‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 11 sur 120 · SUITE DES OPÉRATION SUR LA FRONTIÈRE D ITALIE · texte numérisé non relu

SUITE DES OPÉRATION SUR LA FRONTIÈRE D ITALIE

Combats dans le comté de Nice (avril, juin).— Siège de Lyon (8 août). — Invasion de la Savoie (ii août).— Occupation de Toulon par l'ennemi (i8).— Combat d'F.pierre (10 septembre).— De Ciletlc (18 octobre).— Prise de Lyon (9 octobre).— De Toulon (»8 octobre),

La Savoie, défendue par l'armée des Alpes sous Kellcrmann, resta longtemps intacte. Dans le comte de Nice, on se disputa la position de Sospello qui finit par tomber au pouvoir de l'armée d'Italie commandée alors par Brunet ; on se disputa ensuite le camp de Saorgio que les républicains attaquèrent sans succès les 8 et 1 2 juin.

Lorsque les grandes villes du midi eurent pris parti pour la Gironde, les coalisés se montrèrent plus menaçans. Les rassemblemens insurgés de la rive gauche du Rhône furent aisément dispersés. Mais Lyon se révolta et commença à soutenir un siège de déplorable mémoire, mais Toulon se livra aux Anglais. Ces appuis intérieurs encouragèrent les armées ennemies à déboucher de leurs lignes.

Dès les premiers jours d'août le marquis de Montfcrrat, l'un des fils du roi , s'était posté avec a5,ooo hommes à l'entrée des cols du Mout- Cenis et du petit Saint-Bernard; aussitôt qu'il sut que l'armée des Alpes marchait sur Lyon , il donna l'ordre de se porter en avant, et il envahit les trois grandes vallées de la Savoie ; mais avant que ses colonucs eussent opéré leur jonction, Kellermann accourut de Lyon , et , avec 12,000 gardes nationaux réunis à la hâte, occupa, de Conflans à Grcsv,

GUEIiHES DE LA REVOLUTIOxX.

l'espace où elles devaient se réunir. Montferrat , arrivé avec le centre à Mouliers, trouvant Conflans fortement défendu, se jeta par le col de la Madeleine sur sa gauche, qui avait dépasse Saint-Jean. Il espérait ainsi déborder la droite de son adversaire; mais Kellermann le prévint en se lançant hardiment sur les rives de l'Arcq. A Epierrc, il offrit la bataille qui s'engagea vivement au fond de la vallée. La victoire fut promptement décidée : une batterie française, hissée à bras sur des rochers à peine accessibles, jeta inopinément l'épouvante dans les rangs piémontais. Ils se rompirent et se replièrent, la gauche à Saiut-Michel , le centre dans la Tarcntaise où Kellermann le poursuivit. Battu à Moutiers chassé de Saint-Maurice, il repassa le Saint-Bernard; les deux autres colonnes n'eurent plus qu'à suivre son mouvement et à se retirer au-delà des monts.

Dans le comté de Nice, le cabinet de Vienne fournit aux Piémontais une division auxiliaire et un général en chef, De Vins. Ainsi renforcés, ils firent une sortie générale des lignes de Snorgio. L armée française, commandée par Dugommicr, évacua Bclvcdcrct Vcsubia. Les impériaux suivirent l'ouverture et se portèrent sur l'Estcron pour tourner par leur gauche les positions de Dugoinmicr. Mais, au lieu de se concentrer pour cette manœuvre, ils ne réunirent que /jooo hommes, et Dugommier , qui sentait les conséquences d'un succès, se porta en force s à Giletlc, Iesatlcnditet les repoussa sur tous les points. Les coalisés n'ayant pu saisir l'offensive, le siège des deux villes françaises ne fut point troublé. Lyon fut enlevé par l'effort réuni de l'armée des Alpes et des levées en masse de l'Auvergne; Toulon fut repris aux Anglais par un trait de génie qui décelait un grand capitaine. Le commandant d'artillerie du siège, Napoléon Bonapartcpritsur lui de démontrer aux généraux et aux représen tans, qu'il fallait négliger la ville et monter à l'assaut du fort du petit Gibraltar, d'où Ton domine la rade et d'où l'on pouvait incendier les vaisseaux ennemis. On Fécouta, faveur bien rare! on le crut, lui le moindreen âge, en réputation, en dignité. On pénétra dans le fort durant une nuit orageuse, et la fuite précipitée de l'ennemi justifia ses previsons et lui valut le grade de général de brigade.

OPÉR1TIORS AUX PYHÉHÉBS.

Invasion du Roussillon (du t5 avril au i5 mai). — Combat du ma* d'Eu (19 mai).— Combat sur la Bidansoa (*5 mai). — Défaite des Espagnols à Tbuir (17 juillet). — Combat de Solcr (3o août). — Combat de Salées (17 leplembre).— Combat de Thuir (a* septembre).— Mouvemens jusqu'en

L'Espagne ne put mettre sur pied que 4 5, 000 hommes : a5,ooo en Catalogne et 5ooo en Aragon sous Ricardos ; 1 5,ooosurla Bidassoa commandes par Caro. Aux Pyrénées Orientales , Deflers, et dans les provinces Basques , Servan opposaient un.pareil nombre de combattans.

Ricardos commença l'attaque: les cantonueraens français étaient couverts parla place de Bellegarde , le fort dos Bains, ColliourcetPort-Vendres , et en seconde ligne par le cours du Tech. Eu outre 3ooo hommes détachés à droite au fond de la vallée de la Tet coupaient la route de l'Aragon. Le général espagnol déboucha par le col du Porteil entre Bellegarde et le fort des Bains,-puis il força le passage du pont de Céret. I /armée républicaine surprise et rompue se retira en désordre sous lecanon de Perpignan. Son général la rallia et lui fît prendre position au camp du mas d'Eu. Ricardos la tint en échec, tandis que ses troupes défilaient sur la rive gauche du Tech , et recevaient leur organisation définitive. Cette opération demanda plus d'un mois , au bout duquel l'ennemi marcha à l'attaque des camps français. Deflers essaya de l'arrêter en débordant sa gauche; Ricardos , sans tenir compte de cette manœuvre, porta la masse de ses forces adroite et enleva le mas d'Eu. Dès-lors l'armée républicaine se replia au-delà de la Tet , abandonnant une partie de son artillerie.

Cette victoire permit aux Espagnols de mettre le siège devant Bellegarde et le fort des Bains qui se rendirent le mois suivant.

Sur la Bidassoa, quatre camps retranchés renfermaient les troupes françaises . Caro les fît attaquer à deux reprises différentes sans succès mar-

que; il resta dans ses limites, et jusqu'à la (lu de la campagne on se tint de part et (l'autre eu observation.

Ricardos était plus actif : protégé par des forteresses qui assuraient sa base, il résolut de se rendre maître de la campagne. Le midi soulevé par la journée du 3i mai avait été calmé, mais les dissidens étaient prêts à courir, de nouveau aux armes et à faciliter la communication entre l'ennemi extérieur et les insurgés des bords de la Loire; l'anéantissement de l'armée républicaine eût produit, dans cette conjoncture, une diversion terrible. Ricardos manœuvra pour l'envelopper cl la détruire. Forte de 1 5,ooo bommes, elle était rentrée dans les camps du mas d'Eu et de Thuir, il s'y porta à la tête de 20,000 bommes. Mais ses têtes de colonne se brisèrent contre les retranchemens français, ses troupes lâchèrent pied et s'enfuirent jusqu'au Tech. Sa défaite assura la tranquillité du midi.

Les généraux républicains voulurent en tirer parti : Dagobert avec 3ooo hommes , sorti de la vallée de la Tct, fit irruption en Cerdagne et s'étendit au-delà des Pyrénées, menaçant à-la-fois Urgel et Camprcdon. Son but était de forcer Ricardos à repasser les monts. Mais celui-ci, loin d'être ému, conçut le projet de couper Wrctraitc de Dagobert, et de rejeter au-delà de la Tet le gros de l'armée française.

Dans ce dessein, il fit enlever par son extrême gauche la place de Villefranchc, puis s'avançant en masse sur Soler, il força le passage de la rivière, sépara en deux parties l'armée républicaine et les rejeta l'une à Perpignan , l'autre à Salées. Toutefois il ne put se maintenir sur la Tet ; attaque à Salccs de front , et en flanc par une colonne sortie de Perpignan, il perdit ses positions et se retira dans le camp du mas d'Eu.

Dagobert commandait alors l'armée républicaine : vieux officier plein de bravoure et de résolution , il marcha sur son adversaire par les chemins de Thuir, de Bellegarde et de Collioure. Aux premiers coups de feu, sa gauche lâcha pied, et l'ennemi se portant en forces contre la droite, elle fut accablée. Le centre seul conduit par le général en chef, se maintenait -victorieusement; mais Ricardos, libre de disposer contre lui de toute son armée, l'enveloppa, le tailla en pièces et força ses débris à abandonner le champ de bataille; les Espagnols poussèrent jusqu'à la Tct, mais ils ne se hasardèrent point à la passer.

Bientôt, des renforts survenant, ils permirent aux Français de reprendre l'offensive; cependant ils ne purent encore délivrer le Roussillon. On reprit Villefranche, et en menaçant de tourner Ricardos, on le força de se concentrer dans le camp du Boulon. Là il se maintint jusqu'à Tannée suivante. On chercha vainement à l'attirer en menaçant Roses: les colonnes sorties dePort-Vendres pour cette expédition furent ramenées en désordre. Une seconde attaque par Ccrct ne réussit pas mieux ; enfin un fort deta-

chemcnt s'étant glissé derrière sa droite entre Argelès et le camp, il sortit des lignes, l'écrasa, le refoula jusqu'à Argelès ; puis, profitant do succès, il s'empara de Port-Vcndres , de Collioure, et se trouva maître de toute la rive droite du Tech.

Suite des opérations en Vendée. — Combat de Doué (7 juin). — De Montreuil (8).— Prise de Saumur (9).— D'Angers (17) — Combat de Nort (a8).— Attaque de Nantes («9).— Combat de Luçon (18). — De Bressuire (3o).— De Cbitillon (3 et 5 juillet).— Bataille de Yibiers (18 juillet) Reprise du Pont-de-Cé (a6).— -Combat de Luçoo (3o).— Uataillc de Luçon (14 aoûlj. — Combat de Cbantonnay (3 septembre).

Le contre-coup des déchiremens intérieurs qui se fit si long-temps sentir au nord et à l'est , n'eut pas moins d'effet en Vendée. Biron, nommé général en chef en même temps que Custines et Beauharnais , ne fut pas plus heureux. Arrivé au quartier général de La Rochelle il arrêta le projet d'envahir le Bocage par les routes d'Angers, Saumur , Thouars et Niort, à la tête de quatre colonnes de 10,000 hommes. chacune. On formait à Paris des bataillons de soldats tires des armées du nord , et que l'on expédiait en poste sur Orléans et Saumur. On rassemblait dans le même but des bataillons composés de volontaires parisiens ; mais quelle que fût l'activité qui présidait à cette opération , on n'avait pas rassemblé la moitié des hommes que demandait Biron , lorsque les Vendéens attaquèrent.

Lcygonnicr (3 à 4ooo hommes), ayant repassé le Thoué, et Salomon (4ooo), successeur de Quétineau, étant rentré dans Thouars, ces mouvemens leur avaient donné l'éveil. Le tocsin appela aux armes, sous les chefs de l'Anjou et du Poitou, 3o à 4o,ooo hommes. Ils replièrent d'abord Leygonnier qui avait pris position à Vihiers et Doué. A cette nouvelle, Salomon se porta à Montreuil pour disputer le passage du Thoué ; mais il y fut prévenu. Battu à Montreuil, il ne put même percer jusqu'à Saumur, et se retira à Niort par Thouars et Parthenay.

Leygonnier et Salomon défaits , Saumur était abandonne à ses propres forces: 7 à 8000 hommes le défendaient , renfermés en majeure par-

tic dans le camp retranche des buttes de Bournnn que traversent la route de Doué; mais la retraite de Salomon avait laissé à découvert le cours de la Divc, et le désordre était tel au quartier général que le pont de Saint- Just n'était pas gardé. Cette circonstance n'échappa pas aux Vendéens qui tournèrent le camp de Bournan et débordèrent par la rive droite du Thoué. Ils se rendirent maîtres avec leur impétuosité ordinaire des faubourgs de Saumur et du pont qui les séparait du camp; après quoi, ils dispersèrent le petit nombre de combattans qui défendaient encore la ville, où ils s'établirent. Cependant les troupes de Bournan firent d'inutiles efforts pour enlever le passage du Thoué et dégager Saumur. Elles finirent par se retirer à Brissac, puis à Angers j le lendemain , le château se rendit.

La victoire remportée par les insurgés était d'une importance extrême; ils désorganisaient l'armée qui devait les réduire , ils s'emparaient d'un matériel considérable et d'approvisionnemens de toute nature; enfin ils s'ouvraient la route de Paris. La difficulté était de tirer parti d'un si beau succès et de conserver l'armée réunie. Les chefs y réussirent pour un moment en nommant avec appareil un généralissime, et appelant pour remplir ce grade un peu vain, Calhelincau, le seul d'entre eux que l'insurrection eût arraché aux travaux de la campagne. Après cette cérémonie, on marcha sur Angers qui fut occupé sans résistance. Mais on s'éloignait de la Loire; les insurgés demandaient à grands cris à rentrer dans le Bocage. IiC nouveau généralissime put à peine gagner sur eux de les y ramener par Nantes et de tenter un coup de main sur ce boulevard de la révolution. L'expédition était hasardeuse; mais quels résultats eût amenés le succès! la communication établie entre la Bretagne, théâtre de la chouannerie et la Vendée en armes, le cours de la Loire déblayé, des ports ouverts à la marine anglaise, et laconsistanccquc donncàun parti soulevé la possession d'une cité de 80,000 ames.

Cbarette, averti des projets de Cdthelincau, se rapprocha delà Loire pour forcer l'entrée de la ville du côté du midi; pendant ce temps les autres chefs poursuivaient leur marche facile. Ils entrèrent à Ancenis et gagnèrent les portes de Nantes.

La fortune de la république avait voulu que Canclaux eût conservé le commandement auquel il avait été appelé dès le commencement des troubles. Ce général jouissait à Nantes de la considération que donnent le talent, la modération et l'intégrité. 5 à Gooo hommes de ligne composaient sa garnison, mais la garde nationale forte de 7 à 8000 hommes se prêtait avec dévoûment à ses dispositions; il avait couvert les approches de la ville par un camp aux abords de la Loire et par un bon poste retranché à Nort. Les insurgés se portèrent d'abord à l'attaque de cet avant- poste dans le but de tourner le camp. Ce mouvement,

qui pouvait être décisif, leur devint funeste, grâce a la vigilance des officiers et à l'intrépidité des soldats. Le détachement de Nort (600) attaqué à 8 heures du soir , tint bon pendant toute la nuit dont les au-* très troupes profitèrent pour se replier dans l'enceinte de la ville. I/alarnic y était grande ; niais Canclaux ranima tous les courages et sa petite armée jura de vaincre ou de s'ensevelir sous les ruines de Nantes.

Le lendemain , l'action s'engagea sur tous les points : la garde nationale était opposée àCharette, et la ligne occupait, autour de la ville, les meilleures positions. Les assaillons trouvèrent partout une défense bien organisée. Cependant il s'emparèrent d'une partie des faubourgs et le combat fut poussé iusqu'aux portes de la ville. Là, on fit de part et d'au» tre des prodiges de valeur ; mais au fort de la mêlée Cathelineau tomba mortellement atteint , et dès ce moment l'ardeur des siens se ralentit; ils ne tardèrent pas h se débander et à se disperser sur l'autre rive.

Sur ces entrefaites, les bataillons de Paris arrivèrent à Saumur. 1 4,000 hommes, sons Labarolière et Santerre , rentrèrent dans cette* ville qu'ils trouvèrent évacuée. Westermann , jeune et ardent général, amena dans Parthenay la légion germanique formée de 3ooo volontaires ou déserteurs étrangers. Enfin 17,000 hommes de gardes nationales du midi se réunirent à Niort, et Biron, prêt à reprendre l'exécution de ses plans, se rendit à Angers pour se concerter avec les généraux des divisions de la Loire. Pendant son absence, la colonne de Luçon fut encore attaquée par les rassemblerons de la Vendée centrale , auxquels elle fit essuyer une déroute complète, et Westermann, impatient de se signaler, fit irruption dans le Bocage et pénétra Pépéc à la main dans Bressuire et Cbâtillon. Au sortir de cotte dernière ville, assailli par la masse des insurgés qui rentraient de l'expédition de Nantes, il eut la douleur de voir sa légion détruite, et lui-même eut peine à s'échapper à la tête de sa cavalerie. Malgré cet échec, Biron se disposait à mettre en mouvement l'armée entière , lorsqu'il reçut sa destitution. Sa disgrâce bissa sans direction l'armée de la Vendée. Cependant Labarolière et Santerre sortis de Saumur, s'avançaient dans le Bocage, comptant sur la coopération des colonnes de Niort. Un léger avantage obtenu à Martigné le i5 les encouragea à continuer leur marche. Santerre parvint à Vihicrs avec le gros de ses troupes, et sa colonne était engagée dans le long défilé qui conduit à Coron, lorsque les insurgés, sortant du bois deVihiers en ordre de bataille, chargèrent avec fureur et laissèrent à peine aux républicains le temps de prendre leurs armes. Les rangs se rompent, on fuit au cri de sauve qui peut, et l'on cherche un abri sous les remparts de Saumur. 2000 morts 3ooo prisonniers , 10 canons et tous les bagages restèrent sur le champ de bataille. A deux jours de là , Bonchamps s'empara du Pont-de-Cé. L'a-

kh GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

larme gagna Saumur et Angers, mais lés troupes réunies dans la seconde de ces villes, sous les ordres de Travot, coururent au Pont-de-Cé et le reprirent. Le temps de la moisson était arrivé : les insurgés nommèrent d'EU bée généralissime et abandonnèrent l'armée. Aussitôt leur dispersion, la colonne de Luçon (i 5oo), sous les ordres de Tuncq , trouva les chemins libres, enleva Pont-Charon et Chantonnay où elle détruisit de grands approvision nemeng. Lescurc et d'Elbée levèrent contre elle 1 2,000 hommes, qui la chassèrent de Chantonnay et la replièrent jusqu'à Luçon. Là , Tuncq se rangea en bataille ; les insurgés se précipitèrent sur lui avec leur désordre et leur impétuosité habituels , mais il leur opposa un rempart de baïonnettes contre lequel ils se brisèrent. Chargés à leur tour, ils s'en* fuirent dans le plus grand désordre.

C'est alors que Rossignol fut nommé général eu chef en remplacement de Biron. Ancien ouvrier des faubourgs, il s'était fait connaître par une ardeur révolutionnaire qui lui avait valu la faveur de la Montagne et de la Commune. Arrivé sur le théâtre de la guerre avec les bataillons do Paris , il avait d'abord excité par ses exagérations la colère de Westermann qui l'avait fait arrêter; mais un ordre du gouvernement l'appela bientôt au rang suprême. La Commune manquait d'hommes d'action, elle voulait en former; elle essayait ses favoris dans l'espoir de rencontrer enfin un général qui réunît des talens militaires à un dévoûment aveugle; mais ses choix ne furent point heureux : Rossignol et ses lieutenans, San 1er re et Ronsin , ne montrèrent aucune capacité. Le quartier général de Saumur ne se signala que par des déclamations furieuses et des discussions qui eussent été funestes à la cause de la république, si la discorde n'eût point également tourmenté le camp des insurgés. Les désastres occasionés par cet état d'anarchie furent alternatifs , et les rencontres n'eurent point de caractère décisif. Après le combat de Luron , une flotte anglaise étant signalée, ou crut à un puissant secours, et pour ouvrir un port à ces prétendus alliés, on résolut l'attaque des Sables d'Olonne. D'Elbée leva /j 0,000 hommes pour cette expédition, à laquelle tous les chefs marquons vinrent prendre part. Cette masse s'avança vers Chantonnay et Pont*Charon. Arrivée à Lucon, ses éclaircurs lui signalèrent l'ennemi et elle se déploya en ordre de bataille. Tuncq avait à la hâte appelé des renforts; il opposait à l'attaque 5ooo fantassins et 4°o cavaliers. L'action s'engagea par la gauche des Vendéens que dirigeaient Charettcet Lescure. Ils chargèrent avec leur fureurordinairc et culbutèrent d'abord les républicains; mais Tuncq, pliant devant eux, démasqua une batterie d'artillerie légère qui les prit d echarpe , les écrasa et les mit en désordre. Alors la ligne entière s'avança la baïonnette en avant; ils n'attendirent pas le choc et se débandèrent après avoir perdu 6000 hommes. Tuncq les fit pouv-

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CAMPAGNE DE 1793. 45 suivre jusqu'au Layon. Ce général, qui venait de porter à l'insurrection un coup si funeste, reçut, à la demande de Rossignol, sa destitution sur un champ de bataille qu'il avait deux fois illustré. Les représentai en mission auprès de lui, s'élevèmUcontre cette ignoble injustice, et donuèrentau gênerai en chef l'ordre de quitter l'armée. Mais la Convention cassa leur arrêt et maintint Rossignol dans son commandement. Tuncq s'éloigna et son successeur, Lecomte, fut presque anéanti par d'Elbée à Chantonna/ Pendant ce temps, Lescure dispersa à Thouars la levée en masse que le quartier général de Saumur avait ordonnée: mais d'Elbée et Lescure furent refoulés dans le Bocage, et la garnison de Mayencc, survenant sur te théâtre de la guerre civile, donna une marche plus décidée aux

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d'entrer au comité de salut public. A la méthode systématique de la coalition , qui consistait à faire marcher une armée entière en avant d'un vaste front d'opérations aussi régulièrement aligne qu'un bataillon sur le champ de manœuvre , il entrevit que Ton pouvait opposer une combinaison plus féconde en résultais. C'était de porter, contre un point du cordon ennemi, une masse de forces assez compacte pour le rompre et le contraindre à reformer en arrière son alignement.

Uouchard en fit l'essai. Renforcé de 12,000 hommes tirés des armées de Test, il partit de Gavcrclleet rallia, sous Lille, les troupes du camp de la Madeleine. Là, selon la routine du temps, il dirigea sur Roncq et Turcoing, contre les Hollandais, une fausse attaque pendant laquelle 3o à 40,000 hommes (4 divisions), par un à gauche, allèrent se concentrer de Gassel à Stecnvovorde.

Il disposa de la manière suivante ses colonnes d'attaque. La droite prit position à Vlaemeringhe et Rousbrugge pour rompre la communication entre les Hanovriens et les Hollandais; le centre s'élança par Rexpoëde coutre Freytag, et la gauche par Wormhout coutre Walmoden. Ces mouvemens étaient bien concertés: on abordait les lignes de siège, et l'on avait évité les Hollandais. Le combat s'engagea franchement contre Freytag; on enleva les avant- postes, on força le passage de l'Yser, on pénétra dans Rexpoëde, dont on s'empara. Freytag, pris d'abord au dépourvu, rallia son inonde et revint à la charge; rentré trop vivement à Rexpoëde, il y fut fait prisonnier. Cependant Walmoden, attaqué plus mollement , avait évacué Wormhout pour se replier sur son collègue. Il arriva de nuit à Rexpoëde, où le général français n'avait laissé que trois bataillons. Celte troupe, assaillie à l'improviste par une division entière, lâcha pied, sans brûler une amorce. Walmoden dégagea Freytag, et tous deux prirent position dans les retranchemens d'Hondschoote, De son côté, la gauche, au lieu de suivre Walmoden, trouvant libre la route de Dunkerque, poussa jusqu'à cette place.

Houchard ayant appelé, le lendemain, une division de sa droite, continua l'attaque sans succès; le feu des redoutes ennemies le contint jusqu'à la nuit. Cet échec avait ébranlé sa résolution , mais les injonctions des représentans le décidèrent à marcher encore une fois à l'assaut. Les coalisés tiraient leur force d'une ligne de redoutes dont le village de Hondschoote formait le centre; des haies, des plantations couvraient leurinfanterie, que soutenaient des batteries épaulées. Depuis Jeuimapes, on n'avait point assailli d'aussi formidables ouvrages. Ils furent vivement disputés; il fallut emporter corps à corps tous les avant-postes; enfin une charge de cavalerie avait déblayé la plaine, et Jourdan avait poussé la division du centre jusqu'aux palissades t lorsque l'on vit le drapeau ré-

publicain flotter sur le parapet. C'était celui cl une brigade sortie de Bergues, composée en partie de volontaires connus sous le nom de gendarmes de Paris, et signalés par leur audace et leur esprit d'indiscipline. Arrivés au fort de l'action , sur la droite de Freytag, ils s'étaient lancés tête baissée dans les premières redoutes ; leur exemple entraîna le reste de l'armée: on se précipita, on força partout l' ennemi qui s'enfuit jusqu'à Furncs. Durant cette journée, York, contenu par une vigoureuse sortie des corps renfermés à Dunkerque, ne put se porter au secours de ses licutenaus.

On était donc enfin victorieux! Victorieux à l'armée du Nord où, depuis Ncerwindc, on avait essuyé désastre sur désastre. Mais on avait consumé trois jours pour déposler Freytag, qu'avec de meilleures dispositions on eût dû culbuter du premier choc. Ou pouvait réparer cette faute; il fallait s'élancer sur les pas des vaincus, les déborder à Furnes, prendre à dos le corps anglais et le forcer à déposer les armes. Houchard ne marcha point, et lorsque enfin il se présenta devant Furnes , York en avait déjà levé le siège; il avait déjà rallié les troupes battues, et il les conduisait à Nieuport, au-delà de l'Yscr. Il ne s'agissait plus de le poursuivre; c'était s'exposer, en pure perte, à livrer une seconde bataille. Il valait mieux courir aux Hollandais et les prendre à revers. Houcbard y songea, mais il mit trop de lenteur dans cette expédition qui, bien conduite , eût eu pour conséquence de forcer Cobourg à quitter les bords de la Sambre.

Le général en chef de la coalitiou , retranché dans la forêt de Mormal, assiégeait le Quesnoy, et, par une combinaison inverse de celle qui venait de réussir à Dunkerque , on avait cherché à secourir la place au moyen d'attaques décousues. Trois colonnes sorties de Maubeuge, Landrecics et Cambrai, se firent écraser par le corps de blocus, et le Quesnoy ayant capitulé, toutes les forces de Cobourg se mirent en mouvemeut pour investir Maubeuge. Pendant ce temps, les Hollandais occupaient Y'prcs, Werwick et Meniu, et Beaulieu, par Turcoing, Lannoy et Cysoing les liait aux divisions du généralissime.

Houchard, après avoir enlevé Furnes à l'arrière- garde de Walmodeu, bombardé Ypres et ravitaillé Dunkerque, tomba avec 3o,ooo hommes sur le centre de cette ligne mince et étendue. Il força, à Werwick, le passage de la Lys, et tandis que le camp de la Madeleine chassait les impériaux de Lannoy et de Turcoing, il poussa au prince d'Orange qui s'était formé en ordre de bataille eu avant de Menin. L'attaque fut si brusque, qu'il pénétra dans la ville pêle-mêle avec les ennemis à qui il fit perdre l\ooo hommes et 4* canons.

C'était un heureux début, et, par les mêmes motifs qu'on avait eus

/l8 * GUERRES DE LA RÉVOLUTION,

de laisser York à Nicuport, on devait se borner à contenir au-delà de la Lys les Hollandais désorganises, et se rabattre sans hésitation sur Beaulieu; on l'eût culbuté1, et l'armée entière, rentrant par Douai dans le camp de César, eût forcé Cobourg à changer ses dispositions. Mais Houchard, officier vieilli dans les grades subalternes, dune bravoure personnelle à toute épreuve, manquait de décision et de génie; il se laissa aller à poursuivre le prince d'Orange par la route de Courtray. Pendant ce temps, Beaulieu se concentra en avant de Tournay, puis il suivit, de l'autre côté de la Lys, les mouvemens de son adversaire, et, saisissant avec habileté l'occasion, il attaqua par le flanc, à la sortie de Courtray, sa division d'avant-garde. Rejelée en désordre sur le corps de bataille, elle l'entraîna; tout s'enfuit, et l'on ne put reprendre les rangs que sous le canon de Lille , après avoir perdu de 3 à 4ooo hommes. Cette cchauffourée, la manière indécise dont les opérations avaient été conduites, perdirent Houchard; il fut destitué, traduit au tribunal révolutionnaire et condamné à mort. Jourdan le remplaça et reçut aussitôt l ordre de débloquer Maubeuge. Cobourg avait renfermé sous cette place deux divisions de l'armée des Ardcnnes , et il entourait d'un cordon de redoutes

le camp et la ville.

aa à *3,ooo hommes, enfermés dans une petite place sans communication avec l'extérieur, devaient épuiser promptement leurs approvisionncmens, et l'ennemi espérait les réduire par la famine. Maître de Va- Lciennes , du Quesnoy et de la forêt de Mormal , il n'avait net i à craindre [ la rive gauche de la Sambre; sur la rive droite , des retranchemens défendus par 3o,ooo hommes coupaient les routes d'Avesnes, de Philippe- Ville et de Landrecies, tandis que 35 à 4o,ooo hommes resserraient la place. I* confiance de Cobourg dans ses positions était telle , qu il promettait de se faire républicain si l'on parvenait a le deposter.

Cependant les troupes de Maubeuge, commandées par Ferran#et Chance), ne se résignaient point sans combattre a déposer les armes : chaque jour, elles troublaient les travaux de blocus et deux grandes sorties ?u* nt tentée, tour-à-tour sur les deux rives de la Sambre; mais elle Lent reoousséesetdcjà le manque de vivres et les maladies dévoraient S^Udéj. le découragement abattait . les soldats; ^bo^U aTsiégeans parvenaient jusqu'au centre de la ville , lorsque Jourdan déboucha d'Avesnes à la tête de 4<>,ooo hommes.

A peine appelé à remplacer Houchard, Jourdan transporta dans le camp de Gave^elle ses divisions découragées par l'échec de Menio. LorsquTle eut réorganisées, il marcha sur Maubeuge par et Guise, en appelant à sa droite 5 à 6ooo hommes de 1 armée des Arden, ncs , campés sous le canon de Philippcville.

Au sortir d" A vesnes , il repoussa l'avant-garde ennemie, et Cobourg se prépara à soutenir la bataille dans ses positions retranchées. Son centre occupait le plateau de Wattignies , sa droite s'étendait depuis Dourlers et Levai jusqu'à la Sambre. La gauche observait la route de Philippeville.

Les troupes républicaines étaient remplies d'ardeur. A peine déployées, Jourdan les lança contre les collines boisées où son adversaire les attendait couvert d'abattis, de redoutes et d'une formidable artillerie. L'attaque embrassait un demi-cercle de hauteurs comprises entre la Sambre et le village de Wattignies, tandis qu'une division détachée à droite, débouchait par Solre-le-Chàteau pour rallier la colonne des Ardenncs.

La chaussée d' A vesnes à Maubeuge, qu'il s'agissait de déblayer, traversait par leur milieu les lignes françaises. Le but du général en chef était d'aborder par ses deux extrémités les positions de Cobourg, et, lorsqu'il les aurait entamées de péuétrer par colonne, en masse, jusqu'au plateau de Dourlers dont la possession lui eût livré le champ de bataille.

Ses deux ailes débutèrent d'une manière brillante. Les redoutes de Levai . et des bords de la Sambre , ainsi que celles qui couvraient les approches de Wattignies furent enlevées à la baïonnette. Pendant ce temps, le centre, immobile à la jonction des routesd'Avesnesetde Solre-le-Château, se bornait à canonner Dourlers, d'où lui répondaient les batteries de l'ennemi. Jourdan attendait pour le pousser en avant que le résultat des manœuvres de ses ailes fût tout-à-fait prononcé; mais les soldais demandaient l'attaque, et Caruot, partageant leur impatience, décida le général en chef à l'ordonner. i3,ooo hommes s'élancèrent dans le ravin qui séparait les deux armées; foudroyés par l'artillerie des impériaux, ils hésitèrent; mais l'exemple des généraux et des représentai les entraîna : ils franchirent le vallon , et déjà ils atteignaient les redoutes lorsque des renforts, tirés par Cobourg de l'extrême droite et du centre, leur opposèrent un front impénétrable et menacèrent leurs flancs. On se décida à la retraite et l'on rentra dans ses positions, affaibli de 1 5oo hommes. La nuit mit fin à ce premier combat.

Le lendemain Jourdan changea ses positions en disposant sur sa droite son principal effort. Jugeant avec sagacité que Dourlers avait été renforcé aux dépens de Wattignies, il saisit 24,000 hommes pour brusquer l'attaque sur ce dernier point. Il prescrivit au centre et à la gauche d'engager une vive canonnade et de ne se mettre en mouvement que si l'ennemi venait à dégarnir ses redoutes. Un brouillard épais favorisa ces apprêts qui échappèrent au général opposé. Lorsque l'artillerie française éclata sur Dourlers, Cobourg s'attendit à soutenir un second assaut. Mais il apprit toutt à-coup qu'une colonne formidable menaçait les hauteurs de Wattignies; elle avait déjà deux fois été repousséc, mais si elle revenait à la charge , ou n'avait plus le moyen de lui résister. Cobourg se hâta d'y porter ses

réserves et une partie de sa droite. C'était le moment attendu par le centre et la gauche des républicains, ils enlevèrent toutes les positions que les impériaux affaiblissaient, et déjà leur artillerie, en batterie sur les collines de Dourlers, canonnait à revers celles de Wattignies, dans le même temps que Jourdan, ramenant pour la troisième fois sa colonne, engageait dans le village un combat furieux. L'ennemi commençait à plier lorsqu'un incident, survenant à l'extrême droite, suspendit un moment la victoire. La gauche des impériaux avait réussi à se glisser entre la division des Ardenncs et celle qui devait la rallier; elle avait défait la première et elle poussait la seconde en désordre. Jourdan y courut, lui fit reprendre ses rangs et l'offensive, puis revint donner un nouvel élan à l'attaque de Wattignies. Pris et repris trois fois, ce village resta enfin au pouvoir des républicains : partout ils furent maîtres du champ de bataille. L'ennemi craignant de recommencer le combat trop près des remparts de Maubeuge, profita de la nuit pour repasser la Sambre.

Pendant ces deux journées les troupes du camp de Maubeuge dont on attendait une diversion décisive, prêtant l'oreille au bruit de la bataille demandèrent à marcher à 1 ennemi ; mais les généraux ne crurent point à leur délivrance et restèrent dans l'inaction.

Maubeuge était débloqué, Cobourg battait en retraite, et la victoire de Wattignies remportée sur des troupes supérieures en nombre, retranchée* dans de fortes positions, plaçait Jourdan au premier rang des illustrations militaires. Elle ne produisit cependant pas les résultats que le comité prétendait en tirer. Il prescrivit au général victorieux de passer la Sambre et de délivrer le territoire; mais des pluies abondantes rendirent cette opération impossible. D'ailleurs les évènemens de la gauche ne permettaient point encore de prendre décidément l'offensive.

Prévoyant le mouvement de l'armée du nord sur Maubeuge, Cobourg avait appelé à lui le duc d'York > et les camps de Lille et de Dunkerque avaient reçu l'ordre de profiter de son départ pour aller en avant; mais au lieu de se concentrer et de tomber sur un seul point, on se livra à des mouvemens décousus qui n'eurent aucun effet. On assaillit à-la-fois Fumes, Ypres, Menin, Court rai et Cysoing, et le retour d'York mit fin à ces combats. Jourdan après avoir ravitaillé les places de la Sambre fit rentrer l'armée dans le camp de Gaverelle, Cobourg put lancer des partis jusqu'aux portes de Cambrai et do Guise; mais bientôt on prit des quartiers d'hiver et les opérations furent suspendues. Ces évènemens ter* minèrent sur la frontière du nord la campagne de 1793.

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