‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 31 sur 120 · FIN DES OPÉRAT10:*S EN ITALIE · texte numérisé non relu

FIN DES OPÉRAT10:*S EN ITALIE

Marcha delà deuxième armée de réserve (18 novembre à 3i décembre).— Bataille de Polzolo (»5 décembre).— Passage de V Ad ige (4 janvier).— Paix générale.

Vers la même époque, les armées d'Italie entrèrent en opérations. Les deux généraux opposes avaient de graves motifs pour rester sur la défen-

î6i GUERRES DE LA REVOLUTION.

sive. Bellegarde avait détaché sur le Haut-Adige 20,000 hommes sous Loudon et Wukassowich, pour concourir avec Hiller à contenir la seconde armée de réserve, dont on avait fait grand bruit. Il avait envoyé 10,000 hommes pour appuyer les iusurgés de la Toscane. 11 ne lui restait donc sur le Mincio que 70,000 hommes, y compris les garnisons. Brune avait fait des détachemens en Piémont et dans l'Italie centrale; sa droite entière s'était portée en Toscane, il en attendait le retour, ainsi que l'arrivée de M accïonald , pour attaquer avec toutes les chances de succès.

Ce dernier général avait reçu l'ordre de porter ses i5,ooo hommes à la gauche de l'armée d'Italie. Ils étaient réellement destinés à en faire partie; mais, en donnant à leur rassemblement le nom redoutable d'armée de réserve, en exagérant leurs cadres, en mettant à leur tête un vaillant capitaine, on avait éveillé l'attention des généraux autrichiens qui, craignaut de les voir tomber à l'improvistc sur leurs derrières, avaient entassé une masse de 4o,ooo hommes dans les défilés qu'ils paraissaient vouloir forcer.

Au moment de descendre des Grisons sur la Chiesa , Macdonald entretint cette illusion en donnant à sa gauche par les vais de la Lan quart, de PAlbula, de l'Adda, une attitude offensive. L'ennemi se hâta de retrancher les cols, déjà obstrués par les glaces, qui conduisent de ces vallées à celles de l'Inn et de l'Adigc, et les Français, masqués par de faibles postes, se jetèrent par leur droite dans les gorges du mont Splugcn. Malgré la chute de quelques avalanches, ou parvint sans perte à Chiavenna. Remontant ensuite l'Adda, on gagna les sources de TOglio, cl l'on donna encore une fois l'alerte aux impériaux, en menaçant de pénétrer sur la Noss par les débouchés du mont Toual. Après quoi, l'on suivit le cours de l'Oglio, la cavalerie et les bagages prirent la chaussée de Brescia, et l'infanterie franchissant le San-Zeno, alla relever à Storo, sur la Chiesa , la division Rochambeau qui couvrait le flanc gauche de l'armée d'Italie.

Brune avait déjà forcé la ligne du Mincio. Après avoir replié les avantpostes ennemis il plaça sa droite, sous Dupont, à Goito et Volta, et lui donna l'ordre de jeter un pont à Pozzolo de manière à retenir Bellegarde dans la plaine de Mantoue. Son projet était pendant ce temps de faire passer à Monzembauo le gros de l'armée pour devancer son adversaire aux débouches du Tyrol.

Dupont, ayant réussi à établir un pont, avait porté ses deux divisions sur l'autre rive, mais à peine avaient-elles fini de défiler que Bellegarde lança contre elles deux fortes colonnes dont l'une tendit à Pozzolo et l'autre marcha droit au pont. Soit impossibilité de faire retraite , soit cf-

fct d'une heureuse inspiration, le général français résolut de leur tenir tétc. Il se mit en bataille à Pozzolo et derrière une digue qui aboutit de ce village à la rivière. Couvert par ce retranchement , protégé par une batterie élevée de l'autre côté de l'eau, il attendit de pied ferme le choc de forces doubles dont les efforts échouèrent. Pozzolo pris et repris plusieurs fois resta enfin au pouvoir des Français. Au bruit de la bataille, Suchctct Davout, se détachant du centre, accoururent «i Vol ta et décidèrent de la victoire.

Bellegarde , croyant que l'armée entière allait déboucher par Pozzolo, fit halte à Villa-Frauca et s'y concentra , prêt à soutenir une seconde bataille. Mais Brune persistait dans le projet de se déployer par Monzcinbano, il prescrivit en conséquence à Dupont de rester sur la défensive, tandis que son centre et sa gauche opérèrent sans obstacle le passage, se formèrent, la droite au Mincio et marchèrent sur Yaleggio. Le général ennemi, après avoir fait reconnaître ce mouvement par Hohenzollern qui fut ramené, comprit qu'il allait être acculé au Bas-Adige, et se hata (le rentrer dans Vérone en faisant occuper Rivoli et la Corona.

Toutes les forces françaises se portèrent sur l'Adige. Ce tleuve était défendu depuis ses sources jusqu'à Vérone d'abotd par AufFenberg qui gardait les cols menacés par la gauche de Macdonald, puis par Loudon et Wukassowich qui s'étendaient de Rivoli au mont Tonal et occupaient Trente etRoveredo; enfin par les divisions que Bellegarde venait de replier sur la rive gauche.

Macdonald marcha sur Trente par Sant- Alberto ; Hochambeau sur Roveredo par Riva, Moncey sur Rivoli; en même temps, le général en chef réunit le centre et la droite pour forcer le passage à Bussolengo.

Cette dernière colonne menaçait de déborder la droite de Bellegarde et de le couper du Tyrol où ses lieutenans, entourés, pressés par les trois autres colonnes, allaient être acculés au défilé de Levico. L'Adige n'était plus tenable; le feld- maréchal, évacuant Vérone, couronna les hauteurs de Calclicro et y tint jusqu'au moment où Brune eut achevé do faire ses dispositions d'attaque ; il battit alors en retraite. Jusqu'à la Brenta il s'arrêta de position en position , se déployant comme pour recevoir la bataille et s'écliappant lorsqu'on croyait le saisir.

Pendant ce temps, Loudon et Wukassowich jetèreut de fortes arrièregardes sur les pas des divisions françaises pour masquer leur retraite par la route de Bassano. W ukassowich était déjà en sûreté, quand Trente et Roveredo tombèrent au pouvoir des assaillans ; mais Loudon ne s'échappa qu'en jurant à Moncey qu'une suspension d'armes était convenue entre lesdeux généraux en chef. L'un et l'autre prévinrent Brune à Bas-

sano, et firent leur jonction avec Bellegarde. Tous continuèrent à rétrograder jusqu'à Tréviseoù Ton signa un armistice.

D'un autre côté, Macdonaltl enveloppa Auffenberg à Botzen, mais Moreau fit réclamer en faveur de ce général l'exécution de l'armistice de Steyer.

Enfin, Murât pénétra par la route d'Aiicônc dans les États-Romains, et frappa d'épouvante la cour de Naples qui implora la paix.

De toutes parts on déposa les armes. Les traités de Lunéville et d'A* miens consacrèrent la première paix générale , après huit ans de guerre. I,es conquêtes de la France en Europe furent reconnues par toutes les puissances, et la république Cisalpine comprit dans son territoire l'Adigc, Vérone et Legnago.

Il y avait à peine sept ans que , soit hostilité contre la révolution , soit découragement et impéritie, les classes cultivées, désertant les affaires publiques , avaient livré la société à la domination des classes inférieures. Dans la première ivresse, les castes si long-temps avilies, opprimées, vouées à tous les maux qui affligent l'humanité, avaient cru que le pouvoir était une occasion de vcngeance,ct elles avaient aveuglément réagi sur un passé rempli de misères, en immolant parmi ces riches, ces puissans toujours enviés, ceux que le fanatisme de l'époque leur signalait comme ennemis des réformes dont ils attendaient leur bien-être, comme agensou complices desétraugers qui accouraient en armes pour y mettre obstacle. De là cette triste période de désordres sans exemple et d'excès qu'on ne peut trop déplorer. Mais, telle est en France la puissance de la civilisation ! le peuple, abandonné à lui-même, sentit bientôt le besoin de se discipliner, de se subordonnera l'impulsion d'une force de nature semblable à celle dont il aspirait à se démettre. Après cinq années d'essais qui n'avaient point satisfait cet instinct des masses, Bonaparte se montra dans une heure de péril, et le sentiment public reconnut en lui l'homme éminent en qui la révolution devait se confier et qui devait la finir.

Dès le début, comme pour justifier le vœu général, le premier consul donna des lois à l'Europe entière; il désarma l'Angleterre, et, par une administration habile , il donna au commerce et à la prospérité intérieure un développement depuis long-temps inconnu. Jamais gloire ne fut plus pure et plus belle, et ses éclats rejaillissent autant sur la nation que sur le génie puissant qu'elle a produit et exalté.

OPÉRATIOKS £W ALLEMAGNE.

Conquête du Hanovre (3 1 mai i 4 juillet i8o3).— Camp de» Boulogne (ii«3 à i8o5). — Empire (a décembre i8o4).-Io»mioQ de la Bavière par les impériaux (8 septembre i8o5).— Passage du Rhiu par les Français (a5). — Passage du Danube (6 octobre). — Combat de Weriiugen (8). — De Guntzburg (9).— D'Albeck (1 1).— D'Elchiogen (14).— De Neresbeim (10).— Capitulation dUun (17).— Passage del'Inn (17).

La paix conquise à Mareogo, à Hohenlinden, ne fut pas de longue durée. L'oligarchie anglaise avait protesté contre un traité a? ec la France en quittant les affaires. Mais elle était alors dans sa toute-puissance. L'appui de la cour, la majorité du parlement, la mettaient à même de ressaisir à son gré le pouvoir : l'intérêt de ses privilèges et les vieilles maximes d'état , si constamment maintenues par les corps aristocratiques, lui en faisaient une loi. Elle n'avait pu consentir à négocier avec un gouvernement fondé sur le seul élément populaire et maître d'ailleurs d'Anvers , du littoral de la mer du Nord. Elle s'était mise à l'écart pour prendre le temps de recueillir ses forces, de s'assurer de nouvelles alliances.

Les clauses du traité d'Amiens n'étaient pas exécutées, quand William Pitt rentra au ministère. C'était le signal d'uuc de ces terribles luttes où

les deux adversaires périssent. Les tories, après avoir contraint Bonaparte à remuer profondément la vieille Europe, à jeter dans toutes ses contrées le germe de révolutions futures, ont eu enfin la joie de le reuverser, de lui infliger une longue et cruelle agonie, mais avant de succomber, il leur a porté plus d'une atteinte mortelle, et ils lui ont à peine survécu.

Aussitôt que la rupture fut déclarée, Bonaparte prit position sur le continent, en faisant occuper le royaume de Naples, en dirigeant sur le Hanovre 12,000 hommes campés autour d'Utrecht, commandés par Mortier. L'armée hanovrienne , capitulant sans combattre, laissa les Français en possession d'une province depuis long- temps convoitée par la Prusse.

Cependant Ma r m ont releva Mortier au camp de Zeist, et les régimens de toutes armes quittèrent les garnisons de l'intérieur pour se rassembler sur les côtes en vue de l'Angleterre.

C'est là que se forma cette grande armée qui n'a jamais été vaincue. Pendant leur séjour aux camps de Boulogne , d'Etaples, d'Ambleteusc et d'Ostcnde, les troupes qui avaieut combattu en Italie , en Allemagne , en Vendée, furent amalgamées et réunies en quatre corps, sous les généraux en chef Lanues , Soult , Ney et Davout. L'uniformité dans les manœuvres, l'oubli d'anciennes rivalités, l'échange de mille glorieux récits et le concours de l'admiration commune pour le grand capitaine que le plus grand nombre n'avait pas encore vu, furent les fruits de cette habile fusion.

Le cabinet britannique, ému des apprêts d'une descente, se mit en défense avec une activité qui suffît pour en démontrer la possibilité. Il lit un dernier appel à l'Europe absolutiste et chercha à réveiller , à l'intérieur, les passions politiques que l'administration nouvelle semblait avoir assoupies. La France, à son tour, prit l'alarme j diverses tentatives avaient menacé le premier consul. Elle sentit que le coup qui trancherait ses jours, la livrerait encore à des. agitations ; elle réclama des garanties pour la tranquillité de l'avenir. Bonaparte profita de ces dispositions que partageaient le peuple et l'armée, pour prendre le titre d'empereur sous le nom de Napoléon.

Cette dernière transformation de la force révolutionnaire était la conséquence inévitable des crises précédentes. On entrait dans une période de guerre sans fin et l'on était entraîné à se livrer, non plus à la dictature désordonnée des comités, des représentans en mission, des clubs, des tribunaux institués pour condamner, mais à la dictature qui promettait sécurité à l'intérieur et victoire au dehors.

La Hollande, l'Italie devinrent des royaumes, et les généraux en chef

Berthicr, Murât, Moncey, Jourdan , Massena, Augereau, Bernardotte, Soult, Brune, Lannes , Mortier, Ney, Davout, Kcllcrmann , Lefobvrc, Pérignon et Scruricr, reçurent le titre de maréchaux d'empire. L'Autriche, la Russie se levèrent à la voix de l'Angleterre; la Prusse et les princes allemands résistèrent faiblement à leurs sollicitations et subordonnèrent leur détermination à l'issue des premiers coups.

Le conseil aulique mit en avant a3o,ooo hommes. Le prince Charles prit le commandement en Italie. Il plaça 20,000 hommes dans le Tyrol, sous sou frère l'archiduc Jean, et marcha sur l'Adige, à la tête de 60,000. L'armée d'Allemagne fut confiée à ce môme général Mack , dont les projets , malgré ses désastres à Ma pies , avaient encore crédit. Après avoir jeté Jellachich dans le Vorarlberg avec 10,000 hommes, il porta 1 40,000 hommes sur le Bas-Inu et somma l'électeur de Bavière d'entrer dans la coalition. .Maximilien s'y refusa et se retira dans Wurtzburg en faisant (lier son armée sur la Regnitz entre Nurnberg et Bamberg.

Les impériaux envahirent la Bavière, prirent possession de Munich, laissèrent dans l'électorat Kienmayer (40,000) qui prolongea sa droite jusqu'à Amberg pour observer les troupes électorales; puis, poursuivant leur marche, ils occupèrent Augsburg, Donauwerth, Ulm et prirent leurs cantonuemens à l'entrée des défilés de la forêt Noire, depuis Rothwcil jusqu'à la frontière de la Suisse. Là, Mack fit halte pour attendre les 80,000 Russes que conduisaient Kutusof et l'empereur Alexandre en personne.

Dans le même temps , l'archiduc Charles se concentra autour de Viccncc et l'on prépara deux débarquemens : l'un, destiné au Hanovre, l'autre, au royaume de Naples.

l*i guerre n'était pas encore déclarée, mais ni les protestations , ni les formalités diplomatiques ne pouvaient eu dissimuler la nécessité. Napoléon tira l'épée et ses vieilles troupes coururent vers l'Adige et le Rhin.

La rapidité de ses marches, l'ensemble de ses plans , sa promptitude à désorganiser les forces qui s'avançaient contre lui , à s'emparer do la capitale ennemie, à terminer d'un seul coup la campagne, le mettent hors de pair avec les généraux des temps modernes et laissent eu doute s'il n'a pas surpassé les plus illustres de l'antiquité.

Muck était déjà au pied des Alpes de Souabe que les maréchaux français occupaient encore le littoral de la Manche, et cependant il perdit l'initiative. Tamlis que Saint-Cyr évacua Naples pour renforcer Massena qui avait reçu le commandement du royaume d'Italie, l'armée de Hanovre sous Ucrnadotte, les cinq corps des camps de Zeist et de Boulogne se rendirent en i5 jours sur le Rhin. La réserve de cavalerie, la garde

impériale y arrivèrent en même temps, et Mack eut sur les bras 190,000 hommes au moment où il se croyait maître de porter l'attaque sur la frontière du nouvel empire.

îa garde nationale fut chargée de la défense des places du nord et de lest , et Augereau forma sur le Haut-Rhin un corps destiné à entrer plus tard en ligne pour assurer la retraite de l'année.

Vers la fin de septembre , les Russes traversaient à marches forcées la Pologne autrichienne; Kienmayer, à cheval sur le Danube, était à même d'opérer sur l'une où l'autre rive, et Mack , flanqué par la Suisse et par le Rauhe-Alp , couvert par les défilés de la forêt Noire, appuyé sur la grande place d'armes d'Ulm , qui avait naguère arrêté Moreau pendant plus de quarante jours, attendait le moment opportun de prendre l'offensive.

A la même époque , les colonnes françaises avaient pris successivement les positions suivantes : à Strasbourg, Murât avec cinq divisions de grosse cavalerie, sous Walther, Beaumout, Klein , d'Hautpoul et Nansouty (22,000 hommes).

En seconde ligne, sur le même point, Lannes à la tête de la division de grenadiers d'Oudinot et de la division Suchet, 5° corps (17,000).

En troisième ligne, la garde impériale et les grands parcs (10,000).

A Lauterbourg, Ney : divisions Malher, Loison , Dupont, et Baragueyd'Hilliers (dragons à pied), 6e corps (3o,ooo).

A Spire, Soult : divisions Saint-Hilaire , Legrand, Vandamme, et Milhaud (cavalerie légère), 4* corps (3o,ooo).

Au pont de Manheim, Davout : divisions Boursier, Friant, Gudin, 3* corps (3o,ooo).

A Mayence , Marmont : divisions Boudet , Grouchy, Dumonceau , ae corps (1 5,ooo).

A Wurtzbourg, Bernadotte : divisions Rivaud, Drouet; Ier corps, (14,000).

Enfin , à Bamberg, à l'extrême gauche, l'armée Bavaroise : divisions de Wrède et Deroi (22,000) destinés à passer sous les ordres de Bernanadotte.

Total de la grande armée 190,000 hommes qu'il s'agissait de transporter du bassin du Rhin dans celui du Danube.

C'était la première fois que Napoléon prenait le commandement en Allemagne. Du côté de l'Italie, ses conquêtes lui avaient donné la ligne de l'Adige : il suffisait de la défendre jusqu'à ce que la vigueur des coups portés sur le Lech et le Bas-Inn forçât le prince Charles à renoncer a l'offensive. Dans ce but , l'empereur n'avait pas hésité à abandonner Naples, pour concentrer toutes les troupes françaises en Lombardie, et

ne point laisser de prise à l'ennemi contre Massena. Il avait avec la même facilité renoncé au Hanovre afin d'arriver , supérieur en nombre , sur le champ de bataille où il ne voulait point laisser la querelle indécise.

Ces grandes vues étaient bien au-dessus des traditions; l'attaque directe contre Mack porte l'empreinte de la même profondeur.

Le a 5 septembre l'armée commença à défiler. Murât, puis Lan nés, ouvrirent la marche et passèrent le pont de Kehl. Le premier déboucha sur la forêt Noire et mon Ira ses grand'gardes, ses patrouilles, sur tout le front du général ennemi. Le second poussa d'abord jusqu'à Offenburg, puis il quitta brusquement la vallée de la Kintzig pour descendre, par Rastadt j usqu'à Ludwigsbourg où il arriva le lendemain.

Dans cette même journée, Ney , Soult, Davout , franchirent le fleuve et pointèrent droit au Neckar où ils s'établirent, le premier au pont d'£ssling,à la droite de Lannes; les deux autres à Heilbronn et Nekarau.

De son côté, Marmont rejoignit Bernadotte à Wurlzburg, tandis que les Bavarois remontaient la Regnitz pour se lier avec eux par Weissenburg. Le margraviat d'Anspach, appartenant à la Prusse, se trouvait sur les pas des deux généraux français; mais il ne se firent point scrupule de le traverser, et ils gagnèrent Weissenburg par Uffenheim et Gunzenhausen.

L'armée entière, suivant leur mouvement, se mit à pivoter sur Ney qui formait la droite. La garde, les parcs , les réserves, se portèrent à Heilbronn et marchèrent à la suite de Soult.

Napoléon arriva au quartier général comme cette belle manœuvre s'exécutait; elle frappa de surprise le général autrichien. Les démonstrations de Murât, sur son front, lui avaient donné le change cl il s'aprêtait à défendre le terrain si connu, qui sépare le Danube du Rhin, lorsqu'il apprit que les colonnes françaises venaient de se jeter sur sa droite dans les gorges du Rauhe-Alp. Il en conclut qu'elles tendaient à se concentrer autour d'Ulm, et il se hâta de faire un changement de front , l'aile gauche en avant pour se mettre en bataille le long du Danube, depuis Riedlingen jusqu'à la forteresse qu'il croyait menacée.

Mais il s'était encore trompé sur le but de la grande armée ; pendant qu'il s'ébranlait pour lui faire face, elle appuyait à gauche et descendait comme un torrent des sommités du Rauhe-Alp dans la vallée du Danube; Davout , par Dunkclsbùhl sur OEttingen , par où il se liait avec Bernadotte ; Soult , la garde , le quartier-général et Murât par Aalen sur Nordlingen ; Lannes , par Gcmund sur Ncrcsheim; enfin Ney, par Geislingen sur Heidenheim.

Ainsi les deux armées, par un mouvement simultané, se rangèrent parallèlement au fleuve ; mais la droite des impériaux correspondait à la

droite de leurs adversaires et le centre et la gauche de ces derniers avaient devant eux l'espace qui était resté vide entre Mack et Kienmayer. C'est dans cet intervalle , à peine gardé par quelques détachemens, que Napoléon avait dessein de pénétrer. Il fit battre la charge pourforcer le passage du Danube, saisir la ligne du Lech, jeter 100,000 baïonnettes entre le général en chef et son lieutenant, pousser l'un sur le Bas-Inn et euveloppcr l'autre entre le Rauhe-Alp , les montagnes du Tyrol et les Alpes de Souabe.

Jamais la science de la guerre ne s était élevée à de plus hautes combinaisons; Ney, soutenu par une division de Soult (Sainte-Hilaire), fit un quart de conversion pour se mettre en bataille, la droite à Heideuheim, la gauche au pont de Guntzburg.'

On allait encore pivoter sur lui ; les deux autres divisions de Soult coururent en même temps à Donauwcrth où il n'y avait qu'un régiment ennemi. Emporter la ville et le pont ce fut l'affaire d'un instant, et l'on passa sur-le-champ sur la rive droite du Lech. Le lendemain, Murât, Napoléon et Lannes s'élancèrent dans le chemin frayé par Soult ; et les jours suivans Marmont, Davout franchirent le pont de Neuburg; Bernadotte avec les Bavarois , celui dlngolstadt.

Arrivé sur la rive droite, le premier soin fut de s'assurer des passages du Lech. Dès le 7, pendant que Soult marchait sur Augsburg, Murât enleva le pont de Kain , Lannes le suivit et ils se déployèrent sur la Susam pour gagner Zusmarshausen et couper la route d'Ulm.

A la nouvelle de la prise de Donauwerth , Mack avait résolu de disputer au moins le Lech; sa droite occupa Guntzburg et Burgau et une colonne de ia bataillons de grenadiers , flanqués de 4 escadrons de cuirassiers, se détacha sur Augsburg. Elle passait près de Wertingcn au moment môme où Murât y entrait à la tête de trois divisions de cavalerie. Le combat aussitôt s'engagea.

L'infanterie impériale forma le carré et à chaque angle du côté faisant face aux Français , se placèrent deux escadrons. Les dragons de Murât, chargèrent avec fureur cette cavalerie qui résista vivement, soutenue par un feu terrible; mais enfin ils la culbutèrent, le carré fut rompu et à l'approche des grenadiers d'Oudinot tout se débanda pour courir pêle-mêle au-delà du Lech. Les vaincus cherchaient à se reformer dans Aichach quand Soult survenant acheva de disperser leurs débris.

Le lendemain Soult prit possession d'Augsburg. Marmont et Davout le relevèrent à Aichach, la garde et les grands parcs fdèrent sur Augsburg.

Cependant l'armée impériale accourait de tous les points pour se cou-

CAMPAGNE DE 180é. 271

centrer sous le canon d'Ulm. La droite était déjà groupée autour de Guntzburg, position par laquelle Ney devait opérer sa jonction avec les corps transportés sur la rive droite. IL y avait là à saisir un de ces courts instans qu'on ne retrouve plus lorsqu'on les laisse échapper. Il fallait écraser Ncy et dégager la rive gauche. Mack s'y prit trop tard, il chargea l'archiduc Ferdinand de tomber sur le maréchal, tandis que lui-même se portait à Burgau pour contenir le reste de l'armée. Mais, d'un côté Murât, de l'autre Ney, étaient déjà en marche pour ouvrir entre eux la communication.

L'archiduc ne tint pas contre les quatre divisions qu'il s'était chargé de vaincre, le pont de Guntzburg fut enlevé, les impériaux perdirent a à 3ooo hommes, et, à l'approche de Murât, Mack, menacé en tête et en flanc , évacua Burgau pour se retirer dans ses retrauchemens.

G) combat était décisif. La grande-armée, fermement assise sur les deux rives du Danube, avait séparé définitivement les deux généraux ennemis. L'un se repliait sans combattre sur ses renforts; l'autre, ayant perdu sa ligne de retraite , n'avait plus rien à attendre du sort des armes.

Napoléon leur fit face à tous deux. Bernadotte et Davout s'élancèrent à la poursuite de Kienmayer le rejetèrent au-delà de l'Uler, et remirent Télecteur de Bavière en possession de sa capitale. ( 1 1 )

Ney , Murât, Lannes, Marmont et Soult se déployèreut contre Mack des deux côtés du fleuve et commencèrent à investir la place d'Uhn. La garde marcha en réserve par la chaussée d'Augsburg.

Mack était au désespoir. Livrer bataille, rompre , renverser la muraille de fer qui allait l'étreiudre était au-dessus de ses forces. Il essaya , mais sans succès, de s'échapper en la tournant par ses extrémités.

( I a) 9000 hommes filèrent par la rive gauche de l'Uler pour gagner le Tyrol , mais ils étaient encore à Memmingen , quand Soult y arriva , les enveloppa dans cette ville que l'on avait palissadée et leur fit déposer les armes. Le reste des impériaux ne réussit pas mieux de l'autre côté du Danube.

Pendant que Napoléon se disposait à les assaillir sur l'Iller où on les croyait concentrés, l'archiduc Ferdinand , à la tête de 26,000 hommes, sortit à l'improviste par la rive gauche et se jeta sur l'extrême droite .de Ncy, que commandait Dupont, et qui était en position à Albeck; mais ilne put forcer cette intrépide division et, après avoir perdu plus de 2000 hommes, il s'établit à Klchingen. C'était un coup hardi; le 6° corps s'était mis à cheval sur le fleuve. L'ennemi le coupait en deux et s'assurait d'une communication qui lui permettait de reprendre ses opérations sur la rive gauche avec plus de chances de succès. Mais le maréchal était déjà •en mesure, il enleva de la manière la plus brillante k pont d'Ehingca,

culbuta, refoula dans Ultn, ses adversaires, et leur fit 3 à 4000 prisonniers. I /archiduc avec quelques cavaliers et 7000 hommes d'infanterie, parvint toutefois à passer par les intervalles et à prendre la route de Franconie. Dans la même journée , Soult s'étendit jusqu'à Biberach , Marmont prit position sur Piller à Unter-Kirchberg, enfin Lannes s'empara de Pfuhl et de la tête de pont d'Ulm. Dès-lors Mack était complètement investi de ce côté du Danube. A l'autre rive , Ney vainqueur, resserrait la place, tandis que Murât et Kellermann (cavalerie de Bernadotte) poursuivaient, l'épéc dans les reins, le prince Ferdinand.

Us atteignirent l'infanterie à Neresheim lui tuèrent a à 3 000 hommes, et forcèrent le reste à se rendre , puis il menèrent battant la cavalerie jusqu'à Nurnberg et l'enlevèrent en partie. L'archiduc eut peine à gagner la Bohême avec quelques faibles débris.

Ulm n'avait plus de communication avec la Bohême non plus qu'avec le Tyrolet l'Autriche. Dans cette extrémité Mack, au premier déploiement de l'armée française , capitula ; les 33,ooo hommes qu'il avait renfermés dans son camp mirent bas les armes et furent faits prisonniers. Ainsi disparut, s'évanouit la première ligne des impériaux, 200 pièces de canon, 90 drapeaux, tout le parc , tous les généraux, tombèrent au pouvoir des vainqueurs.

Kienmaycr (£0,000) s'était arrêté sur l'Inn oîiKutusof arriva, conduisant le premier corps russe (4o,ooo). Us essayèrent de défendre cette ligne, jadis réputée si redoutable. Les impériaux prirent position à Rosenheim au pied des montagnes, leurs auxiliaires s'étendirent entre la forteresse deBraunau et le Danube.

Avant de les attaquer, Napoléon fit entrer en campagne Augereau ( 7« corps), qui traversa la forêt Noire, pour longer le lac de Constance, envahir le Vorarlherg et masquer le débouché de Bregentz. Il fit partir Ney avec deux de ses divisions, pour saisir les défilés du Tyrol, occuper Insprucket pousser jusqu'à l'armée d'Italie. Il jeta au-delà du Danube Kellermann fils et Baraguey-d'Hilliers, pour contenir en Bohême l'archiduc Ferdinand. Les contingens de Bade et du Wurtemberg remplacèrent les forces dont il disposait pour assurer ses flancs. Enfin, Mortier prit les divisions Gazan et Dupont (19,000), formant le 8e corps.

Ces mesures arrêtées, l'armée en trois colonnes marcha aux coalisés. Bernadotte par Rosenheim, Lannes et Marmont par Landshut et Braunau, Napoléon avec sa garde, Davout, Soult, Mortier, Murât, par la chaussée de Munich à Muhldorf.

A leur approche, Kienmayer craignit d'être rompu par sa droite et séparé des Russes; il évacua l'Inn, fil sauter les ponts, recula jusqu'à la Salza, et se liant avec Kutusof par la place de Braunau, située au con-

fl lient des deux rivières, il rangea le gros de ses forces à Salzburg. Bernadotte le suivit et parut menaçant à Titlmaning, Laufcn, Rcichcnhall. Ce dernier point seul fut défendu; les Autrichiens, craignant d'être débordés à droite, enveloppés dans Salzburg, abandonnèrent la Salza, pour rejoindre, par Lambach,Kutusof qui, ayant reconnu l'impossibilité de tenir sur l'Inn , s'était, dans le même temps, replié sur la Traun.

En s'éloignant, Kienmayer détacha de sa gauche 5ooo hommes, qui occupèrent les dédiés des montagnes pour inquiéter le flanc droit de Bernadotteet retarder sa marche. Celui-ci, en effet, fut obligé de s'affaiblir de deux divisions f pour resserrer dans la direction d'Inspruck les postes de l'archiduc Jean et se rendre maître de Golling, Ichsen, Aussee, par où l'on descend du Simmering dans le bassin du Danube. Lorsque ces troupes eurent enlevé au détachement de Kienmayer le col de Pass Lueg , libre d'inquiétude de ce côté , il conduisit à Vœklabruck le reste de son corps d'armée. Cependant, l'empereur après avoir battu à Ried , à Haag, à Lambach, les arrière-gardes ennemies, était arrivé sur la Traun.

Les lignes de défense se resserraient , flanquées par le Danube et les Alpes qui vont toujours en se rapprochant. Mais les colonnes d'attaque opérant sur uu moindre front , acquéraient une force irrésistible. Les coalisés ne tinrent pas mieux sur la Traun que sur l'Inn. On occupa Lintz, et Murât enleva l'importante position d'Ebelsberg; puis, marchant au pas de course, il s'empara si brusquement de la ville d'Enns, qu'il ne permit pas aux vaincus de se rallier derrière la rivière de ce nom. On les débordait partout : Mortier passa le Danube à Lintz pour les prévenir au pont de Slein : Davout, poussant devant lui Meerfcld, prit la route de Lilienfeld, etMarmont, remontant l'Euns par Weyer, s'établit à Leobcn. Ce dernier corps complétait le système de délachemens commencé par Ney, continué à Salzburg par deux divisions de Bernadotte, au moyen desquels l'archiduc Charles perdait la possibilité de se transporter, en avant de Vienne, sur le flanc droit de la grande armée.

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