‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 12 sur 120 · SUITE DES OPÉRATIONS EN VENDÉE · texte numérisé non relu

SUITE DES OPÉRATIONS EN VENDÉE

Lcj Mayencai» à Nantes (6 septembre). — Leur marche (g au 19). — Retraite de Rossignol (14).— bataille de Torfou (iy).— Combat de Mou (aigu (ai).— Retraite de Canclaux («4).— Batailie de Coron (19).— Combat de Saiut-Fulfenl (aa).— Combat des Treize-Sept ien (6 octobre).— Combat delaButte-du-Moulin-*ux-Chèvres (9 xi). — Marche géoéralo en atant (14 octobre). — Bataille de la Tremblaye (i5).-Occupation de Chollet (16).— Bataille de Chollet (17).— Les Vendéen! {laucot la Loire (18).

La garnison de Mayence arrivée en Vendée entra en opérations. Une longue discussion s'éleva d'abord sur la destination de ce puissant ren* fort. Devait-on le réunir à Saumur et renouveler la tentative jusque-là malheureuse d'attaquer de front l'insurrection en passant la Loire et le Thoué? Valait-il mieux le concentrer à Nantes pour déboucher le long de l'Océan, de manière à traquer les rassemblemens du Marais et de la Vendée centrale à les rabattre sur ceux delà Haute- Vendée et à les prendre tous entre deux feux au moyen du mouvement combiné des divisions de Saumur? Ce dernier parti fut préféré; il offrait l'avantage de séparer de la mer les insurgés et de les acculer à la Loire ; mais il eût fallu que toute l'armée de Rennes se rapprochât du fleuve et leur en interdît le passage.

Les AÎayençais firent donc leur jonction à Nantes avec la division dont Canclaux conservait toujours le commandement. Réduits par la marche et les maladies à environ 10,000, c'était moins l'appui du nombre que celui de l'expérience et d'une juste renommée qu'ils venaient présenter. Aubert du Bayet était leur chef, sous lui Vimeux et Beaupuy commandaient chacun une brigade, Haxo la réserve et Kleber l'avantgarde. Beysser et Grouchy étaient les lieutenans de Canclaux qui prit le commandement en chef. Après avoir établi quelques postes de sûreté sur la rive droite de la Loire, il concentra sa vaillante armée au-delà des ponts de Nantes, dans les camps des Naudières et des Sorinièrcs. Son •

projet était de se déployer par la droite jusqu'à Challans, puis en pivotant sur la gauche de s'asseoir sur la Sèvrc Nantaise, tandis que les colonnes de Niort, de Luron et des Sables gagneraient coucentriquement Mortagne, et que Rossignol déboucherait tout à-la-fois de Saumur, d'Angers et de Thouars.

Beysser ouvrit la marche; sorti du camp des Naudièrcs il se fraya , Pépée à la main , la route de Machccoul, tandis que Kleber, tournant autour du lac de Grand-Lieu, se portail à Saint-Philibert. Charettese replia devant Beysser et, comme à l'ordinaire, concentra la défense à Légé. On manœuvra de manière à l'envelopper. Beysser s'avança en demi-cercle par Machecoul, Challans et Palluau; Kleber prit position à Saint- Etienne, et Canclaux déboucha sur Légé à la tête des brigades d'Aubcrt- Dubayet par la grande chaussée de Nantes que ces mouvemens avaient dégagée. Gharette, à la veille d'être entassé dans le vallon de la Boulogne, n'attendit point le choc, il se hâta dépasser la rivière et de se rendre à Montaigu. L'armée républicaine le suivit toujours dans le même ordre, appuyant sur son centre et débordant ses extrémités. Attaqué et battu h Montaigu, il continua à rétrograder et ne s'arrêta qu'à Tiffauges,cn deçà de la Sèvre. C'était sa dernière ligne de retraite et l'on pouvait s'attendre à un engagement décisif. Canclaux fit ses dispositions pour attaquer par les deux rives. Laissant Beysser à Montaigu , il porta les Mayençais à Clisson dans le but d'ouvrir par Vertou la communication avec ses réserves et de menacer le flanc droit de Charette. Mais ces combinaisons habiles, dont le succès jusque alors était si brillant, ne furent point secondées par les divisions de Saumur. Rossignol, effrayé du nombre des ennemis qui s'élevaient sur ses pas et de la déroute essuyée par Lecomte à Chantonnay, donna Tordre à ses colonnes de rétrograder, et les chefs royalistes de la Haute- Vendée, libres de toute diversion, cédant aux instances de Charette , lui envoyèrent à Tiffauges un puissant renfort. Cependant Kleber marchait à lui. Arrivé devant Torfou avec ses aooo hommes d'avant-garde, il se trouva en présence de 4o,ooo hommes; il 4 n'hésita pas à faire battre la charge; sa troupe héroïque enleva d'élan Torfou , position élevée qui commande la vallée de la Sèvre et oîi il espérait se maintenir jusqu'à l'arrivée du corps de bataille. Mais ni Beysser ni les Mayençais ne parurent, et l'avant-gardc resta seule aux prises avec une nuée d'ennemis. Après cinq heures d'un combat glorieux et sanglant, Kleber la voyant ébranlée fut enfin obligé d'ordonner la retraite. Elle se fit d'abord en bon ordre, puis l'artillerie s'embarrassant dans les chemins défoncés qui bordent la rivière, il fallut l'abandonner. Dès ce moment, les rangs se rompirent et Ton fuit jusqu'au ruisseau qui s'écoule entre Torfou et Boussay, C'était une ligne de ralliement, mais les Vendéens

s'avançaient au pas de course et tout était perdu si ce dernier obstacle ne les arrêtait point. Kleber court à quelques hommes d'élite de Saône* et-Loire commandés par leur chef de bataillon Chevardin. Il les place à la tête du pont et leur ordonne de se faire tuer jusqu'au dernier; ils obéissent, ils meurent et leur dévoûment, digne des temps antiques , donne à la troupe le temps de se former de l'autre côté du ruisseau. Dans le même instant les divisions du centre commencent à se déployer et les insurgés se retirent à leur tour.

Il convenait alors à Canclaux de suspendre toute opération offensive » et d'attendre la coopération de Rossignol; mais pendant qu'il déblayait la vallée inférieure de la Sèvre et que ses réserves débouchaient par Ver* tou, Charette et Lescure tombèrent à l'improviste sur Beysser qui se gardait mal et qui avait négligé de se lier solidement par Boussay et Clisson avec les Mayençais. Débordé par sa gauche, enveloppé dans Montaigu, surpris par des forces décuples, le général républicain fut mis en fuite; ses débris eurent peine à se frayer par Remouillé l'entrée du camp des Sorinièrcs, et cet échec obligea Canclaux à se retirer à Naudières.

L'expédition était encore une fois manquée. Rossignol , ranimé par les premiers succès de Canclaux s'était remis en mouvement; mais Stoftlct et Larochcjacquelin avaient conservé assez de monde pour lui tenir tête; sa colonne de droite, battue à Saint-Lambert, repassa la Loire, et la gauche conduite encore par Santerre dans le fatal détîlé de Coron , y fut assaillie et mise dans la plus complète déroute. Enfin les colonnes du midi heurtèrent à Saint-Fulgent , les bandes victorieuses de Lescure et Charette, et après un vif engagement elles se replièrent sur Luçon.

On ne renonça point au plan de Canclaux, mais il fut ainsi modifié: on résolut de déboucher du camp des Naudières par la grande route de La Rochelle; on évitait ainsi de concentrer toutes les bandes vendéennes; Arrivé à Montaigu, on devait faire face dans tous les sens à l'ennemi, puis obliquer à gauche jusqu'à Mortagne et Chollct. Cette dernière ville était aussi le but indiqué aux divisions de Saumur, qui, au lieu de se disséminer comme elles l'avaient fait jusqu'alors, devaient se rassembler à Brcssuire, y rallier la colonne de Fontenay et pénétrer en masse par Châtillon ; enfin la colonne de Luçon devait marcher au-devant de Canclaux, puis obliquer à droite pour gagner Saint- Fulgent et les Herbiers, afin d'ouvrir la communication entre les armées de Saumur et de Nantes.

Cette combinaison parut propre à amener enfin au centre du Bocage la réunion de toutes les forces républicaines; le comité de salut public l'approuva et de peur de jeter tout le blâme des derniers évènemens sur Rossignol ou sur Canclaux il les éloigna tous les deux. Beysser, Aubcrt-

Dubayet, Ronsin et Santerre furent aussi remplacés, etLéchelle, qui u Savait point encore paru à l'armée, en fut nommé le général en che£ Cet homme était incapable et d'une bravoure suspecte; mais Kleber donnait l'impulsion aux Maycnçais, Marceau et Bard dirigeaient la colonne de Luçon; enfin Westermann, sous Chalbos, animait de son ardeur les divisions de Bressuire.

Canclaux était déjà en marche lorsqu'il reçut l'ordre de quitter l'armée. Sorti du camp des Naudières, il se porta sans obstacle à Montai gu et occupa Remouillé et Saint-Georges en s'étendant du côté de Légé. Il contenait ainsi Gharette et la Vendée centrale. Après quelques jours d'attente, voyant l'ennemi immobile, il donna l'ordre à Kleber d'éclairer la vallée de la Sèvrc. 4ooo Maycnçais s'avancèrent sur Tiflàugeset trouvèrent en position, à Saint-Syraphorien et Treize-Septiers, d'Elbeeet Bonchamp à la tête de 3o,ooo hommes. Sans égard au nombre, Kleber les attaqua tête baissée; le choc fut terrible. « Nous n'avons point de canons, murmurèrent quelques soldats. — Il faut reprendre ceux que nous avons laissés à Torfou,» s'écria le général. On enleva l'artillerie des insurgés, on la tourna contre eux, ils se débandèrent et s'enfuirent au-delà de la Sèvrc. Cependant Bard approchait de Saint-Fulgent, les colonnes parties de Saumur, Airvault et la Gbataigneraye allaient se réunir à Bressuire et le plan de Canclaux promettait un succès décisif, grâce au concert inaccoutumé des généraux républicains. Les chefs vendéens étaient loin do mettre le même ensemble dans leurs opérations. Gharette, sourd aux ordres de d'Elbée, évacua Légé pour s'emparer de Noirmoutiers. De leur côté Lescure et Larochejacquelin étaient impuissans contre le mouvement qui menaçait Bressuire. Ce fut alors que Léchelle apparut au quartier-général de Mont aigu, où il eut le bon esprit de ne rien changer aux dispositions de son prédécesseur. Tandis qu'il ordonnait une reconnaissance vers Légé et qu'après s'être assuré du départ de Charette, il s'apprêtait à marcher sur Tiffauges et Mortagne, Chalbos déboucha de Bressuire à la tête de 11,000 hommes. Son avant-garde, sous Westermann, rencontra sur une hauteur qui domine Rorthais, connue sous le nom de Butte- du-Mouliu-aux-Chèvres, les bandes de Lescure et Larochejacquelin. Les attaquer, les culbuter, ce fut l'affaire d'un instant. Westermann poussa jusqu'à Châtillon qu'il trouva évacué; l'armée entière le suivit et il en sortit aussitôt à la tête de 5oo hommes pour éclairer la route de Mortagne par laquelle s'étaient retirés les généraux battus. Mais ceux-ci renforcés inopinément par d'Elbée, qui pliait devant les Mayençais, revinrent à la charge. Westermann accablé par le nombre se rejette en désordre sur le gros de l'armée, la peur se communique, Châtillon est abandonné dans une extrême confusion. Les Vendéens ne s'y arrêtent

pas , ils appuient à gauche pour manœuvrer sur le flanc des fuyards et prolonger leur retraite. La chaussée se trouve ainsi dégarnie. Cette cir* constance permet à Chalbos de rallier sur la Butte-du-Mouluvaux-Chèvres un millier d'hommes et de faire brusquement volte-face. L'ennemi déconcerte par cette attaque imprévue est à son tour saisi d'une terreur panique. Tout fuit , Westermaun se jette sur les pas des vaincus rentre pêle-mêle avec eux dans Châtillon au milieu de la nuit et soutient jusqu'au jour une vive fusillade éclairée par l'incendie de la ville. A l'aube, le combat cessa , l'ennemi se retira confusément à Chollet , et Westcrmann se replia sur Chalbos qui retourna dans Bressuire pour s'y réorganiser.

Lorsqu'ils se remirent en marche, les Mayençais s établirent à Morlagne et la colonne de Luçon poussant pied à pied ses adversaires prit position en avant de Mallièvrc. Les trois colonnes républicaines étaient dono en ligne lorsque les Vendéens, veillant au plus pressé, se portèrent en masse au-devant des Mayençais et barrèrent la route de Mortagne à Chollet en occupant Saint-Christophe et la Tremblaye couverts par un ravin.

On marcha contre les positions, Kleber par Saint-Christophe, Baupuy par la chaussée de Chollet. La colonne de Luçon accourut pour prendre la droite et attaquer la Tremblaye; n'ayant point trouvé d'indication pour se rallier aux Mayençais , elle arriva la première sur le champ de bataille et se heurta contre les Vendéens de Lescure. Un combat furieux s'engagea , Bard succomba et Marceau prenant le commandement se défendit avec un admirable courage. En vain des nuées d'insurgés se précipitèrent sur sa petite division qu'elles enveloppaient ; rien ne l 'ébranla, l'ennemi se brisa contre des rangs bien serres, Lescure fut blessé mortellement, enfin Beaupuy survint et déployant sa droite entre la route et la Tremblaye, assura de ce côté la victoire. Cependant Kleber n'avait pu empêcher les insurgés de déboucher de Saint-Christophe, ils le débordèrent et menacèrent de percer jusqu'à Mortagne; mats la gauche de Beaupuy restée disponible, les chargea en flanc et les dispersa sur tous les points; ils s'enfuirent en désordre pour s'entasser dans Chollet.

On les poursuivit avec une telle ardeur qu'arrivé sur la Moine, à peine put-on placer un bataillon à la garde du pont; mais loin de songer à revenir sur leurs pas, désespérant de se reformera Chollet, ils se retirèrent jusqu'à Beaupréau. Au jour, Kleber occupa Chollet, rangea les Mayençais et la brigade de Marceau en demi-cerclchors de la ville, et pressa l'arrivée de Chalbos qui parut vers le soir avec 9 ou 10,000 hommes sur la rive gauche de la Moine où il resta campé.

Après tant d'efforts on a donc concentre dans le Bocage une armée de 20 à 2 5,ooo hommes; les évènemens se pressent et deviennent déci-

sifs. Les Vendéens ont à Beaupréau 4o à 5o,ooo combattans , mais une foule d'babitans sans armes traînent avec eux leurs familles et leur mobilier, les entoure et les énerve; il est urgent de prendre une prompte détermination. Les cbefs se décident à courir les chances d'une bataille et en même temps à se ménager une retraite au-delà de la Loire; cette résolution obligeant à diviser leurs forces, 4 à 5ooo hommes se portent à Saint-Florent pour se rendre maîtres du passage de Varades. Le reste, formé en trois colonnes, revint sur Chollet.

Les républicains, pris au dépourvu, n'ont point eu le temps d'entrer tous en ligne; Chalbos à la rive gauche de la Moine est témoin inactif du combat. Mais le choc désespéré de l'ennemi est soutenu par les intrépides Mayençais et par l'armée de Luçon si souvent victorieuse; enfin en l'absence du général en chef, c'est Kleber qui commande.

Les trois colonnes ennemies échouent. Celle de droite ne fait aucun progrès, celle de gauche met deux fois en désordre la droite des Mayençais; mais ceux-ci se rallient et restent maîtres de leurs positions. Au centre, l'action est plus sérieuse : on se prend corps à corps avec Marceau. Chalbos devait le renforcer; mais, en débouchant de Chollet, aux premiers coups de feu, sa tête de colonne se débande et se rejette dans la ville où elle obstrue à-la-fois la retraite des combattans et l'arrivée de nouveaux renforts.

Le sort de la journée repose donc sur Marceau : s'il plie, l'armée acculée à la rivière, n'ayant plus le libre accès du pont, court le risque d'être anéantie; mais ce jeune général est à la hauteur de sa glorieuse tache; secondé par Kleber et par le représentant du peuple, Merlin de Thion ville, il communique à ses soldats l'ardeur qui l'anime. Ses dispositions habiles font le reste : le centre des Vendéens, écrasé par son feu, ne tarde pas à fuir et à entraîner l'armée tout entière. Le généralissime d'Elbée et Bonchamp sont blessés mortellement.

Beaupuy s'élance sur les pas des vaincus; Weslcrmann, s'étant enfin frayé un chemin à travers Chollet, se joint à lui désespéré de n'avoir point eu part aux succès de la journée. Il s'avance jusqu'à Beaupréau où il pénètre sans résistance. Les Vendéens se hâtent de passer la Loire à Varades que leur détachement a emporté de vive force et à Ancenis qui n'est point défendu.

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