‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 19 sur 120 · GÉNÉRAL BONAPARTE · texte numérisé non relu

GÉNÉRAL BONAPARTE

fit à Ajacrio !• i5 août i -('<). — Mnrt » Saiote-Hcl» M le 5 mai tSai. Bataille d'Aréole.

milieu du pont. Son exemple entraîne les moins résolus, on le suit tête baissée, on touche aux termes de tant d'efforts, quand une forte colonne d'impériaux se rue en masse sur les assaillans et les met en déroute. Bonaparte lui-même est entraîné par les fuyards : déjà Teuncmi le déborde et va l'entourer lorsqu'on s'écrie : a Sauvons le général ! » La troupe furieuse revient à la charge, déblaie le champ de bataille et le retire tout meurtri d'un terrain fangeux où il avait été précipité.

Sur ces entrefaites, Guyeu avec une brigade, parvint à Albare et prit à revers le poste si vivement dispute ; mais Alvinzy était en sûreté au-delà de l'Alpon , il avait perdu son importance, il ne fut point défendu. « Il était 4 heures , Arcole n'était plus qu'un point intermédiaire « entre le front des deux armées; le matin il était sur les derrières de a l'ennemi. L'armée impériale venait d'échapper à sa destruction; u toutefois de grands résultats avaient couronné cette journée. Caldicro a était évacué, Vérone délivré, deux divisions d'Alvinzy avaient été « défaites avec des pertes considérables; de nombreuses colonnes de « prisonniers, et grand nombre de trophées défilèrent au travers du « camp, et remplirent d'enthousiasme les soldats et les officiers.^» {Mémoires de Napoléon.)

Le lendemain, sur la nouvelle que la division Vaubois conservait sa position, on repassa le pont de Ronco. Les impériaux occupaient Porcil et Arcole et l'on se heurta de nouveau sur les digues. Selon la tactique qui avait si bien réussi à Augereau cl Massena , on laissa aux ennemis l'initiative ; entraînés par l'espoir de pénétrer jusqu'à l'Adige ils chargèrent à plusieurs reprises, on les attendit chaque fois de pied ferme, on les reçut à bout portant, on les fit reculer en leur faisant éprouver de grandes pertes. A la nuit on revint encore à Ronco. Joubert avait perdu Rivoli et s'était replié sur Vaubois. Mais Davidowich craignant d'attirer sur ses bras Bonaparte et toute l'armée, manœuvrait avec une extrême lenteur. On sut , le 17 au malin, qu'il n'avait pas attaqué Bussolengo ; on pouvait donc sans hésitation retourner au combat sur le champ de bataille si habilement choisi.

Cette fois Bonaparte résolut d'attirer encore Alvinzy sur les digues et de l'envelopper, en faisant filer Augereau sur Arcole par la rive gauche de l'A lpon. Tandis que ce dernier jetait un pont pour passer à Albare, Massena prit position sur la digue de Porcil , et une troisième colonne commandée par Robert, s'avança sur la digue du pont d'Arcole. Les impériaux profitèrent d'abord dcleursupériorité numérique, Massena plia, et Robert ayant été grièvement blessé, sa troupe fut repoussée jusqu'à l'Adige, poursuivie par trois mille Croates qui marchaient en bon ordre. Le moment était critique; quelques pas encore cette niasse pouvait saisir le

pont et disloquer l'armée. Bonaparte le fit rompre , il mit en embuscade dans un bosquet de saules, le long de la chaussée, la brave 3a* qui , sans s'émouvoir, laissa ces troupes défiler devant son front et se montrant brusquement, les chargea par le flanc et les culbuta de l'autre côté delà digue dans le marais où elles furent presque anéanties.

En même temps Massena, retrouvant toute son impétuosité , et Augcreau , achevant d'exécuter le mouvement qui menaçait les impériaux sur leurs derrières , Alvinzy se hata d'évacuer le marais.

La journée s'avançait; on apprenait que Vaubois était en retraite sur Castcl-Novo et Pcschiera. Il fallait en finir avec le feîd-marérhal ; ses pertes , pendant ce long combat , avaient été immenses et l'équilibre des forces étant rétabli, ou pouvait l'aborder en plaine.

Toute l'armée passa le pont d'Arcole et se forma, la gauche au village, la droite dans la direction de Legnago. Là les impériaux étaient flanques par l'Alpon et par un terrain marécageux couvert de roseaux. Une dernière action s'engagea dans ces positions nouvelles, le feu était ouvert sur toute la ligne sans avantage marqué, quand le canon se fit entendre Uir les derrières des ennemis; c'était la garnison de Legnago qui déboutait ayant tourné leur gauche. Dans le même moment vingt»cinq guides, qui se sont glisses sur leurs flancs à travers les roseaux, en sortent en sonnant la charge. Les impériaux se croyant enveloppés plient jusqu'à Villanova et se mctlcnt en pleine retraite par la route de Vicence.

Dans la matinée du 18, tandis que la cavalerie les poursuivait, Bonaparte rentra dans Vérone aux acclamations de la population entière. Sans perdre un instant , il dirigea Massena sur Castcl-Novo et Augereau sur Dolcc dans le but d'entourer Davidowich ; mais celui-ci, inspiré par l'expérience du génie entreprenant de son adversaire, se retira précipitamment, abandonnant un grand nombre de prisonniers.

L'armée impériale avait perdu de 20 à a5,ooo hommes, elle était encore une fois hors de combat ; cependant l'état des affaires d'Allemagne permit de la réorganiser, et après d'inutiles tentatives de négociations, les hostilités recommencèrent ; mais on touchait au dénoûment de ce grand drame qui tenait en suspens toute l'Europe.

OPERATIONS DE LARMEE D'iTALIE.

Cumbalsur l'AJigc(ia-t3 juiivitt'.— Bataille de Rivoli (i 4). —Passage de l'A «lige par Provora ( 1 3). — BataiMe de ta Favorite (i G). —Capitulation de Mao loue (9 février).

Bonaparte avait reçu quelques reo forts, il commandait cinq divisions d'un total de /|5,ooo hommes. Autour de Mantoue, Serurier : généraux de brigade Dumas, Dallemagne, Miollis, Bcaumont, Victor (5e, 6% 1 1% 12% 64* et 69e de ligne, 5e et ao" dragons, 10', a 5' chasseurs à cheval) : au centre Massena à Vérone : généraux de brigade Rampon , Monnicr, Leclerc, Brune (18% 3a% a 5% 7$' de ligne; i8r légère, 1" de cavalerie, 1 5* dragons.)

A droite à Ronco et I^gnago; Augercau : généraux de brigade Walther, Verdier, Guyeu, Point et Bon (4% 5o% 5f de ligne, 5* légère, 5' cavalerie, 9e dragons, 1" et 7* hussards ); à gauche, a la Gorona et Rivoli, Joubert : généraux de brigade Lcblay et Vial ( i/|% 33% 39% 85e de ligne, 4% 1 7% 22% 29' légère, 2a* chasseurs à cheval. )

Eufin la réserve à l'extrême gauche, à Dezenzano et Salo, Rey : généraux de brigade Murât, Guillaume et Baraguey-d'Hilliers (58* de ligue, 1 r et ia* légère, 8e dragons.)

L'armée ennemie, forte de 70,000 hommes sous Alviuzy, formait huit divisions et deux grands commandemens , l'un aux ordres du feld-maréchai (5o,ooo), l'autre sous Provera (20,000.)

Ce dernier devait agir indépendamment du général en chef, pénétrer dans Mantoue, dégager Wurmser, et passer avec lui sur la rive droite du Pô, dans le but de rallier l'armée que le pape mettait sur pied. Pendant ce temps, Alvinzy se chargeait de tenir en échec toute l'armée française.

Bonaparte apprit, à Bologne, les mouvemens des impériaux; ayant pourvu à la sûreté des Légations, il courut aussitôt à Vérone. Au moment de son arrivée, on était aux prises sur toute la ligne, depuis la Corona jusqu'à Lcgnago.

Massena culbutait, de la montagne de Caldiero, la division Bayalitsch; Augcreau soutenait à Bevilacqua, un fort engagement d'avant-garde; Joubert se maintenait à la Corona; rien n'était signalé sur la Chiese.

La véritable attaque n'était point démasquée, mais les prisonniers faits sur Bayalitsch appartenaient au corps de Provera, qui avait porté son principal effort sur la route de Legnago; on pouvait donc présumer qu'Alvinzy s'était borné à une démonstration contre Vérone, et qu'en quittant Bassano , il s'était porté soit dans le Tyrol , soit en seconde ligne à la suite de Provera. Selon cette conjecture, Massena devint disponible : Bonaparte le posta sur la rive droite de l'Adige, prêt à le lancer au besoin à Rivoli ou à Lcgnago. Rey reçut l'ordre de se rendre à Castel-Novo, et Murât celui de traverser le lac avec la brigade de Salo, pour se transporter au Montebaldo. La défense de Vérone fut confiée à une demi-brigade d'infanterie et à un régiment de cavalerie.

Les évènemens du lendemain justifièrent ces prévisions. Augcreau soutint une fusillade insignifiante; mais Joubert fut abordé par des forces considérables qui tournèrent le Montebaldo, et l'obligèrent ainsi, malgré cur peu de succès sur son front, à évacuer la Corona pour se replier à Rivoli.

Dès-lors il n'y avait plus d'incertitudes : Provera pouvait être chargé d'une opération secondaire sur le Bas-Adige; mais Alvinzy descendait du Tyrol, et il devait conduire l\o à 5o,ooo hommes. Bonaparte chargea Augcreau du soin de surveiller Provera; il mit à sa disposition la réserve de Massena et celle de Seruricr, et lui prescrivit de gagner du temps et d'éviter un engagement général. Ces dispositions prises pour la défense du Bas-Adige, il partit à l'entrée de la nuit avec le reste de la division Massena pour renforcer Joubert à Rivoli. Rey fut appelé sur le même point, et la 18e se détacha sur Garda pour surveiller les défilés du Montebaldo.

À la vue des feux de l'ennemi , Bonaparte pénétra ses desseins. Ils s'étendaient dans la vallée de l'Adige et du Tasso, depuis Dolce jusqu'à Lumini, dénotant une force de 45,ooo hommes : la droite ( 5 à 6ooo sous Lusignan), bivouaquant autour de Lumini, paraissait destinée à manœuvrer sur le Tasso, de manière à couper la retraite de la division française; la gauche campait sur les deux rives de l'Adige vers Dolce; elle se composait des corps de Quasdanowich, Wukassewich , de la cavalerie et l'artillerie de l'armée, qui devaient déboucher par la fameuse rampe de Rivoli.

La première de ces deux ailes avait trois à quatre lieues à faire avant de prendre sa place sur le champ de bataille ; la seconde ne pouvait y arriver que par une seule entrée couverte d'un retranchement; elles ne devaient donc l'une et l'autre y remplir qu'un rôle accessoire, sans liaison immédiate avec l'opération confiée au centre.

C'était, en effet, le centre qui devait livrer la bataille, formé en trois colonnes d'infanterie sous Ocskay à gauche, Kœblces au centre, Lyptai à droite (ao,ooo hommes); il se déployait entre la crête du Montemagnone et Trombalora. Les avant-postes couronnaient *dcjà la crête duj plateau de Rivoli, et l'on n'attendait que le jour pour engager l'action.

Ces mesures étaient bonnes dans la supposition de l'offensive. Joubert pouvait être enveloppé et enlevé, mais une attaque soudaine devait les déconcerter : Bonaparte la résolut sur-le-champ. 11 était trois heures du matin, et la lune éclairait les deux camps. La division Joubert prit les armes pour marcher à l'ennemi, elle était affaiblie de moitié, mais elle avait ce qui manquait aux impériaux, du canon et de la cavalerie; l'avantage du terrain achevait de rétablir l'équilibre.

Elle se forma dans l'ordre suivant : la 3c/ s'établit dans les retranchemeus qui formaient la rampe à droite, les 4", 17* et aa* légère sous Vial, soutenues par le 33* de ligne, s'avancèrent contre Ocskay, dans le but de le refouler sur la crête du Magnone plus élevée que le plateau; au centre la i4* et à gauche les 85* de ligne et age légère curent pour mission de culbuter Kœblœs et Lyptai, et de les contenir au-delà du Tasso ; la cavalerie fut placée en réserve.

L« succès complet de ce mouvement eût disloqué le centre d'Alvinzy, et par là même arrêté ses ailes, mais il fut d'abord contesté. La i4* descendit jusqu'au Tasso; Lebla) (85* et aç/) se mit en ligne en avant de Trombalora, et pendant que Vial, poussant vivement Ocksay, dépassa les défilés de la route impériale et se laissa entraîner par trop d'ardeur. Lyptai profita de son éloignement pour reprendre l'attaque; à l'aide d'un ravin, il rentra inopinément contre la 85% la mit en désordre, fit plier la 29' et revint dans Trombalora. La i4* était débordée, mais elle ne

bougea pas. Sa droite étant appuyée au Tasso, au moyen d'une conversion eu arrière, elle tint tête de tous côtés à l'ennemi, s obstinant à couvrir la retraite de Vial.

Là reposa pendant quelques iustans le sort de la journée: les impériaux firent de grands efforts pour rompre cette troupe intrépide et pour enlever son artillerie, ils furent sur le point d'y réussir; déjà les plus braves saisissaient les pièces, quand un cri de colère sortit des rangs : « i4*, laisserons-nous enlever nos canons I » À ces mois, un peloton de grenadiers s'élance et fait mordre la poussière aux téméraires assaillans.

Pendant que la 1 4" soutenait seule le combat, Vial, se repliant en deçà du défile, fît passer son infanterie légère en arrière de la 33e. Enfin Masscna déploya la 3a*. Bonaparte courut à lui , saisit cette demi-brigade déjà si illustre, la conduisit à gauche, rallia les 85' et ag% fit battre la charge et rentra dans Trombalora.

Ces divers engagemens avec le centre ennemi lui avaient enlevé beaucoup de inoude; en définitive , Lyptai ctKœblœs furent paralysés au-delà du Tasso; mais Ocskay, maître de la crête du Montemaguone, était prêt à descendre sur le plateau. D'un autre côté, Wukassewieh s'était étendu sur la rive gauche de l'Adige jusqu'à la Chiusa, et Quasdanowich, attiré par la fusillade de Trombalora, avait cru le moment arrivé de forcer l'entrée de la rampe. La 3q* fît une longue et sanglante résistance; enfin le feu d'une batterie, que Wukassewieh avait établie de l'autre côté du fleuve, la fit plier, elle abandonna ses redoutes, et la colonne ennemie commença à se déployer. Mais Bonaparte veillait à tout: il lança contre son front la cavalerie de Massena, qui veuait à peine d'arriver, il la fait menacer à gauche par la 3^'; et Joubert, peu soucieux du progrès que pourrait faire Ocskay, accourut du défilé de la route impériale avec 1 infanterie légère de Vial, tomba sur son flanc droit, et accabla de ses feux plongeans tout ce qui était encore entassé au fond du ravin.

Les impériaux ne résistèrent pas à cette Iriple attaque, ils furent rompus; i'A canons et aooo hommes, qui avaient déjà débouché, furent pris, le reste culbuté au bas de la rampe dans un désordre complet et au milieu d'un effroyable carnage.

Ce rude échec annula la droite d'Alvinzy, elle se mit immédiatement en retraite. Ocskay, qui de son côté avait fait quelques pas sur le plateau, se hâta de rétrograder.

Restait Lusiguau qui, depuis l'aube du jour, circulait le long du Tasso, autour du plateau, dans le but de s'y établir sur les derrières de l'armée française et d'intercepter la route de Vérone.

A Calcinatoil avait laissé un détachement pour masquer la 18e postée à Garda; à Orza il se heurta contre Rey arrivant de Castcl-Novo; obligé de

JOUBERT ( Barthélémy-Catherine ),

Né à Pou t- Je.Vnu x le 14 arril 1769. — Général en chef de l'armée de Hollande,— -de l'armée de Majeure, — de l'armée d'Italie en 1798. — Tné en 1799

Bataille de BJvol..

se diviser encore pour lui faire face , il parvint au plateau déjà fort affaibli. Toutefois, croyant sa présence décisive, il la signala par une décharge générale de mousqu*terie , mais ni ' le centre , ni la gauche n'étaient eu mesure de le seconder. Bonaparte lui opposa la 75* restée en réserve à Rivoli et la 1 8e qui, ayant écrasé le détachement dcCalcinato, s'était rendue en droite ligne sur le champ de bataille. Il fut repoussé; au même instant, Rcy se déployant par la gauche et menaçant sa retraite, il ne put maintenir sa division qui lâcha pied et déposa les armes.

La journée finissait, les ailes de l'armée impériale étaient hors de combat. Bonaparte prenait ses dispositions pour anéantir le centre quand il apprit que Provera avait passé l'Adige à Ànghiari ; il se mit sur-lechamp à la tête de la division Masscna et la porta sur Mantoue , laissant à Joubert le soin d'achever Alvinzy.

Le lendemain , Murât débarqué depuis vingt-quatre heures au-dessus de Garda , s'empara des défilés du Montcbaldo, et Joubert réussit à faire filer 1200 hommes par la crête du Montemagnonc, qui occupèrent le débouché de la route impériale, au pied de la Corona. Cependant il pousse les débris de Lyptai , Kœblœs et Ocskay jusqu'aux sources du Tasso. Là, trouvant toutes les issues fermées, ces troupes se débandèrent, 5ooo hommes furent faits prisonniers , un grand nombre périt en se précipitant des hauteurs de la Corona.

Le corps d'Àlvinzy était détruit , Provera n'eut pas une meilleure destinée. Ce général avait réussi à jeter un pont à Anghiari et à transporter au-delà du l'Adige 12 à 1 3,ooo hommes. Augercau au lieu déconcentrer la défense sur la Molinella , se porta contre son arrière-garde , détruisit le pont et s'attacha à ses pas. Provera parvint ainsi sans obstacle sous les retranchcinens de Saint-Georges, où il manqua de pénétrer par surprise. Mais le général français Miollis, ayant reçu l'éveil, se mit en défense et répondit à ses sommations à coups de canon. Il passa alors entre Saint- Georges et la citadelle et s'établit à la Favorite. Les ligues de circonvallation dont les assiégeans s'étaient entourés l'arrêtant , il remit l'attaque au lendemain et fit demander à Wurmser de le seconder par une sortie, mais le lendemain il avait sur les bras Bonaparte et ses deux infatigables lieutenans. Tandis que Scrurier contenait la garnison dans la place, Augercau déboucha par Castellaro sur ses derrières et Masscna par Roverbella, sur son flanc droit ; après une courte résistance il déposa les armes.

Mantoue n'ayant plus d'espoir d'être secourue, Wurmser capitula enfin le 2 février 1797; le siège avait duré 7 mois, la garnisou s'élevait encore à 20,000 hommes dont 12,000 combattans, 3o généraux, et le grand quartier-général de Wurmser; 7500 soldats étaient morts dans les hôpitaux, ou avaient été tués dans les différentes sorties. Les trois expéditions

tentées pour en faire le déblocus avaient désorganisé trois armées et coûtèrent à l'Autriche plus de 60,000 hommes. Le fcld-maréchal avait épuisé tous ses approvisionnemens , toutes ses munitions; il avait fait tuer et saler tous ses chevaux , dernière ressource pour alimenter sa nombreuse garnison.

Les Français entrèrent dans la place le 3 février. Scruricr, qui avait presque constamment commandé le siège , eut la gloire de recevoir 1 epee des vaincus.

Expédition contre le Pape.— Prise de Faenn (4 fcv.)— Prise d'Ancône (9) — Traité deTolentino(i<)).

Après la victoire de Castiglione, les évènemens politiques prirent une allure plus décidée dans le nord de l'Italie. L'état de Modène fit sa révolution , puis s'unissant aux villes de Reggio , Ferrare et Bologne, il adopta comme la Lombardie, la forme républicaine; on eut ainsi la république cispadanc , comprenant le Milanais et le duché de Mantoue , et la république transpadane composée des villes de la rive droite du Pô. La cour de Rome, abattue par les défaites de Wurmser, ne put opposer que de sourdes intrigues à ces changemens qui menaçaient son existence. Mais au moment où Alvinzy et Provera conçurent Je projet de délivrer Mantoue , et de jeter Wurmser avec a 5 à 3o,ooo hommes au centre des États-Romains, le pape mit lui-même une armée sur pied. Colli en prit le commandement , mais par malheur , elle entrait à peine en opérations lorsque les désastres des généraux autrichiens la livrèrent à la colère de Bonaparte. A peine la capitulation de Mantoue est-elle signée qu'il courut aux troupes papales, il les rencontra en avant de Faenza, les poussa en désordre jusqu'à Ancône, oii elles arrivèrent réduites de moitié et où il acheva de les détruire. Après quoi il prit possession de cette impor-

tan le forteresse et porta son quartier général à Tolcnlino. Là , les envoyés du sacré collège vinrent arrêter sa marche en souscrivant le traité qu'il voulut bien dicter.

L'Italie était conquise, mais l'Autriche victorieuse en Allemagne croyait pouvoir soutenir encore la lu lté.

Invasion des provint** impériales par l'armée d'Italie.— Marthe de Massena (10 au 18 mars).— De Joubert (10 mars au 5 avril). — Passage de U Pi ave (ia mars). — Bataille du Taglinmento (i 5). — Prise de Palma Nova (r;).— Combat de Tarvis (aa). — De Neumarkt (a avril). — Armistice de Leobcn (17).

L'archiduc fut appelé à la tête des débris d'Alvinzy, et l'on tira des armées d'Allemagne six belles divisions destinées à le mettre en état de reprendre l'offensive. Tandis qu'elles se rendaient, les unes (2), dans leTy* roi, les autres (4) à Salzbourg et Villach , dans la Carinthic, Bonaparte reçut le renfort de 3 divisions fournies par l'intérieur et les armées de Sambre-et-Meuse et de Rhin-et-Moselle. Le directoire, mieux avisé que le cabinet aulique, les avait fait fder à travers les cols des Alpes au milieu de l'hiver, et elles parvinrent sur l'Adigeà l'insu de l'ennemi.

L'armée française avait donc pour la première fois, et pour un moment bien court la supériorité du nombre : l'occasion était trop précieuse pour que Bonaparte pût la négliger.

L'archiduc en attendant la réunion de toutes ses forces , avait réparti celles qu'il avait sous la main en raisou des difficultés du terrain et de la saison. La principale colonne gardait la route la plus accessible, celle de la Carniole. La moindre était en position en avant des défilés de Tarvis et de Pontcba. La troisième occupait le Tyrol; l'arrivée des secours en marche devait rétablir l'équilibre entre les subdivisions, et c'é-

tait le moment attendu par le prince pour attaquer à-la-fois par les trois communications.

Bonaparte déjoua ce dessein eu prenant l'initiative par une de ces grandes combinaisons dont le secret lui était donné. Un mouvement général en avai;t fut prescrit à toute l'armée, de telle sorte que le centre ayant pénétré en Carinthie, les autres divisions durent se grouper autour de ce noyau pour descendre en masse le revers des Alpes carniques, et déboucher dans la vallée du Danube.

Massena fut chargé de mener battant les postes impériaux jusqu'à Tarvis et de s'y établir. Pendant ce temps Joubert à gauche, Bonaparte à droite se mirent en devoir d'entrer de vive force dans le Tyrol et la Carniolc, de dégager les chemins transversaux qui font communiquer ces deux provinces avec la Carinthie, et de se rabattre sur Massena. Ri I m aine resta dans le Milanais avec les dépôts pour tenir en respect les Vénitiens, et assurer la retraite.

Sur tous les points, le succès fut complet; Massena (i5,ooo hommes), renversa l'ennemi à Bcllunc , à Cadore, tourna la Piave et s'empara des cols de Ponteba à Tarvis; en même temps Joubert (a divisions 18,000 hommes ), chassa du Tyrol Laudon et Kerpen, les battit à Saint-Michel, à Clausen et à Miltcnwald, écrasa les renforts qui commençaient à se présenter, rejeta Laudon près des sources de l'Adige, et Kerpen audelà du Brenncr; après quoi il quitta à Brixcn la route d'inspruck et se porta par Licnz à Villach. EnGn Bonaparte (27,000 hommes, trois divisions, Guyeu , Scrurier, Bernadottc), refoula devant lui l'archiduc, passa, sans coup férir, la Piave et déploya ses trois divisions sur le Tagliamento que l'ennemi prétendait lui disputer. Bernadottc franchit le premier cette rivière en s'écriant: «Soldats de l'armée de Sambrc-ct-Meuse! l'armée ditalie vous contemple! » La cavalerie impériale fit d'inutiles efforts pour l'empêcher de se former sur la rive gauche, l'armée entière s'y établit , et poussa jusqu'à Palma-Nova.

Cependant l'archiduc, pour arrêter cet élan dont les conséquences sont trop évidentes, tente un mouvement contre Massena , il ordonne à Bayalitsch de gagner Tarvis en remontant la vallée de l'Isouzo, et luimême, abandonnant à une division la défense de la Carniole, se transporte par Laybach à Clagenfurth , d'où il se rabat aussi sur Tarvis. Ccst le moment décisif : le général républicain va se maintenir dans ses positions qui sont la clef de toute l'opération, ou se trouver pris entre deux feux.

L'archiduc l'aborde le premier, il réussit à s'emparer de Tarvis et se met en bataille hors de la ville, en attendant son lieutenant. Mais Massena ne lui laisse point le temps de s'affermir, il tombe sur la ligne avec

toute son impétuosité et après des prodiges de valeur, après un combat où les deux généraux en chef paient de leur personne, il finit par la rompre.

Pendant ce temps, Bayalitsch s'avance suivi de près par Guycu et Serurier que Bonaparte a lancés à sa poursuite par Udiue et Gorizia. Lorsqu'il débouche près de Tarvis, il se heu île contre la division victorieuse, et dépose les armes.

L'archiduc se retira à Clagenfurth , où il rappela sa gauche que Bcrnadotte avait suivie jusqu'à Laybach et qu'il poursuivit encore dans la Carinthie. Bientôt Bonaparte, après avoir fait capituler Trieste, se porta sur cette province où toute l'armée fut concentrée. Il s'attacha aux pas de son adversaire, le battit à Neumarkt, malgré l'arrivée des renforts, et pénétra jusqu'à Leoben.

On touchait aux portes de Vienne. La cour impériale consentit enfin à traiter de la paix, les préliminaires en furent signés le 17 avril.

orÉRvnons sur le rihn.

Perte de Kchl (9 janvier).— De la tête du pont d'IIumnguc (5 février). — Passage du Rliin à Nenwied

(18 avril).— Passage à Dierslieim (■* 1 avril).

L'armistice de Leoben mit fin aux opérations d'Allemagne. L'archiduc vainqueur avait assiégé à la fin de la campagne précédente, le fort de Kchl et la tête de pont d'IIuninguc. Ces places se rendirent après une longue et glorieuse résistance, et l'on se trouva, pour passer le Rhin, dans la même position qu'à la fin de 1 7q5.

Hoche, après avoir pacifié l'Ouest et tenté un débarquement en Irlande

que les vents contraires avaient fait échouer, fut appelé au commandement de l'armée de Sambrc-et-Meuse , forte encore de 70,000 hommes. Les impériaux ne lui opposaient que 40,000 hommes sous Werneck. Maître deDusseldorf et de Neuwied il pouvait à son gré attaquer sur Tune ou l'autre rive de la Sieg. Il ordonna à Championnet de faire une démonstration sur la rive droite pour attirer les impériaux qu'il se réservait de prendre en flanc en débouchant de Neuwied. Werneck, d'abord trompé, se porta sur Championnet; mais revenu de son erreur, il se retourna contre Hoche assez à temps pour recevoir la bataille avec des chances moins défavorables. Toutefois il la perdit , et se retira sur la Lahn affaibli de plus de 5ooo hommes.

Hoche manœuvra ensuite pour l'empêcher de rallier la garnison de Mayence; et pendant que sa droite poussait jusqu'à Francfort, lui-même parvint par Giessen aux bords de la Nidda. Rien ne paraissait devoir contrarier sa marche victorieuse, qu'il brûlait de poursuivre jusqu'au centre de l'Autriche, quand la paix l'arrêta.

Moreaueut à peine le temps de faire quelques pas au-delà du Rhin; il n'avait point de ponts, et il fut comme l'année précédente, dans la nécessité de surprendre le passage du fleuve. Cette opération se fit avec succès en face de Diersheim; l'on n'était pas encore affermi sur l'autre rive, quand l'ennemi attaqua et se fit battre; le mêmejjour Kehl se rendit. Le lendemain l'armée s'étendit au-delà de la Rench et le surlendemain les hostilités furent suspendues.

Le démembrement de la république de Venise, et le traité de Campo Formio furent les derniers évènemens de cette année.

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