OPÉRATIONS DR LA RUEE DE RÉSERVE EN ITALIE
Pacage du grand Saint-Bernard.— Priie d'Ivrcc (14 mai). — Combat de Romano (30). — Passage duTeain (3i). — Entrée à Milan (a juin). — Passage du Pô 1 Crémone, Plaisance et BeJgiojoso (6 juin).— Bataille de Castcggio et Monlebello (8 juin).— Bataille de Marengo («).
Le plan de campagne recevait son exécution avec un plein succès ; en même temps que Mêlas s'engageait sur le versant maritime des Alpes, les armées impériales d'Allemagne battaient en retraite, et il existait entre l'extrême droite de l'armée d'Italie et la gauche de Kray un large espace, dont la garde était commise à quelques points fortifiés et surtout aux difficultés du terrain.
Cest dans cet intervalle que le premier consul, au moment le plus critique de )a campagne , fit glisser comme par miracle une armée de
60,000 hommes, à travers des défilés réputés inaccessibles. Jamais expédition ne fut mieux conçue et conduite avec plus de secret. Cette armée de réserve, dont on n'avait rassemblé à Dijon qu'un faible noyau et dont lus émissaires de l'ennemi pouvaient révoquer en doute l'existence, était bien réellement sur pied. Elle se composait d'une des divisions de Lecourbe, des corps que l'on avait placés sur le Haut-Rhin en présence du prince de Reuss, de la division qui, depuis le commencement des hostilités, occupaitle Valais, et des troupes de toutes armes, que de divers points de l'intérieur on avait fait filer sans bruit sur les rives du lac de Genève.
lies ingénieurs français avaient sondé tous les cols des Alpes, et l'on s'était arrêté au projet de pousser les deux divisions de droite par le Mont-Geuèvre, le Mont-Cenis , le petit Saint-Bernard ; de mettre toute la gauche sous les ordres de Moncey, pour déboucher parle Simplon et le Saint-Gothard; enfin de faire descendre le corps de bataille des sommets du grand Saint-Bernard.
C'est surtout de ce côté qu'on espérait surprendre l'ennemi; le val d'Aoste était à peine gardé. Les généraux autrichiens avaient pensé que 3ooo hommes postés à Cbàtillon, appuyés sur le fort de Bard , suffisaient à barrer le col du petit Saint-Beruard. Quant au grand Saint-Bernard, il était hors de toutes les prévisions de la guerre. Trois lieues de glaces et de neiges éternelles; un sentier rompu par des rochers, bordé d'un affreux précipice et toujours menacé par les avalanches, semblaient Tinter* dire à jamais à une armée pourvue de ses bagages et de son artillerie. Mais l'habileté des ingénieurs avait pourvu à tout: on avait creusé des troncs d'arbres pour y placer les canons, on avait disposé des brancards pour transporter pièce à pièce les caissons et les affûts. Ces apprêts terminés, Bonaparte se rendit à Genève, où il arriva le 8 mai; il apprit avec joie que le passage n'était pas impossible, et il donna sur toute la ligne l'ordre de mouvement.
Les troupes réunies autour du lac de Genève, furent organisées de la manière suivante : avant-garde, général Lannes deux brigades d'infanterie, une brigade de cavalerie; premier corps, général Duhesme, divisious Loison et Boudet, y compris deux escadrons de chasseurs; second corps, général Victor, divisions Chambarlhac et Chabran, y compris un régiment et un escadron de cavalerie; réserve de cavalerie, général Murât, cinq régimens de grosse cavalerie, trois régimens de cavalerie légère ; enfin, la légion italienne de Lecchi.
Cette masse, forte en tout de 3 5, 000 hommes, moins Chabran qui était déjà en partie au petit Saint-Bernard, s'entassa dans le Valais. Lannes, ouvrant la marche, s'engagea au sortir de Saint-Pierre dans le sentier glacé qui conduit au sommet de la montagne. On avait démonté les voitures des
convois, les soldats s'attelèrent gaîment aux traîneaux qui les transportaient, et Ton se mit à gravir l'escarpement. La musique militaire, les chants patriotiques faisaient retentir ces solitudes que le bruit delà guerre n'avait jamais troublées, et aux pas difficiles le tambour battait la charge. On parvint au bout de huit heures à l'hôpital, où l'on fit halte; Les religieux s empesèrent de distribuer à chaque homme des vivres et une forte ration de vin. Bientôt on se remit en marche et l'on atteignit la cime du mont. On descendit à la ramasse le revers extérieur dont la pente est moins rapide; on rallia une poignée d'hommes, on courut sur Aoste, on l'emporta et Ton s'y établit; tout cela était fait en quelques heures. Cependant le passage s'opérait sans discontinuer, il dura quatre jours; à mesure qu'on arrivait au chemin voitttrable, on remettait les canons sur affûls et l'on reprenait ses rangs. Dès le 19, Lannes fut en mesure d'assaillir le poste de Châtil Ion, de le culbuter et de pousser jusqu'à la petite ville de Bard. Ijc même jour, Bonaparte quitta Lausanne; le lendemain, il franchit le Saint-Bernard et porta le quartier-général à Aoste. A ce moment, l'année était arrêtée par le fort de Bard , bâti sur un rocher à pic qui ferme la vallée, et ne laisse d'autre issue que la ville dout la rue principale était enfilée par une batterie de aa pièces. Cet obstacle dont on n'avait poiut mesuré l'importance, était de nature à compromettre l'expédition. On reconnut que le fort était à l'abri d'un coup de main, et le commandant refusant ses portes, il fallut tourner la difficulté. On creusa d'abord dans le roc, hors de la porté de canon , un sentier ou plutôt un escalier, oit l'infanterie et la cavalerie purent défiler. Lannes le franchit aussitôt avec l'avant-garde et se porta sur Ivrée; puis, le fort tenant toujours malgré plusieurs assauts , on enveloppa de paille les roues des canons et des voitures, et pendant une nuit obscure (aa mai) on traversa la ville sous une grêle d'obus et de boulets, dont un seul pouvait déterminer une explosion terrible. On réussit sans accidenta dépasser le fort; Chabran resta pour en faire le siège, et l'armée sortant enfin de cette affreuse vallée, ne tarda pas à se formel* dans la plaine d'Ivrée.
Ni Mêlas, ni ses lieutenansne pénétrèrent les projets du premier consul. Ils crurent reconnaître de vaines démonstrations faites dans le but de dégager Suchet, et le feW-maréchal se contenta d'envoyer à Kakn Un renfort de 5ooo hommes d'élite. Le »3 mai, sur les nouveaux avis qui lui parvinrent, il partit pour le Piémont avec sa réserve forte de 6000 hommes, et ne tarda pas à rappeler Elsnirz.
Kaim avait envoyé 10,000 hommes au secours tfîvrèe, ofe était renfermée une garnison de $ooo hommes. Mais lis en étaieWt «rieorc loin , quand Lannes, après deux jours de combat, fit enfoncer à coujVs de haché les portes de la ville et y pénétra d'assaut.
A peine maître d'Ivrée, lavant-garde française s'élança sur la route de Turin; au bout de six jours, elle se heurta contre le secours autrichien qui venait de prendre position à Romano, derrière la ChtuseDa, dont lf pont était défendu par une batterie. La victoire fut brusquement décidée par un trait audacieux. Quelques compagnies d'infanterie se précipitérent dans la rivière, tournèrent le pont , prirent les pièces et déblayèrent le défilé où la colonne d'attaque se rua en masse; les impériaux rompus s'enfuirent à Chivasso d'où ils se replièrent jusqu'à Turin.
Lannes entra le jour suivant dans Chivasso; Bonaparte lui-même s'y rendit et donna l'ordre de jeter un pont sur le Pô. Dans le même moment, Turreau débouchait par le col de Suze. Mêlas crut que os double mouvement avait pour but d'investir Turin par les deux rives du Pô, il y porta son quartier-général et il se mit des deux côtés sur la dé. fensive. Mais ce n'était ni à Turin, ni au-delà du Pô que l'on voulait se rendre; on tendait à un but autrement décisif. L'armée entière fit un a gauche et s avança sur Verceil , flanquée à droite par Lannes qui longea le fleuve, et à gauche au pied des Alpes par la légion de Lecchi. On prit Yerceil, et le 3i mai on força à Turbigo et Bufalora le passage du Te. sin, que Laudon s'était hâté de couvrir avec une partie des réserves. Le même jour, Moncey arriva sans obstacle* à Bellinzona; le lendemain 9 Lannes enleva Pavie, et le surlendemain Bonaparte fit son entrée à Milan, dont le château fut sur-le-champ investi.
Son arrivée tenait du prodige. Les patriotes italiens, qui subissaient depuis un an une dure réaction, osaient à peine y croire. A la vue de lavant-garde française, leurs transports éclatèrent, et pendant ces scènes de délire Bonaparte parut! Quels souvenirs eussent adouci les heures de sa captivité, si l'ingénieuse cruauté de ses bourreaux n'avait pris soin de lui faire sentir à chaque instant ses fersi
Les prisons s'ouvrirent, les exilés rentrèrent, et la république Cisalpine fat aussitôt réorganisée. Laudon et Wukassovich «'enfuirent sous le canon de Mantoue, séparés de leur général en chef par un état surgissant hostile à l'Autriche et par une armée de 60,000 hommes.
Mêlas, pris entre le Pô et la mer, n'avait plus d'issue que par la rive droite du fleuve. On ne le laissa pas long-temps libre; on courut à fui ; ou s'occupa de délivrer Gènes dont on ignorait le sort.
Quatre jours après l'entrée à Milan, Murât marcha sur Plaisance, et Laines, avec lavant-garde, partit de BeJgiojoso pour se porter sur l'autre rive et saisir Stradella, position importante où la chaussée de Turin à Crémone par Alexandrie et Plaisance, au sortir de la plaine de Tortone, entre dans un long défilé, formé par les cultures qui bordent le Pô et par les prolongemens de l'Apennin.
2Aà GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
Le premier, après avoir inutilement tente d'enlever le ponl que l'ennemi avait jeté devant Plaisance, surprit le passage pendant la nuit un peu au-dessous de la ville, rallia une division qui venait de s'emparer de Crémone, attaqua les Autrichiens, leur fit 2000 prisonniers et les chassa jusqu'à Parme.
Le second, trouva la rive droite défendue par a à 3ooo hommes. Il les culbuta, leur fit des prisonniers et s'établit le lendemain sans combat à Stradella.
L'armée française se trouva de cette manière en possession des deux points de la rive droite où elle avait le plus de chances pour barrer la retraite de l'ennemi. Lannes se mit en communication avec Murât. Bonaparte laissa Moncey à Milan pour surveiller le Tésin et contenir Laudon et Wukassowich. Après quoi, il porta le quartier-général à Stradella.
Ce fut là seulement qu'on apprit la capitulation de Gênes. Maître de cette ville, Ott y avait laissé Hohenzollern avec une garnison de 1 0,000 hommes, et il s était hâté de descendre la Bocchctta à la tête de 18,000 hommes pour gagner Plaisance.
Le 8 juin , son avant-garde attaqua Lannes qui la repoussa, prit position avec 8000 hommes à Casteggio et Montebcllo , et , sachant contre qui il venait de se heurter, demanda des renforts. On lui envoya Victor, mais avant son arrivée le feu était ouvert sur tout le front des deux armées. Malgré l'infériorité du nombre, Lannes soutenait glorieusement le choc et au milieu du jour rien n'était décidé lorsque Victor survint. Le combat prit alors une nouvelle faee : cependant les impériaux rompirent une division française et commencèrent à gagner du terrain lorsqu'un bataillon, faisant ferme sur la chaussée, les arrêta, donna le temps de rallier les fuyards et de reprendre irrésistiblement l'attaque. Au bruit du canon, Napoléon accourut, mais la victoire était déjà assurée à ses deux beutenans. 3ooo morts, 6000 prisonniers en furent les trophées. Le général autrichien se replia sur Tortone où il jeta 2000 hommes et prolongea sa retraite jusqu'à la Bonn kl a.
La situation de l'armée impériale était cruelle. Pour gagner Plaisaucc il fallait écraser le gros de l'armée de réserve si avantageusement posté à Stradella. Pour s'appuyer sur Gênes , il fallait franchir les défilés de l'Apennin que Sucbet gardait avec 20,000 hommes. Enfin si l'on cherchait un passage par le Tésin et Milan, Turreau, Chabran, Moncey étaient là prêts à disputer pied à pied la route pour donner le temps au premier consul d'accourir.
Soit indécision, soit désir d'attirer son adversaire en plaine, afin d'utiliser sa belle cavalerie, Mêlas resta pendant trois jours immobile dans son camp d'Alexandrie. Durant les mêmes journées, les corps français
achevèrent de se former sur la rive droite du Pô, de s'y fortifier et de construire deux ponts. Ce fut alors que Desaix, à peine de retour d'Egypte, vint au quartier-général, impatient de prendre part à la bataille que l'on attendait; il fut accueilli avec joie et prit le commandement des deux divisions de la gauche.
Cependant l'inquiétude commençait à gagner le premier consul. Craignant de voir les impériaux lui échapper, il se porta d'abord sur laScrivia, puis à San-Giuliano. Là , ses éclaireurs se répandirent dans la plaine de Marcngo où ils n'aperçurent point d'ennemis. On était en doute si Mêlas marchait sur Gênes ou s'il n'avait point quitté Alexandrie. Desaix et Victor eurent ordre de pousser de fortes reconnaissances, le premier sur Novi, le second sur la Bormida. Celui-ci se heurta à Spinetta avec l'arrière-garde de Ott, forte de 5 à 4<>oo hommes; il la mil en déroute, et ses avant-postes, après l'avoir poursuivie jusqu'à la Bormida, no donnèrent point de nouvelles de Mêlas et ne découvrirent aucun indice d'une bataille prochaine.
L'armée passa la nuit : Victor à Marengo , Lan n es en arrière à droite, Desaix sur la gauche , à une demi-journée de marche de Bonaparte et les réserves à Torre-di-Garofoldo et sur la Scrivia.
Cependant l'armée impériale, encore j indécise, était tout entière audelà de la Bormida, où elle avait établi des ponts. Déduction faite des garnisons, elle ne comptait pas moins de 3 1,000 combattans. Dans cette même nuit, le général en chef et son conseil arrêtèrent avec transport la résolution de se frayer la route de Plaisance en passant sur le corps do leurs adversaires. Ils étaient supérieurs en nombre, surtout en cavalerie et artillerie. Ils avaient pour eux les souvenirs de l'année précédente et il s'agissait de vaincre ou de perdre l'Italie.
Le 14, dès l'aube, ils défilèrent sur trois ponts et portèrent les têtes de colonne de droite et du centre sur la route de Tortone.
La vaste plaine, où la querelle allait se vider, ne présente qu'un petit nombre de points d'appui : d'abord à mille toises de la Bormida et à trois quarts de lieue l'un de l'autre, les villages de Marengo et de Castcl-Ceriolo, tous deux couverts par un ruisseau parallèle à la rivière ; puis, deux lieues plus loin, San-Giuliano, puis encore, deux lieues au-delà, la Scrivia que l'on passe à Torre-di-Garofoldo; en avant de Tortone, et à Sale près do son confluent.
De part et d'autre, on se forma sur le ravin et vers 8 heures, le feu s'alluma avec une grande activité. A la vivacité de la canonnade, Bonaparte reconnut que la journée décisive était enfin venue. Loin de s'y attendre, il n'avait songé qu'à garder en même temps les routes divergentes de Gênes et d'Alexandrie. A peine lui restait-il 18,000 hommes dans la plaine où se
m GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
répandaient toutes les forces de Mêlas , dont aucun indice ne dévoilait le plan.
Jamais peut-être plus grand përil n'inspira de plus habiles dispositions. Il ne tarda pas à savoir que deux lignes s'étaient déployées devant Marengo cherchant surtout à peser sur la droite de Victor. Il sut que la colonne de gauche commandée par Elsnitz, laissant de côté Castel- Ceriolo, manœuvrait de manière à déborder les deux divisions françaises. Dès-lors il comprit que son adversaire voulait dégager la route de Tortone, pénétrer jusqu'à Torre-di-Garofoldo , enfin jeter l'armée de réserve dans les montagnes où elle eût été très gênée, et, pour déjouer ce dessein, H lui suffit de changer à-la-fois la ligne de retraite et l'ordre de la bataille.
Les 1 8,000 hommes étaient échelonnés : la gauche en tétede Marengo à la Scrivia, ayant pour retraite le pont en avant de Tortone et la grande route de Plaisance. Il résolut de ranger l'armée entière (a8,ooo) par échelons de Castel-Ceriolo à San-Giuliano, la droite en avant, et de lui donner pour retraite le pont de Sale, d'où l'on peut gagner directement Voghera. Au moyen de cette belle et simple combinaison, Dosaix arrivant de Rivalla , reprenait naturellement son rang et l'on débordait la gauche de l'ennemi, tandis que sa droite, obtenant les premiers succès , frappait à vide.
Tout s'ébranla pour prendre position. L'une des divisions de la gauche, restée en réserve sous Garra-Saint-Cyr, marcha sur Castel-Ceriolo ; les grenadiers à pied de la garde consulaire (900) passèrent à la droite de La nues, et Bonaparte lui •même, avec sjoii escorte et son état-major, se porta en première ligne. Desaix avait déjà reçu l'ordre de se rendre au pas de course à San-Giuliano.
Dans ce momeot, Victor, après avoir perdu et repris plusieurs fois Marengo, constamment assailli par des troupes fraîches, avait fini par plier. Ses divisions à demi-détruites, débordées, enveloppées de toutes parts , venaient de lâcher pied et les fuyards se dispersaient dans les vignes entre Marengo et San-Giuliano. La bataille reposait sur I^annes qui , s'étant développé pour soutenir Victor, avait attiré à lui le centre des impériaux. La déroute de son collègue le compromettait à son tour. Sa gauche était découverte et la cavalerie d'Elsnitz se préparait à la charger par la droite sur ses derrières.
A l'apparition du premier consul , tout changea de face. Elle produisit l'effet magique qui pendant quatorze ans a enfanté tant de prodiges; ou ne douta plus du succès. Les troupes de Victor se rallièrent surSan-Giuliano, les grenadiers de la garde, se formant en carré à l'extrême droite, le flanquèrent sur la pointe de Elsnitz qui se brisa contre leurs baïonnettes et ne
DESAIX (Louis-Charles-Antoine),
Nceo Auvergne cd 1768.— Géuéral de diruionen 1796,— de l'armée d'Egypte,--de l'armée d'Italie en 1800. — Tué à Marengo.
Bataille de Marengo (1800).
Diqitizc
CAMPAGNE DE 1800. m
put exécuter le mouvement qui lui était prescrit. Lannes, poussé par le gros de l'armée ennemie, criblé par la mitraille de 80 bouches à feu , se mit à pivoter sur eux comme sur une forteresse, en refusant sa gauche. 11 fit avec un imperturbable sang-froid sa retraite qui dura trois heures c( pendant ce temps, Carra-Saint-Cyr , marchant en sens inverse, parvint à se loger dans Castcl-Ccriolo. Enfin Desaix, accourant à travers pays, s'établit en avant de San-Giuliano.
Il était trois heures : Mêlas n'avait point saisi le but des mouvemens qui s'opéraient à sa gauche. La plaine jonchée des débris de Victor, Lannes en retraite, la route deTortone presque abandonnée, lui semblèrent des gages suffisans d'une victoire complète. Si une division s'était fourvoyée dans Castel-Ceriolo, c'était un trophée de plus à la fin de celte journée; elle devait être tournée et enlevée. La confiance du vieux feldmaréchal ne fut point un instant ébranlée, et, comme la fatigue ne lui permettait plus de se tenir à cheval, il rentra dans Alexandrie laissant à son chef d'état- major Zach le soin d'achever la défaite des Français. Celui-ci présuma qu'il suffisait d'enlever San-Giuliano, seul point d'appui qui leur restât en deçà de la Scrivia. Il forma en colonnes 5 à 6000 grenadiers et les conduisit lui-même par la droite de la chaussée, tandis que le reste de l'armée, continuant le feu sur toute la ligne, suivait de loin l'impulsion.
A cinq heures, ils arrivèrent à portée du canon des avant-postes de Desaix. C'était le moment critique : Bonaparte parcourut le front de l'armée en s écriant : C'est assez reculer. Marchons en avant ! vous savez que je couche toujours sur le champ de bataille.
Desaix commença l'attaque ; mais aux premiers coups de feu une balle l'atteignit au cœur, il tomba raidemort, et Boudetprit le commandement de sa division qui s'élança pleine de rage en jurant de le venger. Le choc fut irrésistible ; la tête des impériaux fut rompue et l'ébranlement se fit sentir dans toute la profondeur de la colonne.
Bonaparte, plein de joie, voit l'occasion de brusquer la victoire : il prend Kcllerinann fils, qui se tient à droite de San-Giuliano avec 3 à 4<K> chevaux, et lui ordonne de tomber sur le flanc de cette masse déjà vacillante. La brave cavalerie traverse la plaine à toute bride, aborde les grenadiers, les coupe en plusieurs tronçons et les resserre contre l'infanterie qui continue à les accabler d'un feu terrible. Ce n'est bientôt plus qu'uue foule confuse, elle dépose les armes; Zach et son état-major laissent tomber leur épée.
Alors le tambour bat la charge sur toute la ligne et les impériaux voient avec un indicible effroi cette armée qu'ils croyaient vaincue, dispersée, se déployerj menaçante de Castel-Cerio'o à San-Giuliano. Dans
le nouvel alignement , la droite était plus près de la Bormida que Farrière-garde de l'ennemi dont les divers échelons prêtaient tous le flanc gauche. L'état-major avait disparu; à défaut d'une direction générale, chacun céda au desir de repasser la rivière. En un clin-d'œil , la déroute devint affreuse et les ponts furent encombrés de troupes de toutes armes, qui cherchaient dans un désordre inexprimable à se mettre en sûreté sur Vautre rive. Cependant quelques bataillons tinrent dans Marcngo où Victor ne rentra qu'à la nuit. L'armée de réserve bivouaqua sur les bords du ravin où l'action s'était engagée.
Telle fut la bataille dont le nom, parmi tant de noms brillans, est si populaire. On ne sait ce qu'il faut le plus admirer de la valeur des troupes, ou de l'habileté du général. Il est pris au dépourvu, mais la fermeté des premiers rangs lui permet d'exécuter un plan improvisé. Il n'a point de position dans la plaine, mais il y jette, comme une colonne de granit, ses 900 grenadiers qui semblent y prendre racine et fatiguent enfin toute l'aile gauche ennemie. Tant ce grand capitaine pouvait compter sur ses soldats, tant il était digne de les commander! La perte en morts et blessés fut à-peu-près égale des deux côtés. Les impériaux laissèrent en outre sur le champ de bataille 7 à 8000 prisonniers, ao canons et des drapeaux.
Le lendemain , on se disposait à l'attaque des ponts, quand Mêlas demanda une suspension d'armes qui fut suivie de la glorieuse convention d'Alexandrie, en vertu de laquelle, les forces impériales, évacuant l'Italie jusqu'au Mincio, remirent à l'armée de réserve Gênes et toutes les places du Piémont et du Milanais.
OPÉRATIONS Bit ALLEMAGNE.
Passage du Rhin (»5 anil-i-r roai).Batailles dEngen et de Slockach (î mai).-De Mœskirch (6). — De Biberach(g). — Combats de Memmingen (10). — De Papclau (16). — Reconnaissance d'Ulm (tg). — Marche sur Augsbourg (ai-aa). — Combats sur la Guutz et le Danube (a4). — Occupation d' Augsbourg (a?). — Combat do Kirchbcrg (5 Juin). — Passage du Lech (io et n juin), — Bataille de Hochstett (i 9).— Occupation de Munich (a8).— Combat doberhausea (17) — Prise de Landsbot (9 juillet).— De Feldkircb (t 4).— Armistice de Parsdorf (i5).
Durant les premiers mois de la campagne, l'armée impériale d'Allemagne resta immobile dans ses positions. Elle avait reçu l'ordre de se mettre en mouvement , lorsque Moreau passa le Rhin et prit l'offensive.
Son armée active, déduction faite des troupes qu'il laissait àMayencc et en Helvétie, était forte de 100,000 hommes. II en forma quatre colonnes d'attaque. A Strasbourg , Sainte-Suzanne, deux divisions (ao,ooo); à Neufbrisach, Saint-Cyr , deux divisions (20,000); à Bâle, Moreau en personne avec trois divisions de réserve (a6,ooo) ; enfin , à la pointe septentrionale du lac de Constance, Lecourbe, trois divisions (3o,ooo). Il s'agissait de concentrer cette masse autour de Stockach et de la pousser en avant. Le mouvement commença le a5 avril; Moreau marcha sur l'Alb, Saint-Cyr sur Fribourg et Kensingen, Sainte-Suzanne sur OÏÏenburg et Renchen; Lecourbe seul resta immobile; il n'avait point de pont et il lui était prescrit de chercher un passage près de Stein , de se préparer à gagner la rive droite au moment ou les autres colonnes arriveraient à sa portée.
Ces dispositions semblaient indiquer une attaque de front , les impériaux y furent trompes. Nauendorf se hâta de barrer les défilés de Haslach et d'IIornbcrg. Sztarray courut à Sainte-Suzanne et crut , après deux
jours de combat, avoir obtenu un succès en le voyant battre en retraite et repasser le pont de Kcbl. Cependant les trois corps obliquèrent à droite. Moreau poussa jusqu'à la Wutach; Saiut-Cyr se jeta par les montagnes à Saint-Biaise; Sainte-Suzanne remonta rapidement la rive gauche du Rhin, relevn SaintCyr à Neufbrisach et s'avança par le Val-d'Enfcr. On ne rencontra point d'obstacles, et lorsqu'on parvint à Schafhouse, Lecourbc franchit le fleuve 1 epée à la main à Reichlingen, puis se liant avec Moreau, il prit la tête de colonne et se porta sur la Storkach. Le système d attaque était dès-lors bien prononcé, l'armée défilait par échelons, sa droite au Rhin, pour se mettre en bataille entre le Danube et le lac. C était une belle manœuvre, mais elle n'était pas sans péril; on prêtait le flanc à l'ennemi et l'on devait s'attendre à un effort de sa part pour rompre les colonnes de marche. En effet, Kray revenu de sa surprise, eut bientôt rappelé son centre, sa réserve, une partie de sa droite. 11 avait groupé 45,ooo baïonnettes à Engen , au moment où Lecourbe abordait sa gauche à Stockach.
Moreau fit halte et demi-tour à gauche, pour présenter son front au fcld-margchal ; il emprunta une brigade à Lecourbc, enjoignit à Saiuttyr> était encore à Stuhlingen, de presser le pas et d'avertir Sainte- Su za nue, dont les divisions arrivaient à Noustadt.
On se heurta au même instant à Stockach et à Engen : ici les deux généraux en chef; là les deux Iicutcnans; des deux côtes l'action se soutint avec vigueur. Iwccourbc pénétraut par sa droite, entre le lacet la vjtye, ébranla le centre et déborda la gauche du prince de Vaudcmoni. Celui-ci fit alors un effort pour rejeter ses forces sur sa droite, s'étendre vers Engen et se rallier à Kray, les Français déjouèrent ce dessein et la forcèrent de se retirer en désordre à Mœskirch et PfuUendorX.
A Engen, l'ennemi comptait 4 5,ooo hommes elles républicains 55,ooo; le premier choc fut en sa faveur. Moreau , menacé sur ses communications, se vit forcé de s'étendre à droite et à gauche, et Kray ne manqua pas d essayer de mettre la circonstance à profit; il rassembla ses masses et chercha à percer le centre. Il ne fallut rien moins pour résister, qu'un de ces mouvemens impétueux, propres aux troupes nationales, qu'on opéra sur sa gauche , -secondé d'ailleurs par l'imperturbable aplomb de tçute |a ligne. Néanmoins, la question était encore indécise, «quand Saint-Cyr, ayant enfin triomphé des obstacles que lui opposait Nauendorf, fit entendre son canon. Les impériaux se bornèrent a lors à la défensive, et ne combattirent plus que pour assurer leur retraite qu'ils dirigèrent sur Mœskirch.
Ces premiers succès les affaiblirent de plus de 10,000 hommes; on s'empara de leurs magasins et l'on eut pour appuis le Rhin à droite, le Danube à gauche.
LECOURBE (Claude- Joseph),
V i Lont-lc-Saulnier en 1759. — Commandant l'aile droite de l'armée ta Sutiie en '"'.l'i. — de l'armée du llbiucn 1801. — Général en chef de l'armée du Haut-Rhin pendant le* Ont-Jour». — Mort en octobre .8,5.
Conquête du Vortrlberg (1799).
CAMPAGNE DE 1800. Soi
Kray Ht halto à Mœskircb, et rangea le centre et la gauche sur les ravins d'où descend l'Abbach et dans l'intervalle qui le séparait du Danube. Il voulait tenir ferme pour rallier le reste de sa réserve et de sa droite; on ne lui en laissa pas le temps.
Lecourbeet en deuxième ligne Moreau,par la route de Stockacli, Saint- Cyr par celle de Lieptingen, Sainte-Suzanne par la rive gauche du Danube, accoururent et le dépostèrent.
Son avant-garde couvrait un long défilé qui fut emporté par I^ecourbe après une longue résistance. Son extrême gauche fut ensuite assaillie; clic couronnait les hauteurs qui dominent le cours de l'Abbach, et Lecourbe, abandonnant la route pour faire place à Moreau, se consacra tout entier à la faire reculer. Elle disputa long-temps le terrain ; mais à l'approche du général en chef, Kray adopta soudain un nouvel ordre de bataille; il évacua ses positions et, pivotant sur sa droite, il se forma parallèlement à la route de Siegmaringen en une seule colonne, dont la téte s'efforça de pénétrer entre Lecourbe et Moreau. Cette habile manœuvre eût compromis l'aile droite de l'armée française, si son brave général n'eut lui-même suivi le mouvement de conversion do l'ennemi. lie combat s'engagea de plus belle dans cette situation, et se soutint jusqu'à )a nuit, dont Kray profita pour passer le Danube à Siegmaringen. Saint-Cyr ne put atteindre que son arrière-garde, et fut forcé de lâcher prise, accablé par le feu d'une formidable batterie.
La masse des impériaux était rejetée au-delà du Danube, et l'on avait obtenu au prix de trois batailles, de 7 à 8000 tués, blessés ou prisonniers, et de onze jours de marches forcées, le résultat que le plan indiqué par le premier consul eût amené d'emblée. Restait à faire sentir au prince de Ectiss son isolement, à le forcer, en pesant sur le Tyrol, de côtoyer le flanc droit de l'armée. Dans ce but, Lecourbe fit d'abord occuper Ravensburg, Waogpn et Lindau; ce qui détermina le prince à descendre la vallée de l'iuu et à s'éloigner de l'Italie ; puis , il s'établit à Lontkirch et Wureach. Les autres corps le suivirent par échelons; Moreau , en prenant la route de Mœskirch à Biberach; Saint-Cyr et Sainte-Suzanne en descendant l'un la rive gauche, l'autre la rive droite du Danube.
Kray entreprit de lutter encore contre le torrent qui menaçait de l'entraîner, ainsi que son lieutenant , jusqu'au Lech. Comptant sur le lac de Feder et ses affluens pour embarrasser les pas de Saint-Cyr, il repassa bravement le Danube et s'établit à Biberach, résolu de tenir téle à Moreao. Cette ville, couverte de retranchemens, renfermait de riches magasins; il voulait les sauver, rouvrir même ses communications avec le prince de Reuss et reprendre l'offensive. Mais, contre ses prévisions, il eut à combattre à-Ia-fois Saint-Cyr et le général en chef, et comme à
Engen il plia sous le faix. Pendant que ses troupes prenaient position à Bibcrach, Saint-Cyr ayant tourné le lac, s'avançait sur celte ville en côtoyant la rive gauche. Arrivé inopinément en présence de l'ennemi, il n'hésita pas à attaquer, tête baissée; il rompit la ligne en avant delà Riss et pénétra dans la ville pêle-mêle avec les fuyards. A ce moment, Moreau déboucha par la route de Pfullcndorf en battant la charge. Ce signal assuré d'une belle victoire, transporta d'une nouvelle ardeur les divisions qui étaient déjà engagées; elles forcèrent le passage de la rivière; le déploiement de la réserve à leur droite et à leur gauche acheva la défaite des impériaux*, qui se retirèrent à Ochsenhausen, sur la Rotham.
Là, le feld-maréchal prit une honorable résolution. Il venait d'échouer en cherchant à briser le second échelon de la colonne française. Au lieu de se mettre sur-le-champ en sûreté dansUlm, il osa courir au premier échelon et présenter son front à l'attaque de Lecourbe. Placé sur les hauteurs entre Memmingcn et l'HIer, dont il avait détruit les ponts, il se mit en mesure de surveiller à-la-fois la route deBiberachet dcLentkirch; mais ses adversaires ne se laissèrent surpasser ni en vigueur ni en activité. Avaut que ses retranchemens fussent achevés, Lecourbe déborda ses deux ailes en passant la rivière à Biberach et Egelsée, gravit d'élan les hauteurs, enfonça les impériaux et poussa jusqu'à Memmingen. Ce hardi coup de main détruisit les dernières espérances de Kray, qui n'eut plus qu'à descendre Piller et se renfermer dans le camp retranché d'Ulm, pour attendre des renforts et se réorganiser. Le prince de Reuss, pour communiquer avec lui, se retira jusqu'au Lech, et abandonna définitivement le Vorarlberg et les Grisons, où il ne laissa que les garnisons de Fcldkirch et Luciensteig.
Moreau fut long-temps arrêté par la forteresse d'Ulm. Le départ des 1 2,000 hommes qu'il fournit à l'armée de réserve, ses pertes depuis 1 ouverture des hostilités, l'étendue de son front d'opérations, l'obligèrent a beaucoup de prudence, et ses manœuvres pour déposter Kray sont loin d'inspirer l'intérêt des conceptions rapides de celui dont on crut un moment qu'il pouvait balancer la renommée. Elles ne sont cependant pas indignes d'être remarquées.
Il essaya d'abord , en continuant sa marche, d'entraîner avec lui l'armée impériale; mais Kray, loin d'obéir à son mouvement, lui permit de prolonger sa droite jusqu'à la Kamlach, et lorsque les dernières troupes de Saint-Cyr eurent franchi l'Iller, il présenta son front à Sainte-Suzanne qui suivait sur la rive gauche du Danube l'impulsion générale. Sainte-Suzanne fit bonne contenance; voyant les impériaux profiter de l'extension de sa ligne, pour porter leur effort contre sa droite , entre Erbach et le fleuve , de manière à l'acculer aux montagnes du Rauhc-Alp , il aban-
donna de lui-même l'appui du Danube et se groupa d'Aach à Papelau. Dans cette position plus resserrée, il était sûr de braver long-temps l'attaque, et tel était le bon accord entre les généraux de l'année du Rhin qu'il ne doutait pas d'un prompt secours. Encflet,Saint Cyr n'eut point plutôt entendu le bruit du combat, qu'il se bâta de repasser l'I lier, d'accourir sur le Danube, et de mettre ses pièces en batterie sur le rivage. En foudroyant à revers les impériaux, il leur fit lâcher prise et ils rentrèrent dans Ulm.
Cet engagement suspendit la marche deMoreau, qui eut recours, sans plus de succès, à un autre moyen d'intimider son adversaire; il porta sur la Blau jusqu'aux glacis d'Ulm Sainte-Suzanne soutenu par Saint-Cyr, il plaça la réserve à cheval sur l'Iller et en rapprocha Lecourbc.
Kray connaissait trop la force de ses retranchemens pour craindre un assaut, et il le fit voir en ordonnant des sorties pour déblayer les vallées de la Guntz et de la Mindel. Moreau , convaincu de l'impossibilité d'une attaque de front , prit enfin le parti d'envahir franchement la Bavière ; il rappela, sur la rive droite du Danube, Saint-Cyr et Sainte-Suzanne, rangea le dernier de Goekingen au confluent de la Riss, et déploya le reste de l'armée de l'Iller au Lech.
Les deux généraux opposés se combattaient avec les mêmes armes. C'était entre eux un échange de stratagèmes , d'alertes et de démonstrations. A peine l'armée française eut-elle abandonné la rive gauche du Danube que des détachemens impériaux mirent en alarme toute la Souabc, enlevèrent la garnison de Donaucschingen , dont il poursuivirent les débris jusqu'à Schafhouse, et insultèrent le fort de Rehl. En même temps deux fortes reconnaissances furent poussées sur les extrémités de la colonne de Moreau ; l'une en débouchant du pont de Guntzburg eut un léger engagement avec les flancs de Lecourbe , l'autre , passant à Donaurieden , sépara d'abord les deux divisions de Sainte-Suzanne qui, toutefois , la rejetèrent rudement sur l'autre rive.
Ces incidens, auxquels Moreau était fait, ne changèrent point ses dispositions, et Lecourbe, continuant à pousser en avant , entra de vive force à Landsberg,puisà Augsburg. Kray ne s'en émut point; et, surpris de son immobilité , le général français , après quelques jours d'attente , résolut de menacer plus directement ses communications ; il rappela Lecourbe pour le porter droit au Danube.
Dans le même moment l'ennemi opérait sur la ligne de retraite. L'archiduc Ferdinand franchit le Danube avec a5,ooo hommes et, les appuyant à la Riss et à la Rot lia m, il se mit à déborder l'extrême gauche de l'armée. Saint-Suzanne, appelé au commandement d'un corps en for*
mation à Mayenoe, venait detre remplacé par Richepanse et Saint-Cyr par Grenier.
Richepanse (ît front à l'archiduc en remontant la rive droite delà Roth el, lorsqu'il le vit se préparer à passer cette rivière, il prit position à portée de Grenier sur les hauteurs de Rirchherg , le dos à Piller.
Les impériaux débouchèrent par Gutzell, formèrent deux lignes et abordèrent les deux divisions françaises qui résistèrent avec assez de vigueur pour donner à Ney le temps d'accourir; ce brave général, à la tête d'une des divisions de Grenier, franchit l'IUcr à Kellmunta, prit par le flanc la première ligne des assaillans et la replia en désordre jusqu'à Diettenheim. Cependant leur seconde ligne se mit en colonne, poussa vivement Richepanse, s'empara de Kirchberg et, profitant de ce point d'appui, s'étendit, par sa droite, pour enlever le pont de Kellmuntz. C'était uu mouvement hardi; sa réussite eût compromis les trois divisions engagées: coupées de leurs renforts, entassées dans le vallon de Piller, elles eussent été exposées à une affreuse défaite, sans le coup-d'œil et le sangfroid de Ney , qui tit aussitôt volte-face et, laissant à leur désordre les troupes qu'il avait trop maltraitées pour qu'elles pussent inquiéter sa contre-marche, rentra l'épée à la main dans Kirchberg. Richepanse reprit aussitôt l'offensive et l'archiduc, enfoncé sur tous Jes points, se hâta de retourner à Ulm.
Moreau, rassuré par cette victoire , se livra sans réserve à l'exécution deson projet; mais il fut d'abord obligé de saf ferai ir sur le Lech. Le pas rétrograde, qu'avait fait sa droite, avait attiré les généraux ennemis qui lui avaient fait éprouver un échec à Schwab umuchen et les avant-postes du prince de Reuss étaient descendus jusqu'à Nesaelwaag.
Lecourbe se remit donc en marche en trois colonnes , entra vaftlatt* ment dans Augsburg, Landsberg et Schougau et établit ses flanqueursà Fuessen. Les impériaux , stupéfaits de la vivacité de cette attaque, se retirèrent au-delà de la Paar, détruisirent le pont de Friedberg et ne s'arrêtèrent qu'à Aichan.
C'est ce qu'attendait le général en chef. Se masquant par des postes sur le Lech, il donna l'ordre à Tannée entière d'appuyer au Danube. Lecourbe descendit à Wortingen; Morcau se porta en face de Lauingen et Dillipgen, Grenier gagna Gnntxburg, Richepanse les têtes de pont d'Ulm et d'Elchingen.
Cette grande manœuvre s'opéra sans résistance. Les détachemens ennemis <\»i observaient la Guntz , la Kulmbach et l'iller furent culbutés et rejetés au-delà du Danube. Après tan t .d'hésitation le passage du Danube devait enfin trancher la question. Kray n'avait rien négligé pour s'y op-
poser. Tous lés ponts, depuis Ulm jusqu'à Donauwerth , avaient été détruits et de fortes patrouilles parcouraient la rive gauche.
Les démonstrations des Français attirèrent surtout sa surveillance à Guntzburg. Pendant ce temps , Lecourbe réussit à jeter quelques tirailleurs à Blindheim et à rétablir, à l'aide d'une batterie , le pont qui aboutit à ce village. Aussitôt ses troupes commencèrent à défiler et la tête de colonne se hâta de se mettre en bataille, la droite au Danube pour faire face aux corps postés à Donauwerth. Ceux-ci accoururent au nombre de 5ooo hommes. Mais, tandis qu'ils s'épuisaient en vains efforts pour em* porter le village deSchweningen,que les Français avaient pris pour point d'appui, la cavalerie , conduite par Lecourbe en personne, tourna leur droite, les rompit par leur flanc et les força de déposer les armes. Cependant le passage continuait. Deux divisions se mirent par la gauche en bataille pour déboucher de Blindheim , dégager Diiiingen et faciliter le déploiement de Moreau. Les ennemis se ruèrent sur elles et l'action était encore indécise quand Lecourbe, sur veuant avec sa cavalerie victorieuse, s'établit à Hochstett sur la ligne de retraite des assaillans et les contrai ^ gnit à se replier précipitamment sur Gundelfingen. La ils trouvèrent des renforts et revinrent intrépidement à la charge; mais les ponts de Dillingett et Lauingen étant alors rétablis, la réserve en Ira en ligne et réprima leur élan. Moreau, après s'être emparé de Gundelfingen, déblaya toute la rive gauche de la Brentz. Grenier, ayant tenté sans succès la reconstruction du pont de Guntzburg , laissa Ney sur la rive droite et rejoignit , par Dillingen , le reste de l'armée qui s'affermit en avant du Danube , flanqué par Brentz et la Wernitz.
Kray s'avoua vaincu. Abandonnant les retranchemens, où il avait si long-temps tenu en suspens la fortune, îl se retira en remontant au pied du Rauhe-Alp et en masquant sa marche par des manœuvres en avant d'Ekbmgen. Ou ne s'aperçut de son mouvement que lorsqu'il était déjà en possession de Nœrdlingen. On y courut, on atteignit son arrière-garde à Neresheim et l'on engagea contre telle rai combat insignifiant qui oc ralentit point le corps de bataille (a3).
Son empressement à tourner la Wernitz et à se rapprocher du Dannl>e-, indiquaient le projet de saisir la ligne du Leeh ou au moins ccile de ITIIerç Moreau se hâta de le prévenir sur ces deux rivières ; il jeta au-delà par Augsburg 10,000 iipmmes sous Decaeu et par Rain tons le corps de Lecourbe. Le premier s'empara de Munich après avoir rompu trois fois les détachemens ennemis qui cherchaient à l'arrêter. Le second marcha sur Neuburg; mais déjà a 5,ooo impériaux avaient profité du pont dont ilvou* lait s'assurer. AOberhauscn sa première division les rencontra comme ils gaguaicut le Lech. Sans égard au nombre, elle osa commencer le feu; cilcal-
lait succomber, quand la seconde division survenant rétablit le combat qui se soutint avec opiniâtreté. L'arrivée de Lecourbe avec la troisième division décida de ia victoire. L'ennemi se replia sur Neuburg et Kray forcé de renoncer au Lech se rendit par la rive gauche du Danube de Neuburg à Ingolstadt, où il passa le fleuve, espérant surprendre Decaen sur User. Trop vivement poursuivi pour donner suite à ce projet, il prolongea sa retraite jusqu'aux bords de lTnn, laissant le corps de KJenau à Ratisbonne et à Landshut une arrière-garde , que Moreau ne tarda pas à déposter.
L'année impériale était hors d'état de reprendre l'offensive. L'armée française, obligée de masquer Ulm et Ingolstadt, ne pouvait jeter au-delà de lTser que 60,000 hommes qui eussent difficilement aborde Kray, dont le frout était couvert par un cours d'eau d'un passage réputé difficile et dont le flanc droit était assuré par la possession de Ratisbonne.
Dans cette conjoncture, Moreau conçut le dessein de tourner la gauche de son adversaire et d'introduire sa droite dans la haute vallée de llnn par les ouvertures que masquaient encore les retranchemens de Feldkirch et le corps des Grisons. Lecourbe quitta l'Iser à la tète de 20,000 hommes, qu'il concentra à Mindelheim, pour en former trois colonnes d'attaque ; celle de gauche se présenta menaçante à Fuessen et rejeta sur Rieti les postes du prince de Reuss , dont l'attention fut ainsi détournée du but auquel tendaient les Français. Pendant qu'il mettait Inspruck en état de défense, les deux autres colounes s'avancèrent parallèlement , l'une , sur Pludentz , l'autre , droit sur la pointe méridionale du lac de Constance ; celle-ci , pour attaquer de front les dispositions de l'ennemi , la première, pour les tourner.
Arrivé à Bregentz avec la principale colonne, Lecourbe répéta la manœuvre de Massena pour envelopper le corps des Grisons. C'était encore AufFemberg qui le commandait. Instruit par l'expérience de l'année précédente, il se hâta de faire retraite par l'Engadine. Cependant, les Français donnèrent l'assaut aux redoutes de Feldkirch. Jellachich le soutint pendant une journée entière; mais à la nuit, informé que la colonne de Pludentz venait d'occuper Damitz, il prit le parti d'évacuer la vallée de 1*111 tandis qu'elle était encore ouverte; et, le lendemain , on prit possession de ce célèbre camp de Feldkirch , naguère si vivement défendu.
C'est en ce moment que l'armistice de Parsdorf suspendit les hostilités.
PIS DES OPÉRVriOJlS ES ALLEMAGNE.
Rqiri» des hostilités (a* novomlir»).— Comlial d'Aninfing dércmbre). •- Bataille dr lluhenlinden(1 décembre}.— Mouvement de l'armée gallo-lalat*.
On ouvrit à Lunéville des conférences pour traiter de la paix générale. Elles n'eurent d'abord aucun résultat. Des difficultés sans nombre s'élevèrent; on ne put s'entendre sur la remise de Mantoue et des places de l'Adige qu'exigeait le plénipotentiaire républicain; il fallut encore une fois courir aux armes.
Ulm et Ingolsladt, à la condilion d'une prolongation de l'armistice, avaient été remis aux troupes françaises, mais le cabinet de Vienne avait fait d'immenses préparatifs. Ses opérations militaires furent flanquées par les insurrections de la Toscane et de l'Allemagne septentrionale , soutenues l'une et l'autre par une division impériale, et il mit contre les armées françaises en Bavière, l'archiduc Jeon à la tête de 1 3o,ooo hommes ; dans le Tyrol, le feld-maréeha) comte de Bellegarde avec 1 20,000 hommes.
A ces forces , aux mouvemeus insurrectionnels quelles appuyaient , le gouvernement consulaire opposa i° sur le Mein : l'armée gallo-batave (ao,ooo) commandée par Augcreau qui avait pour mission de désarmer la Weslphalie, la Franconie, la Thuringe; a« sur le Danube et l'Inn la grande armée d'Allemagne (1 40,000), sous Moreau, divisée en quatre corps et une réserve de cavalerie; 3° sur la Cbicsa où l'avait portée l'armistice d'Alexandrie, l'armée d'Italie (90,000) commandée par Brune ; 4U le corps d'observation du midi (ic,ooo) rassemblé à Genève sous Murât pour opérer sur la rive droite du Pô; 5° enfin, la seconde armée
de réserve (i5,ooo) sous Macdonald , dont l'ennemi ignorait la force et <|ui s'était portée dans les Grisons.
Aussitôt l'armistice expiré, l'archiduc et Morcau se mirent en mouvement.
Le premier avait détaché à sa gauche, sur le Haut-Inn , Hiller avec 20,000 hommes, à sa droite Klcnau à Ratisbonne (10,000) et sur le Mcin, Simhschen (10,000). Il lui restait donc environ 90,000 hommes qu'il voulait porter en masse vers l'Iser pour en détacher l'armée française et l'acculer aux montagnes.
Le second avait ainsi réparti ses forces : Lccourhe avait une division au pied des montagnes du Tyrol et les deux autres vers Helfendorf ; la réserve (3 divisions, Richepanse, Grandjean, Dccaen) à droite de Munich; à gauche de la même ville le centre sous Grenier (3 divisions, I/Cgrand, Hardy ctNey), se liant par Landshut avec Sainte-Suzanne (3 divisions) posté sur le Danube. Son but était de pousser en avant les trois premiers corps, d'attirer les impériaux sur le Ras-Inn et de surprendre par sa droite le passage de cette rivière.
Les deux armées s'avancèrent en s'appuyant à l'Issen, les Français par leur gauche , les impériaux par leur droite. Hors <ie l'étroite vallée de cet affluent de l'Inn, leur marche fut à peine contrariée. Lecourbe s'établit à Rosenheim, la réserve emporta Wasserburg, et, d'autre part, les flanqueurs du général autrichien Kienmaycr, après avoir replié les avant-postes républicains dans Landshut, se rendirent maîtres de cette tête de pont de l'Isar. Mais les bords de l'Issen ne pouvaient manquer d'être le théâtre des premiers chocs qui devaient amener une action générale. En effet, les trois divisions de Grenier, formant la gauche de la colonne de marche, se heurtèrent successivement contre le gros de l'armée impériale; elles suivaient les deux rives, Ney soutenu par Hardy était parvenu à Ampfing, lorsque Legrand , arrêté au défilé de Dorfen par le corps de Kienmayer, loin de pouvoir pousser en avant perdit ses positions.
Le lendemain , l'archiduc à la tête de 60,000 hommes aborda de front par Muhldorf, et sur leur flanc droit, par Krayburg, Ney et Hardy que Grenier avait déployés sur les hauteurs d' Ampfing. Les généraux français firent bonne contenance, et la réserve, en appuyant à gauche, vint à leur secours et contint la colonne qui menaçait de les déborder ; mais es forces impériales continuaient à défiler, mais 011 sut que Kienmayer, occupant Landshut , se trouvait plus près de Munich que l'arrière-garde de Legrand. Morcau se vit donc dans la nécessité de hattre en retraite. Il expédia à Sainte-Suzanne l'ordre de se rendre à Freising pour tenir tête à Kienmayer, et à Lecourbe celui d «vacuer Rosenheim,
Pondant toute la journée suivante, le mouvement rétrograde s'exécuta. Au soir, le quartier général atteignit Hohenlindcn , gros bourg situé à l'issue de la forêt du même nom qui resserre pendant plus de deux lieues la seule route alors praticable. Moreau résolut d'y faire halte et de tirer parti de celte belle position pour retarder l'archiduc et gagner le temps de concentrer toute l'armée autour de Munich.
Il plaça Grenier avec la réserve de cavalerie et les divisions Legrand et Hardy à Harthofen; Ney et Grandjean se déployèrent à droite et à gaucha de Hohenlinden au débouché des bois. Richepanse et Decaen gagnèrent Ebcrsberg pour se porter en avant après une halte de quelques heures, et occuper Mattenpœlt où commence le défilé. Au moyen de ces dis* positions, le général en chef espérait ou arrêter tout court les impériaux , ou les envelopper dans la forêt s'ils avaient la témérité de s'y engager. Malgré les iucidens qui les contrarièrent , elles amenèrent un succès prompt et brillant, grâce à l'audace et à la présence d'esprit de Richepanse.
Le 3, avant le jour, l'archiduc partit d'Haag dans le but de réunir toutes ses forces sur les hauteurs qui bordent Flsar. Il avait rappelé Klenau dcRatisbonne. Kienmayer et Latour amenaient à droite par Dorfen a 5 à 3o,ooo hommes; une colonne de 10,000 hommes s'était détachée à gauche pour éclairer la marche du centre en côtoyant la lisière de la forêt. Le prince n'hésita pas à s'enfoncer dans le défile de Hohenlinden avec 4o,ooo hommes, les parcs et les bagages. Mais tandis qu'il suivait une route ferrée , ses ailes étaient embarrassées dans des chemins Jde traverse par un temps affreux , il les devança donc et il avait déjà dépassé Mattenpœtt que sa gauche était encore loin du bois.
Cependant Richepanse et Decaen cheminaient en sens inverse, retardés aussi par la neige et les difficultés du terrain. Le premier, avec deux régimens d'infanterie et un régiment de cavalerie, était à trois quarts de lieue à gauche de Saint»Christophe , quand la colonne autrichienne, s'y présentant, le coupa de sa seconde brigade (Drouet) et de Decaen.
Sans perdre de temps à rouvrir la communication , il courut à Mattenpœtt dont la possession ue lui fut point disputée. Au sortir de ce village il se trouva en présence de 8 escadrons, extrême arrière-garde de l'archiduc qui , à ce moment , avait achevé de défiler. Cette troupe se mit en bataille à droite de la chaussée, Richepanse, lui fit front et l'on commença le feu; mais le début de cet engagement ne lui promettant pas une prompte solution , il prit une de ces résolutions hardies auxquelles sourit la fortune. Il laissa , pour contenir la cavalerie ennemie, sa propre cava» lerie et, avec l'infanterie, il s'élança tête baissée dans la forêt.
Le combat était aussi engagé à l'autre extrémité, où le défaut de concert entre les colonnes impériales se faisait également sentir. En débouchant sur Hohenlinden, la formidable masse qui arrivait par la chaussée fit plier la division Grandjean. Mais Ney, accourant au pas de charge, porta sur son flanc droit le ravage et la mort, rompit sa tête et la fit reculer; puis, il se retourna aussitôt par la gauche contre l'avant-garde de Latour, qui commençait à se déployer, il la culbuta, et sachant le corps de bataille éloigné de deux lieues, il revint à Hohenlinden.
En ce moment, des décharges d'artillerie retentissent au centre de a foret : c'est Richepanse qui aborde intrépidement l'escorte du grand parc. À son approche, les trois bataillons de grenadiers qui la composent font face en arrière et croisent la baïonnette, a Que pensez-vous de ces hommes? dit-il à sa troupe.» — Ils sont morts, » lui répond-on de tous les rangs. En un clin-d'œil la brigade française les mit en déroute, l'alarme se répand dans tout le convoi, les charretiers coupent les traits des chevaux et abandonnent leurs équipages.
Le bruit de la canonnade fit tressaillir Moreau. C'était le signal d'une belle victoire; il donna l'ordre à Ney de se ruer sur le front des impériaux. Ceux-ci, chargés à-la-fois en tête et en queue, se défendirent à peine; la terreur qui avait saisi le convoi gagna toute la colonne; elie tourbillonna quelques instans et se débanda , pour se sauver à travers bois. Les soldats de Ney et de Richepanse passèrent sur leurs débris, et se rejoignirent en poussant des acclamations de joie.
Du côté de Saint-Christophe , Decaen , après avoir dégagé Drouet et opposé à la gauche ennemie des forces suffisantes pour la tenir en respect, se porta à Mattenpœlt où il arriva assez à temps pour précipiter la retraite des vaincus et leur enlever des milliers de prisonniers.
Vers Dorfen et Harthofen, Latour et Kienmaycr soutenaient contre Grenier un combat opiniâtre et meurtrier, quand la nouvelle des désastres du centre les obligea à regagner précipitamment le pont d'OEtting; les autres colonnes passèrent Flnn à Muhldorf et Wasserbourg. Klenau rentra dans Ratisbonne.
Durant cette glorieuse journée, où de chaque côté 60,000 combat tans furent engagés, les Français curent 10,000 hommes hors de combat, les impériaux perdirent a5,ooo hommes tués, blessés et prisonniers; on leur prit 100 canons et presque tous leurs bagages. Le quartier général lut porté à Haag. Comme ses licutenans le félicitaient, Moreau s'écria : « Mes amis, nous venons de conquérir la paix. »
Il reprit aussitôt sa marche aggressive. Lecourbe se reporta de Helfendorf à Rosenheim, le reste de l'armée couvrit toute la rive gauche de l'Inu^ J-.es impériaux étaient trop désorganisés pour tenir la campagnej
six jours après la bataille, Lecourbc surprît le passage à Neubeurn , à deux lieues de Rosenheim, que défendaient les émigrés de Condé, renforces de quelques bataillons autrichiens. Cette troupe fraîche fît un quart de conversion, l'aile gauche en arrière, et offrit le combat; mais elle fut repliée sur l'Alz ; et sa défaite entraîna l'armée entière.
Les Français débordèrent sur tous les points, et en pesant sur l'aile gauche de l'ennemi , ils enlevèrent tour-à-tour les lignes de la Salza, delà Tçaun, de l'Enns. On était aux portes de Vienne; l'archiduc Charles, appelé au commandement, comprit qu'il n'y avait plus de ressources. Il demanda un armistice, qui fut signé à Steycr le a5 décembre, et qui suspendit les hostilités dans toute l'Allemagne.
Cette convention arrêta l'armée gallo-batavc. Augereau , en cnlevaut Aschaffenburg, Wurtzburg et Schweinfurth, avait détruit 1 espoir qu'on avait conçu d'une diversion au-delà du Mein. 11 avait ensuite battu Simbschen à Burg-Eberach le jour même de la bataille de Hohenlinden ; puis, il s'était emparé de Nurnberg. L'intervention de Klenau l'avait forcé, à la suite d'un engagement indécis (18), d'évacuer celte ville. Mais il venait d'y rentrer (ai) lorsqu'il reçut l'ordre de cesser le feu.