OPÉRATIONS DE L'ARMÉE DE SAMBRE-ET-MEUSE
Passage du Rhin.— Combat de Siegburg i«* juin).— >D'Altenkirch«n (4). — De Wetzlar (5).— D'Ukeralh (19).— De Friedberg (i3 juillet).— Occupation de Francfort (16).— Prise de Wuribourg (4 août). — Combat de Forcheim'(7).— De Sulzbacb, Amberg et Wolffering ^17 à ai). — De Neumarkt (aa),— D*Amberg (a4).— -De Burg-liberach (a g).— Bataille de Wartzbourg (3 septembre)— Retraite de Jourdan (4 à 9).— Combats de Giesscn et Limbourg (16). — D'Alteokirchen (19). — Fin delacaujpasoe.armutice,
Cependant Jourdan et Moreau, dont l'inaction excitait les plus vives réclamations de la part de Bonaparte , commencèrent à se mettre en mouvement. Le gros des forces impériales était resté entre la Nahe et leSpeycrbach. Kienmayeret le prince de Wurtemberg, avec la droite de l'archiduc Charles, observaient les débouchés deDusseldorf et de Coblentz, la gauche de Wurmser sous Sztarray , Frœlich et le prince de Condé bordaient le Rhin, depuis Mannheim jusqu'à la Suisse.
Les deux armées républicaines avaient reçu une organisation puissante : elles étaient divisées en corps d'armée et réserve.
Klebor, avec la gauche de l'armée de Sambre-et-Mcuse, formée des divisions Colau et Lefebvrc, occupait Dusscldorf. Jourdan, commandant en personne le centre (divisions Champiounct, Grenier, Bernadotte) s'étendait de la Nahe à Neuwied; Marceau à droite couvrait la Nahe avec sa division et celle dePoncct; Bonncnu commandait la réserve.
Desaix (divisions Beaupuy et Delmas) formait la gauche de l'armée de Rhin-et-Moselle , et Saint-Cyr (Duhesmc, Taponnier) le centre cantonné sur le Speyctbach;Ferino(Tarrcau et Laborde) la droite au-dessus de Strasbourg , et Bourcier la réserve de la cavalerie.
Ces deux belles armées , qu'à défaut de succès décisif, ont illustrées leur bravoure, leur sévère discipline et les vertus de leurs généraux,
avaient jusque-là soutenu l'effort de la guerre; la première en sauvant la Flandre, puis en faisant la conquête de la Belgique et des provinces Bhénanes; l'autre , en défendant pied à pied les défiles des Vosges, les lignes de la Sarre et de Weisscmbourg.
Jourdan seul avait l'accès de la rive droite du Rhin , il entra le premier en campagne. Kleber se déploya hors des retranchemens de Dusseldorf, battit Kienmayer à Siegbrug et le rejeta sur le prince de Wurtemberg qui occupait les hauteurs d'Altenkirchen avec i5,ooo hommes; il les attaqua réunis, leur prit 3000 hommes, la canons , et les poursuivit jusqu'à la Lahn, qu'ils passèrent à Nassau pour prendre position à Limbourg; les vainqueurs se rangèrent sur la rive droite et de part et d'autre on attendit des renforts.
L'archiduc , avec toute son armée, accourut au secours de ses licutenans ; Jourdan porta son centre au-delà du pont de Neuwied , et Mai - . ceau poussa par la rive gauche jusqu'aux portes deMayence.
Le premier soin de Jourdan fut de chercher à se rendre maître de la haute Lahn afin d'appuyer sa gauche à la ligne de neutralité prussienne. Il dirigea Lefebvre sur Wctzlar. Celui-ci, trouvant la ville occupée et l'ennemi en position derrière la Lahn, entreprit de forcer le cours de cette rivière ; mais l'archiduc exécutait la manœuvre que son adversaire avait voulu prévenir : il appuyait à droite pour déborder l'armée française et il se trouvait en personne sur le champ de bataille. Lefebvre perdit plusieurs canons et fut replie. Les impériaux s'étendirent de Wctzlar à Dillenbourg. Jourdan, menacé par les mêmes combinaisons que l'an* née précédente , se détermina par les mêmes motifs à se replier. Il ga* gna le Saynbach, et couvert par ce ruisseau il rentra dans Neuwied en contenant l'ennemi. Kleber retourna à Dusseldorf où il parvint, après avoir victorieusement soutenu un rude combat , à Ukerath , en avant de la Sieg.
Quelques jours après, l'archiduc, rappelé sur le Haut-Rhin par les succès de Morcau, ne laissa en présence de l'armée de Sambre-et-Meuse que Wartensleben à la tête de 4<>,ooo hommes. Elle déboucha de nouveau, chassa de position les impériaux, les battit à Friedberg, occupa Fraucfort, détacha a 5,ooo hommes sous Marceau pour masquer Ehrenbreitstein et Mayence et, réduite à 46*000 hommes, s'attacha aux pas du général ennemi qui se retirait par la vallée du Mein.
Ses ordres lui prescrivant de le déborder par la droite, il fut obligé de suivre les sinuosités de la rivière, et après avoir pris Wurtzbourg, d'occuper successivement Gemund et Sel îweinfurth. L'ennemi s'arrêta un moment à Bamberg, fit rentrer ses convois, sous escorte, en Bohême, puis s'étendit sur la Wissent. Jourdan lui enleva Bamberg, et l'ayant
attaqué et battu à Forcheim, il ]e força de se retirer sur Amberg, par la traverse de Ncukirchen; il le poursuivit l'épée dans les reins, et après de légers engagemens à Sulzbach, à Amberg à Wolffering, il le rejeta définitivement au-delà de la Naab. Là il fit balte el détacha sur sa droite, à Neumarkt, Bcrnadotte pour observer l'archiduc et tendre la main à l'armée de Rhin-et- Moselle.
Ce fut alors que le vice des dispositions qui avaient engage les deux armées républicaines sur deux lignes se fît cruellement sentir. Bcrnadotte fut inopinément attaqué à Neumarkt par des forces supérieures; il resta maître du champ de bataille; mais apprenant qu'une seconde colonne survenait par la droite sur ses derrières, il se retira à Altorf. Jourdan, informé de ce mouvement, se hâta d'envoyer Bonneau au secours de Bernadotte et lui même se rapprocha du théâtre des cvènemens. Déjà sa tête de colonne atteignait Sulzbach lorsqu'il apprit que Bcrnadotte était poussé, par. une forte colonne d'impériaux sous les ordres dellotzc, jusqu'à la Pegnitz, et que l'archiduc en personne ramenait Bonneau sur Amberg. La nécessité de rallier ce dernier suspendit sa retraite. Son inquiétude était grande : qu'était donc devenu Moreau ? comment avait-il lâché prise et permis à l'archiduc de déborder sur son flanc droit? Pris entre les colonnes de ce prince et Wartensieben, il réussit clans cette situation critique à éviter un engagement général; mais l'arrière-garde soutint à Amberg un rude combat où deux bataillons continrent long-temps les forces ennemies et succombèrent jusqu'au dernier homme.
D'un autre côté, après avoir contraint Bernadotte à se retirer à Forcheim, il occupa Lauf et Nuremberg; de telle sorte qu'au moment où Jourdan pliait sous le poids de ses deux adversaires, par la chaussée qui longe la Pegnitz, cette route était déjà coupée, et l'armée entière s'enfonça par un à-droite dans la traverse difficile de Neukirchen ; les bagages couverts par KJeber gagnèrent Pegnitz au moyen d'un long détour. Ce mouvement n'était point sans péril; la longue file des voitures obstruait l'étroit défilé el ne laissait point d'espace aux colonnes de marche. Il y eut un instant d'embarras général , un désordre qui eût été désastreux, si l'on eût été attaqué. Heureusement l'ennemi ne parut pas; on eut le temps de se déblayer et l'on arriva enfin sur la Wissent où l'on prit position : mais Hotze ayant passé la Rednitz poussait des partis jusqu'au Mcin. Jourdan le fit attaquer par Bcrnadotte qui , après un combat de peu d'importance livré à Burg-Eberach , balaya la route de Bamberg à Schweinfurth. L'armée gagna cette dernière ville par les deux rives du Mein.
Là Jourdan reçut des dépêches qui lui annoncèrent que Moreau ve-
liait de battre La tour sur la Lech; on savait qu'un mouvement de troupes avait lieu du Mein au Danube ; on pensa que l'archiduc, satisfait d'avoir rendu l'attaque à Wartensleben, retournait à sa ligne d'opération. Dès-lors la retraite était sans motifs. On fit halte pour reprendre lof* fensive.
Le plan du général en chef était de s'appuyer sur la place de Wurtzbourg pour attendre Pcnnemi dans le pli que forme le Mein f livrer bataille et, si la fortune le secondait, déboucher par Dettelback et Kinlzingen pour ressaisir Nurnberg; ou si elle trompait ses efforts , gagner Francfort et Mayence et rallier les a5,ooo hommes de Marceau. Mais, tout en cherchant à s'ouvrir la routede Francfort, il ne voulut point s'exposer à perdre celle d'IIammelbourg, et, de peur d'être tounié par la gauche, il laissa Lcfebvre à Schweinfurth avec i 1,000 hommes; puis il se mil en marche pour Wutzbourg à la tête de 3o,ooo hommes.Ces mesures, inspirées par l'idée que l'on allait combattre à forces égales, étaieut insuffisantes contre les masses de l'archiduc. Au sortir de Schweinfurth , on apprit que Hotzc était maître du pont de Kintzingen, et l'on commença à concevoir des inquiétudes pour Wurzbourg dont les approches étaient en effet couvertes par l'ennemi.
Le 3 septembre, au milieu d'un brouillard épais, on fit les dispositions de la bataille où le sort de l'Allemagne allait être décidé. Jourdan, ne croyant rencontrer d'autre obstacle qu'une avant-garde, s'apprêtait à lui passer sur le corps; mais sa tête de colonne se heurta contre deux divisions que l'archiduc avait fait filer en avant de Wurtzbourg. En même temps sa gauche fut débordée et séparée de Lefebvre par divers corps qui franchirent le Moin sur tous les points. A onze heures, le brouillard s'étant dissipé, Jourdan reconnut que les impériaux étaient en forces doubles, que sa droite était vigoureusement contenue, que son centre allait être vivement assailli, et que sa gauche, menacée par une nombreuse cavalerie était compromise. Il était trop tard pour appeler Lefebvre sur le champ de bataille, il fallait donc renoncer à rentrer dans Wurtzbourg. On né combattit plus que pour assurer la retraite qui s'opéra heureusement sur Arnstcin sans que l'ennemi eût pu rompre ou entamer l'armée. Lefebvre la rejoignit par Arnbach et l'on continua à rétrograder en deux colonnes jusqu'à la Lahn ou Marceau se rendit par Nassau, Dictz et Limbourg.
On espérait encore défendre la Lahn; mais l'archiduc était déterminé à ne point laisser de relâche à l'armée française, à la rejeter audelà du Rhin , et à se rabattre ensuite surMoreau. Comme au début de la campagne, il menaça Vetzla etGiessen, puis, lorsqu'il eut attiré Jourdan, il se renforça d'un détachement de la garnison de Mayence et tomba en
masse à Dictz et Limbourg sur Marceau qui fut rompu. La ligne de la Lahn était perdue et la situation devenait délicate; la retraite sur Neuwied était interceptée, il fallait gagner la Sieg au risque d'y être prévenu. Marceau se dévoua au salut de l'armée, dont il assura la marche, en couvrant son ilanc droit et en disputant le terrain pied à pied à un ennemi supérieur en nombre et victorieux. En avant d'Altenkirchcn ce jeune général, dont / la courte carrière a jeté tant d'éclat, soutint un dernier choc durant lequel Jourdan se mit enfin hors de péril , mais qui lui coûta la vie. Atteint mortellement il tomba mourant entre les mains des impériaux.
Le lendemain l'armée rentra dans les retranchemens de Dusseldorf et repassa le Rhin. A peu de jours de là, les restes de Marceau furent remis aux avant-postes français, et les impériaux, de concert avec ses anciens compagnons d'armes, lui rendirent les derniers devoirs. Il fut inhumé à Coblentz au bruit des salves d'artillerie tirées en même temps des deux côtés du fleuve.
Jourdan, mécontent du Directoire qui avait refusé de lui porter secours par un mouvement de l'armée du Nord, donna sa démission et fut remplacé par Beurnonville.
OPfaUTIOHS M L'-VKMÉE DE RHIN -ET -MOSELLE.
Combat du pool de Mannheim (14 juin).-— Pauage du Rhin, prise du fort de Kebl (a 3).— Combat de Reochen ( j9).— De Frendeiuladt (3 juillet). — De Rastadt (6). —Bataille d'Esabngen (9). — Combat deCamladt («9).— Bataille de Nerejheim (1 1 aoûl).— Mouvement deMoreau (16 à iy) —De l'arcbiduc (16).— Invasion de la Ratière (a4). — Manœuvres de Moreau (Ier au 10 septembre).—Sa retraite. — Bataille de Biberacb(a octobre).— Occupation du val d'Enfer (11).— Bataille d'Emncdingen (19). — Candern et Scbiiengen (a3-a6).
Lorsque aux premiers inouvemens de l'armée de Sambre-et-Mcuse , l'archiduc courut à la Lahn, les victoires de l'armée d'Italie produisirent
une diversion plus importante; Wurmscr reçut l'ordre de se rendre dans le Tyrol avec 3o,ooo hommes d'élite : le reste de ses troupes , dont Latour prit le commandement se rapprocha da pont de Mannheim; Moreau les ayant fait attaquer les contraignit à se renfermer dans la place.
La rive gauche du Rhin était encore une fois libre d'ennemis, et le Directoire croyant Jourdan reufermé tout entier au-delà du fleuve, il enjoignit à Moreau de tenter le passage de vive force. Celui-ci continua ses démonstrations devant la tête du pont de Mannheim et, pondant ce temps, ses divisions filèrent à marches forcées jusqu'à Strasbourg. Là, dans la nuit du a3 au 24 juin, Desaix se mit à la tête de a5oo hommes qui s'embarquèrent et surprirent, avant le jour, le fort de Kehl; on le mit sur-le-champ en état de défense et l'on commença à Construire un pont qui fut achevé le a 5 à midi. Dès le soir 4o,ooo hommes étaient déployés sur le territoire allemand. Cette force fit fléchir en demi-cercle le cordon des impériaux; Condé et Frœhlich remontèrent les vallées du Rhin et de la Kintzig; les con tin gens de Souabe prirent position sur la crête des montagnes à Freud enstadt, et les Saxons se replièrent sur Sztarray qui rangea derrière la Rench environ i o,ooo hommes. Desaix courut à ce général , l'attaqua de front en débordant la gauche par Oberkirch , lui enleva 1 200 hommes et le poursuivit jusqu'à Biihl.
Cependant l'armée continuait à défiler. Saint-Cyr accourant du pont de Mannheim avait repris son rang de bataille. Le matériel , les bagages, la cavalerie et 5o,ooo hommes avaient franchi le Rhin ; il ne restait plus à l'autre rive que deux divisions postées : l'une au pont de Mannheim, l'autre à Huningue. Moreau , en groupant ses forces avec l'art dont le général eu chef de l'armée d'Italie venait de donner de si brillans exemples, pouvait écraser tour-à-tour ses adversaires, mais Moreau était méthodique , et il se borna à la stricte exécution des ordres du Directoire.
Le premier but était d'éloigner du Rhin le théâtre de la guerre afin de dégager Jourdan. Il fallait donc attirer l'archiduc dans la vallée du Neckar au-delà des Alpes de Souabe. Tandis queFerino occupe Biberach et Freibourg et assure les derrières de l'armée en contenant Frœhlich et Coudé, Saint-Cyr, après avoir déposté de Freudenstadt les troupes allemandes, se rend maître de la chaîne des Alpes, pousse un détachement jusqu'à Horb, sur le Neckar, et s'avance sur le sommet des hauteurs, parallèlement à Desaix, qui marche aux impériaux par la chaussée d'Hei-
Latour, s'étant porté au secours de Sztarray, a5,ooo hommes se préparaient à disputer le passage de la Murg. Desaix fit contre eux les mêmes dispositions qu'aux bords de la Rench; il engagea l'action à Uastadt
i.:o GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
et Kuppenlieim, pendant que sa droite tournait l'ennemi par Gernsbach. I^atour perdit 1 ooo hommes, et vida le champ de bataille pour rétrograder jusqu'à l'Alb où l'archiduc Tenait d'arriver.
Ce prince, ayant laissé entre le Mein et la Lahn le gros de son armée sous les ordres du général d'artillerie Warlcnslehen , amenait à Latour un renfort de 20,000 hommes.
L'Alb, comme la Murg, comme la Rend), tombe presque à* an*lc droit dans le Rhin , puisse repliant brusquement sur lui-même, h hauteur d'Oppenau, coule dans sa partie supérieure parallèlement au fleure; c'est donc une mauvaise ligne de défense puisque le progrès de la droite des assaillans a pour effet de la déborder. L'archiduc, ayant pris le com* mandement en chef, se résolut à l'offensive; il fit oeettper fortement le plateau qui domine les sources de l'Alb et, pivotant sur ce point d'appui, il déploya sa droite en avant pour éloigner les Français du fleuve et les acculer aux montagnes.
Cette combinaison eut d'abord du succès. D'Ettlingen an Rhin, l'en* nemi, débouchant dans la plaine, soutenu par une nombreuse cavalerie, réussit après de longs efforts à faire reculer Desaix jusqu'à Radstadt; mais Saint-Cyr parlant de Wildbad emporta l'épée à la main le plateâU qui flanquait la gauche des impériaux et menaça de le jeter dans le Rhin.
L'archiduc était plus compromis que l'armée républicaine; il n'avait point comme elle de réserves, et il pouvait, avec raison, craindre d'être resserré entre le Rhin et le Neckar de manière à perdre sa retraite sur Stuttgart; il évacua le champ debataiile pour prendre position à Pfortzheitn sur l'Enz, affluent du Neckar. Ce mouvement découvrant la route de Hcidelberg, Morcau appela à lui son extrême gauche qui pas*a le Rhin à Spire et le rejoignit à Ih uchsal. En même temps Ferino , poussa l'ennemi au-delà de Freibotirg, et dllornberg; la division de I/ibonlc, débouchant d'Huningur, poursuivit dans la direction de Stuhlingen, Wolf qui jusqu'alors l'avait contenu. Le prince Charles donna rendezvous sur le Danube à ses divisions du Haut-Rhin. Le demi-cercle qui s'était formé devant les Français au sortir de Kehl, se déployant parallèlement au Rhin pour pivoter ensuite sur l'aile gauche^ l'occasion d'un succès décisif se présentait encore. Morcau ne la saisit point; il s'étendit dans là même direction eu appuyant au Danube.
Sur ces entrefaites, les princes de Souabeet de Bavière traitèrent ateclû république. L'archiduc,affaibli de leurs contingent, se porta dePfortzheina à Stuttgart. Morcau le suivit pas à pas. Saint-Cyr entra dans Stuttgart et poussa jusqu'au Neckar. Son avant-garde trouva de la résistance aux ponts de Canstadt et d'Esslingen; mais, lorsqu'il se fut concentré pour une attaque plus sérieuse, les impériaux avaient abandonné la pos^ion,
el s'étaient engagés, pour traverser le Rauhc-Albe, dans les défilés que parcourent la Rems, la Fils et l'Emis. En même temps Frœhlich descendit la rive du Danube, Wolfse mit à côtoyer le lac de Constance, et Condé prit une direction intermédiaire par M indelheim cl Landsherg.
Sur 80 lieues de front, l'Allemagne était couverte de colonnes en marche; le prince autrichien, afin de surveiller les mouvemens sur sa droite, marchait avec le gros de ses forces par la route de Canstadt à Gemûnd. Mais Moreau, pour se lier avec Ferino, s'était distribue en sens inverse de son adversaire qui se trouvait poursuivi par la moindre des colonnes françaises, lieu profita pour la ralentir, et la contint d'à* bord à Gemûnd, puis sur les sommités de l'Albc, après quoi il prit position en avant duDanube de Nœrdlingcn à Ulm, occupant Aalen et Heidenheim.
Moreau, débouchaut à sa suite de Rauhc-Albc, avait déployé 45,ooo hommes au p:ed de ces monts sur un front de 8 lieues, la droite au-deli d'Hcidcnhcim; le centre en avaut de Nercshcim, et la gauche entre Neresheim et Nœrdlingen. Les impériaux en pareil nombre étaient rangés le dos au Danube. Il y avait presque analogie entre les deux positions: les Français avaient derrière eux les défilés qu'ils venaient de franchir, et les ennemis, le fleuve dont il s'agissait de défendre le passage. L'archiduc prit la téméraire résolution de livrer bataille dans le but de re* larder la jonction entre Moreau et Jourdan , alors très rapprochés. Il y avait de part et d'autre péril égal à tenter une de ces manœuvres hardies qui entraînent de grands résultats, et cette circonstance devait donner nu combat un caractère indécis; néanmoins il s'engagea vivement sur toute la ligne. Les impériaux parvinrent à séparer le centre et la gauche des Français en perçant jusqu'à Heidenheim . mais là se bornèrent leur succès, partout ailleurs ils trouvèrent une ferme résistance et, à la nuit, leur général, convaincu de l'inutilité d'un nouvel effort, passa les ponts du Dillingen et de Donauwerlh, les fit sauter et se retira derrière le Lcch où ayant rallié Frœhlich , Condé et ses renforts , il se trouva à la tête de Go, 000 hommes.
Cette journée n'eut point de conséquences. Moreau était à même de la rendre décisive. La rive gauche du Danube une fois déblayée, il pouvait se porter rapidement sur Jourdan mattre alors de Nurcnberg , et les deux armées réuuies eussent été dès «lors en position de dicter la paix au cabinet de Vienne. Mais les fatales instructions du Directoire lui près* clivaient d'opérer sur la rive droite; il n'osa pas prendre sur lui de les enfreindre, et dans le but de se porter sur le IjCch , il se mit à réparer les ponts détruits par l'ennemi. Au même moment Jourdan s'approchnit de la Naab; l'intervalle entre les deux armées républicaines n'avait point cessé de s'agrandir, et celle de Samhrc-ct-Meusc prêtait le flanc aux
forces de l'archiduc. On en a vu , dans le chapitre précédent, les funestes conséquences. Le prince saisit l'occasion avec une rare habileté. Pour masquer son mouvement et contenir Moreau , il laissa sur le Lech Latour avec 35,000 hommes, et prenant a5,ooo hommes d'élite, il passa le Danube en deux colonnes à Neubourg et Ingolstadt. Là, il apprit que Wartensleben avait reculé jusqu'à la Naab; il manœuvra alors par l'Aitmûhl et marcha sur le front de Bernadottc par Riedcnbourg, tandis que Hotze le tournait par Dictfurt et Bcilengries.
Moreau crut produire une diversion puissante en pénétranten Bavière. Il manqua encore d'inspiration. Ce n'était point Latour qu'il fallait menacer; c'était l'archiduc; il fallait le suivre sur le Pcgnitz, le refouler sur l'armée de Sambre-et-Meuse , et le prendre enlre deux feux.
Le passage du Lech fut vaillamment forcé sur trois points. Latour fut battu à Friedberg et poursuivi par les routes de Munich et de llalisbonne; mais ces succès n'eurent point de suites. Le prince loin d'en être ému se contenta d'envoyer d'Amberg le corps de Nauendorf pour raffermir Latour, et il n'hésita pas à se porter rapidement au Mein. Cependant Moreau continua à s'avancer eu Bavière. Sa droite et son centre flanqués par Desaix en position à Geisenfeld menaçaient Munich et Freising, quand Nauendorf entrant en ligne, attaqua Desaix et se fit battre complètement. Cet incident determiua le général en chef à revenir sur ses pas, et à pousser une forte reconnaissance de l'autre côté du Danube. Il se mit à cheval sur le fleuve, le centre à Ingolstadt, la gauche à Eichstadt, et la droite à Geisenfeld. C'est là qu'il apprit enfin la situation de Jourdan et de l'archiduc, c'est là qu'il prit le parti de rétrograder sur la rive droite du Danube.
Il battait en retraite avec 60,000 hommes. Latour eu avait environ 36,ooo, rien n'était donc compromis si l'on arrivait au Rhin avant que l'archiduc pût disposer de forces assez considérables pour barrer le passage. Cette seule considération suffisait à indiquer la route à suivre: c'était évidemment celle qui s'éloigne le plus de la Lahn ; Moreau rappela Desaix qui s'était avancé dans la direction de Nurnberg , et pour ne point perdre à l'attendre des momeus précieux, il lui prescrivit de se rendre à Neubourg où lui-même conduisit le centre. Cependant Latour conçut le dessein de rompre cette dernière colonne et de s'opposer par un coup hardi à la jonction des ailes, mais il aborda avec un trop petit nombre son adversaire , et se fit culbuter.
L'armée se mit sans obstacle en ligne sur la rive droite du Lech , et cette rivière franchie, elle prit en trois colonnes la route qui longe le Danube, celle d'Augsbourg et celle de Landsberg. Latour suivit pas à pas sa marche.
MORE AU (Jean-Victor),
Né ii Morlaix eo 1763. — Général en chef «le l'armée du Nord en 1794, — de l'armée de Rhlo-et-Mtnelle 1796, — del'arméedu Rhin en 1800. Tné en i8i3, le if> juillet, deiint Dretde dam le* rang* ennpiniv
•«retraite (1706).
Ulm n'était pas occupe. Desaix y jeta quelques troupes, et s'en servit un moment pour contenir la droite de l'ennemi. Aussitôt qu'il l'eut évacué, La tour détacha sur Tubingen le corps de Naucndorf pour ouvrir la communication avec la gauche du prince Charles commandée par Pctrasch et pour occuper Rothweil; en même temps il étendit sa gauche du cote de Schussenried dans le but de tourner Ferino et de le prévenir sur le lac de Constance.
II était nécessaire d'arrêter ces entreprises et de livrer bataille. Morcau concentra Desaix et Saint-Cyr autour du lac de Feder. Là il attend que son adversaire ait passé le Riss; lorsqu'il le voit déployé au-delà de la rivière, il court à lui, perce sa ligne, et entre dans Biberaeh, son unique débouché , et ne lui permet de se frayer passage qu'au prix de 4ooo prisonniers , 4ooo morts et blessés , et j 8 canons.
Après cette brillante victoire, Moreau était maître de rentrer à Strasbourg par la vallée de la Kintzig en écrasant Naucndorf et Pctrasch ou de continuer à suivre sa ligne de retraite : ce dernier parti lui parut moins hasardeux. Il dirigea ses convois et ses prisonniers le long du Rhin sur Huningue , après quoi il laissa Ferino, en arrière-garde à Tuttlingcn, et chargea Saint-Cyr d'ouvrir par Neusladt, la gorge du val d'Enfer, pendant que Desaix prit position à Rothweil pour attirer et retenir les corps impériaux. Saint-Cyr parvint à Freibourg saus rencontrer d'obstacle sérieux. Ferino d'abord, puis Desaix le suivirent, et l'armée entière se déploya dans la vallée du Rhin. De son côté l'archiduc accourait; déjà sa gauche après avoir replié les faibles postes laissés par Moreau en observation devant Manuheim, avait tenté d'enlever Kehl par un coup do main; repoussée avec vigueur par la garde nationale de Strasbourg, l'archiduc se mit lui-même en marche pour couper la retraite de Morcau.
Toutes les forces opposées étaient donc en présence; elles se rapprochèrent encore, Moreau pour dégager Kehl, l'archiduc pour couvrir les opérations du siège.
Les deux armées se heurtèrent à Emmendingcnet sur l'Elz,ct ce rude choc ne produisit rien de décisif; cependant les Français désespérant de rompre les impériaux , se replièrent à Freibourg, d'où Desaix se rendit à "Neuf Brisach; les deux autres corps reculèrent jusqu'à Huningue et passèrent le pont après avoir soutenu à Caudcrn et Schliengen de brillans combats.
Telle fut cette retraite qu'on a si diversement jugée. Si ta critique ne s'adresse qu'aux combinaisons stratégiques, il est indubitable que Moreau a commis une grande faute en ne liant poiut, dès le départ de l'archiduc, ses opérations à celles de l'armée de Sambre-et-Mcuse. Mais à la prendre isolément, une marche rétrograde de 3o lieues, sans magasins,
sans ressources, au milieu de populations ennemies , fait te plus grand honneur aux généraux et à l'armée qui l'ont exécutée sans perdre un en* lion et en remportant une victoire signalée.
Les deux armées d'Allemagne rejotées nu - delà du Rhin , le prince Charles se borna à suivre les sièges de Kohi, et de la tôle de pont d'Huuingue. Tout l'intérêt, de cette guerre qui avait embrassé un espace de deux cents lieues fut concentré aux bords de l'Adige; c'est delà qu'on attendit les coups décisifs, c'est sur Mouapartc seul que se portèrent les regards de la France et de l'Europe.
SUITB DES OPÉRATIONS DE LA AXÉE D'iTALIE.
Combats de la Coroiia (39 juillet). — De Salo (39-30). — UeSaloct Louato (3i). — Prise de Bretcia (irr août).— Comb.ils sur le Mincio (a).— De Sulo et Gavardo (»).-— Déblocus de Manloue (a).— Bataille de Ixmalo (3), — Bataille de Castigbooe (5). — Bataille de Roremlo {4 septembre). — Combat de Primolano (7).— Bataille de Bauauo (S). — Priae de Lcgvago par Wuranr (9V — CombaU de Cerca (n\ — De Vitlirupmta (■/). — Deuxième déblocus de Mautuue (i3). — Combat de Duc Castelli (t4). — Bataille de Saini-C.eorges (19). — Bataille de l-'onhiiiva ((> novembre). — Fris* de Trente par tes Autrichiens (<*>)— Batarlle de Catdiero (11). — Bataille <f Arcoie (i5, «6 et 17 novembre).
Bonaparte répara les désastres des années d'Allemagne. Il avait tiré des places du Milanais, qui toutes avaient capitulé, uu immeuse matériel, et il foudroyait les remparts de Mantouc, dont la réduction semblait prochaine, quand Wurmscr descendit des montagnes du Tyrol, à lu téle de 60 à 70,000 boni mes.
Seruricr commandait la division de siège (3 brigades, 8 à 10,000 hommes); il était couvert, i° par Sauret (a brigades, !\5oo hommes), qui occupait Salo, Gavardo, Teimini et Gazzano; a* parMassena (5 brigades, 1 5,ooo hommes) , dont les forces étaient ainsi échelonnées : &
CAMPAGNE DE i79ii. l35 ravam.garck, sou, Jonbert, 3 bataillons barraient, au pied de Monte- Mayone, la Roule de poste (/a Strada postale^ le reste de la brigade sur les bau eurs de la Corona; ia seconde hgne, une brigade en position sur le plateau de Rivoli; eu troisième ligne, une brigade à I embouchure du lasso e a Russolcogo, le surplus dans Vérone; 3- par Augcreau, revenu de J Italie centrale avec une partie de sa division, postée à Ronco et Leguago (aooo hommes, a brigades); 4- et par les réserves d'infanterie et de cavale sous Despiuois (47oo) et Kilmaine (,600), occupant Pescbiera et Valcggio.
Total général, environ 44,000 hommes. C'était l'ancienne année d'Ilahc renforcée par l'armée d,s Alpes, dont les faible divisions, sou. ^Uuguet Alenard, Macquart et Vaubois, tenaient garnison dans les vitl. s du Piémont et de la rive droite du Pô.
Ixs Francis, déduction laite du corps de siège, n'avaient que 34,ooo coinbûilans à opposer au premier eboe de l'armée impériale; l'Italie entière en attendait l'effet avec anxiété; ou osait à peine se livrer à l'esperance. Comment une poignée d'hommes pourrait-elle tenir contre les orces immenses qui s'avançaient et que l'on exagérait à dessein? La ^ qu'on avait cru saisir allait donc éebapper sans retour! Les
souverains ne dissimulaient ni leur joie, ni leurs projets, et leurs saires réveillaient le souvenir des désastres passés qui avaient 1 Italie le nom de (wnhmu des Français.
An bruit de la marebe de Wurmscr, Bonaparte quitte Milan pourporter son quartier général à Castel-Novo, où il arrive Le ao, juillet.
Dans cette journée, le feu s'ouvrit sur tous les points d'attaque; vers trois heures du matin, 8ooo bommos débouelwut par ki Rputc de poste (lu Strada postale) et la Route impériale {fa Strada impériale), tombé, ivnt sur 1 avant-garde tic Massûiu; Jonbert s'était couvert de quelques redoutes, mais imparfaitement. La difficulté des reconnaissances, dans un pays coupé , parmi des habitans affectionnés à l'Autriche, ne lui avait point permis de mesurer les forces adverses; il fut xlonc surpris: cependant la résistance fut héroïque. Un seul bataillon défendit, pendant eirM| heures, l'entrée delà Route de poste {la Slrada postale), et les postes de la Corona étaient encore intacts quand un eorps nombreux ■ayant tourné le revers extérieur du MontcbaUo, se montra du côté de Luuiiin, menaçant de passer le Tasso sur les derrières de la brigade française et de la prévenir à Rivoli; dès-lors Jonbert commença à battre en retraite. Au même instant un troisième corps, «débordant sur Ja rive gauche de l'Adige, les débris de la colonne engagée dans le défilé de Ja Route de poste {/a Strada postale) , se mit à la canouner à revers ; eue chercha à se retirer, mais elle /ut enveloppée et juniev^c. Ccrfl&aatre, de*
Ut GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
couvrant la rampe de Rivoli, fit craindre à Massena de ne pouvoirse maintenir sur le plateau; il ordonna un mouvement général en arrière, en se dirigeant vers les sources du Tartaro. De l'autre côté du lac, Saurct avait négligé la Kocca d'Anfo, trois divisions se déployèrent sans obstacle audelà du défilé; celle de droite, traversant le montSaint-Osetto, pointa sur Brescià, où elle entra sans brûler une amorce; le centre suivit la ebaussée jusqu a Gavardo; la gauche s'avança dans le val de Toscolano, en repliant les postes français. Sauret , vivement pressé , évacua Salo pour se retirer à Dezenzano, abandonnant Ciuyeu et une demi-brigade dans le bâtiment où elle était casernéc; enfin, à la gauche de l'Adigc, l'avant-gardc impériale s'avança par les hauteurs jusqu'aux glacis de Vérone.
Ces faits, dont les rapports arrivaient d'heure en heure au quartier général de Castcl-Novo, dévoilèrent les projets de Wurmser; rien n'avait été signalé à la droite de Vérone , l'attaque se déployait donc de Vérone à Brescia; elle prenait à revers les positions de l'armée française et tendait à la concentrer sur Mantoue.
Tel était, en effet, le plan du fcld-marc'chal ; il poussait son armée en trois corps, la gauche sous Davidowich ("i divisions, 12 à i5,ooo) par la chaussée du Tyrol, la droite sous Quasdanovich (3 divisions, ao,ooo) parcelle de Brescia, et le centre, qu'il conduisait en personne (/j divisions, 3a,ooo), entre le lac et l'Adige. 11 espérait replier les corps d'observation sur les divisions de siège, et décider du sort de l'Italie en une seule journée, sous les murs de Mantoue.
Bonaparte prit aussitôt quelques mesures; il rappela Augereau de Legnago à Roverbella , et le renforça d'une brigade et de deux bataillons du corps de Scruricr sous Dallcmagne; ces troupes passèrent sur-le-champ à la rive droite du Mincio.
Le 3o juillet l'action continua : la droite de Quasdanowich acheva de s'établir dans Brescia, le contre poussa jusqu'à Ponte San-Marco, la gauche combattit toute la journée sans succès à Salo, pour enlever Guycu qui, dénué de vivres, à peine pourvu de munitions, défendit, avec une constance admirable, uu bâtiment ouvert. Massena , continuant son mouvement rétrograde, évacua Vérone, et disputa le terrain pied à pied du Tartaro au Mincio.
La marche de Wurmser s'opérait donc victorieusement; on ne pouvait plus s'y opposer par une défensive directe, il fallait manœuvrer pour l'arrêter.
Mais Bonaparte avait déjà saisi le vice capital des combinaisons de son adversaire; il les déjoua par un de ces traits de génie qui étonnent autant par leur simplicité que par leurs grands résultats.
Le feld-maréchal porte ses trois colonnes concentriqucmcnt sur Man-
toue, mais la droite, séparée des deux autres par le lac de Garda, n'a point de secours a en attendre. Attaquée par la masse de l'armée française, elle doit plier sous le faix; et si, après l'avoir mise hors de combat, on se retourne contre le centre des impériaux, on a la chance de le prendre au dépourvu cherchant à la rallier, et de les aborder toujours à nombre égal; ce fut ce qui arriva, mais au prix de prodiges iuouïs de valeur et d'activité.
On sacrifia le siège de Mantouc , ses grands travaux , son riche matériel; on laissa au feld-maréchal la joie du premier succès, celle de délivrer et de ravitailler la place; et l'armée entière , se portant sur la gauche, courut à Quasdanowich , résolue à ne point lui laisser dépasser la pointe du lac de Garda.
Toute la journée du 3i et la nuit suivante furent consacrées à transporter les divisions françaises du Mincio à la Chiese. Pendant qu'elles débouchaient, Sauret et Dallemagne, devenus avant-garde , marchèrent, le premier sur Salo, le second sur Lonato, qu'il trouva occupé. Sauret chargea en flanc l'ennemi, toujours aux prises avec Guycu, et lui enleva Salo. Dallemagne éprouva plus de difficultés; mais les renforts arrivant, il mit enfin en déroute la division autrichienne, qui se relira fort affaiblie sur Gavardo, où elle rejoignit les troupes chassées de Salo.
Pendant la nuit, Scrurier enleva ses canons, détruisit les afïuts, et conduisit sa division à Bozzolo pour garder, à tout événement, la route de Crémone, et donner le change au feld-maréchal. Augcrcau, par la route dcCastiglionc, Masscna, par celle de Lonato, continuèrent à marcher sur Brescia.
Le Ier août, dans la matinée, Augercau parut aux portes de cette ville; la division ennemie ne la défendit pas, elle se hâta de gagner les positions de Saint -Osetto. Cependant Quasdanowich ayant appris que Sauret s'était retiré dès la veille à Dezenzano, rentra dans Salo; mais son corps d'armée, déjà presque désorganisé, n'inspirait plus à Bonaparte d'inquiétude sérieuse. Il fit poursuivre la droite par Despinois , à la tête de quelques bataillons; puis, chargeant Dallemagne et Guycu d'en finir avec le reste, il tint le surplus de ses forces prêt à se porter contre d'autres ennemis.
De l'autre côté Davidowich, la cavalerie et le matériel de Wurmser défilèrent par les ponts de Vérone, ou l'armée impériale se forma en trois colonnes, chacune d'environ i5,ooo hommes, qui se mirent en marche pour le Mincio : Bayalitsch par Peschicra, Lyplai sur Borghclto, et le feld-maréchal en personne sur*Mantoue.
Le lendemain , les deux premiers commencèrent à manœuvrer pour ouvrir la communication avec Quasdanowich. Bayalitsch, ayant mas-
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que Peschiera passa la rivière, Lyptai rétablit le pout qu'on avait fait sauter et entra dans Boi-ghetto; l'uo et l'autre poussèrent les arrière-gardes que Massena et Augereau avaient laissées sur le Miucio.
Wunnser fit à Mauloue une entrée triomphante à la vue des travaux abaodouués, du matériel détruit. A la nouvelle de la retraite de Serolier, il crut avoir jeté l'armée fraucaise au-delà de l'Oglio.
Pendant cette même journée, Guyeu, Dallcmagnc et Despinois furent constamment engages coutre Quasdanowich. Après une suite de combats partiels livres à Salo et à Gavardo et dans le val de Snbbia, oi| il éprouva de grandes pertes, le général ennemi replu le gros do ses divisions à Termini. Bonaparte touuà-faitrassuré sur sa gauche, ordonua à Massena et à Augereau de faire volte-face et de marcher au secours de leurs arrière-gardes toujours poussées par les deux colouuea opposées. L'une arriva en bon ordre à Lonato, Valette à la tête de l'autre se laissa rompre et abandonna aux impériaux la position de Castigliooe qui lui était indiquée comme point de ralliement. Les deux division françaises passèrent la nuit à Pouto-San-Marco et Monte Chiaro.
Ainsi se vérinaient les prévisions de Bonaparte. Quasdanowich réduit à la défensive ne sougeait plus qu'à s'affermir en attendant le secours du feld-maréchal ; Bayalitsch et Lyptai ne pouvaient le dégager qu'en écra* saut les ao.ooo hommes d'Augcreau et Massena. On avait le temps de les écraser eux-mêmes avant que Wunnser, tout entier à la joie d'occuper Mantouc et de poursuivre Scrurier, pût être détrompé.
Le 3 août, tandis que les détachemens de la gauche harcelaicut le camp de Termini , le général en chef douna l'ordre à Augereau de déT poster Lyptai, et lui-même conduisit Massena contre Bayalitsch. Celui-ci avait pris l'initiative, dès l'aube il avait culbulé l'avant-garde, fait pri^ sonnior Pijon qui la commandait et enlevé Lonato. Il s'étendait déjà sur sa droite attire par le canon de Quasdanowich qui se faisait entendre dans le val de Sabbia, quand Bonaparte, formant en colonne serrée, flanquée par un régiment de dragons, les 18e et 3ic demi -brigades, se jette sur sou centre et le rompt en deux tronçons; l'un fuit vers le Miucio, l'autre débordé par la colonne d'attaque cherche à gagner le lac c£ la route de Salo. Bonaparte lance à toute bride sou aide-de-camp Junote^ un régiment de cavalerie pour le charger en tête, et lui interdire le retour sur Dezenzano; en même temps, il le (ait poursuivre parmi corps d'infanterie. Junot tue de sa main six hulansct tombe grièvement blessé j mais son mouvement réussit, la colonne ennemie (4ooo hommes environ) est rejelcc sur Salo, puis apprenaut que cette ville est occupée par Guyeu, elle s'enfonce à l'aventure dans les montagnes.
Cependant Bonaparte se portait au secours d'Augcreau ; du côté de
Castiglionc, l'action était indécise, un premier effort avait replié Lyptai au-delà du ruisseau , uiais il s'y maintenait avec fermeté et les renforts arrivant de part et d'autre prolongeaient le combat; néanmoins quand Bonaparte parut, Lyptai s'était déjà mis en retraite pour gagner le Mincio.
Dans cette journée Quasdanowich perdit le camp de Termini,son dernier appui sur la Chiese.
On était aux prises depuis six jours et sans qu'on eût livre de bataille raugée, l'année impériale était affaiblie de moitié, en effet la droite ne comptait pluâ. Après avoir perdu 8 à 10,000 hommes, chassée de Termiui, menacée à revers par le Saiut-Osetto , elle repassa ( le l\ ) le délilé de la llocca d'Anfoj laissant disponibles les forces qui l'avaient désorganisée.
Wurinser était donc réduit à son centre et à sa gauche. Mais le centre avait laissé h Castiglioue et Lonalo 8ooo morts, blessés ou prison* niers, mais la gauche était en partie engagée sur la route de Crémone» De plus, en perdant la position de Castiglioue qui domine la plaine et couvre les avenues de Mautoue , ou s'était mis dans la nécessite de se rallier au Mincio. Celte circonstance décisive, comme on le verra tout» à-l'beure, laissait la division Scrurier libre de ses mouvemens.
On fit de part et d'autre les apprêts d'un engagement général, on était à nombre égal , mais il n'y avait plus de comparaison entre le moral des deux années. Bonaparte mit en outre de son côté la supériorité des maneeuvres.
Le 4 août tout s'ébranle pour prendre poste sur le champ de bataille, Bonaparte lui-même courut à sa gauche presser la marche de ses colonnes. Sur le soir, comme il entrait à Lonato où se trouvaient i aoo hommes, un parlementaire se présente lui annonçant l'approche de 4ooo im» périaux et le somme de déposer les armes.
C'étaient les débris de Bayalitsch et de Quadauowisch qui, n'ayant point trouvé d'issue à Salo et Gavardoi, avaient suivi le cours de La Chiese jusqu'à Ponte- Sa n-Marco, et tentaient un dernier effort pour s'ouvrir la route du Mincio. Bonaparte sans s émouvoir fait monter à cheval son état-major, puis appelant l'officier ennemi, a Vous êtes, lui dit-il, en « présence de l'armée française et du général en chef, vous avez 8 mi- « nutes pour vous rendre, passé ce délai, votre général n'a plus rien à « espérer.» Quelques instans après, les impériaux étaient prisonniers. A la suite de cet indicent périlleux, Bonaparte compléla les dispositions qui devaient achever la défaite de son adversaire.
Le but de Wurtnscr en livrant bataille était de culbuter l'armée fran^ çaise pour donner la main par sa droite à Quasdanowich qu'il supposait encore près du lac de Garda ; c 'était donc par la droite qu'il devait ma*
ihù GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
nœuvrcr. Bouapartc était résolu à favoriser cette tendance pour accabler la gauche.
Le 5 août, à la pointe du jour on prit les armes ; Wurmscr forma deux lignes d'un total de 3o à 35,ooo hommes; la gauche flanquée par la redoute de Mcdolano, le centre à Solferino, la droite dirigée vers Castcl- Venzago; il voyait devant lui les Français rangés aussi sur deux lignes d'environ 2 5,ooo hommes : au centre, Augcrcau couronnant les hauteurs en avant de Castiglionc; Masscna à gauche au-delà du ruisseau; à droite, Kilmaine s'étendant avec la réserve jusqu'à Mcdolc, mais ce n'était pas tout; la division Serurier que rien ne contenait plus à Marcaria (4 à 5ooo hommes), s'était mise en route à l'entrée de la nuit, pour déboucher par Gurdizzolo. Son arrivée devait être le signal de l'attaque. Ainsi celte armée qui semblait disposée à la défense était réellement destinée à opérer offensivement, à déborder par sa droite les derrières des ennemis, et à les détacher du Mincio. En attendant, Serurier, Augereau et Masscna, mirent en avant un rideau de tirailleurs que les premiers coups de feu suffirent à replier. Alors Masscna tout entier commença a rétrogader et Wurmser cédant aux apparences n'hésita pas à engager sa droite. A peine était-elle aux prises que le canon retentit du côté de Ca vriana : tout prit l'alarme à l'extrême gauche du feld-maréchal, et des cavaliers, lancés à toute bride, pénétrèrent jusqu'au quartier général que son escorte réussit difficilement à dégager. C'était la division Serurier qui se déployait en prenant à revers les positions de l'ennemi. Wurmscr n'a pas un moment à perdre pour l'arrêter, il se hâte de lui opposer sa seconde ligne, c'est ce que Bonaparte a prévu : il fait aussitôt battre la charge, tout s'élance à-la-fois, on enlève la redoute de Medolano , on croise la baïonnette , on est prêt de s'aborder. Les impériaux ne soutiennent pas le choc, ils fuient au-delà de la rivière, et ne sont préservés d'une entière destruction que par l'extrême fatigue des soldats républicains. Wurmscr n'avait point perdu plus de 3ooo hommes, il pouvait encore se maintenir sur le Mincio , et tenir la campagne; mais Bonaparte ne savait pas seulement remporter des victoires, il savait les rendre décisives en ne laissant pas reposer les années battues.
Dès le lendemain de la bataille, Masscna débouche de Peschiera : pour ne point perdre de temps à déblayer les portes qu'on avait murées, ses troupes se jettent du haut des remparts sur le détachement qui masque la place; ce corps n'avait pas encore donné, il se défend vaillamment, mais enfin il est rompu. Dans le même temps, Augcrcau ouvre un feu violent au pont de Borghctto. Wurmscr, déconcerté par tant de promptitude, renonce au Mincio, espérant se raffermir à Vérone et sur le plateau de Rivoli. 11 envoie à Quasdanowich l'ordre de conserver le défilé de la
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Rocca d'Anfo. Mais l'élan est donné d'une manière irrésistible, Massena se portant de Castel-Novo à Rivoli enlève l'arrièrc-garde de Bayalitsch(^); Augcreau passe à sa suite par Pesehiera; et Bonaparte en personne à la tête de la division Scrurier paraît sous Vérone ( 7 au soir ), fait enfoncer à coups de canon les portes de la place, et prend quantité de bagages et de conibatlans.
Quelques jours après (11), Massena s'établit à la Corona , l'épée à la main. Saint-Hilaire (i2)forca la Rocca d'Anfo,aprè&quoi il traversa victorieux l'espace entre la Cliiese et le lac , et prit possession de Riva. Enfin Augereau longeant la rive gauche de l'Adige couronna les hauteurs jusqu'à Ala.
Ces divers mouvemens replièrent Wunnser jusqu'à Trente et achevèrent de le désorganiser. Il avait perdu i5,ooo prisonniers, 6000 tués ou blessés et 70 canons. L'année française elle-même avait besoin de repos et les mêmes motifs qui avaient empêché Bonaparte de poursuivre Beaulieu le retinrent encore. Son premier soin fut de reformer le blocus de Mantoue. La garnison s'était empressée de détruire les travaux de siège et de faire rentrer dans la place les débris d'un matériel qu'il était impossible de remplacer. Pendant la retraite de l'armée de secours , elle s'était fortifiée dans le Scraglio ; elle occupait encore Governolo et Borgoforte lorsque les Français reparurent. Sahuguet enleva Governolo, Dallcmagne Borgoforte, puis, poussant les assiégés pied à pied, ils les renfermèrent dans les remparts, et la division de siège reprit ses positions à l'entrée des digues et autour de la citadelle.
La présence de Bonaparte à l'entrée des défilés du Tyrol, faisaut craindre sa jonction avec Moreau, le conseil aulique prescrivit à Wunnser de reprendre l'attaque pour reporter la guerre sur le Bas-Adige ou dans la plaine de Mantoue. Ses divisions réorganisées avaient reçu quelques renforts, il se trouvait à la tête de 5o à 60,000 hommes. Les Français , affaiblis par le feu, par les maladies , de quelques milliers d'hommes , n'avaient pu, malgré les vives instances de leur général réparer leurs pertes , et la proportion entre les deux armées était encore àpeu-près la même.
Le feld-maréchal laissa autour de Rovcrcdo Davidowich et deux divisions (prince de Reuss et Wukassewich ) fortes de 20 à 2 5, 000 hommes. Puis avec les trois divisions Meszaros, Sebottendorf, Quasdanowich et la réserve de la cavalerie (3o,ooo) il s'enfonça par sa gauche dans les gorges de la Brenta pour gagner Vicence et attaquer de front Vérone et Legnago.
De son côté, Bonaparte, ayant pressenti ce mouvement, s'était résolu à marcher en avant. Il plaça sur le Bas-Adige de Vérone à Legnago 3 à
4ooo hommes de la réserve sous Kilmaine , et donna l'ordre à Massena et a Augcrrau d'avancer par la chaussée du Tyrol, à Vaubois ( division Sauret réorganisée) par celle de la Chiese (en tout environ 3o,ooo hommes).
Ta division Beusa, campée à Mori, occupait, par une avant-garde, le pont de la Sarca, Wukasscwich était posté au défilé de San-Marco et à Roveredo : les réserves gardaient le défile de Caliano.
Le 4 septembre , ces positions furent abordées simultanément , l'avant» garde de Vaubois avait déjà forcé le passage de la Sarca , la division en* tière pénétra dans les retranchemens du prince de Reuss et poussa jusqu'à l'Adigc en face de Rovedcro.
Sur l'autre rive, Massena se jeta tête baissée dans le défilé de San- Marco. Bonaparte avait promptement conçu la tactique applicable à la nature du terrain. Pour vaincre ces masses d'infanterie, cavalerie et artillerie qu'on entasse dans d'étroits passages , il suffît de les ébranler. Dèslors tout s'embarrasse et le désordre est sans remède.
A San-Marco, les montagnes sont très rapprochées du fleuve, et l'intervalle était entièrement rempli par les impériaux. Bonaparte répand sur les hauteurs d'intrépides tirailleurs qui les harcèlent de leurs feux plongeant, puis, saisissant le moment, il lance sur la chaussée la 1 8e en colonne serrée par bataillons et le combat s'engage corps à corps. Au fort de la lutte, la cavalerie fournit une charge heureuse sur le flanc de l'ennemi qui se débande et ne s'arrête qu'à Roveredo. On le poursuit la baïonnette dans les reins. Victor avec la 18* entre au pas de course dans la rue principale et la balaie; en même temps, Bampon avec la 3a* circulant entre l'Adige et la ville, au moment où Vaubois paraît à la rive droite, précipite la retraite des vaincus.
Roveredo est évacué , il ne reste plus à Davidowich que le défilé de Caliano. Ici la route est plus resserrée encore qu'à San-Marco et l'entrée du défilé est fermée par le châtetu de la Pietra. Mais ces obstacles ne sont rien pour des soldats exercés à la guerre de montagne ; les uns se glissent sous la berge de l'Adige, tournent le château ; d'autres hissent sur les rochers une batterie qui le canonne à revers, il est enlevé. Aussitôt les vainqueurs débouchent sur la chaussée en colonnes serrées et culbutent les Autrichiens frappés d'effroi.
5o hussards, conduit, par Ijetnarrois, aide-de-camp du général en chef, traversent à toute bride la masse des fuyards, et , faisant face en tête, s'efforcent de l'arrêter; ils ne peuvent y réussir, mais cette tentative audacieuse est renouvelée par les guides et le 5" de dragons qui rompent les impériaux, leur enlèvent leur artillerie, leurs bagages et 4000 prisonniers.
Cette journée, à laquelle on a donué le nom de bataille de Roveredo,
CAMPAGNE DÈ i7<*. 14.1
livra aux Français l'entrée da Tyrol , elle coûtait k l'ennemi tout son matériel et 8 à 10,000 hommes hors decombat. Davidowich se hâta d'eva* cucr Trente et de se retirer sur l'Avisio.
Tje lendemain, l'armée prit possession de Trente. Le rideau qui voilait la marche de Wurmser avait disparu» Depuis deux jours* le feld-maréchal desrendait , formant une longue colonne , la chaussée de la Brenta. Déjà sa division d'avant-garde (Meszaros) avait débouché sur Vicenee et menaçait Vérone , tandis que le corps de bataille n'avait point dépassé Bas* sano. Il fallait, sans perdre de temps, courir à lui; deux partis se présentaient : rétrograder sur lu Bas-Adige pour recevoir une attaque de front sans aucune des chances qui résultent d'une combinaison imprévue, ou se jeter à sa suite et le surprendre par»dcrrière dans sa marche allongée. S'il faisait volte-face , MeszaroS était déjà trop loin pour prendre part à l'action, on l'abordait à nombre égal et il n'était plus permis d'élever de doute sur le succès; s'il suivait son avaut»garde, on l'acculait aux murs de Vérone ; s'il se rangeait sur a rive gauche de la Brenta, on le poursuivait jusqu'aux Alpes et la guerre s'éloignait de Mantoue.
La résolution de Bonaparte ne se fit pas attendre, maître de Trente, il conduisit Vaubois jusqu'à l'Avisio, fit enlever sons ses yeux l'arrière* garde de Davidowich , cl chargea son lieutenant de tenir en respect les débris de ce général»
. Le jour suivant , il emmena par Levico les divisions Augereau et Massena. Le 7, vers midi, on atteint une forte arrièitvgnrdc campée au défilé de Primolano (3 à 4000 hommes). Il y a là. comme à Cnliano, on château qui ferme la vallée; mais comme à Caliano, on s'en empare d'élan , on môt en désordre la colonne qui s'en appuie, on la devance par la tflte, on la force de déposer les armes. Le soir on s'arrête à Cismone.
L'armée n'était plus qu'à six lieues de Bassano où Wurmser l'attendait, croyant n'avoir point de meilleur parti à prendre que de se maintenir Slîf la Brenta.
Mcsaarosest rappelé, Quasdanowich te place en avant de la ville, la gauche appuyée à la rivière. Sebottendorf s'aligne à lui sur l'autre rive et six bataillons occupent un long défilé à l'entrée du champ de bataille. .
Ces dispositions n'arrôlent pas un instant l'armée française, le défilé est forcé avec la rapidité ordinaire. Augereau et Massena se déploient des deux côtes de la Brenta , le premier à gauche , le second à droite. Massena culbute Sebottendorf, enlève le pont et pénètre dans Bassano en même temps qu' Augereau , qui du premier choc a rompu Quasdano* wich. Les deux lieutenans du feld-maréchal ne peuvent plus se rejoindre; l'un , affaibli de 4000 hommes, se relire dans le Frioul, l'autre se
porte en toute hâte au-devant de Meszaros avec le quartier général et Wurmser en personne.
Les opérations étaient ouvertes depuis 5 à 6 jours, et le général ennemi , qui naguère commandait vers Rovercdo une armée de 5o à 60,000 hommes, se trouvait maintenant resserré entre la Brcnta et l'Adige avec environ 16,000 combattans. Le reste avait péri, s'était rendu ou fuyait sur les routes du Tyrol et de la Carinthic. Dans cette situation critique, Wurmser ne perdit point courage et sa résolution est digne de remarque. Il gagna rapidement l'Adige par Villanova et Arcole, cherchant à percer jusqu'à Mantoue. La fortune lui ménageait cette courte faveur. Par un hasard résultant d'un mouvement de garnisons, Legnago se trouvait sans défenseurs quand il s'y présenta. S'y établir, passer en sûreté l'Adige , à l'abri d'une aussi bonne tête de pont et donner quelques momens de repos à ses troupes harassées, étaient un succès auquel il était loin de s'attendre. Cependant l'armée entière s'ébranlait pour l'envelopper et lui interdire l'entrée de Mantoue. Augereau, par la route de Padouc ; Massena par Villanova , Arcole et Ronco , s'étaient élancés sur ses pas , tandis que Sahuguet avec la réserve du corps de siège et Kilmaine, à la tête de la garnison de Vérone, se portaient à Castellaro derrière la Molinella à cheval sur la chaussée.
Le vieux feld-maréchal fut encore assez heureux pour prévenir l'effet de ces combinaisons. Comme il sortait en colonne serrée de Legnago , Masseua partait de Ronco pour Sanguinctto, mais l'avant-gardc , au lieu de suivre tout entière la route directe, se divisa : la cavalerie prit par Anghiari , l'infanterie par Porcarizza.
Arrivée à Cerea, la cavalerie rencontra l'ennemi et commença le feu. Pijon y courut débouchant de Sanguiuetto; mais les impériaux avaient eu le temps de se déployer, les Français furent cernés et rompus; ils perdirent, outre les morts et blessés, 5oo prisonniers.
La chaussée était déblayée, Wurmser se porta rapidement au Tartaro; apprenant là que Castellaro était occupé, il appuya à gauche et gagna Viilimpenta où il passa la Molinella. En débouchant son avant-garde, il rencontra 5oo hommes que le général Charton amenait eu toute hâte de Mantoue pour rompre et défendre le pont et qui se firent hacher.
Une fois la Molinella franchie, il n'y avait plus d'obstacle à l'entrée de Mantoue. La division de siège commandée par Sahuguet , en l'absence de Seruricr, se replia sur la chaussée de Roverbella. Dans le même temps, Massena arriva à Castellaro ; son premier soin fut de s'étendre par sa droite pour communiquer avec Sahuguet et empêcher les impériaux de tenir la campagne; mais sa tête de colonne, au sortir de Due- Castclli , essuya un échec qui le contint sur la rive droite de la Moli-
CAMPAGNE DE 1796. ïUi
nella. Ce succi*s encouragea Wurmser à déployer ses forces (ao à a5;ooo) entre le faubourg Saint-Georges et la citadelle. Bonaparte attendit pour l'attaquer la réuuion de toutes ses divisions. Âugereau était resté en arrière pour investir Legnago dont la garnison (1600) capitula le même jour où Mantouc était débloquée. Aussitôt qu'il fut disponible, il se mit en marche pour le Mincio et prit position (le 16) à Governolo.
Trois jours après, tout était prêt pour la bataille. Bonaparte mit d'abord en mouvement ses deux ailes, Sahuguct à droite par Roverbella; Bon, remplaçant provisoirement Augereau, à gauche par Governolo, appuyant au Mincio. Wurmser, indécis entre ces deux démonstrations, se persuada enfin que Bon était suivi de toute l'armée, que Sahuguet faisait une fausse attaque, il manœuvra en conséquence; ses réserves s'avancèrent contre la division Augereau qui perdit du terrain. Cependant Massena, restant immobile au centre à Due-Castelli , envoya son avant-garde à Sahuguet, qui se mit à peser fortement sur la gauche du feld-maréchal. Celui-ci , croyant toute la ligne française aux prises, ne cessa de dégarnir son centre au profit de ses ailes. Lorsque Bonaparte le jugea partout engage, il lança Massena, en colonne serrée, droit sur Saint-Georges; c'était le moment décisif. Les impériaux, pliant sur tous les points, se réfugièrent dans Mantouc avec une perte de 3ooo prisonniers, 1 1 canons, et 2000 tués ou blessés.
Après cette journée, Wurmser ne passa plus la rive droite du Mincio, mais il se répandit dans le Seraglio, que Kilmainc lui enleva pied à pied au commencement d'octobre. Ce dernier général demeura chargé du blocus. Massena campa à Bassano, observant la Piavc; Augereau s'établit à Vérone, Vaubois était encore sur l'Avisio.
La cour de Vienne ne perdit point courage, elle mit sur pied de nouvelles armées.
Alvinzy rassembla, dans la Carinthic, /| 0,000 hommes; Davidowicq se réorganisa, arma les milices tyroliennes, et porta son corps à 18,000 hommes. Ces deux généraux reçurent l'ordre d'opérer offensivement' l'un par la chaussée de Vicence, l'autre en longeant l'Adige.
Dans les premiers jours de novembre, Alvinzy commença le mouvement dans le but d'ouvrir la communication par Bassano avec le Tyrol. Il passa la Piave en deux colonnes qui se portèrent, celle de droite sous Quasdanowich à Bassano, celle de gauche sous Provera à Citadella. A leur approche Massena recula jusqu'à Vicence, où Bonaparte courut le rejoindre avec Augereau et les réserves.
L'ennemi avait déjà passé la Brenta, ses avant-gardes se montraient à Ospital et Carmignano. Massena marcha contre Provera, renfonça et le rejeta sur Fontonina. Quasdanowich, sortant de Bassano, se déploya,
pensant atteindre par le flanc la division française; mais il se heurta contre Augercau qui , après avoir enlevé, perdu et repris Le Nove, le fit enfin reculer jusqu'à Bassano.
Cette journée fut meurtrière. Bonaparte attendait le lendemain pour suivre ce premier succès, forcer rentrée de Bassano, mettre Alvinzy hors de combat , et remonter par la Brcuta sur les derrières de Davidowich , mais des nouvelles inattendues le rappelèrent sur l'Adige.
Vaubois , averti des projets de son adversaire ,a vait pris l'initiative ; pendant deux jours (i et a décembre) il avait attaqué Saint-Michel et avait onfin échoué. Davidowich, à son tour, l'avait assailli et battu S'ir l'Avisio. 11 était à ce moment concentré aux défilés de Caliano; mais Trente étant tombé au pouvoir de l'ennemi, les milices tyroliennes, commandées par Laudon, s étaient portées sur la rive droite de l'Adigc à Torbolc, d'où elles menaçaient la Coron a alors entièrement dégarnie; Véroue allait se trouver compromis , et il était nécessaire de pourvoir à sa sûreté.
De toutes parts on s'ébranla pour prendre des positions nouvelles. Bonaparte abandonna le champ de bataille où il venait de vaincre. Alvinzy, qui avait déjà fait ses préparatifs pour repasser la Piave, revint sur ses pas; Joubert, avec quelques bataillons tirés de Mantouc, courut à la Corona; enfin Vaubois, qui depuis quarante-huit heures défendait victorieusement Caliano et la Pielra , les évacua soudainement pour reculer jusqu'à Rivoli. A peine y était-il établi, que Bonaparte alla passer eu revue sa division, lui fit de vifs reproches, et lui fit jurer de venger sa défaite. De ce coté la défense était assurée, restait à contenir AlvinEy au-delà de l'Adige.
Le champ d'opérations, sur ce fleuve, est limité entre Vérone et Legnago : au-dessus et au-dessous on rencontre des montagnes sans routes tracées, ou des marais impraticables. DansTintervallc entre les deux villes, l'Adige fait une légère courbure, dont la convexité est marquée par l'embouchure de l'Alpon, petite rivière qui descend des Alpes et qui coupe, à trois lieues de Vérone, la chaussée de Vicencc. En s étendant jusqu'à l'Alpou , on réduisait à l'espace entre Albare et Legnago la partie accessible du fleuve, ou plutôt on en interdisait le passage.
Mais Alvinzy avait déjà rangé son armée sur les hauteurs en arrière de Caldicro, il fallait avant tout le déposter. Bouaparte sortit de Vérone le 1 1 novembre au soir,etse porta àl'entrée de Caldicro; là, il fit reconnaître les impériaux; ils occupaient la montagne à partir d'un marais qui la sépara de fAdige jusqu'au village de Cologrola ; leur ligne, couverte de redoutes et de batteries, ne parut abordable que par la droite, où un mamelon la dominait; le lendemain, au jour, Masscna s ébranla par Lavagno pour a tourner. Les tirailleurs s'étant trop avancés furent enlevé* avant qu'on
pût les secourir et donnèrent leveil à l'ennemi; Alvinzy Ht occuper le mamelon et rendit sa droite inexpugnable. Toutefois, Augerenu enleva Caldiero, et le feu s'ouvrit sur toute la ligne, mais sans effet. Les Français ne gagnèrent rien sur les impériaux , ceux-ci essayèrent de charger. On bivouaqua chacun dans ses positions; la pluie avait contrarié les mouvcmens des Français, elle ne cessa pas de tomber pendant la nuit; au jour, Bonaparte ne croyant pas pouvoir, avec succès, renouveler l'attaque, rentra dans Vérone. Alvinzy poussa ses avant -postes jusqu'à Saint* Michel.
Tout semblait perdu : Vaubois, réduit à 8000 hommes, allait avoir à soutenir une attaque formidable, et au feld-maréchal victorieux, on n'opposait plus que 1 5 à 16,000 hommes. Enfin le corps de siège, comptant 8 à 9000 combat ta us, avait peine à contenir la garnison de Man* toue. Dans ce moment solennel, ni l'armée ni son général ne perdirent courage.
Bonaparte saisit, par un nouvel effort de génie, le côté vulnérable du feld-maréchal; pendant que celui-ci réunissait ses colonnes et se préparait à l'assaut de Vérone, les Français restèrent immobiles, ils passèrent dans l'attente les journées des i3 et i4« Le \l\ au soir, on prit les armes et l'on sortit en trois colonnes par la porte de Milan : l'émotion était grande. Battait-on en retraite? abandonnait-on l'Adige et Ma 11 toue? où allait-on s'arrêter? quelle ligne de défense trouverait-on en arrière, propre à contenir les deux généraux autrichiens une fois réunis? était-ce le Mincio tourné par Mantoue? était-ce l'Oglio ou l'Adda au cours trop étendu ? quitter l'Adige, c'était livrer l'Italie, c'était perdre le fruit de tant de victoires! Telles étaient les réflexions qui agitaient l'armée ; mais ce moment d'anxiété fut de courte durée. A peine hors de Vérone, la tête de colonne tourne à gauche, et l'on descend en silence les bords du fleuve jusqu'à Ronco, où un pont de bateaux vient d'être jeté : dès-lors le plan de Bonaparte se dévoile, et la confiance renaît dans tous les cœurs.
On n'a pu enlever de front ni tourner par la droite les hauteurs de Caldiero, on les tourne par la gauche. Les impériaux s'appuient de ce côté aux vastes marais qui s'étendent entre l'Alpon, l'Adige et les montagnes; mais ces marais sont accessibles; trois digues, partant de Ronco, les traversent : celle de droite conduit à l'embouchure de l'Alpon, celle du centre à Arcole et Vilianova, celle de gauche à Caldiero. Or, Alvinzy est en position sur la hauteur, ses réserves à Vilianova , ses avant-postes aux glacis de Vérone : on menace donc à-la-fois son flanc gauche et ses derrières. S'il marche sur la place, où Kilmaine est resté avec aooo hommes, on s'avauce par Porcil et Gombion, on le prend en queue, on l'accule aux remparts; s'il revieut sur Vilianova, il trouve sa réserve
m GUERRES DE LA REVOLUTION.
enlevée, sa retraite coupée, et on l'enferme entre les deux cours d'eau; enfin, si le combat s'engage dans les marais, il manque d'espace pour se déployer ; les têtes de colonnes seules peuvent s'aborder, et la valeur doit l'emporter sur le nombre.
L'armée, frappée de cette admirable combinaison , franchit avec ardeur le pont de Ronco; Massena, prenant la gauche, gagna Porcil où il s'établit sans obstacle. De là il apercevait Vérone et pouvait surveiller les mouvemens du feld- maréchal. Augercau s'engagea sur la digue d' Aréole dans le dessein d'occuper le village et de pousser jusqu à Villanova. Mais- au tiers de la route, à l'endroit où elle forme un coude, à partir duquel elle longe la rive droite de l'Alpon, son avant-garde fui accueillie par une vive fusillade qui l'arrêta tout court. Le général, surpris, s'avança au pas de charge à la tête de deux bataillons de grenadiers et, malgré le feu qu'essuyait son flanc droit, il parvint, en bon ordre, au pont d'Ar- . cole; c'est un petit pont de bois sans parapet long d'environ 3o pieds jusque-là bien ignoré et dont le nom est désormais impérissable.
Arrivé à l'entrée de ce court déGlé, la troupe tourne à droite et s'élance; mais une terrible décharge la force à reculer, elle se rompt et retourne précipitamment au coude d'où elle était partie.
Cependant Alvinzy était singulièrement ému de ce combat sur ses derrières. Il avait laissé sur l'Alpon un régiment de Croates pour observer la garnison de Legnago. Heureuse précaution dont on était loin de prévoir les conséquences. C'étaient ces mêmes Croates qui venaient de contenir vaillamment Augercau ; mais le fcld-maréchal avait peine à s'expliquer comment ils avaient pu être attaques ; était-ce par une patrouille de troupes légères aventurées dans le marais ou par suite d'une démonstration, prélude d'une sortie de Vérone? les doutes furent bientôt éclaircis; ses reconnaissances l'informèrent que Porcil était occupé par une division entière et Arcolc sérieusement menacé. Dès-lors il mesura le péril et se mit en devoir de repasser le pont de Villanova pendant que les divisions Mitrowski à droite, Provera à gauche, pour couvrir son mouvement, se portaient contre les deux colonnes françaises. A la vue des masses qui débouchaient sur eux , Massena et Augereau restèrent immobiles et laissèrent les généraux autrichiens défiler en entier sur les digues, après quoi ils les chargèrent avec fureur, les culbutèrent, couvrirent le marais de cadavres et firent un grand nombre de prisonniers. Augereau espéra profiter de l'élan pour enlever Arcole, il fut encore repoussé, l'attaque se renouvela et Bonaparte survint.
Impatient de tomber sur le flanc des impériaux, de les surprendre dans le désordre inévitable d'une retraite, il se jette au fort de la fusillade, il prend un drapeau, l'agite aux yeux des soldats et s'avance jusqu'au