‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 9 sur 120 · MARCHE 8UR VERDUN (28 AU · texte numérisé non relu

MARCHE 8UR VERDUN (28 AU

Mouvement de l'avant garde de Dumourier (3i). — Occupai ioa desdefdw (4 seplembre).— Capitulation de Verdun (2 septembre).— Attaque des défilés (6 au 10). — Combat de la Croix-aux-boi* (i4)« — Evacuation du camp de Grandprë. — Bataille de Valmy (ao). — Retraite des coalisés (3o septembre au i3 octobre).

Deux mois d'iuaction, durant lesquels les causes intérieures d'irritation ne manquèrent point , portèrent à l'extrême l'exaspération du peuple de Paris; on projeta d'arracher au monarque la direction d'une guerre, dont on attendait d'immenses résultats et qui commençait malheureusement. La cour s'appuyait sur les autorités nées de la constitution que Lafayctte offrait de seconder; mais la minorité de l'assemblée, si célèbre sous le nom de Gironde, mais les clubs , mais les sections de Paris , faisaient hautement les apprêts d'un combat à mort. Au fort de cette crise, les coalisés mirent toutes leurs troupes en mouvement. Leur plan, inspiré par l'idée qu'ils s'étaient faite de la situation des partis cl des dispositions de la troupe , consistait à faire une démonstration en Flandre, à masquer les débouchés de l'Alsace et de la Lorraine, et à concentrer 100,000 hommes entre la Moselle et la Meuse, pour pénétrer par Verdun dans la vallée de la Marne en séparant Luckncr de Lafayette. En un mot, ils tentaient un coup de main contre des soldats dont on leur promettait la fuite ou la défection , et contre un pays où leur présence pouvait être le signal d'une réaction politique. Ils crurent la provoquer par des déclarations menaçantes, et leur généralissime, le duc de Brunswick , publia son célèbre manifeste qui ne fit qu'ajouter à l'exaltation des esprits.

f> GUERRES I>£ LA REVOLUTION.

A la droite des coalisés, le prince Albert de Saxe (a5,ooo hommes), s'approcha de la frontière du Nord; au centre, le roi de Prusse, l'électeur de liesse et les princes émigrés, poussèrent au-delà du Rhin par Mayence et Cohlentz G4,(x>o hommes, pour rallier dans le Luxembourg 1 5,ooo Autrichiens amenés du llrabant par le comte de Clerfayt, se ranger sous le commandement du généralissime, prendre ou bloquer les petites places de Longwy, ÎMonlmédy, Verdun, et forcer le passage de la Meuse. Enfin, à gauche, le prince de Hohenlohe-Kirchbcry, passa le Rhin à Gegmcrsheim, avec 17,700 impériaux et émigrés, dans le but de bloquer Landau et de menacer l'Alsace.

Pendant que cette attaque formidable dirigée par des généraux formés à l'école du grand Frédéric, conduisant les soldats les mieux disciplines de l'Europe, se déployait contre des milices agitées par le mauvais succès, la méfiance et les passions du moment; la conjuration tramée contre le gouvernement royal éclata. Les sections nommèrent une assemblée insurrectionnelle , qui , sous le nom de Commune de Paris , s'empara de tous les pouvoirs, ordonna l'assaut des Tuileries, fit le monarque prisonnier et dispersa la majorité du corps législatif, dont les débris n'agirent plus jusqu'à leur dissolution que d'accord avec elle ou sous sou influence. Cette catastrophe ajouta pour un instant à l'incertitude des armées. Lafayette essaya de faire marcher sur Paris les troupes du camp de Sedan; mais cette vaine tentative l'obligea de quitter la France, et bientôt le pouvoir, né de l'insurrection, rallia toutes les volontés par le sentiment du danger toujours croissant de la patrie.

Du 8 au 10, Hohen lobe commença l'investissement de Landau, après avoir rejeté sur la Lautern, l'aile gauche de l'armée du Rhin qu'on venait de séparer encore une fois de celle de Moselle. Le 19, Brunswick ayant opéré sa jonction avec Clerfayt, força le camp de Fontoy, et replia Luckner sous le canon de Metz. Le ao, il investit Longwy qu'il fit bombarder les deux jours suivans, et qui capitula le a3. Le 28 il so porta sur l'Orne, et prit position à Estain et Briey, dans le but d'interdire à Luckner, en menaçant son flanc droit, la route de Metz à Paris. Enfin le 3o, tandis que Clerfayt occupait Stenay, il couronna sur les deux rives de la Meuse, les hauteurs de Verdun. Dans le môme temps, la droite de Ilohcnlohc et un détachement de Clerfayl, bloquèrent, sans obstacle, Thionvillc et Montmcdy.

Ces désastreuses nouvelles survenant d'heure en heure au milieu d'un peuple exalté par sa victoire sur le trône, loin de produire l'eflet que s'étaient promis les coalisés, remplirent les âmes d'un sombre enthousiasme. Le conseil de la commune, au son du tocsin et du canon d'alarme, convoqua au Champ-de-Mars les patriotes de Paris et de»

déparlemens voisins. On y courut en foule; pendant plusieurs jours des milliers d'hommes partirent pour le camp qui se formait à Soissons. La plupart défilèrent en armes dans la salle du corps législatif, et jurèrent de vaincre ou de mourir. Cependant les rues et les places publiques, retentissaient des bruits d une ville de guerre, de chants patriotiques et d'imprécations contre les lâches ou les traîtres qui venaient de livrer Longwy.

« Aujourd'hui, s'écria le plus éloquent des membres de rassemblée « (Vergnaud, a septembre), aujourd'hui, les vrais dangers de la patrie « sont connus, nous ne craignons plus rien; le plan des ennemis est de « marcher sur Paris en laissant derrière eux les places fortes et nos « armées. Cette marche les perdra si Paris exécute ses grands projets. « Quaud ces hordes étrangères avanceront , nos armées , qui ne sont « point assez fortes pour les attaquer, le seront assez pour les suivre, les « harceler, leur couper les communications avec les armées extérieures, « et si à un point déterminé nous leur présentons tout-à-coup un front « redoutable, si la brave armée parisienne les prend en tête, lorsque « elles seront cernées par nos bataillons qui les auront suivies, c'est alors « qu'elles seront dévorées par celte terre qu'elles auront profanée par « leur marche sacrilège. »

Les mesures militaires semblent dielées par ces inspirations. Tandis que Luckner restait à Metz; Kellermann à la tétc de ao à a5,ooo hommes tirés des armées du Rhin et de la Moselle, longeant le flanc gauche des ennemis, se transporta par Toul sur les bords de la Marne f dans le but de seconder les opérations de Du mouriez. Ce dernier gé* néral avait été appelé à remplacer Lafayette : lié pendant la session de l'assemblée législative avec les girondins, son audace, son esprit fécond en ressources les avaient séduits, et ils l'avaient désigné comme l'homme le plus propre à commander l'armée sur laquelle reposaient les destinées de la révolution ; outre les garnisons elle se composait au moment de son départ de Paris de si5,ooojhommes cantonnés autour de Sedan, et de 18 à ao,ooo hommes campés à Maubeugc et à Maulde. Les troupes de Sedau abandonnées par Lafayette avaient déjà commence un mouvement rétrograde, lorsque Dumouriez les fit rentrer dans leurs positions (a 5 août). Il convoqua aussitôt un conseil de guerre où l'on émit l'avis unanime de se replier par Reims et Châlons-sur-Marnc. C'était la régie: un cours d'eau était forcé et l'on se repliait sur le cours d'eau suivant. Le général en chef recueillit les voix en silence et congédia l'assemblée; il avait étudié le terrain que l'on proposait si facilement de céder à l'invasion; il savait que l'espace entre les deux rivières présente des positions où sa jeune armée pouvait braver l'ennemi»

Pour passer de la vallée de la Meuse dans le bassin de la Marne, on traverse une chaîne de hauteurs dont le versant occidental depuis Sedan jusqu'à Passavant est singulièrement accidenté; ce sont de vastes forêts coupées par deux rivières: l'Aire et l'Aisne; ce sont des fondrières, des collines, des étangs et des ruisseaux marécageux. L'Argonne, tel est le nom de cette contrée, illustrée la première dans la longue suite de tant de faits d'armes; l'Argonne est impénétrable hors des routes tracées partant de Sedan, Stenay, Dun et Verdun pour aboutir aux défilés du Chêne-Populeux, de la Croix-aux-Bois, de Grandpré et des Islettes qui livrent l'entrée des plaines stériles de la Champagne.

C'est là que Dumouriez prit la glorieuse résolution de concentrer la défense. Négligeant avec raison l'attaque du prince de Saxe-Teschen , il appela à marches forcées de Maubeugc et de Maulde, Dubousquet et Beurnonville qui durent former sa gauche ; lui-même fit ses dispositions pour se porter à droite, s'emparer des défilés et se mettre en communication avec Ketlcrmann. Cette opération n'était point sans difficultés; Clerfayt avait jeté en avant de Stenay , une forte avant-garde au-delà de la Meuse. Evacuer Sedan et gagner la forêt par la lisière de l'ouest, c'était l'attirer sur ses pas et peut-être lui livrer les passages dont l'occupation était décisive. Dumouriez prit le parti de l'intimider par une forte démonstration en remontant hardiment le cours de la Meuse. Dillon avec 6000 hommes tomba vigoureusement sur l'avant-gardc autrichienne, et selon les prévisions du général en chef Clerfayt, se hâta de la replier et de prendre position sur la rive droite. L'armée française profitant du moment, s enfonça dans la forêt par Busancy, d'où Dillon (7000) gagna Clermont et les Islettes en laissant à Varennes la brigade de Miranda (3ooo). Dumouriez, de sa personne , s'établit avec 1 5,ooo hommes à Grandpré au confluent de l'Aisne et de l'Aire. Il prescrivit à Dubouquet, dont l'arrivée à Rhctel lui était signalée, de se rendre au Chêne-Populeux, et fit occuper la Croix-aux-Bois.

Au moyen de cette marche habile, l'armée du nord se trouvait en possession de tous les défilés; mais il était trop tard pour sauver Verdun. Dominée de toutes parts, bombardée pendant deux jours, cette ville capitula malgré les instances désespérées du commandant de place Beaurepaire , qui se donna la mort pour ne point traiter avec l'ennemi. La garnison (3,6oo hommes) en sortit avec les honneurs de la guerre ; elle était déjà postée aux Islettes lorsque Dillon s'y présenta. Dès-lors Dumouriez s'attendit de jour en jour à se trouver aux prises avec la masse des forces ennemies ; mais affermi dans ses positions qu'il comparait aux Thermopylcs, il ne tint pas compte de son infériorité numérique, et il n'hésita pas à soutenir le choc. Cependant Brunswick s'avançait avec

lenteur. La résistance de Landau, de Thion ville, de Mon tmedy, l'attitude de ses adversaires et l'ardeur des bataillons de volontaires à les renforcer peuvent expliquer sa circonspection. Trois jours après l'occupa* tion de Verdun, il commença à reconnaître les postes de Dumouriez. Lavant-garde de Dillon fut chassée de Clermont, mais sa division se maintint victorieusement à la Chalade et aux Islettes; Miranda défendit avec le même succès Varennes. Enfin le général en chef repoussa de Grandpré les colonnes prussiennes.

Brunswick jugeant les positions françaises inexpugnables de front, laissa les Hessois à Clermont en présence de Dillon, et se mit en marche pour tourner Dumouriez par sa gauche, le rabattre sur Kellermann et les jeter l'un et l'autre au-delà de la Marne. Un incident imprévu lui abrégea le chemin. Le combat du q ayant paru à Dumouriez préluder à une action générale , il s'était hâté de rappeler à lui les troupes de la Croix-aux-Bois, oîi il n'avait laissé qu'un faible poste à la garde de retranchemens inachevés. Ce mouvement venait des'opérer (i 3 août) au moment même où l'avant-garde de Clerfayt sondait par Busancy la profondeur de la forêt. Les impériaux surpris de trouver un défilé si mal défendu s'en emparèrent sans obstacle. Dumouriez ne perdit pas un instant pour y porter la brigade Chazot. Le combat s'engagea vivement et l'ennemi se retira très maltraité. Mais Clairfayt s'avançait avec son corps d'armée; Chazot accablé par le nombre fut rejeté en désordre sur Vouziers; Dubouquet coupé de Grandpré évacua le Chêne-Populeux; l'un et l'autre continuèrent à rétrograder par Sompy et Suippe.

Les plaines de Reims et de Châlons étaient donc ouvertes à la grande armée coalisée. Dumouriez sépare de sa gauche ne pouvait plus défeudre Grandpré sans s'exposer à y être enveloppé. Quel parti lui restait-il à prendre? Rallier à Châlons Dubouquet, Beurnonville et Kellermann, et manœuvrer en se couvrant du cours peu profond de la Marne, c'était rentrer dans le plan routinier de son conseil de guerre qu'il avait repoussé il y avait à peine quinze jours ; c'était renoncer bien promptement à son opinion. Tenir bon et rester obstinément dans l'Argonne, était un de ces traits hardis qui appartiennent au génie. Grandpré est forcé, mais la Chalade, mais les Islettes, mais Saintc-Menehould , entourés d'étangs et de prairies fangeuses, présentent un camp d'une assiette non moins respectable. C'est là, c'est à cheval sur la ligne d'opérations des coalisés qu'il appelle de Châlons Beurnonville (io,ooo) et des environs de Vitry Kellermann (a5 à 3o,ooo). Reims et Châlons sont couverts par Dubouquet et les troupes de Soissons , et d'ailleurs il n'est point présumable que Brunswick se porte en avant sans tenter d'ouvrir la communication avec ses magasins.

Ces dispositions arrêtées , l'armée pendant la nuit du 1 4 au 1 5 évacua le camp de Grandpré, et parvint sans obstacle à Autry où elle se mit en bataille la droite à l'Aisne; les bagages ayant achevé de défiler, on continua à remonter le cours de la rivière.

On cheminait d'un pas mal assuré. Tout le monde sait combien il faut de sang-froid pour reculer à portée du canon ennemi. Pour des troupes novices, c'était une rude épreuve: elles étaient à chaque instant prêtes à cédera une terreur panique. Vers le milieu du jour, une charge de i5oo hussards lancés contre l'arrière-garde , faillit tout perdre; on se débanda , on fit entendre le terrible sauve qui peut. Cependant on revint de cette première surprise, les généraux réussirent à reformer les rangs; au soir, nouvelio alarme, nouveaux efforts pour se raffermir. Enfin le lendemain (16), on prit position dans le camp de Sainte-Mcnehould en s'adossant à Dillon et en faisant face de tous côtés à l'ennemi. Pendant que l'on couronnait les hauteurs , Rcurnonville arrivait par la route de Châlons. Trompé par quelques fuyards que l'échaufTourée de la veille avait jetés dans ses rangs, il crut reconnaître les prussiens et se mit en retraite, mais Dumouriez se hâta de le détromper; et le 18 , il vint prendre la gauche du camp. Dans la même journée, l'armée coalisée, s avançant le long de l'Aisne, vient camper au nord de la Bionnc. La partie semblait gagnée; les émigrés triomphans rappellaient leurs prédictions qu'ils croyaient accomplies, et les soldats de Frédéric selaissaient persuader que de vils ramas d'artisans s'étaient dispersés devant eux. Leur joie fut au comble lorsqu'ils surent que les Français n'avaient point quitté l'Argonne. Brunswick lui-même ne douta point de les avoir entraînés dans un piège ou ils allaient se perdre ; en effet , il n'avait qu'à tourner tête de colonne h gauche pour se porter sur la route de Châlons et les envelopper, tandis qu'à sa droite, l'espace paraissait ouvert jusqu'à Paris. Sur ces entrefaites, Kellermann débouchant de Vitry s'établit de confianceen avant de l'Auvo.Sesmouvemens à peine aperçus semblèrent aux ennemis un commencement de retraite, et ils se décidèrent à attaquer.

Tandis qu'ils s'ébranlaient, Kellermann ayant reconnu que sa position était hasardée, s'apprêtait à repasser l'Auve, mais leur apparition le força de chercher un champ de bataille, et il s'avança courageusement à leur rencontre.

Le camp de Dumouriez entouré de trois côtés par l'Aisne, la Bionnc et l'Auve, était couvert du côté de Châlons par une chaîne de collines qui s'élève en demi-cercle entre les deux ruisseaux au milieu de prairies marécageuses, et dont le point culminant est marqué par le moulin de Valmy à un quart de lieue du plateau de la Lune, Kellermann s'arrêta sur ces hauteurs^

KELLEHMANN (François-Christophe),

Né à Strasbourg en 1735. — Général en chef de l'armée de la Moselle, en 179a. — De l'armée dei Alpes en 179Î. — De l'armée d'Italie en 1795. — De l'armée de» Alpe» en 1796. — Maréchal de France. — Mort en i8ao.

Bataille de Valmy (20 septembre 1792).

L'ennemi ayant pour but d'acculer Duraouricz à l'Aisne et de lui interdire la retraite sur Châlons, laissa quelques postes aux bords de la Bionnc, tourna ce cours d'eau, déploya deux ligues sur le plateau de la Lune, et s étendit en crochet par sa droite jusqu'à Gizancourt. Us'apprêtait ainsi à marcher sur Sainte-Menehoulù.

Pendant ce temps, les corps français s'échelonnèrent de la manière suivante. En première ligne, Kellermann à droite et à gauche du tertre de Valiny où 18 pièces se mirent en batterie; en deuxième ligne, à michemin de Sninte-Menehould , Beurnonville avec 16 bataillons; à droite sur les hauteurs en avant de Maffrccourt, Stengelj à gauche en face de Gizancourt, la division Chazot, Enfin le général en chef sur les collines qui bordent l'Aisne, la cavalerie au-delà de l'Auve.

On allait donc, pour la première fois se heurter en bataille rangée. D'un côté, le nombre, la tactique et la confiance du succès; de l'autre, une grande ardeur, mais tous les dangers de l'inexpérience et l'extrême mobilité qui caractérise des soldats mal aguerris; les bataillons de Kellermann qui furent seuls engagés, soutinrent glorieusement l'épreuve.

Un brouillard épais avait dérobé les apprêts des deux armées. Le canon de Valmy ouvrant le feu , apprit aux Prussiens qu'on acceptait le combat.Tant que dura l'obscurité, ils se bornèrent à riposter avec 58 pièces. A 10 heures, le brouillard s'étant dissipé, ils reconnurent que les divisious françaises étaient parfaitement flanquées, et qu'il s'agissait d'une affaire générale ; mais ils espéraient que leurs batteries allaient promptement ouvrir une large brèche. En effet, leur feu mieux dirigé ne tarda pas à entamer l'infanterie; un aide-de-camp de Kellermann tué à ses côtés, le général lui-même renversé de cheval, enfin l'explosion de deux caissons d'artillerie , mirent en alarme la première ligne ; il y eut un instant où tout plia. Brunswick l'attendait pour brusquer l'attaque.

Il forma son infanterie en trois colonnes, et leur donna ordre d'eulcver le tertre de Valiny. Quelques heures encore , et le sort de la campague allait être fixé.

Kellermann comprend que la crise est décisive ; il court à ses soldats les rallie; se ha te d'opposer à chaque colonne d'attaque, une profonde culonue d'un bataillon de front. Lorsque l'ordre est rétabli, il parcourt les rangs et dit: a Camarades, ne tirez pas avant que l'ennemi ait gravi la hauteur, il faut l'en précipiter à la baïonnette », puis plaçant son chapeau sur la pointe de son cpée, il l'agile au cri de vive la nation ! C'est à ce cri de la patrie en péril , que des milliers de volontaires viennent de quitter leurs foyers ; honteux d'un moment de faiblesse, ils le répètent pleins d'enthousiasme. On se serre , on brûle de se prendre corps à corps avec les assaillaus. Ceux-ci , frappés de la fermeté de leurs

adversaires, do Ta- propos de leurs dispositions et de la contenance guerrière de leurs chefs, s'avancent déjà ébranlés.

Cependant l'artillerie les accable d'un feu terrible; la mitraille les arrête et ils se replient sans attaquer. Le canon continua le combat jusqu'à la fin du jour. Alors , les Prussiens renouvelèrent leur tentative sans plus de succès ; à 7 heures le feu cessa. 8 à 900 hommes avaient péri de part et d'autre, mais l'armée ennemie avait perdu sa confiance et les Français se livraient à l'exaltation d'une première victoire.

Pendant la nuit , Kellermann exécuta le mouvement que la bataille avait interrompu : il passa l'Auve et se rangea sur les hauteurs à gauche de Gizancourt, couvrant la route de Vitry, et menaçant le flanc droit de Brunswick. Celui-ci, qui se préparait à recommencer le combat ne l'a pas plus tôt aperçu dans cette position inattendue, qu'il arrête ses masses et entre dans ses quartiers.

Les généraux coalisés, enfermés entre les 60,000 hommes de Dumouriez et 28,000 rassemblés autour de Châlons , ne pouvaient plus se promettre de forcer le camp de Sainte-Menehould. Le but de l'expédition était manqué; la saison devenait mauvaise, et les troupes, séparées de leurs approvisionnemeus, étaient accablées par la faim et les maladies. L'armée du Rhin se disposait à saisir les passages de ce fleuve. Le roi de Prusse entra en conférence, et s'engagea à évacuer la Champagne à condition que sa retraite ne serait point troublée. Il se mit en marche les premiers jours d'octobre sur Verdun pour regagner le Rhin par Trêves et Coblcntz. Clcrfay t retourna en Belgique par Arlon et Namur.

Diversion des Autrichiens sur la frontière du nord. — Siège de Lille (du 39 septembre au

8 octobre).

Le succès de Dumouriez était complet; sur tous les autres points, la fortune secondait les efforts de la France.

En Flandre , le prince de $axe replia, sans résistance, dans les places,

les 8 à 9000 hommes laissés dans les camps par le général en chef. Après avoir menacé divers points, il arriva devant Lille; 7 à 8000 hommes s'y trouvaient renfermés: c'était insuffisant, mais les impériaux n'étaient point assez nombreux pour entreprendre un siège régulier. Ils se bornèrent à élever des batteries et à intimider la ville par un feu violent. Lille déploya une constance admirable; bombardée sans relâche, pendant plus de dix jours, elle perdit 700 maisons; mais tandis que l'incendie la dévorait, ses habitans défendaient les remparts, et l'ennemi, vaincu par leur opiniâtreté, abandonna ses travaux. Il préparait une tentative sur Valenciennes, quand Labourdonnaye, à la tôle des troupes rassemblées à l'intérieur , et Beurnonville , survenant avec la gauche de Duinouriez, et manœuvrant de manière à lui couper la retraite, le forcèrent à repasser précipitamment la frontière.

Opérations de Custiucs sur le Rhin. — Prises de Spire (3 1 septembre), de Worms (i5 octobre), de

Mayence(aa), de Francfort (s 3).

Custines fit mieux encore. Tandis que le prince dHohcnlohe divisait ses forces pour observer Landau , assiéger Thionville et prendre part à l'invasion de la Champagne, Custines, méditant un coup de main sur la base des opérations de l'ennemi, réunit sous son commandement 20,000 hommes de l'armée du Rhin, dont Biron était général en chef. Débouchant de Landau , il culbuta le détachement assiégeant, enleva , au pas de course, Spire, Frankenthal et Worms, et se mit en marche pour Mayence. Cette forteresse, boulevard du nord de l'Allemagne, lui ouvrit ses portes, à la grande stupeur des princes coalisés. Maître de continuer une guerre offensive sur l'une ou sur l'autre rive du Rhin , il se laissa entraîner à l'espoir de révolutionner les provinces germaniques d'outre- Rhin; il mit garnison dans Francfort et s'étendit entre le Mein et la Lahn.

ik GUERRES DE LA REVOLUTION.

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Opérations des armées dlulie.— Invasicn de la Savoye (16 septembre).— Conquête de Nice (ag).

De son côte, l'armée du Midi (i) entra en opérations par la conquête de Nice et de la Savoye. Le roi de Sardaigne ayant accédé à la coalition, Montesquiou reçut l'ordre d attaquer. II chargea Anselme dépasser le Var, à la tête 8 à 10,000 hommes et de prendre Nice. Lui-même, avec 20,000 hommes, se mit en mesure d'envahir la Savoye. Ces deux contrées, situées sur le versant occidental des Alpes, sont destinées par la nature à faire partie de l'empire français. La première s'élève en amphithéâtre, depuis la mer jusqu'au sommet des monts; elle donne l'entrée du Piémont par les cols de Tende, de Finestre, de l'Argentière et de Barbacana. Plusieurs torrens: la Iloya, la Vcsubia, la Tinca en descendent, et le Var marque la frontière. La seconde appartient au bassin du Rhône; trois passages du Piémont la traversent, débouchant, l'un du Mont-Cenis, les deux autres du petit Saiul-Bcrnard, pour se déployer, en éventail, dans les vais de Maurieqne, de la Tarentaise et de l'Àrve. Ces deux derniers communiquent entre eux par le cours de l'Arly. On peut donc pénétrer en Piémont, en manœuvrant, soit sur le Rhône, soit sur l'Isère. Cette dernière base est cependant préférable, puisqu'elle mène aux trois défilés; mais il paraissait important d'attaquer par la vallée du Rhône; Chambéry était en fermentation, et il était urgent de se porter promptement sous les murs de Genève pour occuper cette place ou la contraindre à la neutralité.

Montesquiou profita de ces circonstances pour jeter dans l'incertitude ses adversaires qui lui opposaient à peine i5,ooo hommes. 11 attira le gros de leurs forces par une démonstration au pont de Beau voisin; puis, partant rapidement du fort Barreau, il passa par Montméliant , coupa la ligne ennemie et pénétra sans combat à Chambéry. Son entrée fut le signal d'une révolution qui réunit la Savoie à la France. Les détachemens piémontais, dispersés dans les vallées, se hâtèrent de regagner les passages; le général français les fit poursuivre, les rejeta au-delà des

(1) Voir ta carte, n° 2.

monts, marcha sur Genève et la força à renvoyer la garnison bernoise, qu'elle avait reçue dans ses murs. En même temps, Anselme marcha au Var. Le comte de Saint-André avait rangé ia,ooo hommes sur la rive gauche de ce fleuve; mais les Français maîtres de la mer, menaçant de le prendre à revers, il se replia, à l'approche d'Anselme, dans une ligne parallèle à la chaîne des Alpes, comprenant les positions de Sospcllo, Saorgio , Belveder et Lantosca. Rien ne s'opposa au passage du Var, à la prise de Nice et de Villefranche, et, selon le vœu des habitans, la réunion de ces villes à la France fut décrétée.

Invaiion d« la Belgique par lei Frarç&U.~-fialai)!e de JemtwpM (« novembre).— Occupation i» Bruxfillet (i 4).— Pri*c Je Namur (a»); de Liège (ay); d'À«-U-Cliapellc (17 décembre).

Le jour même où le canon de Valmy arrêtait l'invasion, la convention nationale, convoquée par le gouvernement insurrectionnel du 10 août, pour constituer la France, ouvrit ses séances. La majorité se rangea d'abord sous le drapeau des Girondins, et ce grand événement n'eut aucune influence immédiate sur les affaires de la guerre. Kellermann, ayant définitivement reçu le commandement de l'armée de lalVIosellc, lui rendit, autour de Metz, les cantonnemens qu'elle occupait au commencement des hostilités.

Selon ses conventions avec Brunswick, Dumouricz ne le poursuivit pas. Toute l'armée suivit le mouvement indiqué par Beurnonville et se porta sur sa gauche, marchant à la conquête de la Belgique, depuis si longtemps convoitée. L'empereur Joseph II avait fait démanteler la frontière de cette province où il n'existe point de position militaire et où l'on ne peut se maintenir qu'en gagnant des batailles, 4 0,000 hommes sous Beaulieu , Lalour, Albert de Saxeet Clerfayt la défendaient et couvraient à-la-fois les débouchés de Namur, de Mons et deTournay. Près de 100,000 hommes s'avancèrent contre eux. Valence (1 5 à ao,ooo) à la tête de Var* mée des Jrxlcnnes, Labourdonnaye avec celh du Nord{\ 8,000) manœuvrèrent, le premier sur la Meuse, l'autre sur l'Escaut de manière à dé-

border les ailes de l'ennemi, et Dumouriez conduisit à l'attaque du centre Varmêedela Belgique (4o à 5o,ooo).

A défaut de forteresse, les généraux autrichiens s'étaient attachés à rendre Mons inabordable. Cette ville est située sur une hauteur au confluent de la Hayne et de la Trouille , petite rivière dont le bassin du côté du midi est encaissé par un plateau où s'élèvent , sépares par de courtes distances, le faubourg de la porte de Maubeuge (dit Berthaumont) et les villages deCuesmeset de Jemmapes. Celte position était devenue un camp retranché; i4 redoutes garnies d'une artillerie formidable en formaient l'enceinte, a5,ooo hommes d'élite sous Beautieu, Albert de Saxe et Clerfayt y étaient renfermes, et des travaux pratiques dans chaque village jusqu'à la frontière, en défendaient les approches.

Les divisions de Dumouriez commandées par le duc de Chartres, Miranda , Ferrand , Beurnonville , Dampierre et d'Harville s'y portèrent en deux colonnes par Valenciennes et Maubeuge pendant qu'un détachement à gauche débouchait de Condé pour surveiller Tournay.

Les marches et contre-marches à travers l'Argonne, les escarmouches du camp deGrandpré, la rencontre de Valmy, avaient donné aux Français de l'aplomb dans la défense: restait à faire l'épreuve d'une bataille offensive. Dumouriez après voir replié les avant-postes des impériaux ordonna l'attaque du camp. L'armée se forma parallèlement aux deux villages, à 3ooo toises des retranchemens , appuyant ses extrémités aux routes de Valenciennes et de Maubeuge. Beurnonville et Dampierre marchèrent sur Cuesmes , Ferrand sur Jemmapes par Quarignon , et le duede Chartres sur le plateau entre les deux villages; d'Harville, dé- . taché à droite, était chargé de contenir Bcaulicu dans le faubourg de Berthaumont.

* Après une courte canonnade , Beurnonville força la première ligne de redoutes, et Ferrand enleva Quaregnon ; mais le feu des batteries de Cuesmes arrête le premier, et la cavalerie ennemie chargeant à propos, le met en desordre; le second , en traversant un étroit vallon pour arriver à Jemmapes, laisse en arrière son artillerie embarrassée par la nature du terrain et toute sa colonne hésite.

Dumouriez surveillait ce début avec anxiété; il avait pris beaucoup sur lui , en attaquant de front des ouvrages qu'il était maître de tourner en portant son effort contre Berthaumont; une prompteet brillante victoire pouvait seule le justifier : son aide-de-camp Thouvenot court à Ferrand, le ranime ; ils tournent ensemble Jemmapes par la gauche et parviennent à y pénétrer à la baïonnette, à la tête de six bataillons.

De l'autre côté Dampierre saisit une colonne de grenadiers, enlève deux redoutes, rallie Beurnonville et rétablit le combat. C'était le moment

d'engager, à fond, le centre qui jusque-là n'avait abordé que les abatis extérieurs ; Dumouriez le pousse en avant; tout s'ébranle, mais d'abord avec trop d'impétuosité; quelques bataillons, emportés par leur ardeur, ayant donné prise, la cavalerie autrichienne tombe sur eux et les disperse. Dans le même temps , l'artillerie des redoutes couvrant de mitraille le reste de la ligne, ralentit sa marche; bientôt le désordre s y met, on se trouble, on tourbillonne: déjà les divers corps se mêlent, quand le duc de Chartres se jette au milieu des troupes éparses, les rallie, les forme sous le nom de bataillon de Jemmapcs en une imposante colonne, et leur montrant les hauteurs, leur ordonne de les emporter. Rien ne résiste plus à leur élan , les redoutes tombent en leur pouvoir; Beurnonville achève de se rendre maître de Cuesmes, et les impériaux se hâtent de se replier au-delà de Mons.

Il était deux heures , et la bataille était gagnée sans que d'Harville eût donné. La perle s'élevait de chaque côté à 45oo tués et blessés, et 1 5oo prisonniers. Cette victoire, dont l'effet en France et en Europe fut prodigieux , livra à l'armée française les provinces autrichiennes. Le lendemain Dumouriez fit, dans Mons, une entrée triomphante.

Le reste de la campagne n'est plus qu'une promenade militaire. Latour (8ooo hommes) se replia sur An vers. Labourdonnaye entra surses pas dans Tournay, puis marcha sur Gand et Bruges. Valence, retardé d'abord par un détachement sur Loogwy, parvint à Nivelles, et servit à précipiter la retraite des impériaux sur Bruxelles, où Dumouriez fit son entrée le i4 novembre à la suite d'une affaire d'avant-garde à Anderlecht.

Clerfayt ayant pris le commandement en chef, se retira d'abord sur .Matines; mais la reddition d'Anvers rendit ce mouvement inutile; tandis que Latour gagnait Ruremonde , lui-même prit position à Louvain oii Dumouriez le suivit après avoir fait occuper Malines.

I/es trois corps français se portèrent en trois colonnes sur la Meuse: Valence de Nivelles à Namur; Dumouriez par Louvain, et Miranda, successeur de Labourdonnaye , à travers Turuhout et Hammond.

Dans ce mouvement de rotation, Valence ayant à parcourir la moindre distance, devait arriver le premier sur la Meuse, et y servii d'appui au reste de l'armée. Clerfayt tenta de lui faire obstacle; il envoya dans ce but, de Louvain à Namur, le corps de Beaulieu ; mais Dumouriez renforça son lieutenant , Beaulieu fut repoussé sur Liège , Namur occupé et ses châteaux investis. Cependant Dumouriez atteignit et culbuta les impériaux à Tirlemont, puis il les mena battant jusqu'à Liège , dont il se rendit maître après un vif combat , et où les habitaus l'accueillirent en libérateur. Miranda parvint sans obstacle à Ruremonde.

Clerfayt rétrograda jusqu'à l'-Erft, après avoir détache h gauche Ucaulicu qu'il envoya dans l'électorat de Trêves, pour contribuer à contenir Beurnonvillc , appelé récemment au commandement de l'armée de la Moselle. L'armée française passa la Meuse, occupa Aix-la- Chapelle, Verviers et Spa, et plaça ses avant-postes sur les bords de la Itoër.

Là, Dumounez s'arrêta: faut-il l'accuser d'avoir manqué d'audace? A-t-il été maître de poursuivre Clerfayt jusqu'au Rhin , en exposant son flanc droit aux attaques des forces réunies à Trêves? La situation des autres armées, lui permettait-elle de hasarder une nouvelle bataille? Oui sans doute, et s'il ne repoussa pas les Autrichieus sur la rive droite du fleuve, on ne peut attribuer cet le faute qu'à l'enivrement de ses premiers succès.

Onérâlion» des alliés sûr le Rhin.— Les Prussiens reprennent Francfort (a décembre). ~-Coslin«s se rctirt- devant eux (* décembre).— Les Autrichiens battent Beurnonville à Pellingen(i5 décembre).

Les avantages remportés parCustines ne furent qu'éphémères. Au moment même où ses troupes se répandaient sur la rive droite du Mein , les Prussiens repassaient le Rhin à Coblcntz. Il battit leur avant-garde à Limbourg le 9 novembre ; mais lorsqu'ils se furent concentrés il plia sous le faix > leru abandonna Francfort , repassa le pont de Maycnce, se laissa resserrer dans la place, et fut réduit à la défensive. Les Prussiens assiégèrent Kœnigstein et se disposèrent à franchir le fleuve à Rheinfels.

Kellerman long-temps contenu par le prince de Hohenlohe fut remplacé dans le commandement de l'armée de la Moselle par Beurnonville qui fit sur lelectorat de Trêves une tentative infructueuse, il dirigea ses colonnes d'attaque par les deux rives de la Sarre; mais ayant échoué

devant les hauteurs de Pellingen , il se borna à occuper l'espace entre la Sarre et la Moselle.

La campagne de 1792 fut donc terminée; les armées du Nord et de l'Est formaient une ligue courbe passant par Julicrs, Thionville et Mayence. Îjbl droite des coalises était retranchée derrière l'Erft , leur centre occupait fortement l'électorat de Trêves, et leur gauche avait resserré Custines sur le Rhin : toutes les positions des Français étaient indécises , la Meuse cessait d'être un appui , si le statltouder livrait Maastricht à la coalition. Cuslines était à la veille de se voir renferme dans Mayence par le passage des Prussiens à Rheinfels, taudis que les ennemis en déployant leur centre et renforçant leurs ailes , avaient la chance de prendre une prompte revanche et de ramener rapidement leurs vainqueurs à la frontière.

REPRISE DES HOSTILITÉS DANS LE NORD. INVASION DU B RASANT-HOLLANDAIS PAR LES FRANÇAIS (17 FEVRIER AU k MARS). DÉBLOCUS DE BUESTRICHT PAR LES AUTRI- CHIENS (1er AU 6 mars).

Combat sur la Gecte (i 6).— Bataille de NerwinJe (i 8).— Combat de Loutaio (sa U s S mars).— Retraite de l'armée française (a5 au. 3o mars).— Fuite de Dumouriex (4 anil).

Lors de la reprise des hostilités au mois de février 1 7q3 , le théâtre de la guerre embrassait toutes les frontières, et à l'intérieur les pouvoirs avaient perdu celte unité que leur avait momentanément donnée l'insurrection du 10 août. La république avait été proclamée et la Gironde cherchait à profiter de son ascendant sur la majorité de la Convention pour soustraire l'action executive, à la tutelle des clubs et de la commune de Paris; mais ni la commune, ni les clubs, ni la minorité de la Convention qui prit le nom de la Montagne, n'étaient disposés à se dessaisir du pouvoir qu'ils tenaient des circonstances, avant d'avoir assuré le salut de l'État. Us aspiraient au contraire à imprimer au mouvement révolutionnaire la direction unique que réclamaient les besoins du moment. La dictature était hautement invoquée , et le seul moyen d'échapper à cette terrible nécessité des républiques en péril, était d'écraser partout l'ennemi.

Malgré l'éclat des premières victoires, malgré la levée de 3oo,ooo hommes décrétée en février 1793, les forces étaient loin d'être égales. L'exécution de Louis XVI avait soulevé l'Espagne, l'Angleterre, la Hollande et l'Italie. On rassemblait à la hâte des armées aux Pyré-

nées-Orientales et sur la Bidassoa pour contenir l'Espagne ; à Rennes, à La Rochelle et dans le Calvados pour surveiller l' Angleterre. On renforçait les corps du comté de Nice et de la Savoie, et l'on était obligé d'abandonner à eux-mêmes les généraux qui avaient conduit au nord et à Test la campagne précédente. Deux d'entre eux, Custines et Dumouriez, s'étaient élevés à une grande renommée, le premier par la prise de Mayence et son excursion en Allemagne ; le second , par l'admirable défense de l'Argonnc et la conquête de la Belgique; mais ils étaient l'un, et l'autre étrangers aux passions de l'époque. Custines n'avait point de caractère politique , et Dumouriez était lié avec les Girondins , moins par conviction que par un sentiment commun de répugnance contre leurs adversaires. Son dévoûment à la révolution n'était pas sans limites, et les dissentimens de l'intérieur l'agitaient d'une préoccupation chagrine qui le disposait au découragement.

Les positions militaires d'ailleurs, déjà mal assurées, étaient maintenant périlleuses. Par Trêves, Coblentz et Luxembourg, Custine était menacé à revers, et Dumouriez par Maastricht et les places du Brabant- Hollandais. Ce dernier cependant, avec sa promptitude habituelle, conçut un projet audacieux dont la réussite eût assure ses opérations, en appuyant son flanc gauche et en faisant diversion sur la droite des coalisés. C'était de porter la révolution en Hollande et de rendre au peuple l'autorité souveraine dont les armées prussiennes avaient investi le stathouder. L'armée active s'élevait à ^5 ou 80,000 hommes. Il rangea 60,000 hommes entre la Meuse et la Roér sous Valence qui occupa Liège et Namur, et sous Miranda à qui il prescrivit d'assiéger vivement Maèstricht. Puis, à la tête des i5 à ao,ooo hommes qui lui restaient, il fit irruption dans le Brabant-Hollandais. Cette province, située entre l'Escaut et la Meuse , est couverte de forteresses, qui forment, avec les nombreux cours d'eau dont elle est sillonnée, la principale défense du pays. Le général français les attaqua toutes à-la-fois. Elles étaient pourvues de garnisons aussi nombreuses que les detacheroens qui se présentaient devant leurs portes; mais la population excitée par un comité insurrecteur réuni à Anvers, était partout menaçante, et les gouverneurs trompés par le nombre des assaillans que Dumouriez avait habilement dissimulé, se rendirent, pour la plupart aux premiers coups de canon. Breda, Gertruydenberg , le fort Klundert capitulent. Williemstadt et Bergopzoom ne promettent pas une plus longue résistance, et déjà les Français préparent une flottille pour passer la Basse-Meuse et pénétrer au cœur de la Hollande, lorsqu'on apprend que les impériaux viennent de prendre victorieusement l'offensive.

Leur armée, forte de 70,000 hommes, s'avança conduite par le

prince de Saxe- Cobourg , Tune des renommées militaires de l'Europe : 6ous lui commandaient l'archiduc Charles , le prince de Wurtemberg, les comtes de Latour et de Clerfayt. Tombant à l'improviste sur les can» tonnemens français des bords de la Roër , elle enleva ceux d'Aldenhoven et d'Escheweiler, occupa Aix-la-Chapelle et poussa en désordre sur la Meuse les divisions de Dumouriez. Celui-ci avait manqué d'occasions pour apprécier ses lieutenans; c'est à Miranda, Péruvien , porté aux premierà grades par son exaltation politique, qu'il avait cru pouvoir confier le siège de Maëstricht; mais cet étranger n'avait déployé dans la con* duite d'une opération capitale ni talent, ni activité. Au bruit de la marche de Cobourg, il manqua tout-à-fait de résolution, et loin de défendre le passage de la Meuse, en concentrant les troupes devant la place, il se hâta de lever le siège et de se retirer à Tongres.

Ce mouvement compromit tout. Latour attaquant la gauche à Rurcmonde, elle se retira par un long détour à Diest puis à Tirlemont. Deux divisions de la droite, cantonnées à Verviers et Spa, ne trouvèrent de retraite que sur Nainur. Enfin Valence ne put prétendre a se maintenir à Liège sans s'exposer à être cerné. 11 évacua cette ville pour rejoindre Miranda. Cependant les impériaux débouchaient sur tous les points, et leur tête de colonne précéda à Tongres son arrière -garde, forte de 26 bataillons ; il fit volte-face , et réussit à la dégager. Les débris de l'armée française parvinrent enfin à se réorganiser à Saint-Trond.

Mais en six jours on avait perdu plusieurs milliers de prisonniers , d'immenses magasins, une partie du matériel, les passages de la Meuse et a5 lieues de terrain. L'effet moral de ce malheureux début, fut plus désastreux encore; la désertion se mit dans les rangs, et 10,000 volontaires quittèrent l'armée. Dumouriez seul pouvait ramener la confiance} mais à la veille de réussir dans ses projets sur la Hollande, il avait peine à les abandonner. Il encouragea Valence et Miranda , il leur donne l'assurance que le soulèvement des Bataves arrêtera Cobourg ; quinze jours encore, et cette grande diversion sera complète. Mais, ni Valence ni Miranda ne réussirent à ralentir le mouvement de retraite; on se replia sur Tirlemont puis enfm à Louvain où le général en chef est obligé de reprendre le commandement.

A. peine de retour, il prend des dispositions offensives, l'extrême gauche rentre dans Diest pour maintenir la communication avec l'armée de Hollande. L'avant-garde reprend Tirlemont l'épée à la main. Chassée de cette ville, elle s'en empare de nouveau soutenue par l'armée entière. Les impériaux négligeant, dans leur retraite, les hauteurs qui séparent les deux Geetes, Dumouriez s'y établit et s'y maintient malgré les efforts de l'ennemi pour le déposter» C'était un succès : la troupe

reprît courage , elle général ne perdit pas un instant pour en tirer parti; une bataille gagnée, l'eût reporté sur la Meuse.

Pour déblayer la chaussée de Liège, il fallait franchir la petite Geete •et culbuter l'ennemi des hauteurs opposées, assez vivement pour ne point lui laisser la faculté de se rallier à Saint-Trond.

Cobourg gardait les passages de la rivière, et sa gauche était retranchée dans les villages de Neerwindeet d'Oberwinde entre lesquels s'élève un monticule qui les domine et que Ton nomme la tombe de Mittefainde. Cette position, signalée par les anciennes guerres, était la clef du champ de bataille; une fois emportée , la plaine de Landen ne présentait plus d'obstacle où Ton pût se reformer. C'est là que Dumouriez porta le fort de l'attaque. Valence fut chargé de déboucher d'Heylisscm et de s'en emparer en débordant la ligné ennemie. Le centre, sous le duc de Chartres, devait le soutenir, et Miranda avec la gauche, avait ordre de so borner à occuper les débouchés de Leau et d Orsmacl.

À o heures du matin, l'armée s'ébranla en huit colonnes; on passa la Geete et bientôt Valence aborda l'ennemi. Deux fois son infanterie s'élança sur les rctranchemens , deux fois elle fut repoussée: enfin une charge de cavalerie lui frayant un chemin sanglant, elle s'y précipita; les impériaux plièrent et abandonnèrent le village d'Oberwinde. Alors un combat furieux, où s'engagèrent successivement la droite et le centre des Français et toute l'armée ennemie, s'ouvrit sur le mamelon et dans le village de Neerwinde, pris et repris trois fois; ils restèrent à la nuit au pouvoir des impériaux. Cependant Miranda n'ayant même pu remplir la tâche passive qui lui était imposée , avait lâché pied et s'était replié en désordre à Tirlemont. Son impéritie livrait à Cobourg la trouée d'Orsmael, et s'il eût été moins préoccupé de l'attaque de Neerwinde, il eût pu, en débouchant parla chaussée, rendre très périlleuse la situation de Dumouriez. Celui-ci mit à profit la nuit pour prévenir un immense désastre. Rallier les divisions éparses de Miranda, les renforcer d'une partie du centre, les rétablir sur la petite Geete, repasser cette rivière et reprendre les positions qu'on occupait avant la bataille: telles furent les opérations qui employèrent la journée du iq et qui se firent avec un aplomb remarquable. Mais l'effet moral produit par un moment de succès était détruit; la désertion se mit de nouveau dans Tannée déjà affaiblie par la perte de 7 à 8000 tués, blessés ou prisonniers, et il devint impossible d'arrêter la retraite qui s'opéra sur tous les points. Le détachement de Diest prit poste à Malines pour lier le corps principal à l'armée d'Anvers. La division Neuilly se retira par Jodoigne afin d'occuper Nivelles et Mont-Saint-Jean, et de couper la route de Charleroi à Bruxelles. D'Harvillc défendait Namur, unique appui de l'armée sur la Meuse; enfin Du-

24 GUKHRJiS DE LA RÉVOLUTION.

mouriez se chargeait de conserver Louvain. Mais pendant que ses troupes se disloquaient pour couvrir à-la-fois toutes les avenues de Bruxelles, Beau lieu détaché de l'électorat de Trêves, marchait à l'attaque de Namur, et Cobourg comptant sur sa coopération, s'avançait en deux redoutables colonnes contre Malines et Louvain. Devant cette dernière ville, Dumouriez contint pendant quarante-huit heures la colonne que le général ennemi conduisait en personne; mais enfin craignant d'être tourné par la seconde, il continua à rétrograder, traversa Bruxelles et s'établit à Ath. Neuilly se replia sur Mons. Pendant ce temps, Beaulieu chassa de Nainur d'Harville qui se réfugia sous les murs de Givet. Neuilly dont la droite était découverte, regagna la frontière. D'un autre côté, l'armée de Hollande après s'être réunie à Anvers, quitta cette ville en remontant précipitamment l'Escaut et la Lys. Dumouriez entraîné fut contraint de se retirer à Condé.

Ces évènemens et les désastres des autres armées détruisaient le crédit de la Gironde. Déjà les premiers bataillons de la levée de 3oo,ooo hommes avaient réclamé des garanties contre les ennemis intérieurs, et la Montagne avait obtenu l'établissement d'un tribunal révolutionnaire. Les affiliés des clubs remplissaient les administrations des armées, et les sentimens de Dumouriez n'avaient point échappé à leur inquiète surveillance. Trois envoyés des sociétés populaires se rendirent à son quartier général; il les admit et ne craignit pas d'éclater en leur présence : « La a république, secria-t-il, c'est un vain mot ; j'y ai cru trois jours. Depuis x Jemmapcs j'ai regretté tous les succès que j'ai obtenus pour une aussi a mauvaise cause. 11 n'y a qu'uu moyen de sauver la patrie; c'est deré- « tablir la constitution de 1791 et un roi. »

Tels étaient, en effet, les desseins de Dumouriez; il les avait communiqués aux généraux étrangers, et dans ses conférences secrètes avec Mack, chef d'état-major de Cobourg, il avait proposé de marcher sur Paris et de renverser la Convention pendant que l'armée coalisée resterait à la frontière, couverte par quelques places fortes qu'il lui promettait pour garantie. La témérité de ses explications attira dans son camp le ministre de la guerre Bcuruonviilc et quatre députés de l'assemblée, qui lui notifièrent avec sa destitution, l'ordre de se rendre à Paris. Il n'y avait plus à reculer; il fit arrêter le ministre et les commissaires, et tenta de soulever l'armée. Mais sa popularité tenait au but qu'on lui supposait, elle s'évanouit lorsqu'il se dévoila; forcé de s'exiler, il alla demander un asile sous les tentes de l'ennemi.

OPÉKATIOBS DBS PHUSSIENS 8UA LE RHIK.

Combat de Strombcrg (17 mars).— Prise de Biogeo (17).— Retraite de Cuslines dans lei lignes de

Weùsembourg (3o).

Cuslines n'était pas plus heureux : rangé avec 4<> à 5o,ooo hommes dans le coude que. forme le Rhin au-dessus de Bingen , son front couvert par Mayence et ses extrémités appuyant au fleuve, il fut assailli à gauche par Brunswick, à droite, par une nouvelle armée impériale commandée par Wurmser et concentrée à Manheim , total 80,000 hommes. Les Prussiens ayant jeté un pont à Rheinfels, l'action s'engagea sur les bords de la Nahe. Stromberg pris et repris restait enfin aux Français, lorsque Hohcnlohe ayant donné le change à Ligni ville, alors général en chef de l'armée de la Moselle, traversa la Nahe et occupa Meissenheim. Cette diversion favorisa l'attaque des Prussiens qui forcèrent toutes les posi* lions et s'emparèrent de Bingen.

Custines détaché du Rhin par sa gauche et menacé à revers par Hohenlohe, se retira d'abord à Alzey, où il essaya de tenir ferme pour rallier les troupes renfermées dans Mayence et reprendre l'offensive; mais déjà les Prussiens, débouchant de Bingen, s'étaient portés sur cette place où ils refoulèrent les divisions qui manœuvraient pour en sortir. En même temps Wurmser menaçait le pont de Manheim. Custines perdit donc à-la-fois, l'espoir de rassembler son armée et de couvrir Mayence, et de peur d'être lui-même enveloppe, il se réfugia précipitamment sous le canou de Landau.

A peine uu mois s'était écoulé depuis l'ouverture de la campagne et les deux armées principales entamées par les combats, réduites par la désertion étaient rentrées sur la frontière. Le territoire ne fut un moment préservé que par une courte trêve, obtenue au nord, moyennant la cession de la citadelle d'Anvers et des places du Brabant-Hollandais, et par la résolution que prit le roi de Prusse de ne point s'avancer en Alsace avant d'avoir emporté Mayence.

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