OPÉRATIONS EN ORIENT
Expédition dansleSaïd ( septembre).— Bataille de Sainanbout (a 3 janvier 1799).— Conquête du Saïd,— Prise de Qoseir (février, mars, avril). — Expédition de Syrie (6 février 1799). — Prise d'El-Aricb (9).— De Kan-Iounes (a*).— De Jafla (7 mars).— Siège d'Acre (ao).~ Premier assaut (a8).- Combat de Naiaretb(8aTril).~Batailledomont Tabor (16).— L'assaut d'Acre (7 mai).— Levée du siège (17). — Rentrée au Caire (19 juin). — Débarquement des Turcs (11 juillet). — Bataille d'Abouqir (a5).— Départ de Bonaparte (aa août). — Attaque de Suez, Qoseir, Dam ictte
(39 octobre). Convention d'EI-Arich (a5 janvier 1800).— Bataille d'Héliopolis (ao mars). — Sou*
mission du Caire (a;).— Mort de Klcber (14 juin). —Bataille de Canope (a 1 mars 1801).— Capitulation du Caire (a8 juillet).— D'Alwandrie (a7 septembre).
Cependant Desaix fit la conquête de la Hautc-Égypte (Saïd); les beys des Mameluks cédèrent à sa rare valeur, et les Arabes, frappés de son noble caractère, lui décernèrent le nom de Sultan-Juste.
Chasse du Faïoum, Mourad se retira près des ruines de Thèbes pour attendre un renfort d'Arabes de la Mecque et rallier à sa cause les beys de la haute vallée du Nil , jusque-là ses rivaux. Ces chefs étendaient leur pouvoir sur la route de Qoseir, la grande Oasis et la vallée d'Esneh ; mais c'était surtout du dehors que des nombreux renforts pouvaient arriver, et Qoseir étant le seul port qui établisse la communication entre l'Arabie et la Haute-Egypte, Thèbes, où aboutissent les chemins de Qoseir au Nil , était la clef des opérations.
Desaix avait résolu de s'y porter. Sa petite armée, renforcée de 1 5oo hommes, queDavout lui avait amenés du Caire, comptait 4 à 5ooo combattaus ; mais obligé de se ralentir pour ne point abandonner sa flottille , dont les vents contrariaient la marche , il fut prévenu par son adversaire.
Mourad ayant réuni toutes ses ressources, crut pouvoir reprendre l'at-
taquc. Au sortir de Samanhout , il se heurta contre les Français qui formèrent trois carres , l'infanterie aux ailes, la cavalerie au centre. Le bey essaya d'abord de les entamer; son infanterie profitant d'un canal à sec se glissa près d eux en tiraillant ; mais, avant que son feu eût atteint un seul homme, Dcsaîx lança sur elle un escadron et quelques compagnies d'élite qui la dispersèrent et s'emparèrent de Samanhout. Alors le combat devint général; l'ennemi chercha tout à-la-fois à rompre les carrés et à reprendre le village, mais il échoua sur tous les points. Enfin la cavalerie française à son tour s'ébranla pour charger les Mamelucks qui n'attendirent pas le choc. Beys et scheicks arabes s'enfoncèrent dans les vallées de Qoseir, d'Akmiii et d'Esneh. Mourad seul resta sur les bords du Nil.
Dcsaix ne négligea rien pour éloigner un chef si entreprenant ; il le poursuivit sans relâche en prenant position tour-à-tour à Thèbes,Esneh et Açouan. Il le rejeta enfin hors de l'Egypte, s'empara de l'île de Philœ et planta le drapeau français sur les rochers d'où tombent les cataractes du Ni).
Ainsi, la victoire de Samanhout livra la Haute-Egypte comme celle de Sedment avait livré leFaïoum. Les beys, coupés les uns des autres, furent réduits au rôle de chefs de partisans;ncanmoins il continuèrent la guerre avec une infatigable activité. Leurs efforts, désormais, tendaient à se réunir, comme ceux des généraux français à les tenir séparés. Malgré leur parfaite connaissance du terrain, il ne purent réussir à une jonction complète , et dans toutes les rencontres ils furcut battus.
Mourad s'enfonçaut dans le désert f par la rive droite du Nil, chercha à gagner Siout dont les siens venaient de s'emparer. Desaix courut sur ses pas, l'atteignit à Louqsor, dispersa sa troupe et le rejeta au-delà du fleuve accompagne seulement de i5o cavaliers. Sa déroute entraîna celle des partis d'Esneh qui, se portant à sa rencontre, furent assaillis et culbutés par les vainqueurs. Les succès de Desaix furent cette fois chèrement achetés; en se concentrant, il avait laissé à découvert sa flottille que les Arabes surprirent et brûlèrent en faisant prisonniers les équipages. Les Français, outrés de celte audace, ne tardèrent pas à en tirer une éclatante vengeance. Ils marchèrent sur Bcnoutoùles Arabes s'étaient retranchés avec leur capture, les anéantirent et délivrèrent les prisonniers. Puis, pour mettre fin à ces mouvemens qu'encourageait la communication avec l'Arabie, Desaix poussa jusqu'à la mer Rouge. Les beys se réunirent pour l'arrêter à Rir-el-Bar; il leur passa sur le corps, les dispersa dans le désert et s'empara de Qoseir. Ce dernier coup détruisit les espérances de Mourad. Renonçant à la Haute-Egypte, il traversa de sa personne les Oasis et le Faïoum pour se rendre dans le Delta, tandis que les détachemens de Bircl-Bar, suivant son mouvement sur l'autre rive, gagnèrent par le désert
l'Oasis de Scbabiar. Leur but était do se joindre au pacha de Rhodes dont la prochaine arrivée leur était annoncée. Ils pensaient entraîner avec eux la masse des Arabes ; mais il se heurtèrent presque seuls contre les troupes que Donaparle avait mises en mouvement, pour s opposer au débarquement de l'armée turque. Mourad, battu près des lacs de Natroûn, revint sur ses pas, et la colonne de la rive droite fut dispersée à Sebabiar.
La Porte s'était décidée à la guerre , et le pacha d'Acre avait été chargé d'envahir l'Egypte; mais Bonaparte s'était préparé à prévenir l'attaque et à la porter lui-même en Syrie. Vors la fin de l'hiver , pendant que Dcsaix poussait devant lui les débris de Mourad , l'armée d'expédition ouvrait sa marche. Elle se composait de quatre divisions d'infanterie : Reynicr commandait l'avant- garde(a 160), Kleber(3349),Lannes (2914)» Bon (2449), le corps de bataille : Murât la cavalerie (800), ce qui faisait, avec les troupes d'artillerie, génie, guides et dromadaires (2a 1 3), en tout 12,895.
Ce fut avec moins de 1 3,ooo hommes que Bonaparte s'enfonça sans hésitation dans les sables qui séparent l'Afrique de l'Asie. Il n'avait point, comme Alexandre, 11 ne flotte pour soutenir et approvisionner ses troupes; mais à peu de distance de l'Egypte , il comptait sur de vaillans alliés. Les montagnes de la Palestine , les bords du Jourdain , le Liban , sont habités par des peuplades chrétienues toujours prêtes à courir aux ar- 111 es. En s'appuyant sur elles, le précédent pacha' d'Acre s'était rendu indépendant de la Porte; mais sa famille désunie n'avait point hérité de son pouvoir, et son successeur , dont le nom se mêle d'une manière funeste à l'histoire de l'expédition, Achmet~Pacha-cl-Djezzar, sans être trèssoumis au sultan , était fidèle à la foi musulmane et tournait contre les chrétiens L'activité d'un caractère féroce. Cet homme sanguinaire avait répondu aux ouvertures du général en chef en faisant mettre à mort ses émissaires et en donnant asile à Ibrahim-Bey.
C'était lui que l'on cherchait d'abord. La capitale de sou pachalick était le premier but de l'armée. Pour y arriver, il faut traverser le désert, puis longer la côte en passant par El-Arich, Kan-Iouncs, Gaza, Jaffa et Haïfa. Ces places ont peu d'importance , les avant-postes du pacha ne pouvaient s'en faire des points d'appui assez imposans pour arrêter les Français. C'était donc un siège que l'on allait faire , un siège précédé de quelques coup3 de main. La difficulté de la route ne permettant pas de transporter par terre le matériel , une flottille le conduisait droit à Acre pendant que les troupes s'avançaient en côtoyant le rivage de la mer.
Acre une fois pris, Bonaparte avait dessein de soulever les populations chrétiennes soutenues par la terreur qu'inspirait Djezzar, de déboucher à leur tête au-delà du Liban et de s'emparer de Damas, centre de la dorot-
nation turque en Syrie. La campagne récente de l'armée égyptienne a justifié ces projets, et l'on sait maintenant que la prise d'Acre eût conduit les Français sous les murs de Constantinople.
El-Arich , Kan-Iounes , Gaza furent occupés sans grande résistance ; mais Jaffa ferma ses portes, on l'investit, on l'enleva d'assaut, on la livra au pillage. Neuf jours après , l'avant-garde chassa de Halfa un détachement de Mamelucks , et l'armée commença à se déployer autour de la place où les destinées de l'Asie étaient renfermées.
Comme on l'investissait, les équipages de siège, qui suivaient par mer le mouvement général, furent enlevés par la croisière du commodore anglais Sidney Smith, et Bonaparte eut] la douleur de voir ses canons augmenter l'armement de la place. Malgré cet échec, il se hâta de foire ouvrir la tranchée en couvrant ses opérations par des détachemens postés à Safed et Nazareth pour éclairer les débouchés du Liban et les routes de Damas.
Acre s'élève sur un promontoire lié au continent par une étroite langue de terre. Ce court intervalle était comblé par des travaux que les moyens de siège ordinaires eussent bientôt surmontés. Le cinquième jour de la tranchée, les pièces de campagne dont on fit usage à défaut de grosse artillerie, firent brèche, en peu d'heures, dans une tour carrée qui dominait le rempart, et Bonaparte plein d'espoir ordonna l'assaut. L'infanterie prit les aimes, et quinze sapeurs, pour reconnaître la brèche, se glissèrent hors de la tranchée. A peine avaient-ils fait quelques pas qu'un large fossé à revêtement en pierres les arrêta tout court. L'attaque fut suspendue : il fallut faire jouer la mine pour démolir la contrescarpe et s'avancer jusqu'à la brèche au milieu des débris. Malgré le feu de la place, on se mit à creuser un puits de mine que l'on crut achevé en trois jours. L'explosion renversa en effet un pan du mur extérieur, mais il en restait encore huit pieds. Néanmoins, une trentaine d'hommes se précipitèrent dans le fossé , le traversèrent, plantèrent une échelle au pied de la tour et montèrent à l'assaut, tandis que deux bataillons s'ébranlèrent pour les soutenir.
Il y eut alors une de ces complications fatales qui disposent souvent du succès. A la vue des échelles on crut dans la ville que tout était perdu; les Turcs s'enfuirent au port, Djezzar lui-même au milieu du tumulte s'embarqua. De leur côte, les assaillans perdirent l'officier qui les commandait, ils s'effrayèrent, ils revinrent sur leurs pas , ils firent rebrousser chemin à l'infanterie comme elle allait descendre la contrescarpe. Un momentencore la colonne engagée dans le fossé eût continué à se porter en avant; on se fût aperçu de la stupeur dont les ennemis étaient frappés et l'on eût saisi l'occasion qui ne se retrou?a plus. Telles sont les chances de la
KLEBER (Jean-Baptiste).
Né a Stra»lx>nrg en 1754 , géuéral de diviiion a l'armée de la Vendée. — Général en ehef de l'année
d'Egypte.— Mort au Caire le 14 juin 1800.
h ( 20 mars 1800.)
guerre : la mort d'un seul officier suffit pour sauver Acre et pour donner un autre cours à la fortune de Bonaparte.
Sur ces entrefaites , de nombreux rassembletnens furent signalés à Nahtous et sur les bords du lac de Tabarieh. Junot , à la tête de 5oo hommes, poussant une reconnaissance en avant de Nazareth, se heurta contre 3ooo Turcs. Il soutint vaillamment le choc et resta maître du champ de bataille. Kleber accourut le renforcer avec 2000 baïonnettes; leurs troupes réunies eurent, contre 7 à 8000 ennemis , un second engagement où la victoire ne fut pas douteuse. Cependant le nombre croissant des ennemis indiquait une entreprise sérieuse. C'était en effet le pacha de Damas, Abdallah, qui se dirigeait le long du Jourdain à la tête de 35 à 4o,ooo hommes. A ces nouvelles, Bonaparte se détacha du siège avec la division Bon qu'il conduisit à Nazareth. Il reconnut que le projet des Turcs était de se concentrer à Nablous, au sommet des montagnes de la Palestine, et de déboucher sur la côte sur sa ligne de retraite. Dans leur marche, ils lui prêtaient le flanc , et il se mit en mesure de les rompre avant de leur laisser al teindre le lieu de rendez-vous.
Tandis qu'ils descendaient en pleine confiance la rive droite du Jourdain , il envoya Murât à Safed sur leurs derrières avec ordre de s'emparer du pont de Jacob. Lui-même sortit de Nazareth pour prendre position sur le mont Tabor. En couronnant cette hauteur, il aperçut dans la plaine Kleber aux prises avec toute l'armée turque.
Ce brave général avait entrepris de surprendre le camp d'Abdallah ; mais le pacha , prévenu à temps, s'était mis sous les armes et avait commencé l'attaque. Depuis six heures, a à 3ooo Français, comme d'ordinaire formés en carré, contenaient une nuée de cavaliers et se défendaient intrépidement, couverts par un rempart de cadavres. A cette vue, Bonaparte partagea sa division en deux carrés qu'il dirigea de manière à enfermer l'ennemi dans un vaste triangle. Les soldats de Kleber, reconnaissant ces dispositions, firent entendre un cri de victoire. Bientôt les trois carrés vomirent un épouvantable feu et portèrent dans tous les sens de profondes atteintes à l'armée turque; en un clin-d'œil, elle se débanda, laissant sur le champ de bataille, son camp, ses bagages et un immense butin. Le plus grand nombre s'enfuit par la route de Damas et se fit écraser au pont de Jacob par le détachement de Murât , d'autres s'échappèrent en passant le Jourdain au-dessous du lac et en s'enfonçant dans le désert.
Une victoire si complète, si décisive, désorganisait pour long-temps Abdallah. Kleber resta dans la vallée du Jourdain pour le surveiller , et Bonaparte se rabattit sur la ville assiégée. Depuis son départ on avait continué à employer la mine pour faire sauter la contrescarpe et la tour
du rempart. On avait repoussé les sorties de Djczzar, on avait démoli les créneaux et démonté les batteries. Ces diverses circonstances sont le, prélude ordinaire de la réduction d'une place. Mais Acre reufermait un émigré français officier du génie. Ancien condisciple de Bonaparte, Philippeaux rivalisa dignement avec lui dans le siège où il perdit la vie. Il imagina d'opposer aux Français des lignes de contre-approche. On se livrait donc de part et d'autre une guerre souterraine dont le prix était la célèbre tour. La fortune paraissait se déclarer contre les Turcs, quoique, les travaux ne fussent pas encore achevés, lorsque des voiles furent signalées. Elles portaient ia,ooo hommes de nouvelles troupes envoyées par le pacha de Rhodes au secours de Djezzar. Il leur fallait au moins six heures pour débarquer et Bonaparte résolut de brusquer l'assaut.
On se loge sur le rempart; on descend dans la place; aoo hommes fraient le chemin à la division Lannes qui les suit ; le combat s'engage dans la ville avec un vif acharnement; mais les Français étaient épuises de fatigues et des troupes fraîches survenues du port firent pencher contre eux la balance. Lannes fut repoussé et les Turcs prirent à discrétion son aventureuse avant-garde.
Cependant on était resté maître de la brèche ; après deux jours de repos, Bonaparte essaya encore de dépasser le rempart , mais toutes les chances étaient désormais contre lui. L'opiniâtreté si connue des Turcs, lorsqu'ils défendent des retranchemens , redoubla après le succès. Ils avaient reçu un puissant renfort et l'armée de siège s'affaiblissait chaque jour. Pour comble de malheur, la peste se déclara dans le camp français» Le général en chef ordonna enfin de lever le siège. Il partit en jetant un coup-d'œil de regret sur l'Asie dont il espérait changer la face; mais la flotte réunie à Rhodes annonçait un prochain débarquement , il était, indispensable de rentrer en Egypte. Si l'expédition de Syrie n'avait poin^ eu l'immense résultat que Bonaparte s était promis, il avait du moins, abattu l'orgueil des pachas d'Acre et de Damas qui ne songèrent point à l'inquiéter. Sa retraite s opéra sans obstacle , et un mois après son départ d'Acre il fit sa rentrée au Caire.
Cette grande ville était restée calme pendant sa longue absence. Une police active et le soin qu'il prit d'agir sans cesse sur Timaginatiou mobile, de ses habitans la tinrent en respect. Tantôt on suspendait solennellement au minaret des mosquées les drapeaux enlevés à El-Arich, à Gaza; tantôt , on publiait en style oriental les bulletins de l'armée d'expédition, étrange prélude des bulletins de la grande armée. Voici dans quels termes la prise de Jaffa fut annoncée:
«Au nom de Dieu miséricordieux, clément, très saint, maître du c monde, qui fait de sa propriété ce qu'il veut, qui dispose de la victoire.^
a Voici le récit des grâces que Dieu Très-Haut a accordées à la repua blique française; aussi nous nous sommes emparé de Jaffa en Syrie.
aDjezzar avait l'intention de se rendre en Egypte, la demeure des pau-> a vrcs, avec les brigands arabes. Mais les décrets de Dieu détruisent les « ruses des hommes. Il voulait faire couler le sang , selon son usage bar- « bare, à cause de son orgueil et des mauvais principes qu'il a reçus des « Mamelucks et de son peu d'esprit ; il n'a pas pensé que tout vieut de « Dieu.
« Le a6 de ramazan, l'armée française cerna Jaffo. Le 37 , le général «en chef Ht faire des fossés, parce qu'il vit que la ville était garnie do « canons et renfermait beaucoup de monde. Le 29, le fossé était d'environ « 100 pieds de longueur. Le général en chef Ht placer les canons, les mor* « tiers et des batteries du côté de la mer pour arrêter ceux qui voudraient « sortir.
« Le jeudi, dernier jour de ramazan, le général en chef eut pitié des « habitans de Jaffa, il fit sommer le gouverneur. Pour toute réponse, « on arrêta l'envoyé , contre toutes les lois de la guerre et de Mahomet.
« A l'instant, la colère de Bonaparte éclata, il fit tirer le canon et les a bombes. En peu d'instans, le canon de Jaffa fut démonté. A midi, la « muraille avait une brèche. On donna l'assaut et en moins d'une heure « les Français eurent pris la ville et les forts. Les deux armées commencé» a rentà se battre. Les Français furent vainqueurs; lepillagedura toute la «nuit. Le vendredi, le général eut compassion des Égyptiens qui se « trouvaient à Jaflà. Pauvres et riches , il leur accorda le pardon et les « fit retourner avec honneur dans leur pays. Il en agit de même à l'égard « de ceux de Damas et d'Alep.
« Dans le combat plus de 4000 hommes de Djezzar furent tués par la « fusillade et l'arme blanche. Les Français perdirent peu de monde. 11 y « eut peu de blessés, ils pénétrèrent par le chemin du pont sans être vus. « O adorateurs de Dieu! Soumettez-vous à ses décrets , ne vous opposez « pas à sa volonté , observez ses commandemens. Sachez que le monde « est sa propriété et qu'il le donne à qui il veut. Sur ce, le salut et la ini- « séricorde de Dieu. »
Ces fêtes, ces récits frappaient d'admiration la population du Caire où nul ne songeait à se soustraire au pouvoir du Grand des Français, du sultan El-Kebir (le feu).
Cependant la Basse-Égypte fut troublée par l'imposture d'un Arabe qui descendit du désert escorte de quelques centaines de fanatiques et se donna pour l'ange El-Mohady, qui, selon le koran, se porte au secours des fidèles aux époques de grandes calamités. Cette multitude s'empara de Damanhour, et le bruit des miracles de l'ange qui promettait de préserver
m GUERRES DE LA REVOLUTION.
ses adhérons de l'atteinte des balles s'étant répandu , il eut bientôt réuni des milliers d'hommes. Une division marcha contre lui et dispersa sa troupe; on le prit et il fut passé par les armes.
Aussitôt de retour, Bonaparte fit fortifier les points accessibles de la côte. Junot avait pris position à El-Àrich pour observer Ibrahim et Djezzar ; d'autres détachemens se mirent en garde contre les incursions des Mamelucks. Ce furent ces mouvemens qui arrêtèrent Mourad et le chassèrent delà Basse-Égyptc. On dit que dans sa fuite il vint, à peine escorté, jusqu'aux Pyramides. Monté sur la plus élevée, il passa une journée entière à contempler le théâtre de sa gloire déchue. On l'aperçut, on avertit le général en chef qui sortit à la hâte, espéraut le saisir, mais il eut le temps de s'échapper et de gagner le Faïoum.
Bonaparte était préparé à tout événement lorsqu'il apprit que la flotte turque avait paru devant Alexandrie, que le pacha de Rhodes avec i5,ooo hommes avait pris terre, et que le fort d'Abouqir avait été investi et enlevé.
Au lieu de suivre ce premier succès , les Turcs se fortifiaient autour d'Abouqir, soit pour attendre le secours que Mourad leur avait promis, soit pour recevoir la bataille. Elle ne tarda pas à leur être livrée. Bonaparte accourut du Caire à Alexandrie avec deux divisions d'infanterie et la cavalerie. Ses colonnes d'attaque furent promptement formées et mises en mouvement.
Le front de l'armée ennemie était couvert par deux lignes non continues de retranchemens occupant dans toute sa largeur la presqu'île d'Abouqir. La première ligne tirait sa force de deux redoutes placées à ses extrémités, tandis qu'à la seconde, le principal ouvrage occupait le centre. Cette disposition ne manquait pas d'habileté ; mais le pacha, n'ayant point de retraite, s'était mis dans l'alternative de vaincre ou d'être anéanti. Bonaparte fit ses apprêts de manière à frapper des coups rapides et décisifs, à triompher de l'obstination de ses adversaires, derrière des retranchemens dont il venait de faire une si funeste expérience, enfin à leur ôter la faculté de se rembarquer.
L'armée française s'avança en trois colonnes : à droite Lannes, à gauche Lanusse, et entre eux la cavalerie de Murât. Le feu se soutint quelque temps sur toute la ligne; mais enfin Murât enfonça le centre que rien ne couvrait. Ses escadrons passant derrière les redoutes coupèrent la retraite aux troupes qu'au moment même l'infanterie faisait plier. Il y eut alors une horrible confusion : la plupart des Turcs se jetèrent à la mer et périrent dans les flots.
La première ligne détruite, restait à enlever la seconde; Lannes se chargea de donner l'assaut de la redoute , et Murât, prenant sa place à
droite, de culbuter l'infanterie qui la soutenait. Après une vive résistance, l'ennemi fut rompu ; on sauta dans les retranclicmeus; on parvint au milieu des centres du pacha, on le fit prisonnier avec tout son état-major. Il ne restait de son armée que /jooo hommes qui se renfermèrent dans le château et se rendirent après huit jours de bombardement.
La journée d'Aboukir fut le dernier exploit de Bouaparte en Orient. L'Europe entière avait pris les aimes. Depuis quatre mois elle était partout triomphante ; les désastres de la patrie rappelaient le vainqueur d'Arcolc. Il quitta l'Egypte après avoir désigné Kleber pour le remplacer au commandement en chef.
Avant de passer au récit de la campagne de 1 799 , nous croyons devoir terminer d'une manière sommaire ce qui est relatif à l'Orient. Le commandement de Kleber appartient à un nouvel ordre d'évènemens. Il s'agissait de se maintenir en Egypte, sans recru lemeut et saus secours, contre les efforts de la Porte et de l'Angleterre.
Le grand-vizir réunissait une armée; des partis occupaient Gazah ; la flotte turque tenait la mer, prête à jeter des troupes vers les bouches du Nil ; enfin des bâtimens anglais menaçaient Suez et Qoscir.
L'armée française avait essuyé des pertes; néanmoins sa position était bonne : Suez et Qoscir la couvraient sur la mer Rouge. El-Arich et Catien fermaient le désert du côté de l'Asie et des batteries étaient placées aux points abordables du littoral de la Méditerranée. Intérieurement Mourad était encore à la tête de ses Mamclucks. Ce chef infatigable exerçait une grande influence sur la population, qui se prêtait parlout à masquer ses marches; mais la crainte que lui inspirait le grand-vizir surpassait l'aversion qu'il ressentait pour les Français. A son approche il cessa d'agir en ennemi.
Sur ces entrefaites, les coalisés se montrèrent sur plusieurs poinls. Suez et Qoseir, attaqués par les Anglais, résistèrent victorieusement, et 8000 janissaires , débarqués à Damiettc, assaillis tète baissée par un millier d'hommes , perdirent 3ooo des leurs et se hâtèrent de regagner leurs vaisseaux.
Pendant ces démonstrations dont le but était de diviser la défense , le grand-vizir s'échelonna sur la frontière de la Syrie. Kleber, qui avait continué les communications que Bouaparte avait ouvertes avec le divan, se laissa entraîner dans une fâcheuse négociation pendant laquelle 011 lui prit El*Arick et qui se termina par la convention conclue sous le nom de ce fort. L'armée française, abandonnant l'Egypte, consentait à se replier sur Rosette, Alexandrie, Aboukir pour être transportée en Europe avec tous les honneurs de la guerre. Déjà ses garnisons avaient évacué Catich, Salehieh et Balbeis; déjà Kleber se préparait à sortir du Caire et à repas-
ser le ttil, lorsqu'il fut informé que les Anglais se refusaient à l'exécution du traité et demandaient que l'armée française déposât les armes.
On ne répond à de telles insolences que par la victoire, s'écrie le général! bientôt il est disposé à combattre. Cependant le grand-vizir s'approche du Caire à la tête de 80,000 hommes. Ibrahim - Bey et ses Marnelucks en font partie. Djezzar a refusé de les suivre. Mourad a traversé le désert et s'est rapproché des évènemens plutôt pour en cire témoin que pour y prendre part. L'avant-garde turque s'est retranchée dans les ruines dHéKopolis et l'armée s'étend jusqu'au Nil, quand Kleber, ayant laissé aooo hommes à la garde du Caire, déboucha de la ville avec 10,000 combattans et se porta au-devant de ses nombreux ennemis.
Cette héroïque poignée d'hommes enveloppe, rompt, sabre l'avant garde; après quoi, elle se précipite en masse sur le corps de bataille e t lui jporteun si rude coup qu'il ne peut s'en remettre. Les Turcs se dispersent, comme ces armées de la Bible que frappe l'ange exterminateur, abandonnant leurs canons et leurs immenses bagages.
Cependant Ibrahim , à la tête d'une nuée d'infanterie et de cavalerie irrégulières , s'était dirigé sur le Caire ; il s'était même heurté contre Kleber, mais le général français n'avait point voulu , pour contrarier son mouvement t le distraire de l'attaque principale. Il était donc entré dans la ville pendant la bataille et l'avait soulevée.
La garnison , réfugiée dans la citadelle et les forts, tint bon. A mesure que la déroute du grand-vizir rendit quelques troupes disponibles, elles se portèrent à son secours ; mais Kleber n'abandonna la poursuite des vaiqcus qu'après avoir enlevé à Belbeis leur arrière-garde et vu au-delà de Salehleh leurs débris s'enfoncer en désordre dans le désert. Il se rabattit alors sur la capitale qui était toujours en pleine insurrection et qui se défendit avec fureur; il la soumit toutefois, après en avoir forcé l'entrée sur tous les points.
Que poûvait-il craindre désormais? Sa petite armée, prise entre 60,000 combattais et une population soulevée de 2 à 3oo,ooo âmes, sortait victorieuse de ce double péril; la dispersion des forces du 'grand-vizir, la perte ô*e son matériel mettaient celui-ci pour long-temps hors d'état do rien entreprendre. Mourad, frappé d'admiration à la vue de tant d'habileté et d'audace, traitait avec les Français; enfin la levée des contributions de guerre, que la révolte du Caire avait autorisée, avait ramène l'abondance dans les camps. On savait que Bonaparte s'était emparé de la direction des affaires ; cet immense événement, en donnant un nouveau nerf à l'armée, achevait de disposer les habitans a une entière soumission. Kleber ne songea plus qu'à conserver l'Égypte; il donna à Mourad le conimAudcraem de Saïdc, puis il se recruta dans le pays; il enrôla les
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"noirs qUc Bonaparte avait demandes en Ethiopie et les esciaves Chtte $e»> mains devinrent de bons soldats.
L'année réorganisée , Klehcr se livra h l'administration, oïl il ne dêploya pas moins de talent que dans les affaires dé là guerre; déjà le pay^ prenait une faee nouvelle, quand le poignard d'un fanatique trancha ung vie sur laquelle reposait le salut de la colonie.
Le droit d'ancienneté appelait Mcnou à le remplacer; ce général prh) possession du commandement et, comme pour démontrer ce que peu^ l'inllueucc d'un seul homme , le gouvernement le confirma dans ce poste, alors si important.
Le grand-vizir ne pouvant plus rien par lui-môme , les Anglais réuni-, rent à Rhodes, sous les ordres de Ralph Ahercrombic, un corps d'armés destiné à opérer sur les bouches du Nil. Ils embarquèrent à Madras 5ooq soldats indiens pour les jeter à Qoscir. Les Turcs, ainsi appuyés, se dis-» posèrent à reparaître par l'isthme de Suez.
Les distances sur lesquelles on opérait, la divergence des lignes d'at* taque, demandaient aux ennemis beaucoup de temps. Mcnou aurait dû 1q mettre à profit pour être partout en mesure. Mais lorsque les voiles an« glo-turques parurent, rien n'était fait pour les repousser.
Ralph Abcrcrombie put débarquer à Aboukir, s'emparer du fort et sq retrancher comme lavait fait précédemment le pacha de Rhodes sans que cette expérience inspirât à Mcnou les moyens de lui faire obstacle.
Lorsque\mfin il se porta contre les ennemis, ceux-ci, forts de 17,009 hommes flanqués par des chaloupes canonnières et couverts de bonnes redoutes, restèrent maîtres du champ de bataille. Leur général perdit la, vie, mais les Français furent repliés dans Alexandrie.
Les Anglais les enfermèrent dans cette ville et rompirent les digues qui retiennent l'eau de la mer et laissent ordinairement à sec le laq Maréotis ; après quoi ils dirigèrent par Rosette , sur le Caire , une forte, colonne.
A leur approche, Belliard, gouverneur du Caire, concentra toutes les, forces françaises; Mourad lui-même se mit en mouvement pour le ro* joindre, mais atteint de la peste, il mourut à Benzioucf. D'un autre côté, le grand-vizir déboucha de la Syrie et les troupes indiennes arrivèrent à. Qoscir ou elles débarquèrent sans obstacle. Belliard , coupé du corps principal, entouré par 4 5, 000 hommes parmi lesquels le nombre de troui pes régulières excédait celui de sa troupe, forte au plus de 7 à 8000 coin* battans, Belliard consentit à une convention en vertu de laquelle il fut conduit en France avec tous les honneurs de la guerre.
Alexandrie seule tenait encore, les provinces étaient entièrement éva*
cuées. Les ennemis se mirent en devoir d'enlever à l'expédition française son dernier point d'appui; ils attaquèrent Menou qui se défendit avec vigueur; mais enfin il capitula sur les mêmes bases que BcUiard , et après trois ans d'occupation , î'Égypte fut perdue sans retour.
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CiMPAGNE DE 1799.