‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 17 sur 120 · OPÉRATIONS SUR LB RH · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS SUR LB RH

Passage du Rhin par le Français (6, 7, 8 septembre). — Combal de Skgbourg (i3). — Prise de Manheim (ao). — Combat de Wiebliogen (a4)î — Marche de Clerfayt (10 octobre).— Retraite de Jourdan (aa ).— Déblocus de Mayence (ag). — Combat sur la Pfirm (10 novembre). — Capitulation deManbeim (aa).— Marche de Jourdan (1" au 7 décembre).— Combat de Spilzhaussen et de Sultzbacb (t6, 17).— Trêve (ai).

Les deux armées impériales étaient ainsi rangées : celle du Haut-Rhin, dont Wurmser avait repris le commandement (87,000), de la Suisse au Neckar; celle du Bas-Rhin, sous Clerfayt (97,000), du Neckar à la Ruhr. Ce dernier général avait réparti ses lieutenans entre les afïluens du Rhin, de la manière suivante : le comte d'Erbach, de la Ruhr à la Sieg; le prince de Wurtemberg, de la Sieg à la Lahn ; Wartensleben à l'embouchure de la Lahn. Enfin, de sa personne, il s'était posté sur le Mein , faisant face à Mayence , éclairant Coblentz et Manheim.

La république leur opposait : i° l'armée de Rhin-et-Moselle; général en chef, Pichegru (84,800), occupant l'Alsace et le Palatinat et fournissant un corps de quatre divisions qui bloquaient Mayence; a° l'armée de Sambre-et-Meuse, sous Jourdan (97,000), développée d'Essenberg à Bingen. L'armée du nord ( 5o,ooo), commandée par Moreau, restait cantonnée en Hollande pour garantir de la neutralité de la Prusse.

Avec des forces imposantes, on devait porter la guerre au cœur de l'Allemagne ; on se borna à entreprendre le siège de Mayence. Maître seulement de la rive gauche, on ne pouvait songer à enlever la place; on se contenta d'abord de la resserrer de mauière à couvrir le Palatinat et à empêcher l'ennemi de déboucher. Quatre divisions y furent consacrées et se retranchèrent en demi-cercle, depuis Monbach jusqu'à Laubenheim. Elles ne suffirent cependant pas à compléter le blocus. Par la faute du génie, un intervalle resta découvert entreLaubenheimetlcRhin.il fallait donc préalablement se porter au-delà du fleuve et faire reculer les deux armées ennemies. Depuis le commencement de la guerre, on n'avait point encore tenté l'opération difficile du passage d'un grand cours d'eau. lia Sambre n'est qu'un ruisseau, l'Ourthc, l'Aivaillc, la Rocr sont guéables; mais le Rhin, au-dessous de Mayence, est profond de 5 mètres et d'une largeur moyenne de 6oo.

Selon le plan arrêté, Jourdan devait commencer le mouvement. Il tira des embarcations du Bas-Rhin, de l'Erfft et de la Moselle, et il disposa ses colonnes : la droite, sous Marceau, à Neuwied; le centre, qu'il dirigeait en personne, à Cologne; et la gauche , sous Kleber, à Urdingen. A ce dernier endroit, le fleuve rentre sur le terrain occupé par les Français; dans le coude, s'élève une île dont ils étaient maîtres. A la naissance de la courbe , des batteries se croisaient pour sillonner la rive opposée; d'Erbach se bâta de la couvrir de retranchemens, où il renferma 1 5,ooo hommes flanqués par la place de Dusseldorf et par l'Anger, petit ruisseau qui le séparait des possessions neutres de l'électeur Palatin. Mais ce prince n'avait pas encore satisfait aux conditions du traité de Bâle, et ses retards permettaient d'emprunter son territoire sans motiver d'opposition de la part des troupes prussiennes cantonnées sur les bords de la Ruhr. Dans la nuit du 6 au n septembre, 3ooo hommes de la division Lefebvre prirent terreàEichelkampf et se portèrent vivement sur Angermund. D'Erbach essaya vainement de leur tenir tête; on culbuta sa droite, on força le passage de l'Anger. Au même moment, 5o barques débouchèrent de l'Erfft dans le Rhin et jetèrent 4oo hommes aux portes de Dusseldorf. Leur général osa sommer le gouverneur de se rendre, ne lui laissant qu'un délai de dix minutes; celui-ci, effrayé par une violente canonnade, obéit, et, avant le jour, d'Erbach ayant perdu l'appui de ses deux ailes abandonna la position. Cependant les bateaux masqués par l'île d'Urdingen furent lancés dans le Rhin et transportèrent sur sa rive droite le gros du corps d'armée; on établit dans la matinée même un pont sur lequel passèrent la cavalerie , l'artillerie et les bagages.

Il eût été difficile d'imaginer un plus beau succès; en quelques heures, on s'était rendu maître de la rive droite et d'une forte tête de

pont : les impériaux, poussés l'épée dans les reins, se replièrent sur la Sirg, et dès le lendemain , le centre put déboucher de Cologne.

Le prince de Wurtemberg se porta au-devant de d'Erbach et, Tayaut rallié, prit position avec lui sur les hauteurs de Siegbourg. Atteint et culbuté par l'avant-garde française, il se retira sur la Lahn, où Wartensleben vint prendre la gauche. Dès-lors, Marceau se déploya par Neuwied et Coblentz. L'année entière couvrit la rive droite de la Lahn. Clerfayt accourut au secours de ses lieutenans, mais craigoant un mouvement de Pichegru, il se replia au-delà du Mein, après une courte résistance à Limbourg et Dietz. Jourdan le poursuivit, laissant Marceau devant la forteresse d'Ehrcnbreitstein.

L'armée de Rhin-et-Moselle se mit en possession de Manheim ; elle appartenait à l'électeur Palatin à qui l'on avait en levé, à la fin de la campagne précédente, la tête de pont qui avait servi tant de fois à couvrir le passage des impériaux. 11 avait été stipulé dans la capitulation que la ville ne serait point occupée, sauf le cas où une armée française opérerait au-delà du Rhin. Aussitôt que Jourdan eut achevé sou établissement sur la rive droite, Pichegru réclama l'exécution de cet te clause, on n'osa poiut résister et 12,000 hommes firent leur eutréc dans la place.

Le moment des grands succès semblait arrivé : i5o,ooo hommes assurés de leur retraite, pouvaient aisément faire leur jonction et accabler tourà-tour les deux généraux ennemis. Le comité offrait à Pichegru le commandement en chef et Jourdan se disposait, sans murmure , à se ranger sous ses ordres. Mais ce général , que les victoires de l'armée du nord avaicut élevé à la plus brillante renommée, cessa de s'en montrer digne. Il ne sut rien résoudre, il refusa de commander les deux armées et ses manœuvres furent empreintes d'une mollesse qui laisse peser sur sa mémoire les soupçons du crime le plus odieux. On peut l'accuser de s'être fait battre volontairement.

Au lieu de passer le Rhin avec toutes ses forces, de s'asseoir sur le Ncckar, de se fortifier dans Hcidelbcrg et d'assurer la séparation des deux armées impériales, il se contenta de faire sortir de Manheim ses ia,ooo hommes, de les lancer jusqu'à Wieblingen. Là les lieutenans de Clerfayt les écrasèrent et les refoulèrent sous le canon de la place.

Clerfayt , rassuré de ce côté, n'hésita pas à se reporter contre l'armée de Sarobrc-ct»Mcusc. Jourdan avait poussé jusqu'au Mein, mais la nécessité de masquer Ehreubreistein elMayence l'avait affaibli, de quatre divisions. Ixîs impériaux, supérieurs en nombre, manœuvrèrent sur son flanc gauche et se concentrèrent à Bergen au-delà de la .Nidda; de Bergen à la Lahn, il n'y a guère que douze lieues, de la Lahn à la Haute-Sieg même distance, et l'intlcxiou de ces rivières est telle^ <fue le chemin est

CAMPA€x\£ DE 1795. 103

plus long d'un tiers pour se rendre du Mein à Sicgbourg. Jourdan eut donc lieu de craindre d'être débordé* gauche et prévenu sur «a ligne do retraite. 14 fit un changement de iront et se rangea du Mein àlimbourg, puis inquiet de l'inaction de Picfccgni qui, loin de le seconder, permettait a Wurmser de renforcer Clerfeyt ot l'exposait à recevoir la batadle Jedos au Rhin, il regagna lentement les ponts de Neuwied et de DusseJdorf. Couverte par ces doux viHes, 4'ncmée repassa sur ia rive gauche.

On renonçait doue au blocus de Mayeuee. Les impériaux ac se bornèrent pas à l'empêcher , vis saisirent fcafbifeuicnt l'occasion et rompirent les lignes de blocus.

Elles étaient défendues par 3o,ooo hommes sous Gourtot, SatnNGyr, Reneatrid et Mengaed. L'intervalle A la droite de Laiibenlieiin n'avait pas été rempli ; à la demande de Pichegru 1 1 bataillons, détachés de l'armée <de Sambre-et-IHeuse, étaient en marche pour les renforcer. Dans la nuit -du l8 au «9 octobre, tandis qu'un feu assez vif, pour donner lu change aux généraux français, s'engageait sonsManheimetCelilent£,Gler* fàyt sortit de -Mavence à 1a >ête de 90,000 hommes se portant droit au point vulnérable du camp des assiégeans. Cette attaque était secondée par une flottille qui remontait le Rhin, pour jeter quelques troupes en arrière de 4a ligne française, et par doux fairfoles colonnes .déployées de Fatrttre côté de May once et destinéesa tenir en échec fteneauld -et Mengaud. Au jmar, ies impériaux avant rompK l'espace resté vide, se mirent en bataille-le dos au fleuve, abordèrent à rcvers'lesTetranchemens, et surprirentà lieiiigeulcrcutzfa redoute de droite. Courtot s'ébranla pour la reprendre ; mais débordé, assailli par le flanc , canouné sur ses dorrièrespar la flottille, 41 «reput former sa division qni lâcha pied et 6'cnfuit jusqu'à Odcrnheiua. SanuvCyr fit meilleure contenance, sa division eut le teoqps de*e mettre sous iles armes et de changera direction à -droite; tmais . privé de l'appui de «on collègue, ilne put, a près <u ne vigoureuse résistance, que se retirer à Alaey sans -être entarmé. Les autres généraux, entraînés, se replièrent à âpietiheim et 1c renfort onvoyé par Jourdan se jeta partie dans leurs rangs , partie dans ceux de Pichegru.

Pendant cette journée, Clerfayt eut la gloire de disperser des forces à-peu-près doubles et d'ouvrir les routes du Palaiinat. 0000 Iwmmes pris ou tués avec tout le matériel du siège, furent les fruits immédiats do la victoireç mais la difficulté était d'en obtenir de plus importans résultats. Dans ces expéditions nocturnes, où le succès • est -subordonné à tant de hasards, il faut aussi prévoir la retraite et se garder de l'encombrement. On avait dû calculer la force de la colonne d'attaque de manière à lui laisser à tout événement une entière mobilité. Elle nîétuit pas assez nombreuse pour se jeter à la poursuite dos dirôitfira -battues, et >> Pichegru «ut

le temps de les rallier sur la Pfrim , tandis que le reste de l'armée impériale traversait Mayenceet défilait sur la rive gauche du Rhin.

Lorsqu'elle y fut transportée tout entière , Clerfay t se mit en mesure de faire reculer l'armée de Rhin-et- Moselle , afin de donner à Wurmser la facilité d'assiéger Manhcim , mais il devait en même temps se flanquer contre Jourdan. Hohenlohe, détaché à droite , avec deux divisions , couvrit la Nahe en occupant Stromberg, après quoi le gros des impériaux, renforcé par deux divisions de Wurmser (en tout 60,000), marcha contre Pichegru. Celui-ci n'avait point profité des lenteurs de son adversaire pour fortifier sa position : au lieu de lui opposer 60,000 hommes, il se contenta du renfort d'une division et il laissa dans Manheim 10,000 hommes qu'on l'accusa d'avoir voulu sacrifier. Son armée ne s'élevait pas au-delà de 35,ooo hommes sur un front de 7 à 8 lieues, défendu par une étroite rivière. Clerfayt tâta cette ligne trop mince et n'eut pas de peine à en découvrir le côté faible. La gauche éprouvant une vive résistance à Pfedersheim et Monsheim, il porta son effort au centre qu'il rompit et dispersa. L'armée coupée en deux, se retira par les défilés des Vosges et par les routes de l'Alsace.

Dans la même journée Marceau, dont les postes s'étendaient à droite de Coblentz, renforcé d'une partie des fuyards de Mayence, attaqua lavant-garde de Hohenlohe et la chassa de Stromberg. Le prince ennemi se hâta de lui opposer toutes ses forces, mais il ne put le contenir, et les Français entrèrent lepée à la main dans Kreutznach. Cette diversion sauva Pichegru d'une entière destruction. Clerfayt croyant que toute l'armée de Sambre-et-Meuse débouchait, s'arrêta et envoya 10,000 hommes à son lieutenant. Il n'en fallut pas davantage pour replier Marceau, et Clerfayt, tenu jusque-là en suspens, reprit ses opérations contre l'armée de Rhiuet-Moselle ; mais il s'était affaibli; mais on avait gagné quelques jours et les Français se retirèrent en bon ordre à Kaiserslautern et sur le Speyerhach , puis sur la Queich. Satisfait de les avoir refoulés dans les anciennes positions, Clerfayt suspendit sa poursuite et attendit l'issue du siège de Manheim que Wurmser poussa vigoureusement. Montaigu , qui défendait la place, ne la rendit, malgré le feu terrible qu'elle essuya, qu'après avoir épuisé ses munitions; il capitula le a a et la garnison fut faite pri« sonnière.

Aussitôt Wurmser passa le Rhin et se chargea de contenir Pichegru, tandis que Clerfayt, retournant sur ses pas, se porta contre l'armée de Sambre-et-Meuse, que Jourdan conduisait au secours de Manheim.

Marceau, vers Kreutznach, et Hatry, de l'autre côté du Rhin, n'avaient point cessé de harceler les généraux autrichiens ; mais le feldmaréchal ne s'était nullement troublé des manœuvres sur la rive droite

et , au moyen de renforts envoyés successivement , il avait maintenu ses lieutenans aux bords de la Nahe, lorsque de plus vives attaques sur cette rivière lui signalèrent l'approche de l'armée entière.

Long-temps retardé par des ordres contradictoires, par le mauvais état des chemins, par le désordre des charrois, Jourdan descendit avec 5o,ooo hommes des hauteurs qui forment au nord le bassin de la Nahe. Il laissait autour de Coblentz , à la garde du Rhin , Kleber ( 1 5,ooo ) se liant, par la droite, au général en chef, et, par la gauche , à l'armée du nord, qu'on étendit jusqu'à Dusseldorf.

Marceau, à la tête de lavant-garde, enleva Kirn et, poussant jusqu'à la Glan , occupa Meisenheim et Lautereck. Bientôt on s'aborda sur tous les points : les impériaux furent repliés dans Bingen; et Kreutznach, pris et repris trois fois, tomba au pouvoir des Français.

Dans ce moment, Clerfayt se déploya par sa gauche; il espérait surprendre Jourdan , le déborder à droite et l'acculer dans l'angle formé par le Rhin et la Moselle, pendant qu'à Coblentz, le prince de Wurtemberg menaçait vivement Kleber. Tombant brusquement sur Marceau, il le deposta des rives de la Glan et le refoula dans Kirn, dont il s'empara. L'armée française, prise entre la Nahe et des montagnes que la saison rendait d'un accès difficile, était gravement compromise. Le général en chef se hâta de rétrograder et d'éviter la bataille dans une position aussi désavantageuse; puis, voyant que l'ennemi appuyait toujours à gauche et cherchait à rompre ses communications par Frauenbach , il jeta ses réserves au-delà de la Moselle et renforça Marceau. Celui-ci, déposté de Morbach, avait battu en retraite jusqu'à Monzûgcn il reprit sur-lechamp l'offensive, défît lavant-garde de Clerfayt , à Spitzhausen etSuIzbach , et poussa de nouveau jusqu'à la Nahe.

L'hiver devenait rigoureux, de part et d'autre on aspirait à quelques momens de repos : une trêve mit fin à ces combats. Les impériaux avaient reconquis l'espace entre la Nahe et le Speyerbach; mais cet avantage était plus que compense par la possession de Dusseldorf, qui permettait à l'armée de Sambre-et-Meuse de se transporter au-delà du Rhin.

m GUERRES DE LA REVOLUTION.

oréRATions sux la frontière d'itvlïr.

fouille de Loauo (aï, a4 novembre). — Récapitulai ion.

L'armée d'Italie termina plus glorieusement la campagne! elle s'était maintenue avec succès dans le camp de Rorghetto, et les Austro-Sardes, ayant ajourné, à l'année suivante , tous les projets d'attaque, avaient pris leurs quartiers d'hiver. Couverts par les redoutes dont ils s'étaient emparés et par une double ligne de retranchemens élevés de Roccaharbena à Loano, et de Bardinetto à Finale, les impériaux se liaient par leur droite au camp de Ceva, où l'armée piémontaise s'était renfermée. Approvisionnés par Gènes et les riches cités du Piémont, ils attendaient, au sein do l'abondance , le retour du printemps, tandis que les Français, entassés dans un pays stérile et épuisé, étaient en proie au plus affreux dénûment. On regardait de part et d'autre les hostilités comme suspendues, lorsque ia division Augcreau arriva des Pyrénées orientales. A ce moment, Kellermann, renvoyé à l'armée des Alpes, fat remplacé par Scherer, qui venait de conquérir la paix en Catalogne. Les généraux victorieux s'indignèrent à l'idée de passer l'hiver dans une situation aussi déplorable , et l'on résolut de livrer bataille pour renouer les communications avec Gênes.

L'occasion était belle : les officiers allemands étaient allés, pour la plupart, dans les villes voisines chercher un refuge contre l'ennui de la saison, et l'on pouvait compter sur les chances ordinaires d'une attaque inopinée.

Loano et Finale sont situés au fond de bassins étroits, fermés à leur sommité par les redoutes de Roccabarbena , Bardinetto et Mclogno. La possession de ces postes fortifiés était donc décisive, car de là , on mena-

AUGEREAU (Pierre-François-Charles),

Hé à l»arij. en 1757. — Général de division à l'année des Py réuécfOrienUles, — 4 l'armée d'Italie. — Général en chef de l'armée de réserve en 1799. — Maréchal de France. — Mort en 18 16.

Bataille de Loano (le j ; novembre 1795).

çait à revers les troupes cantonnées sur le littoral , et l'on pouvait troubler leur retraite. Citait, au reste, ainsi que les coalisés avaient opéré au mois de juin; mais, de leur part, cette manœuvre avait été facile: maîtres du revers septentrional, ils avaient pu porter où bon leur semblait l'attaque et ouvrir le feu partout à-la-fois; ici, le point de départ était forcémeut la première redoute, et celle-là enlevée, il fallait partout réussir.

Schercr forma trois colonnes qui s'ébranlèrent en même temps. Serurier descendit du mont San-Bcrnardo, dans la vallée du Tanaro, et tint en échec l'armée sarde. Augereau déboucha sur Loano,et son principal soin fut de contenir l'ardeur de ses troupes, de peur de trop précipiter la retraite des impériaux.

Cependaut Masscna courut à l'assaut des redoutes. Né dans le comté de Nice, il y combattait depuis le commencement de la guerre; tous les sentiers, toutes les gorges de ces montagnes lui étaient connus, et nul ne possédait mieux, que lui l'art d'entraîner les soldats. 11 gravit lesescarpemeus de Roccabarbena , culbute tout ce qu'il rencontre, et désormais affermi sur le sommet de la chaîne il marche à Bardinetto; celte position tombe et, à la fin du jour, le drapeau français apparaît sur les retran* chemens de Melogno.

Le lendemain, on s'aborda sur tous les points; Seruricr repoussa vigoureusement les attaques de Colli. Massena s'empara des hauteurs jusqu'à San-Giacomo, et Augereau, libre enfin de se livrer à tout son élan, mit la gauche des impériaux dans le plus grand désordre. Elle se débanda et, trouvant les issues fermées, elle ne s'échappa, bien affaiblie, qu'à la faveur d'un orage de neige qui força les Français de s'arrêter. 5ooo prisonniers, 3 à /4000 morts, 4<> canons, la libre communication avec Gênes furent le prix de cette belle victoire, qui préluda si heureusement à la campagne de 1796.

A l'intérieur, la Convention avait décrété la nouvelle constitution de la république; mais effrayée de la réaction qu'elle avait eu à combattre, elle s'était ménage une grande part daus la direction des affaires, au moyen d'une mesure transitoire qui souleva de violentes oppositions: on prit 1rs armes ( i3 vendémiaire, 5 octobre), et, victorieuse dans cette dernière lulte, elle fit place à un pouvoir exécutif, composé de cinq directeurs, et à un corps législatif divisé en deux conseils.

Ce gouvernement, entré en fonctions sous l'influence d'une crise où la révolution avait été mise en péril, apporta dans ses débuts l'esprit d'unité et l'énergie que la chule du comité de salut public avait affaiblis. Il ne négligea rien, pendant l'hiver, pour préparer une campagne décisive.

Avant d'entrer dans le récit d cvènemens d'un autre ordre, il est bon de jeter un regard en arrière pour récapituler les phases des campagnes qui préservèrent le territoire et livrèrent à la république les avenues de l'Allemagne et de l'Italie.

En premier lieu, le gouvernement français, beaucoup trop préoccupé du projet de faire une guerre de principes, essaya, par un appel à la liberté, de soulever contre l'Autriche les provinces des Pays-Bas. On échoua dès la frontière. Militairement, l'expédition était mal conçue : faire irruption en Belgique, par Courtray, Valenciennes et Givet, c'était s'imposer la condition de ne point essuyer d'échec. On devait en effet présumer que la retraite de l'une des colonnes arrêterait les deux autres, et, avec des troupes novices, indisciplinées, il n'était guère possible d'être partout victorieux. II fallait, alors plus que jamais, opérer en masse par la concentration des armées du nord et des Ardennes; 60,000 hommes, s'appuyantaux places de Maubeuge, Philippeville et Givet, pouvaient courir les chances d'une bataille dont le succès eût été décisif et dont la perte n'eût rien compromis.

A cette entrée en campagne, si insignifiante, succéda l'invasion de la Champagne : c'était aussi , dans le sens opposé , une guerre de principes. Les frères de Louis XVI, la noblesse émigrée marchaient avec l'armée prussienne, et le fameux manifeste du duc de Brunswick, mélange singulier de promesses et de menaces , faisait un appel à la fidélité du peuple français, dans le but de mettre un terme à l'anarchie, d'arrêter les attaques portées au trône et à l'autel, de rétablir le pouvoir légal.

« Convaincu, disait le généralissime de la coalition, que la partie «f saine de la nation française abhorre les excès d'une faction qui la sub- « jugue, et que le plus grand nombre des habitans attend avec impa- « tience le moment du secours pour se soulever ouvertement contre les a entreprises de leurs oppresseurs ; je déclare :

« Que les cours alliées n'ont d'autre but que le bonheur de la France. « Que les gardes nationaux qui auront combattu contre les troupes des c cours alliées et qui seront pris les armes à la main seront traités en « ennemis et punis comme rebelles à leur roi et comme perturbateurs du <r repos public.

« Que les habitans des villes, bourgs et villages qui oseraient se de- « fendre et tirer sur elles, soit en rase campagne, soit par les ouvertures « de leurs maisons, seront punis sur-le-champ, suivant la rigueur du « droit de la guerre, et leurs maisons démolies et brûlées.

« Que si le château des Tuileries est forcé ou insulté; que s'il est fait « la moindre violence, le moindre outrage à LL. MM. le roi, la reine et à la « famille royale; s'il n'est pourvu immédiatement à leur sûreté, à leur

« liberté, les souverains coalisés en tireront une vengeance exemplaire « et à jamais mémorable, en livrant Paris à une exécution militaire et à <r une subversion totale, et les révoltés, coupables d'attentats , aux sup- « plices qu'ils auront mérités. »

Brunswick ne réussit pas mieux en France que Rochambeau etLafayette en Belgique. Il disposa cependant son armée de manière à agir sur les populations, en cherchant à pénétrer en pointe jusqu'au cœur du pays; mais l'attitude du peuple l'arrêta , et son odieux manifeste fit naître, à divers degrés , des protestations d'une énergie inattendue. La première ville de Lorraine, dont ses troupes prirent possession, Sierck, dont le nom mérite d'être recueilli par l'histoire, les reçut à coups de fusil, se livrant volontairement aux vengeances qu'il annonçait. Et Paris ! Paris menacé d'une entière destruction prit d'assaut les Tuileries, enchaîna la famille royale et lança ses nombreux bataillons vers la frontière. Ces évènemena, la résistance de quelques places fortes, les habiles manœuvres de Dumouriez, firent succéder à trop de jactance une grande circonspection. Le généralissime des coalisés, après les premiers pas, se montra, sur toutes choses, animé du désir de ne point engager sérieusement son armée. La Prusse, puissance nouvelle, récemment agrandie aux dépens de la Pologne et de l'Autriche, qui ne lui avait point encore pardonné ses empiètemens, ne pouvait sans compromettre son existence, risquer son plus solide appui. Elle avait consenti à se déployer pour une promenade militaire ; elle recula lorsqu'on se fut convaincu qu'il s'agissait d'une guerre acharnée. Elle s'empressa de passer sur les derrières, pour laisser l'Empereur au premier rang. Celui-ci n'était pas en force sur le champ de bataille. Dumouriez, que des conventions secrètes empêchaient de poursuivre Brunswick, se portant contre les troupes impériales avec toute son armée, les poussa jusqu'au Rhin et leur enleva la Belgique. Mais ses succès, plus éclatans que solides ne tardèrent pas être cruellement expiés. Lorsque la coalition, d'abord surprise, eut rassemblé toutesses ressources, elle força bientôt les Français, un moment vainqueurs, à défendre leurs frontières. Cette fois le système d'invasion fut totalement changé: le cabinet aulique avait pris la direction des armées combinées; à sa lenteur méthodique se joignaient des prétentions, non abandonnées, sur les provinces qu'on allait entamer; et, autant pour former une base militaire, que pour se ménager, à la paix, des indemnités de territoire , on résolut de s'avancer pus à pas en faisant tomber les forteresses.

Cette guerre de sièges , si longue , si meurtrière, remplit au nord les campagnes de 93 , 94 » et 95. Pendant ces trois années, il n'est pas une action qui ne se rapporte à la conquête ou à la délivrance d'une place forte.

Les combats de Quiévrain, de Raismes et d'Arlon (93) furent livrés pour dégager Mayence et Condé. La bataille de Houdscoote rompit les ligues de siège de Dunkcrque. Les affaires de Meuiu, celles de la forêt de Mormal curent pour but le salut du Quesnoy; enfin la bataille de Waltiguies et les marches brillantes de Hoche, dans les défilés des Vosges, délivrèrent Maubeuge et Landau.

Les premières opérations de 1 794 se rattachent au siège de Landrecics. Les deux rencontres de Moescron , les batailles de Turcoing , Poulà-Chin et Hooglède à ceux de Mcnio et d'Ypres. Les combats de Grandreng, et la bataille de Flcurus,au siège de Charleroy; les batailles de Sprimont et d'Aldenhoven à celui de Maastricht. Enfin, les opérations de 1 79/ï roulent entièrement sur les sièges de Luxembourg , Mayence et Mauhcim.

Ainsi en quatre campagnes : d'abord des tentatives réciproques d'invasion fondées , de part et d'autre , sur l'espoir de séparer les habitans des armées; puis un long combat corps à corps durant lequel on se prit à guerroyer partout à-la -fois.

On ne pouvait rien imaginer de plus propre à affaiblir les liens de la coalition et , en même temps , à former les armées françaises. De profondes mésintelligences éclatèrent entre les généraux prussiens et impériaux. Les premiers saisirent tous les prétextes pour ne point agir et enfin pour traiter de la paix.

Les armées républicaines, composées d'abord des anciens cadres et des premiers bataillous de voloutaires, furent recrutées au commencement de 1793, parla levée de 3oo,ooo hommes et, à la fin delà même année, au moyen d'une réquisition permanente. Indépendamment de la population de l'Ouest qui fut long-temps sur pied, et sans compter les dépôts, les garnisons, les hôpitaux, ou entretint eu campagne jusqu'à 5oo,ooo combattans. Les effets de campement manquaient pour abriter dételles masses, elles s'accoutumèrent à bivouaquer en plein air. L'absence du numéraire, l'irrégularité des approvisionnemeus, les endurcirent à toutes les privations, et elles acquirent une force et une mobilité qui no tenaient compte ni des distances, ni des saisons, ni des obstacles naturels.

Les conquérans de la Hollande s'avancèrent sur la glace par un froid d'une intensité inaccoutumée. A peine vêtus , chaussés de sabots ou de tresses de paille, ils traversèrent des villes où depuis trois siècles s'accumulaient les richesses des deux mondes, sans songer à enfreindre les lois d'une sévère discipline. On vit avec admiration dix bataillons, demi nus, entrer fièrement dans Amsterdam, musique eu tête, drapeaux déployés,, mettre leurs armes en faisceaux et bivouaquer sur la neige en jetant un

regard d'indifférence sur les hôtels opulcns dont ils étaient entoures. Dans le même temps , les divisions cantonnées autour de Luxembourg et Maycncc bravaient les rigueurs de la saison , renfermées dans des huttes de terre où l'abondance ne les dédommageait pas de leur sublime dévoûment. Quelques mois après, la veille de la victoire de Loano, un bâtiment de cabotage, échapp aux croisières anglaises, débarqua inopinément 24,000 paires de souliers; c'était un luxe nouveau, on se bâta de les distribuer pendant le* apprêts do la batailla, au milieu des rires universels et d'un feu roulant de saillies.

Les officiers recevaient leur solde en assignats ; elle suffisait à peine a leurs premiers besoins. Mais quatre ans d'une lutte mêlée de tant d'alternatives les avaient entretenus dans un état d'exaltation qui les mettait audessus des habitudes matérielles de la vie. On u était enivré que d'une seule pensée: le salut et la gloire de la patrie. Nous avons encore parmi nous les débris de cette génération à jamais glorieuse; qu'ils disent si. plus tard entourés d'honneurs , comblés des jouissances de la fortune et du pouvoir, ils ont éprouvé des émotions qui aient- effacé celles de leurs premières campagnes, alors que l'on se disputait les redoutes du camp de Maubeuge et les ligues de Weissembourg; alors que l'on franchissait victorieux la Sambre ou la Meuse; alors que quatre armées triomphantes imprimaient leurs pas sur le rivage du Rhin en s écriant: « voilà le prix de notre sang, voilà la frontière de la France ! »

Avec de tels hommes, on pouvait inarcher à la conquête du monde; mais le Directoire se méfiait de l'influence militaire} et, tout en donnant une organisation vigoureuse aux armées destinées à opérer contre l'Àntriche, il craignit d'élever à une trop grande puissance l'un des généraux, et il divisa malheureusement le commandement. La précaution tourna contre lui-même: le cours des évènemeus lit tomber sur uue seule armée fout le poids de la campagne, et son général en recueillit la gloire et le fruit.

opÉ&vnoKS de l'aemeb d'italie.

Plan de campagne.— Etat de* force! opposée*.— Vendée.— Marche de l'armée d'Italie (3 arril).— Combat de Montelegino ( 1 1 ).• — Bataille de Montenotte (ta).— Combat de Couaria (l3). — Ba« taille de Millésime- (U). — Combats de Dego — De Ceva (16).— De Saint-Michel (ao). — Bataille de Mondo?i (aa).— Passage du Pô (7 mai).— Combat de Fombio et Codegno (*).— Bataille de Lodi (10).— Entrée à Milan (i7).-Combat de Borghdto (îoj.— Investissement de Mantoue (3 et 4 Juin).

Carnot, entré au Directoire, fut chargé des opérations militaires, et fit arrêter, comme base du plan de la campagne de 1796, que les armées s'avanceraient en Allemagne en se bornant à masquer les places fortes et tendraient à un même but : la capitale ennemie. Cette grande idée fut viciée dans les détails de l'exécution , mais elle n'en est pas moins un titre de gloire pour le génie qui Ta conçue. Les circonstances qui en atténuèrent les résultats ne tiennent pas d'ailleurs à lui seul. On avait voulu diviser le commandement; on avait donc deux armées, et l'on était induit naturellement à assigner à chacune un théâtre d'opérations. On ordonna à l'armée de Sambre-et-Meuse de manœuvrer sur le Mein, et à l'armée de Rhin-et-Moselle de se porter vers le Danube. La configuration du terrain (voir Y Introduction), rend cette disposition mauvaise dans tous les temps; on la rendit périlleuse en prescrivant aux généraux de s'attacher à déborder l'ennemi.

On étendait ainsi sur une grande échelle le système qu'on avait appliqué dans maints combats et auquel on attribuait les succès obtenus contre Cobourg en 1794* Mais en l'exagérant on le détruisait. En effet il était fondé sur le principe qu'on devait opérer en masse contre des forces moindres ; or deux armées distantes de plusieurs journées de marche ne pouvaient se prêter un secours mutuel. Chacune d'elles pesait, sans doute, d'un poids incommode sur les extrémités de l'ennemi ; mais , en même temps qu'on se mettait dans l'impossibilité de se concentrer, on l'obligeait à le faire, on le contraignait à tenter de se dégager par quelque mouvement hardi. Ce fut aussi ce qui arriva; on perdit l'Allemagne, et la campagne eût été encore insignifiante sans les prodiges de l'armée d'Italie dont le général en chef pratiqua, avec une habileté jusqu'alors inconnue, l'art, à peine entrevu par Carnot, de faire mouvoir une armée comme un bataillon, de la grouper, de l'étendre et de la transporter tout entière sur un point donné.

Bonaparte , disgracié par les réactionnaires de 1 795 et rentré en faveur à la suite de la journée du 1 3 vendémiaire , où il s'était placé à la lête des forces de la Convention , obtint le commandement de cette armée d'Italie à laquelle, deux ans auparavant, il avait indiqué déjà le chemin de la victoire.

Déduction faite des garnisons de la Provence (20,000), des dépôts et des malades, son effectif n'excédait pas44>4oo combattans; la cavalerie, les équipages étaient dans le plus mauvais état, on comptait à peine 3ooo chevaux et 3o bouches à feu.

La république entretenait en outre 5 armées: celle des Alpes, commandée par Kellermann (1 5 à 20,000) postée au sommet des monts depuis le petit Saint-Bernard jusqu'à l'Argentière.

En Alsace, l'armée de Rhin-et-Moselle où Moreau avait remplacé Pichegru (71,000 d'infanterie, 65oo de cavalerie, total 77,600).

De la Nahe à Dusseldorf , l'armée de Sambre-et-Meuse toujours sous Jourdan (65,ooo d'infanterie, 11,000 de cavalerie, total 76,000).

En Hollande, l'armée du Nord ou armée d'observation (40 à 5o,ooo) sous les ordres de Beurnonville, et enfin l'armée de l'Ouest (100,000) sous Hoche.

L'Autriche opposait à Bonaparte : 1 0 l'armée impériale commandée par Bcaulieu (35,ooo combattans); i° l'armée sarde sous Colli (a5,ooo).

A Kellermann : une seconde armée sarde commandée par le duc d'Aoste (1 5 à 20,000).

A Moreau : Wurmser et l'armée du Haut-Rhin (83,ooo: 6t,ooo d'infanterie, 22,000 cavalerie).

Et à Jourdan : l'archiduc Charles, à la tête de l'armée du Haut-Rhin

li& GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

(71,000 d'infanterie, 22,700 cavalerie, total 93,700, y compris les garnisons de Mayence et d'Ehrenbreitstein).

L'armée de l'Ouest continua avec le succès le plus décisif son système de pacification. Charctte et Stoffiet séparés l'un de l'autre furent pris et livrés aux conseils de guerre. Si l'histoire ne peut recueillir dans ces roouvemens qu'un petit nombre de faits d'armes, elle doit insister sur l'importance d'une diversion qui tint éloignes de la frontière îooyioo hommes de troupes aguerries, des généraux habiles et celui d'entre eux qui, peut-être, eût balancé la fortune de Bonaparte. Il est facile de se faire une idée de l'influence qu'eût produite, sur les destiuées de l'Europe, l'intervention de Hoche et de sa belle armée aux bords du Rhin ou en Italie.

Bonaparte arriva au quartier-général de Nice le in mars; la neige obstruait encore les passages des Alpes et il avait hate d'entrer en :opérations avant que la saison eût agrandi le champ de bataille. »

8000 hommes restèrent à la garde des places et des cols du comté de Nice, le reste de l'armée (33,ooo) fila par le flanc droit sur la route de la Corniche et s'étendit jusqu'aux portes de Gênes.

Cette poignée de braves était merveilleusement disposée pour de grandes choses. I>c général en chef, malgré sa jeunesse, ses formes grèlrs, ses manières réservées, avait été bien accueilli. Les soldais, aguerris par quatre campagnes, par des combats héroïques dans les gorges et sur les cimes des Alpes et des Pyrénées, dans leur bonne humeur, lui avaient cou* féré leur propre grade, en lui promettant de l'avancement. Sous ses ordres, quatre généraux d'un courage, d'une habileté à toute épreuve commandaient quatre divisions d'infanterie. C'étaient Augereau et Massena égaux en impétuosité; c'étaient Laharpe et Serurier plus méthodiques et non moins renommés. La cavalerie était conduite parKihnaine et Stcngel signalés par leurs campagnes dans le nord. Le chef d 'état-major était lier t hier, doué de sang-froid, travailleur infatigable, exact et méthodique, d'une prodigieuse mémoire : il réunissait au plus haut point ces qualités de son emploi. Dans les rangs inférieurs se trouvait une pépinière d'illustrations nouvelles : I^anncs, Joubert, Murât, Bcssières, Suchct, Victor. Enfin pour qu'aucune gloire no manquât à cette brillante armée, plusieurs de ses demi-brigades, la 3a% la 1 8e , la 4* devaient se faire un nom dont la célébrité rivalise avec celle des plus célèbres guerriers.

Après la bataille de Loano, les coalisés, chassés de la crête et du versant maritime, s'étaient répandus sur le revers septentrional , en couvrant â-la-fois les avenues du Piémont et de la Lombardie. C'est là que Napoléon courait les atteindre non plus en se répandant par détachemens tout le long de la chaîne, mais en se jetant tout entier entre Colli et Beaulieu

par une seule ouverture, par celle que forme l'affaissement des monts vers les sources de la Bormida.

Du côté du nord les pentes sont moins rapides que celles où l'ou avait jusqu'alors combattu. Leur largeur est d'environ douze lieues. Le Tanaro et ses afUuens; la Cursaglia, le Belbo, la grande et la petite Bormida en descendent, et diverses communications , entre le littoral et le bassin du Pô, les traversent : d'abord la route d'Oneille à Turin par Ormea, Ccva et Coni; puis celle de Savone à Milan par Dego, Àcqui et Alexandrie; ensuite le débouebé de la Bocchetta; enfin un cbemin transversal, Ion* géant les sommités et conduisant de Turin à Gênes par Miilcsimo, Sasscllo et Voltri, avec 'embranchement sur Savone par Carcarc. Il suit de là que Savone est un point de départ commun pour les capitales du Piémont et de la Lombardic. Les impériaux couvrant Milan étaient cantonnés de Gênes à Alexandrie, la droite appuyée à Dego sur la petite Bormida, et lesPiémontais couvrant Turin, campés à Ccva, occupaient, parleur gauche, Miilcsimo sur la grande Bormida, se liant avec Beaulieu par la brigade Provera postée sur les hauteurs de Cossaria.

Il fallait donc , pour opérer la séparation entre les deux armées opposées et menacer à-la-fois les deux capitales, se réunir à Savone ; pénétrer à Carcare, jonction des deux chemins de Dego et de Millesimo, et déblayer le terrain accidenté qui se trouve entre les deux Bormida.

Tel était le plan de Bonaparte ; mais , en se concentrant, il voulut empêcher l'ennemi de faire ce qu'il faisait lui-même. Dans ce but, Scrurier, au lieu de suivre le mouvement indiqué au reste de l'armée, se déploya à Garessio, comme s'il eût cherché à forcer la route de Turin et retint Colli dans le camp de Ceva ; puis tandis que l'on faisait halte autour de Savone, Laharpe poussa sa brigade de droite jusqu'à Voltri et somma les Génois de livrer le passage de la Bochetta et le fort de Gavi qui en ferme l'entrée.

Au moment même oîi les mauœuvres s'exécutaient, les impériaux s'ébranlaient aussi pour prendre l'offensive; ils voulaient, comme Tannée précédente, envelopper la droite, la replier par son extrémité sur la côte et couper sa retraite en tombant, du 6ommet des monts, sur Savone par où ils supposaient qu'elle se liait au ceutre. Formés eu deux colonnes, ils s'avançaient : Beaulieu par la Bochetta pour déboucher de Gênes, et d'Argenteau par Sassello pour descendre par le col de Montcnotte sur Savone. Colli resta immobile et l'on se proposait de pivoter sur lui de manière à se remetlre en ligne, la droite à Ceva, le centre sur les hauteurs, la gauche à Loano.

Ces dispositions assurèrent le succès de Bonaparte. Les deux généraux autrichiens, en mettant entre eux la masse des Apenuius , u etaicut plus

à porlée de s'envoyer des renforts ; ils livraient donc la colonne du centre, forte seulement de 18,000 hommes, aux coups de l'armée française entière.

Les deux villages de Montcnotte sont situes: l'un sur la crête, l'autre dans un pli du revers intérieur de la montagne; au sortir du premier on trouve un col, à peine voiturable, qui descend jusqu'à la côte en passant par Montelegino. Le colonel Rampon à la tête de 1200 hommes était chargé de couvrir cette communication, et ses tirailleurs s'étaient postés dans toute la longueur de la gorge; le 1 1 avril vers le milieu du jour, ils signalèrent la colonne impériale et, profitant de l'âpreté du terrain, ils ne mirent pas moins de deux heures à se replier sur leurs bataillons. Pendant ce temps, Rampon se jeta dans une ancienne redoute qui coupe la route, mit ses canons en batterie et fit jurera sa troupe de se défendre jusqu'à l'extrémité.

Bientôt l'avant-gardc ennemie se forma pour monter à l'assaut, accueillie parles feux croisés de l'artillerie et de la mousqueteric, elle plie et se rompt; trois fois d'Argcnteau la ramène à la charge; trois fois les républicains lui présentent un rempart de baïonnettes et la repoussent en lui faisant éprouver d'énormes pertes. La nuit survint, on remit le combat au lendemain.

Cependant la droite de Laharpe était, dès la veille, aux prises avec Beaulieu. Attaquée le 10, en avant de Voltri,elle s'y était maintenue; Je 1 1 elle se replia en arrière du bourg et, pendant la nuit, elle rejoignit la division qui se rangea tout entière à droite et à gauche de la redoute si vaillamment conservée par Rampon.

Au jour, Beaulieu se présentant devant Voltri n'y trouva plus personne, et d'Argenteau fit , au milieu d'un brouillard épais, les apprêts d'une nouvelle attaque; mais il ne tarda pas à reconnaître qu'il était lui-même entouré et réduit à la défensive.

Tandis qu'il achevait de descendre le revers de l'Apennin, tandis que Laharpe se concentrait à Montelegino, Augereau et Massena, cheminant en sens inverse, gravissaient les cols qui débouchent de Savoneet se transportaient au sommet de la chaîne, le premier pour occuper Carcareet contenir, au besoin, Provera; le second pour envelopper Montenolte.

Après les premiers coups de feu les impériaux se hâtèrent d'évacuer le col où ils allaient être renfermés et de gagner les hauteurs dans le dessein de s'y affermir et de recevoir le choc; mais il n'était déjà plus temps. Laharpe, Rampon les poursuivirent et les abordèrent de front à Montenottedans le même temps que Massena débordait leurs flancs et leurs derrières.

Bonaparte, placé sur une colline à droite de Carcarc, surveillait tous les mouvemens. C'était sa première bataille, mais les mesures étaient si bien prises qu'il n'eut que les émotions de la victoire; Montcnotte fut enlevé en un instant et l'ennemi, partout assailli, lâcha pied dans le plus grand désordre, abandonnant i5oo morts, a5oo prisonniers, 4 drapeaux et 5 canons.

A peine quelques bataillons réussirent-ils à opérer leur retraite sur Dcgo : Laharpe s'élança sur leurs pas, les autres divisions, le quartiergénéral et la cavalerie s'établirent dès le soir à Carcarc.

Le lendemain, pendant que les débris de d'Argenteau, épars dans les gorges de l'Apennin, cherchaient à rentrer dans le camp de Dcgo; pendant que Beaulieu s'occupait de transporter sur le même point , par de longs détours, sa colonne engagée dans le défilé de Bochetta, Augercau se mit sous les armes pour enlever les hauteurs qui dominent les deux Bormida et rompre la communication entre l'armée sarde et les impériaux. Sa division, n'ayant pas encore donné, brûlait de se signaler à son tour. Elle tomba sur Provera avec une telle impétuosité que les gorges, par où l'on gagne Millesimo, furent occupées avant que l'ennemi eût pu se retirer. Le général autrichien chercha, dans le vieux château de Cossaria, un refuge où il renferma 2000 hommes.

C'était un point de ralliement pour les deux armées opposées, et l'on s'efforça de l'emporter d'assaut; mais Provera se maintint avec une rare vaillance et la journée finit sans qu'on pût l'entamer. Cependant Serurier tint en échec Colli, et Masscna, flanqué à droite par Laharpe, se rapprocha de Dego.

I^e i4, un engagement plus général acheva la séparation des deux armées coalisées. Sans s'arrêter davantage à Provera, Bonaparte ordonna de brusquer l'attaque sur tous les points pendant que la supériorité du nombre lui était encore acquise. Massena et Laharpe emportèrent, après une vive résistance, le camp de Dego et les hauteurs voisines. Augereau s'empara de Millesimo et contint, au-delà de la Bormida, la gauche de Col li. Les impériaux se replièrent sur Acqui; les Piémontais se concentrèrent dans le camp de Ceva. Provera, témoin des inutiles efforts qu'on avait faits pour le dégager, déposa les armes.

Cette journée, à Inquelle on a donné le nom de bataille de Millesimo, coûta aux ennemis i5 drapeaux, 3o cations et (iooo prisonniers.

Après quatre jours de marches, de combats continuels, l'armée victorieuse prenait enfin quelque repos; les avant-postes avaient vu les impériaux s'éloigner sans retour, par la route d'Alexandrie. On avait passé la nuit sans être inquiété, lorsqu'au jour ou apprend au quartier-général *juc Dcgo vient d'être enlevé par une forte colonne de grenadiers autri-

il* GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

chiens. C'étaient 6000 hommes du corps de Beaulicu que Wukassowich avait conduits de Voltri à Sasscllo, et qui, donnant tête baissée au milieu des divisions françaises, cherchaient à se frayer bravement unerctraite. Bo- 11a parte court à eux, les enveloppe, les renferme dans les rctranchemens qu'ils ont surpris et commande l'assaut. Ils se défendent en désespérés! deux fois les bataillons français échouent, une troisième attaque décide de la victoire et la colonne impériale est presque anéantie.

Tant d'échecs avaient désorganisé Beaulieu. Bonaparte sans tenir compte des instructions du Directoire, qui lui prescrivaient de le poursuivre, se résolut à porter ses efforts contre les Piéinontais.

La harpe fut placé en observation à la rive gauche de la Bormida. Le reste de l'armée s'engagea dans les routes de Turin , et Serurier, devenant plus menaçant, déboucha sur la ville de Ceva dans le môme temps que lavant-garde d'Augcreau parut sur les hauteurs d'où s'échappe le Belbo.

Colli, après une courte résistance, évacua le camp de Ceva et courut se reformer derrière la Corsaglia. Cependant l'armée, pour descendre dans la vallée du Tauaro , défilait sur Montezemolo et, pour la première fois, elle découvrait le riche bassin du Piémont, les rivières qui le traversent et les monts couverts de glace et de neige dont il est entouré. Les soldats s'arrêtaient saisis d'admiration pour contempler ce sublime spectacle. Le même aspect avait frappé les troupes carthaginoises , au sortir des défilés affreux où elles avaient essuyé tant de pertes. Bonaparte s'en souvint et montrant dans le lointain les sommités d'où la vallée du Pô leur était apparue; « Annibal, s'écria-t-il, a forcé les Alpes; nous, nous les avons tournées». Rapprochement heureux qui devait révéler aux esprits les moins attentifs toute la portée de son génie.

On passa le Tauaro en débordant Colli ; il se replia dans Mondovi et ae hâta d'élever quelques redoutes. Scrurier, marchant à l'avant-garde , essuya au pont Saint-Michel sur la Corsaglia un léger échec dont il se vengea noblement deux jours après.

L'armée sarde avait fait ses dispositions pour recevoir, à Mondovi, la bataille qui devait sauver ou livrer la capitale; on l'aborda en trois colonnes : Serurier décida brusquement la victoire en s'emparant de la redoute principale. L'ennemi perdit 3ooo morts, 1 5oo prisonniers, 10 drapeaux, 8 canons et d'immenses magasins.

lise retira sur la Si ura; on arrivait en plaine, et la communication avec Beaulieu pouvait se rétablir. Napoléon n'en donna point le temps. En faisant occuper Cherascho il força Colli de se mettre à couvert audelà du Pô et de prendre position à Carignan.

On était aux portes de Turin; la cour de Sardaignc, épouvautéc de

l'audace de ce jeune général dont les coups avaient l'éclat et la rapidité delà foudre, entra en négociation, et Ton signa, dans Chcrascho, un armistice, bientôt suivi de la paix, qui livra à l'armée française entre autres places fortes, Coni, le château de Ceva, Tortone, Alexandrie et . Valence. En 1 8 jours on avait remporté six victoires, fait 1 1,000 prisonniers, pris ai drapeaux, 55 canons, plusieurs forteresses. On avait ouvert à Kellermann le passage des Alpes, on avait détaché de la coalition le roi de Sardaigue. Enfin Bcaulieu, après un mouvement trop tardif en faveur de Colli , s'était replié au-delà du Pô. Jamais tant de hauts faits si promptement accomplis n'avaient signalé les armes françaises. La législature di créta cinq fois que l'armée d'Italie avait bien méritéde la patrie.

Elle devait se surpasser encore. Bonaparte, affermi sur sa gauche, courut aux impériaux. Le soin qu'il avait pris d'exiger la remise de Valence et d'y réunir des moyens de passage; la concentration de ses divisions à portée de cette ville , donnèrent le change au général cnueini qui s'attendit à défendre de front, d'abord le Pô, puis le Tésin, barrière de la Lombardic. 11 lui restait, y compris ses renforts, environ 35,ooo hommes sous Lyptai,Roselmini, Sebotteudorf, YVukassowich et Colli; il leur fit prendre position entre les deux rivières. Cependant Napoléon se porta d'une marche rapide à Plaisance où il entra sans difficulté. 900 grenadiers franchirent sur-le-champ le fleuve et rejetèrent au loin une patrouille de hussards qui observaient la rive gauche. Sous leur protection on commença l'établissement d'un pont de bateaux, et avant la fin du jour l'année se mit à défiler. Laharpe était déjà rangé au-delà du Pô quand Lyptai (8000 hommes/ vint se loger dans Fombio de manière à servir d'appui aux autres divisions qui accouraient à marches forcées. On se hâta de l'attaquer avant que l'arrivée de ses collègues obligeât d'engager une affaire générale; on le culbuta, on lui enleva a5oo prisonniersf son artillerie, et l'on pousuivit ses débris jusqu'à Pizzighitone. A la nuit, en le cherchant, l'avant-garde du centre de Beaulieu se heurta dans Codogno contre la division victorieuse. Après quelques décharges, qui coûtèrent la vie au brave général Laharpe , l'ennemi informé du désastre de la soirée plia pour se porter au pas de course au-delà du pont de Lodi. I>e lendemain au jour , Bonaparte s'élança à sa poursuite; il espérait couvrir l'Adda et faire déposer les armes aux troupes en marche entre cette rivière et le Tésin. On atteignit près de Lodi l'arrière-» garde, on la mit en désordre, on entra pêle-mêle avec elle dans la ville, mais elle rallia de l'autre côté du pont le corps de bataille. Là 16,000 hommes et ao canons étaient prêts à recevoir le choc. Une batterie enfilait le pont, soutenue à droite et à gauche 'par de l'infanterie qui avait crénelé les maisons voisines.

Il élait jusque-là sans exemple qu'on eût enlevé d'emblée le passage d'une rivière aussi puissamment défendu; mais l'élan était donné et Bonaparte n'hésita pas à en profiter pour frapper de stupeur l'ennemi, déjà déconcerté par la hardiesse de ses manœuvres , pour lui ôter toute confiance dans les lignes de défense dont il pouvait être encore tenté de • s'appuyer.

La cavalerie courut à une demi-licue au-dessus de la ville chercher un gué praticable, l'artillerie se mit en batleric sur la rive droite ,et les grenadiers de Massena (6000) se formèrent en colonne serrée couverts par le vieux rempart, la tête à gauche de la porte qui débouche sur le pont. Ces dispositions achevées, la canonnade s'ouvrit et l'infanterie ennemie ne tarda pas à faire quelques pas en arrière pour se mettre à l'abri des boulets; bientôt le feu des batteries se ralentit et la cavalerie française se déployant sur sa droite, elle se retourna en partie contre une attaque de flanc; à ce moment les grenadiers, jusque-là masqués par le rempart de Lodi , débouchent au pas de course et s'élancent sur le pont; une grêle de mitraille les accueille ; mais ils hésitent à peine un instant, une irrésistible impulsion les entraîne; ils atteignent l'autre rive, tuent les canonniers, s'emparent de leurs pièces et rompent la ligne des impériaux qui fuient sur tous les points et perdent , avec leur matériel, a5oo prisonniers. Après le combat, les soldats, selon leur promesse, proclamèrent caporal le chef qui les avait si habilement commandés.

Cependant la droite de Beaulieu avait passé l'Adda à Cassano; elle rallia dans Brescia les débris du centre, et le généralen chef les conduisit au-delà du Mincio.

L'armée française occupa Pizzighitonc, Crémone , Lodi, Cassano; elle investit le château de Milan, et Bonaparte fit , dans celte capitale, une entrée triomphante.

En dix jours on avait conquis la Lombardie. L'Italie entière, profondément émue, semblait appelée à de nouvelles destinées. Cette belle contrée où ; depuis plusieurs siècles, l'intelligence lutte vainement contre la force, était en droit d'attendre de la révolution française le signal de son affranchissement. Mais le vieux mot d'ordre des Guelfes : chassons les Barbares, ne trouvait plus d'éeho parmi les souverains qui dans les temps passés, l'avaient inscrit les premiers sur leurs drapeaux. Gênes, Parme, Modènc, étaient sans influence politique. Florence s'était façonnée à la domination d'un prince allemand ; les cours de Naplcs, Rome et Turin; l'aristocratie de Venise, avaient placé leur puissance caduque sous l'abri des baïonnettes autrichiennes. Ln Péninsule offrait partout l'affligeant spectacle de princes abjurant tout esprit de nationalité et le corn-

primant chez leurs peuples à l'égal des maximes anti-sociales. Ces sentiinens patriotiques firent explosion lors de l'entrée à Milan des vainqueurs de Beaulieu; on les accueillit en libérateurs, on se livra sans contrainte aux démonstrations de l'enthousiasme et , de toutes les provinces, on vint demander au général en chefla liberté delà patrie. Sans rien promettre il donna à ces dispositions assez d'encouragement pour s en faire un moyen de guerre. 11 organisa dans le Milanais les gardes nationales et, après avoir donne à l'esprit public l'élan convenable pour appuyer ses opérations , il Ht ses apprêts pour marcher vers le Mincio. Il allait partir lorsqu'il reçut du Directoire l'ordre de se porter sur l'Italie centrale , à la tète de 20,000 hommes et de faire place à l'armée des Alpes , que Ton chargeait d'assiéger Mantoue. Le désir de châtier Rome et Naples , et peut-être de diviser le commandement , entraînait encore dans la faute qui avait toujours fait perdre aux Français leurs conquêtes au-delà des monts. S'engager au fond de la Péninsule , à moins d'avoir fermé sans retour les débouchés des provinces impériales , c'est se porter en avant sans base ni retraite, c'est s'aventurer dans une de ces expéditions folles que l'on doit chèrement payer.

Bonaparte se refusa aux injonctions du Directoire ; il soutint qu'une division , détachée sur la rive droite du Pô , suffisait à tenir en échec Rome et Naples; que le reste de l'armée , formée sur l'Adige , à la jonctiou des routes du Tyrol et de la Garniole , battrait les forces autrichiennes et donnerait le temps de s'affermir en Italie. A ces représentations il joignit l'offre de sa démission, puis, sans attendre la réponse, il courut à de nouvelles victoires.

Beaulieu, flanqué par la forteresse de Mantoueet par la place vénitien ne de Peschiera , dont il avait pris possession au mépris de la neutralité du sénat, couvrait les rives du Mincio. Après quelques démonstrations propres à lui dérober le véritable point d'attaque , la principale colonne française s'élança sur Borghetto que défendaient 4ooo hommes : on les culbute; ils se retirent à Valeggio et font sauter une arche du pont; mais les vainqueurs se jettent dans la rivière; leur audace, le souvenir de Lodi suffisent à disperser l'ennemi, qui se replie sur les réserves à Villa-Franca. Napoléou ne les poursuit point , il a dirigé Augcreau sur CasteLNuovo en lui prescrivant d'occuper les défilés du Tyrol et de l'Adige; il attend pour continuer l'attaque, le développement de cette combinaison; mais l'effroi des impériaux la fait échouer, ils évacuent Villa-Franca et se mettent en sûreté au-delà du fleuve avant qu'Augereau ait achevé de se déployer.

Beaulieu jeta dans Mantoue une garnison de 1 5 à 20,000 hommes. Napoléon, laissant ses débris fuir dans le Tyrol, fit occuper, malgré les représen-

talions du sénat de Venise, Brescia, Peschiera , Vérone et fcegnago. Maître enfin de la ligne de l'Adige, it se disposa à démontrer avec quelle sagacité il avait saisi le nœud de la campagne. Augereau passa le Pô à Borgoforte, poussa ses colonnes sur Livourne et Ancône , et mit aux pieds du Directoire touto Tltalie; Scruricr s'établit autour de Mantouc, le reste de l'armée prit sur PAdige et le lac de Garda des positions défensives contre les forces que réunissait la cour de Vienne.

Une courte description est nécessaire à l'intelligence des évènemensqui vont suivre. Mantoue était le but des armées ennemies; Trente, le centre commun de leurs arméniens; l'espace entre les deux villes le champ de bataille (i).

Mantoue est bâti au milieu d'une nappe d'eau formée par le Mincio qui, après avoir été resserré, au sortir du lac de Garda, par les dernières sommités des Alpes Tyroliennes, ralentit son cours en arrivant dans la plaine et s'étend en lacs et marécages. On pénètre dans la place par deux ponts, et trois digues, prolongemens des routes de Legnago, Vérone, Brescia, Crémone et Borgoforte. La plaine au nord n'a pas, dans sa plus grande largeur, plus de 8à to lieues, elle se termine aux Alpes dont la pente de plus en pius ardue s'élève jusqu'aux sources des fleuves. On descend de Trente dans la plaine par trois chaussées voiturables, La plus directe débouchant sur Vérone longe la rive gauche de l'Adigepar Roveredo et Dolce; elle a plusieurs einbranchemens sur la rive droite. La plus divergente suit l'étroite vallée de la firent a et se confond à Vicence avec la chaussée de la Carinthie, la troisième côtoie la rive gauche de la Chiesa pour aboutir à Brescia.

Les deux premières n'ont de communication que par un mauvais chemin de traverse, tout le reste est impraticable; elles sont, l'une et l'autre, coupées par l'Adige, courant rapide et profond, large d'environ 1 *o mètres, dont les ponts sont couverts par les remparts de Vérone , Legnago et Chiusa.

On passe de la première à la troisième au moyen des embranchemeus de la chaussée du Tyrol, sur la rive droite de l'Adige. Celui qui traverse Riva, se réunissant à la route de Brescia, est intercepté comme elle par la Rocca-d'Anfo. Les autres , la Strada Postale et la Strada Impériale rencontrent entre le lac et l'Adige des obstacles non moins sérieux : d'abord les escarpemens de la Corona que flanquent à droite Montemagnone, à gauche Montebaldo et qui forment, dans toute la largeur du massif, une vaste redoute carrée : puis un amphitéâtre d'oii descendent le Tasso et plusieurs torrens dont cette petite rivière absorbe les

<i) T«lrtâ deuxième carte.

eaux : puis enfin, le plateau de Rivoli s'élevant comme un bastion d'une demi -lieue de diamètre dans les contours du Tasso qui l'enveloppe avant de tomber dans l'Adigc.

Les deux chaussées se croisent auprès de Rivoli : <lles longent l'une l'Adige, l'autre la crête de Montemagnone, entièrement séparées par le revers à pic de cette colline. Avant leur jonction elles sont impraticables pour Tarlillerie et la eavaleric; mais à partir du plateau, la première n'ayant plus d'issue aux bords du fleuve , monte par une rampe très raide; elles présentent , réunies, une communication voiturable.

11 résulte de cette disposition des localités , que les impériaux étaient dans la nécessité , soit d'engager leurs colounes dans trois routes divergentes où elles ne pouvaient pas se flanquer mutuellement ; soit de s'avancer en masse, sur un sol entrecoupé où l'on ne peut se déployer, où l'on marche séparé par des murailles naturelles aussi complètement que par de grandes distances.

Les divisions françaises, au contraire, postées à Legnago , Vérone , la Corona, Rivoli et Salo, avec leurs réserves sur le Mineio , étaient à portée de se prêter rapidement secours et de se concentrer. 11 y a en effet de Legnago à Vérone 8 lieues; même distance de Vérone à la Corona ; six lieues de la Corona au Mincio : même distance du Mincîo à la Chicsa. Les communications nombreuses qui traversent la plaine en tous sena donnaient la facilité de transporter partout le matériel et les approvisionnemens.

La garnison de Mantoue, commandée par Canto d'Irlès , essaya d'abord de tenir la campagne et de fortifier les têtes des digues qui conduisent dans la place; mais ce dessein échoua. Sernrier enleva d'assaut le faubourg de Saint-Georges, Augereau chassa les Autrichiens du moulin de Cérèse et acheva de fermer les entrées par les marais ; il ne resta plus aux assiégés de lien avec la terre ferme que du côté de la citadelle qui fut étroitement bloquée.

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