponts, la communication interrompue entre les armées du Rhin et de la Moselle : il fallut renoncer à dégager Maycncc.

Cette grande forteresse, défendue par une garnison de o. a, ooo hommes, fut d'abord investie par le feld- maréchal prussien Kalkrcuth, soutenu par Brunswick et Wurroser qui contenaient les armées du Rhin e> <jc la Moselle. Le corps de siège fut successivement porté jusqu'à 70,000 hommes commandés par le roi de Prusse en personne; kiors la tranchée s ouvrit. Des prodiges de valeur et de constance signalèrent la défense: les généraux Doyré, Meunier , Kleher, Aubcrt-Dul>ayet et les représentant Revbcll et Merlin ( de Thionville) s'immortalisèrent eu la dirigeant. Un tiers des maisons écrasé, les magasins incendiés , la garnison en proie à la plus horrible famine ne décidèrent point à capituler. Enfin les deux conventionnels perdant tout espoir d'être secourus, entrèrent en négociation dans le but de disposer le roi de Prusse à la paix par la reddition d'ane place qu'il avait juré de reprendre. Lu capitulation fut signée le 21 , la garnison réduite à 1 7,000 hommes sortit avec les honneurs de la guerre; elle s'était seulement engagée à ne point combattre avant un an les armées coalisées; on la transporta en Vendée, et le roi, avec la majeure partie du corps de siège se rendit en Pologne.

Après la prise de Mayence, Beauharnais fut rappelé et les coalisés se disposèrent à bloquer Landau. Cette opération présentait de sérieuses difficultés; la place est située au pied du versant oriental des Vosges sur la Queich, torrent qui s'en échappe et court en ligne droite au Rhin; elle est ainsi protégée par ce grand fleuve et par les aspérités de cette chaîne de montagnes; ce n'est pas tout , la Sarre en côtoie le revers occidental. Or l'armée du Rhin bordant la Queich, et l'armée de la Moselle, la Sarre il suffisait d'un corps posté sur la crête des Vosges n Hornbach et Pirmasens, pour lier toutes les forces républicaines et faciliter les manœuvres quelles exécuteraient sur les deuxversans des Vosges. Pour atteindre Landau, il fallait donc se ranger en potence, contenir l'armée de la Moselle et faire reculer celle du Rhin. Mais après la Queich, on trouve la Lauter, puis la Moder, puis la Zorn toutes lignes parallèles fortifiées par l'art et la nature.

Les coalisés disposèrent ainsi leurs forces: l'armée de Brunswick, cette armée qui devait l'année précédente pénétrer jusqu'à Paris, s'établit sur le versant occidental; le prince de Hohenlohc prit position au sommet de la ebaîne, Wurmser se déploya dans la plaine entre les montagnes et le Rhin.

Leurs premières manœuvres eurent pour effet de replier sur Hornbach le corps des Vosges, et de les mettre en possession de Pirmasens. Dès-lors, l'armée du Rhin, débordée sur la rive gauche de la Queich, se renferma

dans les célèbres lignes de Weissembourg. Mais au moyen des camps de Bondenlhal et de Nothweîler, elle dominait l'espace entre la Lauteret la Queich, et elle s'opposait à un investissement complet de Landau. Le premier soin deWurmser fut de s'emparer de cette clef du système défensif, et cette fois la trabison le seconda : 4ooo impériaux , engagés dans les défiléâ des Vosges, se présentèrent devant les camps français. D'Arlande, qui commandait le camp de Nothweïler, passa dans leurs rangs , et leur indiquant les points vulnérables des positions qu'il avait juré de défendre, il y entra à leur tôu. Les généraux républicains indignés , accoururent pour recouvrer leurs fotranchemens, mais ils furent repoussés. A deux jours de là, les deux armées concertèrent une attaque simultanée contre Pirmascns et Bondenlhal. La gauche de l'armée du Rhin , soutenue par une démonstration de toute la ligne, rentra dans le camp de Nothwcïler; mais l'armée de la Moselle échoua devant les escarpemens de Pirmascns. Ecrasée d'abord par une artillerie formidable, elle revint obstinément à la charge et ne vida le champ de bataille qu'après avoir perdu 3 à 4ooo hommes.

Après leur victoire, les généraux ennemis bloquèrent Landau, sans pouvoir l'assiéger. Leurs forces réunies suffisaient à peine à contenir dans • leurs positions les deux armées françaises qui communiquaient par Lerabach, Bitche , et Hornbach. Après de longues hésitations , et avoir tenté sans succès de faire diversion au midi de l'Alsace, en jetant quelques troupes sur la rive gauche du Rhin , ils se décidèrent à attaquer les lignes de Weissembourg. 45,ooo hommes les défendaient soutenus par a5,ooo hommes campés sur la Sarre. Ou venait d'imaginer de mettre toutes ces forces sous un même commandement, et on en avait investi Carlen , officier jusqu'alors inconnu, dont le nom ne fit qu'apparaître pour être signalé par une défaite.

Brunswick commença par mettre en mouvement sa droite vers Homhourg et Deux-Ponts. Lorsqu'il eut attiré l'attention de l'armée de la Moselle, il déboucha dePirmasens avec 10,000 hommes, poussant sur Bitche le corps des Vosges ; puis s élançant dans l'intervalle qu'il venait d'ouvrir, il descendit les monts entre Bitche et Lembach et se jeta en arrière de la gauche des lignes. Dans le même lemps, le prince de Waldeck, lieutenant de Wurmser, ayant surpris pendant la nuit le passage du Bhin , s'empara de la ville de Selz et donna au feld-maréchal le signal d'une attaque générale. Les impériaux se ruèrent avec impétuosité sur les rctranchemens, et un combat acharné s'engagea sur tous les points; mais la défense manquait d'ensemble, et malgré l'échec de Waldeck qui fut rejeté au-delà du Rhin, l'ennemi força les lignes à Saint-Remi et à Lauterbourg; enfin l'apparition de Brunswick derrière la gauche, entraîna la

retraite de l'armée française; elle essaya de s'arrêter sur la Moder, mais Wurmscr la poursuivit jusqu'à la Zorn où elle se reforma, tandis que les Prussiens cherchèrent vainement à s'emparer de Bitchc par surprise afin de mieux couvrir leurs quartiers d'hiver.

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