‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 16 sur 120 · OPÉRATIONS DE L'ARMÉE DU NORD · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS DE L'ARMÉE DU NORD

Passage de U Mais* (tg octobre).— Combat d'Onde- Waleringe (19).— Prise de Nànègue (9 novembre),— Attaque de l'île deBommel (1 a décembre). — Prise de L'île de Homme! (a8 décembre). — Attaque de* lignes Je Breda (39). — PrUe de Grave (19). — Passage de Waal (du 5 au to janvier 1795).— Conquête de la Hollande (janvier).— Paix avec la Prusse.

La conquête de la Hollande termina dignement cette année de victoires. Le delta Néerlandais est formé par les alluvions de l'Escaut, de

la basse Meuse et du Rhin. Ce grand fleuve, sous le nom d'Yssel , de Leck, de Linge, de Waal, embrasse et sillonne des provinces qui lui doiveut «ne existence incessamment menacée par l'Océan. Des digues , des canaux sans nombre contiennent et distribuent les eaux qui sont à-la- Ibis la cause de la prospérité et le principal moyen de défense du paya. On sait comment l'inondation subitement étendue arrêta l'armée de Louis XIV. Depuis lors l'invasion , vainement tentée pac le puissant monarque, était réputée impossible. Dumouriez n'y avait songé qu'en 6'appuyant d'un mouvement populaire que la présence d'une armée de 5o à 60,000 hommes rendait maintenant difficile.

Après la retraite des impériaux au-delà du Ritiu, le duc d'York u ayant plus rien à faire sur la Meuse , suivit le mouvement général et se replia sous le canon de Nimègue. Il importait de conserver cette ville, par où l'on pouvait déboucher à revers contre la gauche de Jourdan. Les coalisés se concertèrent pour la défendre et pour se ménager l'espace entre Waal et Meuse. Clerfayt détacha sur sa droite ao,ooo hommes et leur donna l'ordre de passer le Rhin à Wesel et de manœuvrer sur le flanc droit de l'armée du Nord. Pichegru ne pouvait pas jeter au-delà de la Meuse plus de 40,000 hommes, le renfort envoyé par les impériaux pouvait donc rendre au duc d'York la supérioritédu nombre et l'offensive;

CAMPAGNE DE 179&. fci

maïs on avait mal choisi le point pour le faire entrer en ligne , et l'activilé des Français no lui permit pas de se déployer.

Moreau, inveslidu commandement parl'absonce de Pichegru, ordonna de se porter au-delà de la Meuse. Souham la passa sans obstacle à Tefelen, puis pour assurer ses flancs, il poussa jusqu'au Waal et s'empara du pont do Thiel. On se trouvait pour la première fois dans une de ces vastes prairies qui ne sont préservées des eaux qu'au moyen d'une infinité de canaux , et Ton avait devant soi celui d'Oudo-Wateringe qui joint le Waal à la Meuse , d'Appeltern à Druten ; sur un terrain si propre à la défense, l'ennemi n'arrêta pas un instant les républicains} rangé derrière le canal, il avait couvert toutes les coupures de tirailleurs, qui, en se retirant, détruisaient tout les ponts. Malgré tantd'obstaoles, Souham parvint rapidement au bord du canal; ses soldats, sans en mesurer la profondeur, s'y précipitent et gravissent l'autre rive; les deux villages sont enlevés, et l'ennemi saisi d'épouvante s'enfuit jusqu'à Nimègue.

Le prince anglais ne se crut en sûreté qu'au delà du Waal 5 il laissa dans le camp, sous la place, Walmoden, qui à l'approche des Français, se porta en remontant le Rhin au-devant du renfort annoncé par Clerfayt. Moreau le poursuivit et prit position au fort de Sohenck pour s'opposer à son retour. Cependant Vandamme marchait par Clevest sur Wesel, résolu à tenir téte aux impériaux ; ceux-ci commençaient à déboucher et leur avant-garde arrivait à Buderich; elle y fut accueillie rudement par le général français : rejetée sur le corps de bataille, elle l'entraîna au-delà du Rhin. Walmoden lui-même passa le fleuve , et l'on put sans inquiétude se livrer au siège de Nimègue.

Cette place n'était défendue que par sa garnison (4000). De l'autre tîôté du Waal, Le duc d'York déployait ao,ooo hommes; mais les batteries françaises élevées sur la rive gauche, le forcèrent de s'éloigner du fleuve. Grâce à l'habilelc des ingénieurs , elles portèrent jusqu'aux ponts qui communiquaient avec ta ville et les rompirent. Le gouverneur, craignant de n'avoir plus de retraite, demanda l'autorisation de se replier avant leur entière destruction ; à peine l'cut-il reçue qu'il se hata de rétablir un pont volant et d'évacuer la place, on y pénétra sur-le*hamp , on poursuivit la garnison sur son chemin chancelant, on la prit en grande partie.

Après ce desastre, le prince abandonna l'année dont il laissa le commandement à Walmoden.

L'année du Nord appuyée aux grands cours d'eau, barrière de la Hollande, semblait avoir terminé la campagne. I^s généraux étaient d'avis de lui donner ses quartiers d'hiver. L'état de la saison, le sol insalubre oh l'on combattait, et, plus que toutes choses, le défaut de v&emeits

et la mauvaise administration des subsistances, l'avaient exténuée de maladies; une affection cutanée, dont personne n'était exempt, la dévorait et exigeait du repos. Maison avait devant soi le pays le plus riche du continent ; mais un peuple opprimé appelait de ses vœux les troupes républicaines ; déjà les provinces au-delà de l'Yssel avaient annoncé le dessein de traiter avec la Convention. Amsterdam était en fermentation, elles réfugiés hollandais conjuraient l'armée victorieuse de faire un pas en avant, et de rendre à leur patrie son ancienne liberté. Daëndels, le plus actif d'entre eux, obtint un ordre d'attaque.

Pour dominer le cours du Waal on n'avait plus qu a s'emparer de l'île de Bommel, formée par la Meuse et le bras du Rhin; on entreprit de l'enlever. On débuta par une démonstration à Rokerdum , on passa le Waal , on dispersa le corps opposé, on tua le général, mais l'ennemi ne s'en émut point et l'opération principale échoua.

On allait se décider à ajourner les hostilités au retour du printemps, lorsque l'hiver rigoureux de 1794, commençant à se faire sentir, vint prêter aux républicains un secours inespéré. Tous les obstacles qui défendaient la Hollande disparurent, et les coalisés, frappés dertupeur, n'imaginèrent aucune manœuvre pour y suppléer.

Déjà la Meuse est entièrement prise, on pénètre dans l'île de Bommel par Saint-André, Eropcl et Crèvecœur; l'ennemi dispersé se réfugie à Gorcum et Buren, on se jette à sa suite au-delà du Waal, mais la glace n'est pas assez forte pour le transport de l'artillerie, les avantgardes, aventurées sur la rive droite, se replient Cependant une brigade traverse dans toute sa longueur l'île dont on vient de se rendre maître et elle tombe à revers par Texheede sur les lignes de Brcda qu'on attaque de front à Hudenbosch; on les rompt, on les refoule dans Williemstad et Gerlruydenberg. Le même jour, Grave bloqué depuis près de deux mois ouvrit enGn ses portes.

Walmoden avait déjà commencé à rétrograder. Rappelé par les Hollandais, il revint sur la Linge dont on essaya de défendre le passage; un renfort d'impériaux l'appuya en prenant position sur le canal de Pancrden. Mais l'armée du nord fut aussi renforcée par deux divisions que lui envoya Jourdan, et le froid, redoublant d'intensité, la mit en mesure de tenter une attaque générale.

Le centre poussa d'abord à Thiel une reconnaissance dont l'effet fut de faire plier toute la ligne ennemie qui se reforma derrière le Lcck; Walmoden réussit cependant à la faire revenir sur ses pas, mais il se heurta partout contre les colonnes de Pichegru qui avaient franchi le Waal à Parden, à Thiel, à Rokerdum. Ce dernier mouvement entraîna la dislocation de l'armée coalisée: les impériaux retournèrent à

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Wesel; Walmoden passa l'Yssel à Dewinter, pour gagner le Hanovre; les troupes du stathouder cherchèrent à couvrir La Haye.

La droite de Pichcgru prit position à Arnheira et sur le canal de Panerden , Moreau se détacha pour suivre Walmoden et le général en chef cnlra triomphant dans Amsterdam où sa présence fit éclater une révolution.

Bientôt ,1'armée se répandit daus toutes les provinces. La Zélande, les places du Brabant, Rotterdam, La Haye, reeurent les troupes françaises et quelques escadrons lancés jusqu'au Helder, s'emparèrent de la flotte engagée dans les glaces au mouillage du Texel. Les princes de Nassau s étaient réfugiés en Angleterre , une nouvelle forme de gouvernement ne tarda pas à s'établir, et la Hollande devint l'alliée de la république française.

Cette brillante conquête eut des conséquences immenses; les Anglais perdirent leur pied à terre sur le continent et la Prusse, débordée par sa droite, se montra disposée à traiter de la paix. Des négociations s'ouvrirent et un traité fut signé, portant l'établissement d'une ligne de neutralité qui annula tout le théâtre de la guerre du nord de l'Allemagne; elle partait de Duisbourg et s'étendait jusqu'à la Bohême , et l'on convint qu'elle serait commune aux états de l'empire qui retireraient leurs troupes de la coalition. Les princes de Hesse et l'électeur palatin ne tardèrent pas à y accéder.

La France n'avait plus à combattre sur le continent que l'Espagne, le Piémont, l'Italie méridionale, l'Autriche, et les princes de Saxe, de Souabc et de Bavière, que l'empereur retenait forcément dans son alliance. Toutes les places, tous les forts en-deçà du Rhin avaient été pris ou s'étaient rendus. Il ne restait aux alliés que Luxembourg et Mayence.

Ufc GUERRES Dfi LA DÉVOLUTION.

OPÉJUTIOM EH 1T M-BHÇA DU BHlIt.

Pacification de la Vendée et de la Chouannerie (17, 1 6 février, ao avril, a mai). — Prise de Rose* (3 féïrfer}.— Costa d« la flovi. (tS jitMletJ.— Prise de Bilbao (17).— Paix avec l'Espagne. -Situa- . lion palp-ale.— Priae de Luxe«WR (10 juin).

En Vendée, la G>flv*tttion consentit d'abord à une trêve qui fut suivie de plusieurs traites avec les divers chefs. Cette première pacification embrassa aussi le thcnlrc de la chouannerie.

L'Espagne sentait l'inutilité de ses efforts; les succès des deux armées françaises la déterminèrent à entrer en négociations. Après la prise de Figuèrcs , Périguon poussa ses avantages et se porta sur Roses. Quoique dépourvu de tout, il l'investit, l'assiégea et réussit à l'enlever. Pérignon dans son commandement provisoire, avait fait preuve de talent et d'habileté; mais il avait pour émule Augereau, qui comptait comme lui de beaux faits d'armes; on craignit une rivalité qui eût pu deveuir funeste et l'on nomma général en chef Scherer qui s'était illustré à l'armée deSambrc-ct-Meuse. Les Espagnols avaient pris position derrière la Fluvia ; Scherer les battit, et les eût poursuivis au loin si le comité, déjà en pourparlers avec le cabinet de l'Escurial, ne l'eût contenu.

Moncey n'était pas entré en campagne d'une manière moins brillante; Bilbao fut pris, Pampelune assiégé et l'ennemi battu à Yittoria. L'arméc se préparait à francliir l'£brc lorsque les hostilités furent suspendues.

Avant l'ouverture de la campagne on n'avait déjà plus à combattre que l'Autriche et les puissances secondaires qui , bon gré mal gré, marchaient sous ses drapeaux; mais la position de la France à son égard était toute nouvelle: les alliances traditionnelles qui, dans les anciennes guerres, conduisaient à des champs de bataille connus, manquaient à la république; il fallait donc chercher de nouveaux points d'attaque et la situation intérieure imprimait à tous les évènemens l'indécisiou qui la caractérisait.

Le gouvernement dictatorial n'avait point survécu à la nécessité qui l'avait fait naître; demandé d'abord et exercé par des hommes qui s'étaient crus maîtres de modérer l'emploi des mesures violentes, il était tombé, par le cours des choses, entre les luâitis de sectaires enthousiastes, pour qui le salut public était inséparable d'une entière régénération sociale.

L'oppositiou à leurs idées sur la constitution future de la république était, à leurs yeux, un crime égal à la complicité avec l'étranger et ils le frappaient avec l'inflexibilité des lois militaires» Ils faisaient donc usage, contre des dissidences politiques, du pouvoir exorbitant qui leur était confié pour repousser l'invasion. Mais ils marchaient, dans cette voie de réformation sanglante, isolés et soulevant à chaque pas l'horreur publi-, que. La seule force qui les soutint, la force d'opinion , qu'ils tenaient du danger commun , devait leur échapper quand le danger s'éloignerait : aussi , à la suite des immortelles journées qui portèrent au Rhin les armées républicaines, tombèrent-ils d'eux-mêmes, Jaissant la carrière ouverte au ressentiment des partis opprimes et vaincus. Par un retour inévitable, leur chute fut le signal d'une réaction qui ne sut où se prendre ni s'arrêter, Depuis les restes de la Montagne, jusqu'à l'ancien régime absolu, toutes les factions s'agitèrent, et la Convention eut à soutenir eu divers sens plus d'une lutte pénible; elle-même perdît l'unité de vues qui avait si long-temps commandé la victoire.

Au milieu de ces embarras intérieurs, les armées furent négligées, les représentans perdirent leur pouvoir souverain aux quartiers - généraux \. le recrutement, la solde, les approvisionnemens n'eurent plus de régu-. larité, Ta désertion plus de frein, et les agens de l'émigration purent impunément circonvenir administrations et généraux.

On hésita si l'on ferait la paix ou si l'on continuerait la guerre; on hésita si Ton porterait son effort au nord ou au midi. Enfin on se décida à passer le Rhin pour éloigner les deux armées qui s'opposaient à l'inves-

tissement de Mayence et pour assiéger cette place; mais pour passer le Rhin on manquait d'équipages de ponts; mais les charrois, mais la cavalerie étaient désorganisés; mais un quart de l'effectif des armées avait quitté les rangs; l'été entier fut consumé en apprêts. Toutefois Luxembourg, éloigné de tout secours, bloqué tour-à-tour par des divisions des deux armées , se rendit au mois de juin.

OPÉRATIONS EJt ITALIE.

, deMelogDoet Vado (as, »<, a5, a6 juin).— Retraite des Français (3o juin et S juillet).

Cependant les impériaux reprirent l'offensive en Italie. L'armée française occupait à droite Vado. Elle s'était fortifiée sur la crête des montagnes et sa gauche s'appuyait sur les Alpes, depuis le Col-de-Tende jusqu'à l'Argentière. On l'avait affaiblie de 10,000 hommes qu'on prétendait débarquer à Civita-Vecchia pour attaquer Rome et, ce qui était d'une autre conséquence, on avait éloigné Bonaparte. Réduite à 3o,ooo hommes, Kellermann la commandait en chef.

Les coalisés avaient mis sur pied des forces considérables; a5,ooo Piémontais, sousColli , étaient en position à Coni et Mondovi, couvrant les avenues de Turin. 5o,ooo impériaux, Italiens et Napolitains commandés par Dewins, campaient à Dego et Ava, prêts à déboucher sur le versant maritime. Le projet des généraux ennemis était de replier la droite en l'attaquant par son extrémité et de compromettre sa retraite en faisant tomber en même temps la ligne de retranchemens que Ton avait élevée sur le sommet des monts.

Le mouvement commença dans la vallée du Tanaro ; l'ennemi chercha à pénétrer entre la droite et la gauche de Kellermann , il fut repoussé et tomba ensuite sur Vado, où une poignée de braves rendit ses efforts infructueux. L'action s'engagea le lendemain sur toute la ligne. Colli et les Piémontais cherchèrent inutilement à forcer le passage des Alpes. Le détachement de Vado fut encore victorieux; mais Dewins, ayant déployé son attaque simultanément , contre le mont San-Bernardo , Bardinetto, San-Giaccomo et Melogno , réussit à s'établir dans les retranchemens de Melogno. Le jour suivant, le combat continua , Kellermann essaya sans succès de reprendre la redoute de Melogno. Pendant ce iemps, l'ennemi couronna le mont San-Bernardo. Dès-lors, l'armée, dominée dans la vallée du Tanaro et sur le littoral de la Méditerranée, fit re Irai te en bon ordre, toujours en combattant. Elle reforma sa ligue sur une chaîne secondaire qui part du San-Bernardo, passe par Sucarello et finit sur la côte à Borghelto; là, elle se maintint victorieusemeut jusqu'à la fin de la saison.

OPÉRATIONS BU BEETA.GHB BT Bit VBKDÉB.

Expédition de Quiberon (a5-l7 juin).— Prise du fort de Penthièvre (3 juillet).— Combat de Sainte* Barbe (t 6).— Reprise du fort et combat de Quiberon (ao).

L'Ouest était désarmé. Hoche rendu enfin à sa glorieuse carrière, commandait l'armée de Rennes et poursuivait avec une rare habileté , l'œuvre de conciliation commencée en Vendée par Vimeux et Canclaux; mais le parti royaliste s'efforçait alors de s'emparer de la réaction qui

avait suivi la chute de la dictature, La Bretagne était naturellement' la province sur laquelle il pouvait le plus compter. Un des plus actifs chefs îles chouans, Puisayc, promit au ministère anglais du la soulever tout entière si l'on opérait un débarquement.

' 6000 émigrés, commandés par le comte d'Ilervilly, convoyés par 35 voiles, parurent sur les côtes du Morbihan. La flotte française, battue au sortir de Brest, fut bloquée à Lorieul et l'expédition mouilla dans la baie de Quiberou. I>es troupes prirent terre auprès de Carnac; de là elles pénétrèrent jusqu'à Âuray en recrutant 3 à 4°°° paysans, puis elles s'arrêtèrent ne voulant point perdre de vue la flotte avant de connaître l'effet de leur arrivée.

: Hoche était alors à Bennes; il prit avec promptitudo les meilleures dispositions ; en deux jours Sooo hommes furent réunis à Vannes; une pareille colonne se forma à liorient, flanquée par un détachement lancé sUrla route de Ploermel; toutes les troupes se portèreut coucentriquement sur Auray.

D'Hcrvillv ne pouvait éviter le choc qu'en se retirant dans la presqueîle de Quiberou; il s'y rendit et, soutenu par le feu de la flotte, il s'empara du fort de Penthièvre qui en ferme l'entrée. Dans cette position, il était en mesure d'attendre ses renforts et les diversions de l'intérieur. Hoche plaça son camp à Sainte-Barbe, de manière à bloquer son adversaire; il pressa la marche de quelques milliers d'hommes et de sa grosse artillerie qui lui était nécessaire pour battre le fort et riposter au canon des Anglais. Il eut bientôt rassemblé i5 à ) 4,000 hommes. De son côté, le corps des émigrés rcrut 1200 hommes qui tenaient encore la mer, et leur général résolut de prendre l'initiative. Il jeta à la côte, à Sarzeau et auprès de Quimper, deux détachemens conduits par des chefs de Chouans, qui devaient pénétrer par les derrières dans le camp républicain, tandis qu'on l'aborderait de front et à revers, en débouchant de la presqu'île et en débarquant à Carnac.

Au jour convenu, d'HcrvrIly et Puisayc commencent l'attaque; mais rien n'avait échappé à la vigilance de Hoche. Les deux détachemens qui devaient l'envelopper et l'assaillir, surpris eux-mêmes en prenant terre, avaient été dispersés. Les prisonniers avaient dévoilé les projets de leurs chefs. Un était donc prévenu du moment du combat; l'armée entière élait sous les armes et l'artillerie en batterie. Pour comble de malheur, la droite des émigrés, qui devait engager l'action à Carnac, avait été retardée et ses signaux mal compris. „ . .

Le corps de bataille, en se déployant hors dé la presqu'île, .se heurta contre toutes les forces républicaines qui l'écrasèrent. P'Hcrvilly tomba mortellement blessé, en donnaul Tordre de la retraite. Son aide-de-camp,

CAMPAGNE DE 1795. m>

avant de lavoir transmis aux autres officiers, fut tué et la démute do* vinl complète.

Puisayc , prenant le commandement en chef, se renferma de nouveau dans la presqu'île. Sur ces entrefaites, quelques soldats républicains de la garnison du fort, que d'Hervilly avait enrôlés, vinrent indiquer à Hoche le moyen d'y pénétrer. Il s'agissait de gagner, en se glissant pendant la nuit sur un rocher que l'eau de la mer recouvrait à peine, une poterne que les transfuges promettaient de livrer.

Hoche les crut; à minuit, par un temps sombre, il lança ses 14,000 hommes sur la presqu'île, tandis que 3oo grenadiers prenaient le chemin hasardeux qu'on leur avait indiqué.

I^s canonniers du fort , éveillés par le bruit sourd de la masse qui s'avançait contre eux, firent feu à tout événement: les républicains se troublèrent; on se crut trahi, on hésita et l'on commençait à se débander, lorsque le jour, venant à poindre, fit voir le drapeau tricolore flottant sur les remparts. On avait réussi. Sans perdre un moment, Hoche courut au camp des émigrés et les accula à la mer. Les vaisseaux, battus par la tempête, avaient pris le large. Quelques embarcations purent à peins, sous un feu terrible , sauver quelques combattons. Le reste périt daus les fiots ou les armes à la main, ou bien se livra à la rigueur des lois de l'époque. Cette journée terrible, où le sang français seul avait coulé, fit avorter les projets des royalistes. Toutefois, Charette, puis Stofïïet et les chefs de Chouans, encouragés par les démonstrations de la marine anglaise, coururent aux armes, et la guerre de partisans, naguère assoupie, se ralluma plus vive que jamais.

La présence des flottes anglaises ranima l'ardeur des Vendéens et des Chouans; mais le gouvernement prit les meilleures mesures pour les réprimer. On nomma Hoche au commandement général des troupes de l'Ouest, ou y envoya 20,000 hommes tirés dcsPyréuées orientales, et plus de 100,000 hommes se déployèrent en un vaste cordou, de Granvillc à La Rochelle.

Partout où les Anglais essayèrent de débarquer, ils furent prévenus par l'activité du général français. Eufin ils préparèrent une expédition royaliste, commandée par le comte d'Artois, qu'ils déposèrent à l'île Dieu; mais au lieu do se jeter sur-le-champ eu Vendée, le prince hésita; six semaines s'écoulèrent, et, la mer devenant mauvaise, la flotte s'éloigna et le reconduisit à Londres. Dès-lors, l'armée s'avança en suivant, sur une plus grande échelle, le plan qui avait réussi à Vimeux : à chaque progrès dans l'iutéricur du pays, elle s'appuyait sur des camps retranchés, coordonnés, de manière à séparer les uns des autres les chefs insurgés. La bonne discipline, le soiii du général à ne point laisser

d'armes sur ses derrières, à ménager le clergé et les croyances des habitans, assurèrent un succès dont les conséquences se développèrent complètement Tannée suivante.

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