‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 20 sur 120 · AFFAIRES D'ITALIE · texte numérisé non relu

AFFAIRES D'ITALIE

Paix de Campo-Formio (17 mai 1 797).— Politique de la république — Insurrection à Rome (37 décembre).— Révolution romaine (10 février 1798).

Une paix sérieuse entre l'Autriche et la France n'était pas encore possible. La lassitude faisait déposer les armes, mais on négociait moins un traité qu'un armistice, et Ton cherchait do part et d'autre à s'assurer une bonne ligne de démarcation. Le cabinet de Paris exigeait la remise de Mayencc, clef du nord de l'Allemagne; le conseil aulique demandait l'Adige et Mantouc. Cette dernière prétention, soutenue avec opiniâtreté, fit traîner les conférences en longueur. L'impatience gagna les directeurs; ils placèrent Hoche à la tête des deux armées d'Allemagne; ils défendirent à Bonaparte, plénipotentiaire de la république, de rien conclure avant de nouvelles instructions; ils songèrent à reprendre les hostilités. Mais

le conquérant de l'Italie, craignant de se voir enlever la gloire de donner à la France une paix vivement désirée , fit remettre aux diplomates impériaux son ultimatum et leur demanda une dernière entrevue. On lui opposa les objections d'usage, et, en les terminant par une insinuation personnelle , on l'autorisa à sortir de son caractère d'ambassadeur pour rentrer dans celui de général victorieux. 11 saisit quelques porcelaines, et les brisant avec colère, il s'écria que la guerre était déclarée, qu'avant trois mois il aurait brisé, comme ces vases fragiles, la monarchie autrichienne. Dès le lendemain le traité de Campo-Formio fut signé entre la république française et l'empereur d'Allemagne.

La maison d'Autriche renonçait à la Belgique et à la Lombard ie, elle peconnaissait la république Cisalpine , formée de la réunion de la Cispadane et de la Transpadane; elle évacuait Mayence, et l'empereur sanctionnait la prise de possession des provinces Rhénanes.

En compensation, Bonaparte livrait aux impériaux Venise même et les états vénitiens, à partir de l'Adigc; enfin l'on stipulait que les différends avec l'empire feraient l'objet d'un congrès qui devait se réunir à Rastadt.

Jamais, dans les temps modernes, on n'avait conquis une aussi glorieuse paix. La France l'accueillit avec ivresse, et le directoire ne se sentit point la force de refuser sa ratification au général qui n'avait pas plus hésité à se mettre au-dessus de ses ordres diplomatiques que de ses plans de campagne.

Le continent était désarmé, mais on avait fait d'inutiles tentatives pour traiter avec le cabinet britannique. Depuis la malencontreuse campagne du duc d'York, ses troupes de terre n'avaient point reparu dans les rangs de la coalition. Cependant la supériorité toujours croissante de sa marine lui avait permis de se transporter partout où elle pouvait porter à la France quelque funeste blessure. Les principaux établissemens de Plndc et des Antilles succombèrent sous ses coups, et le commerce anglais, ens'enrichissant de nos perles, put offrir au gouvernement d'immenses capitaux pour continuer la guerre et soudoyer de nouveaux ennemis.

La révolution n'était donc point en sûreté, à moins d'avoir mis l'Angleterre hors de combat, et d'avoir préparé en même temps, contre les trois puissances du nord , une diversion permanente propre à leur ôter la tentation de courir aux armes.

Le directoire entra pleinement dans ces vues. C'est, au reste, un des phénomènes les plus remarquables d'une grande révolution, que l'aptitude des hommes gu'elle produit à s'approprier les traditions qui, pendant une longue suite d'années, ont contribué à la gloire et a la prospérité nationales. Comme a ces époques les évènemens prennent un caractère

gigantesque, il arrive qu'en un court espace de temps, on voit 9 accomplir des faits qui eussent épuisé les efforts de plusieurs générations.

Depuis le règne de François I", la France, longtemps aux prises avec la maison d'Autriche, était parvenue, au moyen de ses alliances avec l'empire ottoman, les princes protestans du nord de l'Allemagne et le roi de Sardaignc, à s'attribuer les profits de cette longue lutte; Richelieu, Louis XTV, Louis XV lui-môme avaient successivement rapproché de sa dernière limite la frontière si indécise du nord et de l'est; l'Espagne et Naplcs, gouvernées par des Bourbons , avaient été soustraites à l'influença de Vienne; enfin, vers le milieu du xviii* siècle, de part et d'autre, on avait abandonné les anciennes maximes, et un rapprochement s'était opéré entre la cour de Versailles et le cabinet aulique.

Cependant l'état de dégradation de son gouvernement fit tourner contre la France cette dernière combinaison. Tandis que la vieille monarchie s'éteignait au sein d'une ignoble mollesse, l'Autriche, la Prusse, la Russie s'agrandirent aux dépens de la Pologne et de la Turquie. Leur ascendant s'étendit sur l'Europe entière, et lorsqu'elles se décidèrent à opposer la force des armes aux réformes politiques , la révolution se présenta sur le champ de bataille sans alliés; mais elle sut s'en passer; les armées de la république curent bientôt effacé les traces de l'incapacité des derniers rois. Les princes allemands et l'Italie manquaient à ses drapeaux; l'Allemagne jusqu'au Rhin fut conquise; la Lombardie, les Légations érigées en république neutralisèrent le Piémont et le midi de la Péninsule. Le traité de Campo-Formio consacra ces grands résultats, mais ils ne suffisaient pas; on voulait encore tout à-la-fois chercher l'Angleterre et prendre position contre le continent. Le renversement du gouvernement pontifical , l'invasion de la Suisse, les expéditions d'Irlande et d'Egypte, la guerre de Naples, furent les conséquences de cette politique qui donna lieu à la seconde coalition.

Après le traité de Tolentino, le directoire envoya a Rome, en qualité d'ambassadeur, le frère aîné de Bonaparte, Joseph , dont la présence fut le signal d'un redoublement d'intrigues en sens opposés. Le sacré collège, irrité à la vue du drapeau républicain, sollicita le souverain pontife de rompre encore une fois; d'un autre côté, les patriotes s'agitèrent, comptant, pour conquérir leur liberté, sur l'appui des Français.

Une insurrection, dont la police romaine eut le secret, et dont elle résolut de profiter pour tourner contre la légation le fanatisme de la populace, éclata le 27 décembre. Les conjurés arborèrent la cocarde tricolore, mais on s'attendait à leur mouvement, et les mesures étaient prises pour le réprimer. Quelques-uns d'entre eux cherchèrent un refuge au palais de Joseph : on les poursuivit, on fit feu dans ses cours. L'ain-

m GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

bassadeur sortit pour s'interposer, pour faire cesser le combat; mais les soldats du pape entourèrent et massacrèrent le général Duphot qui l'accompagnait, puis la fusillade s'engagea de plus belle. Dès le soir, Joseph demanda ses passeports, deux jours après il quitta Rome pour se rendre à Florence.

Le directoire ne laissa pas échapper l'occasion de révolutionner les États- Romains. Il détacha de la Cisalpine 18,000 hommes sous le général en chef Berthier et lui donna l'ordre de marcher sur la capitale. Bcrthier prit la route d'Ancônc et parvint sans obstacles sous les murs de Rome; il mit garnison dans le château Saint- Ange, sans que les troupes pontificales songeassent à se défendre. Sa présence fut le signal de l'établissement de la république romaine qui se modela sur les républiques démocratiques que le traité de Campo-Formio avait reconnues.

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