‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 13 sur 120 · EXPÉDITION DES VENDÉENS OUTRE LOIRE ET LEUR DÉFAITE · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DES VENDÉENS OUTRE LOIRE ET LEUR DÉFAITE

Bataille d'Entrames( a7 octobre).— Les Mayençais a Angers (3o). — Marche des Vendéens (a 8 octobre au 10 novembre). — Attaque de Granvillc(i4 et i5). — Retraite par Avranches (16) — Jonction des troupes républicaines (t6). — Combat dePontorson (17).— Marche de WestermauD (aoai) — Bataille de Dol (aa). — Attaque d'Angers (3 et 4 décembre). — Passage du Loir (7).— Bataille du Mans (ia-1 3).-Les Vendéens sur la Loire (i6>~ Bataille de Savenay (a3).

Le théâtre de la guerre était changé : les insurgés étaient sortis de ce labyrinthe où il était si difficile de les atteindre; mais leur nombre était formidable et il fallait pour les envelopper un ensemble de combinaisons auquel on ne put arriver qu'après de funestes essais.

« Ea colonne vendéenne (récit d'Obenheim, officier du génie, fait « prisonnier parles insurgés) était composée d'environ 3o,ooo fantassins, « aoo cavaliers et environ 1 5,ooo personnes inutiles 4dont deux à trois « mille à cheval.

« L'artillerie se composait d'une pièce de douze , trois à quatre pièc ces de huit; trente à quarante pièces de quatre, trente caissons et « deux forges; les blessés étaient conduits dans vingt charrettes. Deux « cents voitures transportaient des particuliers et leurs effets; aucune « ne paraissait employée à porter des choses utiles à l'armée, telles « que méd iraniens, vivres, etc., etc.

« Larochejacquelin avait été proclamé généralissime après le passage « de la Loire. Stofïïet était regardé comme major-général, une douzaine n d'individus figuraient comme chefs, mais sans autorité réelle.

a On ne connaissait que deux divisions, encore n'étaient-elles qu'ici déaies, les chefs ayant essayé en vain de les séparer ; ainsi point de « brigades, de bataillons, ni de compagnies. Ce défaut d'organisation « obligeait l'armée à marcher en masse; ainsi point de reconnaissances,

« point de détachemens; de là, la difficulté de la faire vivre et de l'ap- « provisionner; de là, encombrement dans les logemens, d'où résulté- « rcntdes maladies contagieuses, aggravées par la saison. En un mot, a cette armée n'était plus qu'un sanglier qui , avant de périr , devait frois- « ser les chasseurs assez maladroits pour se trouver sur son passage. »

Le premier soin des vainqueurs de Chollet fut de couvrir la Loire. Haxo resta en observation à Saint-Florent avec la réserve des Mayençais. Le reste de l'armée, divisé en colonnes, se rendit à marches forcées, Klcber à Nantes et Beaupuy à Angers, pour metlrc ces deux places à l'abri d'une surprise.

Les Vendéens se concentrèrent d'abord à Ancenis comme pour attaquer Nantes, mais le souvenir de leur première expédition les arrêta, et séduits par des promesses inconsidérées qui leur faisait espérer la puissantecoopération des habitans du Perche et du Maine, ils s'éloignèrent de la Loire et se rendirent à Laval parCondéct Château-Gonthier.

Cependant Kleber et Beaupuy, débouchant de Nantes et Angers, firent leur jonction à Condé et se mirent à la poursuite de l'armée insurgée qu'ils trouvèrent en position à Entrâmes. Westcrmann , avec son audace habituelle, chercha, à la tête de l'avant-garde, à la déposter, mais il fut vivement repoussé. Toutefois les Vendéens étaient dans la situation la plus critique: loin de se recruter, ils étaient accueillis avec effroi et ils entrevoyaient qu'ils ne tarderaient pas à être cernés. Les Mayençais à Château- Gonthier et Villiers, interceptaient la route d'Angers, la droite de l'armée de Rennes arrivait à Craon et 6000 hommes, stationnés dans le Calvados et la Manche sous le nom d'armée des Côtes- de- Cherbourg , se concentraient à Caen sous les ordres de Sépher pour marcher sous Avranches.

U convenait aux républicains de ne point tenter d'attaque sérieuse avant que ces forces ne fussent en communication. Mais Léchelle était par malheur au quartier-général , il voulut livrer bataille et ses dispositions furent aussi mauvaises que sa décision était inopportune.

L'ennemi était rangé en arrière d'En trames sur le plateau de Croix-dc- Bataille, au confluent de la Mayenne et de la Joucune; pour l'aborder, il fallait traverser ce dernier cours d'eau et avant tout celui de l'Ouette.

Entre les deux ruisseaux, les Mayençais s'avancèrent en une seule colonne par la chaussée. Beaupuy en tête, puis Kleber, et après eux le général en chef avec Chalbos. Léchelle ne prescrivit aucune manœuvre, et lorsque selon l'ordre de marche, Beaupuy se présenta en colonne serrée au pont de la Jouenne, l'artillerie ennemie commença à l'ébranler ; une nuée de tirailleurs se jeta alors sur ses flancs. Kleber s'apprêta à le soute- , niren se déployant des deux côtés de la route, comptant bien que 1À- ,

chelle commanderait à Chalbos un pareil mouvement qui eût rétabli le combat. Mais l'indigne général abandonna lâchement le champ de bataille. Les soldats de Chalbos suivirent cet exemple funeste, qui entrainabientôt les Mayençais eux-mêmes. Tout fuit jusqu'à Château-Gontier oùles Vendéens pénétrèrent pêle-mêle avec les républicains. L'armée ne s'arrêta qu'en arrière de l'Oudon à Lion d'Angers; sa désorganisation était telle que les généraux la firent rentrer à Angers pour la reformer.

Cependant les Vendéens, menacés sur leurs flancs par la division de l'armée de Rennes qui occupait Craon, n'osèrent point suivre leur succès. Ils agitèrent plusieurs projets et s'arrêtèrent à celui de se répandre dans le pays, de le soulever, de gagner les côtes de la Manche et de s'emparer d'un port de mer pour se mettre en communication avec les Anglais. Ils rétrogadèrent donc jusqu'à Laval , après quoi ils occupèrent, en dispersant des gardes nationales à peine armées et quelques troupes de ligne, Mayenne, puis Fougères et Dol. Leur marche fut à peine contrariée , mais ils ne reçurent point de renforts. A Dol , leur indécision recommença, ils était bien près de Saint-Malo ; mais ce n'étaient point une proie facile. Croyant rencontrer à Granville des fortifications moins redoutables , ils s'y dirigèrent en traversant Pontorson et Avranches. Arrivés devant Granville, ils emportent avec fureur le faubourg, mais leur impétuosité échoue contre une place assez mal fortifiée mais défendue par une bonne artillerie; écrasés par le canon, ils se débandent et fuient d'une traite jusqu'à Avranches. Sur ces entrefaites, quelques-uns de leurs chefs sont surpris , cherchant à s'embarquer. Le cri de trahison s'élève des rangs et la méfiance se joignant au découragement, cette masse déjà si informe, déjà si énervée par la présence des malades, des blessés et des non combattais, devient sourde à la voix des généraux, elle n'obéit plus qu'à une seule impulsion qui l'entraîne tout entière. C'est le désir de repasser la Loire. Elle revient sur ses pas par les chemins déjà parcourus. Cette retraite commence au moment où la Rochejacquelin tentait par Villcdicu un mouvement sur la Normandie, qu'il est contraint d'abandonner.

De leur côté, les colonnes républicaines étaient toutes en marche. Après la défaite d'Entrames , Léchelle avait quitté le commandement et les Mayençais qui, selon les rapports des représentans, formaient une année dans Vannée avaient été amalgamés dans les autres divisions. Beaupuy et Chalbos étaient hors de combat. La réorganisation donna pour résultat : un corps léger que commandaient Westermann et Marigny , une avant-garde confiée à Marceau et deux divisions sous Mullcr et Rleber. Le tout présentait un effectif de 16,000 hommes, que l'on porta d'Angers à Rennes par Laval et Vitré pour l'incorporer à l'ar-

mée de Rennes dont Rossignol était général en chef. Ce dernier n'avait autour de lui que t\ à 5ooo hommes, et son lieutenant Tribout opérait avec 4ooo hommes qu'il avait amenés de Brest à Dinan.

Aussitôt la jonction opérée entre les troupes d'Angers et celles de Rennes, Rossignol les mit en mouvement par la route d'Antrain. Tribout s'avança parcelle de Dol à Pontorson. Les coureurs de Tribout avaient déjà passé le pont aux Beaux, et Rossignol arrivait à Antrain quand on apprit la levée du siège de Granville.

Le moment était décisif. Rossignol se déploya par sa droite jusqu'à Fougè. res et si Tribout eût gardé le passage du Coucsnon, et que Séphcr eût poursuivi l'épée dans les reins l'armée fugitive, la lutte eut dès-lors été terminée. Le défaut de concert entre les généraux républicains ouvrit encore aux insurgés les issues qui leur étaient fermées. Sephcr s'arrêta tout court à Coutances, et Tribout, au lieu de rester à la rive gauche du Coucsnon , s'avança follement en plaine sur l'autre rive. Au-delà de Pontorson s'étend jusqu'à Saint-Légé un marais praticable seulement par la chaussée. Le défilé, long d'un quart de lieue, est d'une défense facile. Mais Tribout en était déjà sorti pour s'entasser dans Saint-Légé avec sa troupe et un train considérable d'artillerie, lorsqu'il fut assailli parla masse des insurgés qui venaient d'évacuer Avranches.

En un clin -d'oeil, ses positions, son artillerie, lui furent enlevées; replié dans Pontorson , d'où il fut aussitôt déposté, il battit en retraite jusqu'à Dinan. Les Vendéens passèrent le Coucsnon et ne s'arrêtèrent qu'à Dol.

Leur arrière-garde sortait à peine de Pontorson quand Wcstermann, qui avait éclairé leur marche, y fît son entrée par la route d'Avranchcs. Dans le même temps, on délibérait au quartier-général; Kleber proposait de se tenir sur la défensive , de retrancher Pontorson , Antrain et Dinan , de harceler l'ennemi au moyen de fortes colonnes mobiles et de le bloquer dans Dol, ou il eût été infailliblement réduit. On applaudissait à ce sage projet , qu'on allait adopter, lorsqu'un avis de Westcrmann annonça que ses hussards avaient dépassé Pontorson , qu'Us avaient galopé jusqu'à Dol, que les insurgés y étaient dans la plus grande confusion, et que, pour son compte, certain de les anéantir, il va les attaquer. Cette nouvelle tourne toutes les têtes: on court aux armes pour soutenir par la route d'Antrain à Dol , le mouvement qui se faisait sur celle de Pontorson. Mais Westermann, après avoir obtenu quelque succès, avait été replié. C'était bien l'occasion de revenir au plan de Klclier s'il n'eût été déjà oublié. Les représentons ordonnent l'attaque par les deux routes. Wcstermann pénètre jusqu'à Dol , mais Larochcjacquelin le met dans le plus complet désordre ; après quoi il se rabat sur la colonne d'Autrain

MARCEAU ( F ra nçoi s-Sé vérin ) ,

Grâtal Tppuhlir.in.-Néi CWtrw. e* 1769.- Génial de l'armée teoibre i7<jfipre» de Ltmboorg.

■ Mmm (1793 ).

que Stofflet contenait avec résolution. Attaquée à revers, elle se débande, Kleber, Marceau, s'épuisent en vains efforts pour la raffermir; l'ennemi pénètre avec elle dans Antrain quelle évacue, l'armée entière se retire à Rennes.

La trouée était faite; il s'agissait d'en profiter pour se porter rapidement sur la Loire et forcer le passage de ce fleuve; mais Nantes, mais les ponts de Cé et de Saumur étaient gardés, et des postes républicains surveillaient les deux rives. On risquait donc, pour forcer des ponts ou pour eu établir, de perdre des momens précieux pendant lesquels Rossignol pouvait accourir et livrer bataille avec tout l'avantage de la position. Ces réflexions et le souvenir de la facilité avec laquelle ils avaient pris Angers inspirèreut aux chefs un projet assez bien conçu , dont la fortune leur refusa la réussite.

Ce plan consistait à mettre entre eux et Rossignol la Sarthe et les murs d'Angers. Couverts de ces obstacles, on espérait gagner assez de temps pour enlever les ponts de Cé et rentrer enfin dans le Bocage. On traverse, à marches forcées, Fougères et Laval; on franchit la Sarthe à Sablé, le Loir, à Durtal ; on touche enfin aux portes d'Angers; mais elles sont barricadées, il faut encore combattre. La résistance est opiniâtre, une journée se consume, et le lendemain, l'armée de Rossignol, débouchant de Chàteaubriant, passe la Sarthe et dégage la ville. Les insurgés, au désespoir, se retirent d'abord à Baugé. Westermann sort d'Angers par la route de Saumur et s'interpose entre eux et la Loire.

Cependant la division de Cherbourg, sous Tilly, fit sa jonction avec Kleber et Muller. On forma de ces trois corps une armée indépendante de celle de Rennes. Marceau en reçut le commandement avec la mission de poursuivre à outrance les Vendéens. Déjà le mouvement de Westermann avait décidé Larochejacquelin à repasser le Loir et à occuper La Flèche; mais il n'y entra pas sans combattre. La garnison du Mans, forte de 8 à 900 hommes, s'y étant portée, avait coupé les 'ponts. Elle lui en disputa le passage avec de l'artillerie. Pendant qu'il s'efforçait de les rétablir, Westermann lançait son avant-garde sur ses derrières; il fallait donc repousser la faible colonne du Mans et se mettre en sûreté au-delà du Loir. 11 y réussit enfin, acheva de détruire les ponts, força l'entrée du Mans et replia sur Alençon la petite troupe qui tentait de lui faire obstacle.

La nécessité de réparer les ponts du Loir retarda d'un jour l'armée de Marceau. Larochejacquelin put respirer et donner quelques heures de repos à ses bandes exténuées par tant de marches pénibles. La seconde journée n'était pas écoulée quand Westerman parut avec sa cavalerie. Selon sa coutume, il commença l'attaque; les Vendéens lui opposèrent leur

élite qui le repoussa sur Muller. Ce général fut lui-même ébranlé quand Tilly [entra en ligne et refoula l'ennemi dans la ville. A ce moment, Marceau survint et ordonna de suspendre l'action. Westermann insista et finit par l'entraîner. La nuit était venue et les rues du Mans étaient barricadées , la cavalerie renversa tous les obstacles. A sa suite, Tilly pénétra jusqu'au centre de la ville; Marceau, avec la division Muller, le soutint en appuyant à droite pour couper aux insurgés les routes de Paris. Par ce mouvement, il laissait à vide la route de La Flèche; il donna avis de sa position à Kleber, qui était resté en arrière , et lui recommanda de hâter sa marche et de combler l'intervalle. Cependant un feu raeurtier s alluma dans la ville et s'entretint de part et d'autre, durant toute la nuit. Au jour, Kleber déboucha; c'était le moment d'une attaque générale, Marceau poussa toutes ses divisions en avant, les Vendéens furent écrasés, mais leur masse était déjà en retraite sur Laval. Ils atteignirent cette ville dans la même journée, et, s'y arrêtant à peine, ils coururent à Craon, puis à Ancenis. Au moyen de cette marche rapide, ils ont devancé Marceau. La Loire, ce but de tant d'efforts, ce terme de tant de souffrances I la Loire coule à leurs pieds; mais le poste républicain d' Ancenis s'est replié à leur approche, après avoir détruit tous les moyens de passage. Ils n'ont qu'une frêle embarcation, Stofflet et Larochejacquelin s'y jettent et traversent le fleuve dans le dessein de rassembler des bateaux sur l'autre rive. A peine ont-ils pris terre , que Westermann paraît sur les derrières. Un cri de douleur et d'effroi s'élève de cette masse consternée, elle prend l'épouvante; tout fuit sans chef, sans plans, sans projets. D' Ancenis, on gagne Nort; mais, désespérant d'entrer à Nantes, on pousse jusqu'à Blain; Marceau n'est pas moins actif; il chasse les insurgés de Blain, passe, à leur suite, la rivière grossie par les pluies de lu saison, et les attaque en avant de Savenay.

Bientôt il les entasse clans cette ville, où ils sont entoures et (aillés en pièces. A peine un petit nombre s'échappe et réussit à se jeter au-delà de la Loire, Ainsi se termine la grande insurrection de la Vendée*

FIH DE3 OrÉRATIOUS DANS LES VOSCK8.

Combat» do Kaisrralautcrn (»f», »-f %6 novcmbrr).— Mnrrbe do i lof lit (tft & »» diVtmbw).— Combat de Woerdt (*3).— Bataille de Geùberg (»5).— Dvblocu* du LauJau (aC).— Quartiers d'hiver.

Au bruit tic la perte (tes lignes de Weisscmbourg, les représentons, Saint Just et Lcbas, accoururent chargés par le comité de salut public de réorganiser les années et de les confier à des capitaines capables de ramener la victoire.

Ils choisirent dans les rangs de l'armée du Rhin celui qui devait les commander} c'était Picliegru, depuis si fameux. Le général en chef de l'année de la Moselle n'était pas destiné à une moindre rénommée; c'était Hoche qui, au siège de Dunkerque, avait mérité le grade de général de brigade, et dont le comité avait discerné les talens. Tous deux, jeunes et pleins d'ardeur, n'hésitèrent point à promettre de débloquer Landau , au moment môme ou l'échafkud dressé à Strasbourg leur enseignait quel serait le prix d'uue défaite, (i)

Pichcgru, par une suite de combats partiels, resserra sur la Modcr les impériaux qui, selon leur usage, s'y retranchèrent, depuis Nicderbronn jusqu'à Druzcnheim. Pendant ce temps, Hoche mit en mouvement l'armée de Ta Moselle pour la transporter au-delà des Vosges et percer jusqu'à la ville assiégée.

Ces combinaisons sont dignes du plus vif intérêt; cites constatent un progrès dans la science; elles présentent le premier essai d'attaques concentriques sur un point heureusement choisi; art porté depuis si loin par un autre capitaine qui, alors aussi, commençait à se révéler à la France.

La chaîne des Vosges était l'obstacle à franchir. Elle est traversée par (i) L'écbafaud était drewé potur punir le maire qui avait promis de livrer la villa.

les routes de Hom bourg et de Deux-Ponts et par les dédiés moins accessibles de Pirmasens et de Bitche. Hoche, supposant ces passages gardés par l'armée prussienne tout entière, manœuvra pour les tourner à droite et descendre sur Landau par la rive gauche de la Queich. Trois divisions, la réserve et la cavalerie, partant de Sarrelouis, Sarrebruck et Sarreguemines convergèrent sur Deux-Ponts par Blicscastel, et sur Hombourg par Tholey. Mais par une de ces complications qui dérangent les plans les mieux conccrcertés , dans le même temps , Brunswick conduisait autour de Deux-Ponts le gros de son armée pour lui donner ses quartiers d'hiver. Hohenlohe seul était resté en observation à Pirmasens. Les Français, au lieu de combattre des détachemens, se heurtèrent donc contre une armée en marche. Ils culbutèrent, à Bliescastel, une division prussienne qui se rallia sur les hauteurs de Deux-Ponts; il fallait, pour la déposter, livrer un nouveau combat. Deux journées se perdirent, et Brunswick , ayant reçu l'éveil, put ranger toutes ses forces en ordre de bataille à Kaiserslautern. C'était déjà un échec; cependant Hoche fit attaquer les positions ennemies dans l'espoir de les tourner par Otterberg et Otlerbach et de les acculer aux Vosges; mais, après trois jours de combat, affaibli de 3ooo hommes, il ordonna la retraite que Brunswick n'essaya pas de troubler. Ce général commit la faute de regarder la campagne comme terminée et de prendre ses canton nemens autour de Kaiserslautern. Hoche profita de sou inaction et en tira une leçon qu'il ne tarda pas de mettre à profit.

Les passages n'étaient plus surveillés entre Deux-Ponts et Bitche. Il ne perdit pas un instant pour y pénétrer. Sa division de droite, 10,000 hommes, descendit de Bitche par les gorges de Niederbronn et ouvrit sans obstacle la communication avec Pichegru. À peu de jours de là, l'armée entière s'engagea dans les mêmes défilés, flanquée par une division récemment arrivée des Ardennes, qui s'avançait par le chemin de Lembach et observait Hohenlohe. Ces mouvemens, masqués par quelques démonstrations à Hornbach et Deux-Ponts, échappèrent à Brunswick, et les Français, débouchant sur la droite de Wurmser, le forcèrent à changer de front pour se replier dans une ligne de retranchemens élevée depuis ReichshofTen, jusqu'à Woerdt. Hoche fit enlever d'assaut cette position , tandis que Pichegru attaquait Haguenau et que la division des Ardennes débouchait de Lembach. Wurmser, assailli de front et pris à revers, se retira précipitamment sur la Lautcr, et les deux armées républicaines firent leur jonction à Sulz.

C'était beaucoup, mais la tâche que les deux généraux s'étaient prescrite n'était point accomplie. Il fallait rentrer dans les lignes redoutables que l'ennemi avait tournées contre eux. Hoche sollicita des représentai

HOCHE { Lazare ) ,

Croirai républicain. — Né à Veraaille*, en 1768. — Généra) en rb.-f dr l'armée de la Moaelle, do l'armée de l'oue»t- — Pacificateur de la Vendée. — Général en chef de l'armé* de Sambrc-et-Mcute. en 1797. — Mort le i5 septembre 1797.

Bataille de Ouiaberg.

et obtint le commandement en chef, en leur promettant une nouvelle victoire. Il fit aussitôt ses dispositions pour marcher à Wurmser et l'écraser, avant que Brunswick pût le secourir; mais les Prussiens étaient déjà sur la Lauter, et les coalisés s'ébranlaient aussi pour reprendre l'offensive.

Les quatre armées se rencontrèrent en avant de la montagne du Gcisberg et la bataille s'engagea du Rhin aux gorges de Bondenthal. Les républicains s'élancèrent au cri de : Landau ou la mort! avec une impétuosité irrésistible : Lauterbourg et le Geisberg furent enlevés; la gauche tourna par Bondenthal les positions de Brunswick qui , pour assurer sa retraite, dut s'ouvrir, au prix d'un combat sanglant, le passage par Weissembourg et Bergzabcrn. Tout plia ; les impériaux se hâtèrent de se mettre en sûreté au-delà du Rhin qu'ils passèrent à Philipsbourg, et les Prussiens, laissant en arrière sur leur droite des divisions qu'ils recueillirent à Neustadt et Turckheim, prolongèrent leur retraite jusqu'à Mayence. Les vainqueurs rentrèrent dans Landau, prirent Frankenthal et Worms, s'emparèrent de magasins immenses, et culbutèrent l'arrière-garde de Brunswick à Oppenheim, après quoi ils prirent leurs quartiers d'hiver sur le territoire conquis.

On avait presque sur tous les points préservé le territoire ; on conservait quelques conquêtes : on s'était préparé d'immenses moyens militaires que les circonstances avaient naturellement disposés à recevoir une organisation puissante.

La manière de combattre conduisit à la formation des diverses parties de l'armée. «On entamait, dit le général Foy, l'action avec des nuées de ti- « railleurs à pied et à cheval; lancés suivant une idée générale plutôt que « dirigés dans les détails des mouvemens, ils harcelaient l'ennemi, échap- « paient à ses masses par leur vélocité , et à l'effet de son canon par leur « éparpillement. On les relevait afin que le feu ne languît pas, on les « renforçait pour les rendre plus efficaces.

a II est rare qu'une armée ait ses flancs appuyés d'une manière inexpu- « gnable; d'ailleurs toutes les positions renferment en elles-mêmes, ou « dans l'arrangement des troupes qui les défendent, quelques lacunes « qui protègent l'assaillant; les tirailleurs s'y précipitaient par inspiration, « et l'inspiration ne manquait point dans un pareil temps et avec de pa- « reils soldats. Le défaut de la cuirasse une fois saisi , c'était à qui porte- « rait son effort. L'artillerie volante accourait au galop et mitraillait « à brûle-pourpoint. Le corps de bataille s'ébranlait dans le sens de l'im- « pulsion indiquée : l'infanterie en colonne, car elle n'avait pas de feu à « faire ; la cavalerie intercalée par régiment ou en escadron, afin d'être dis- « ponibleentoutet pour tout. »

Pendant la courte suspension des hostilités, à l'amalgame jusqu'alors irrcgulicr des bataillons de volontaires et desdéhrisdes anciens régimens, succéda la grande division de l'infanterie, en infanterie légère et infanterie de ligne ou de bataille. Ces armes furent elles-mêmes divisées en demi-brigades de trois bataillons chacune savoir : deux bataillons de volontaires, et un bataillon de l'ancienne ligne. Une compagnie de canon* niers fut attachée à chaque demi-brigade de bataille , et Ton forma neuf régimens d'artillerie légère pour être répartis dans tous les corps»

\& choix des ofliciers-généraux fut indiqué pour les attaques, toutes d'inspiration. Ceux qui avaient commencé la guerre avaient depuis long-temps disparu de la scène, et l'inflexible comité de salut public fit expulser de l'armée ou conduire à l'échafaud les nobles, les généraux iuactifs et les généraux battus. Sa sévérité atteignit même les victorieux : Houchard fut guillotiné pour n'avoir pas recueilli les fruits de la bataille de Hondscootc; Jourdan, mandé à la barre de la Convention vint rendre compte des suites de la journée de Wattignies. Le jeune libérateur de Landau, Hoche, fut jeté en prison, coupable de trop d'énergie. Mais la sagacité des représentans découvrit dans tous les rangs ces talens élevés que révèlent les temps extraordinaires. \a plupart des grandes illustrations qui ont porté si haut la gloire de nos armes, se signalèrent dès cette époque. A l'armée du nord, Moreau, Jourdan, Macdonald, Pichegru; à l'est, Hoche, Desaix, Gouvion-Saint-Cyr , Soult, Michaud et Championnet;au midi, Masséna, Dugommier, Moncey, Augereau, Pérignon s Davoust; en Vendée, KJeber et Marceau; enfin, à Toulon , celui qui devait éclipser toutes les renommées : Napoléon.

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