OPÉRATIONS EN AUTRICHE
Comhal d'AmsIclten (rt novembre).— Dr Diirenstein (1 1).— Occupation de Tienne {14).— Combat de llollal.rt.nn ( ,6).-Bataillc d'Atwlerlili (a décembre).— Paix de Pr«bourB.
Ainsi la Haute-Italie, le Tyrol^ le Vorarlberg, furent entièrement déblayés; les coalisés n'eurent plus à opposer aux vainqueurs, sur la rive droite du Danube, que Kienmaycr et Kutusof, en avant de Vienne, en première ligne , puis, en seconde ligne, au-delà de cette ville, que les deux archiducs qui se rendaient en Hongrie à marches forcées.
Sur la rive gauche du fleuve, les réserves russes se montraient en Moravie, s'appuyant à droite sur le prince Ferdinand qui , s'étant recruté en Bohême, tenait la campague autour de Prague à la tête de 18,000 hommes, et à gauche sur les levées hongroises qui tendaient la main aux troupes ramenées de l'Italie. Toutes les forces coalisées formaient un vaste demi«cercle, dont la circonférence passait par Prague, Oltnutz, Preshourg et la vallée de la llaab , et dont Kicnmayer et Kutusof occupaient le centre.
Napoléon s'avançait en pointe, droit au ceutre par la chaussée de Vienne; Marmont à Leobcn, Ney à Klagcnfurt, Massena à Laibach,
Saint-Cyr autour de Venise, le flanquaient par échelons des Alpes No* rique à l'Adriatique, Mortier par la route de Stein, Kellcrmann parBuriweis, Baraguey-dHilliers par Pilsen, suivaient son mouvement en éclairant les avenues de la Bohême.
Le corps austro- russe , après le "passage de l'Emis, lit halte sur les hauteurs d'Amstetten, et l'impétueux Murât, après avoir reconnu sa position fut ohligé, pour le déposter, d'attendre les grenadiers d'Oudinot. Lorsque ceux-ci se déployèrent, le feu s'ouvrit sur toute la ligue; mais l'ennemi tint bon et ne céda qu'à une charge à la baïonnette qui le rompit en lui enlevant près de aooo hommes.
Ce dernier échec découragea les généraux coalisés, ils renoncèrent à couvrir Vienne, dont ils abandonnèrent la défense au corps de Mcerfeld, et ils passèreut le pont de Stein pour se concentrer à Krems. Leur mouvement causa à Napoléon quelques heures d'anxiété. Mortier était compromis parla rapidité des victoires deMurat. Il marchait à ce même pont, dont les ennemis venaient de profiter, et un choc contre leurs masses était inévitable. Sa défaite pouvait , en ramenant Kutusof à Lintz, forcer la grande-armée de faire quelques marches en arrière. Dans l'attente de l'événement, Soult et Bernadotte se rapprochèrent de Mœlk, où était le quartier général, et Davout s'arrêta sur la route de Lilienfcld.
Mortier soutint, en effet, un rude combat. Arrivé le 10 au soir à Diircnstein avec la division Gazan , il apprit que l'ennemi se montrait en forces sur les bords du Danube. Cepeudant il contiuua sa marche, après avoir donné l'ordre à Dupont de presser le pas et de le rejoindre. Le lendemain, dès l'aube, 3o,ooo baïonnettes l'entourèrent. Les généraux ennemis avaient présumé que ce nombre suffisait pour l'anéantir, mais il n'en fut point un instant troublé. Durant la journée entière il soutiut avec un admirable sang-froid, les plus furieuses attaques. Deux fois les coalises crurent saisir la victoire ; deux fois, par un nouvel élan de quelques bataillons de braves, ils la virent échapper. Leurs officiers se prodiguèrent, tant ils attachaient de prix à se parer d'un trophée tel qu'uu bâton de maréchal ; trois généraux , 6000 hommes succombèrent, et à la nuit la victoire était encore indécise, quand Dupont survenant força les ennemis à vider le champ de bataille.
Cependant Murât et Lannes s'étaient portés vivement sur Vienne, où ils entrèrent sans résistance. Meerfeld l'avait évacué et n'avait point détruit les ponts dont Lannes s'empara par surprise, et les grenadiers de celui-ci se mirent aussitôt à défiler pour se porter à Stockerau.
Kutusof, menacé sur ses deux flancs, recula jusqu'à Znaym pour se rapprocher de ses réserves et s'établit sur les hauteurs entre Guutersdorf et Hollabrunn, Sou arrière-garde était vivement poussée par
Murât, lorsqu'il demanda à parlementer. Il y eut quelques ouvertures, mais l'empereur, ne les regardant pas comme sérieuses, ordonna d'attaquer. Soult, Lannes et Murât abordèrent les positions de l'ennemi, et, après sept heures d'un combat acharné, ils le culbutèrent) lui prirent aooo hommes, des canons et restèrent maîtres du terrain.
Derrière les trois maréchaux victorieux, s'avancèrent en seconde ligne: Davout qui , après avoir rejeté Meerfeld au-delà de la March, fit halto à Nikolsburg , puis Bernadette qui gagna Znaym par le pont deStein; Mortier resta en réserve aux portes de Vienne.
Ce déploiement de forces ôtait aux généraux battus toute chance de succès ; ils continuèrent leur retraite sur la Moravie; on les poursuivit, on atteignit à Pohrlitz leur arrière-garde, on la rompit si vivement, qu'ils ne songèrent point à jeter une garnison dans la petite place de Bru un dont on prit possession.
Kutusof prolongea jusqu'à Olmutx sa marche rétrograde; là il rallia ses réserves, réorganisa l'armée et fit volte-face pour reprendre l'offensive.
A sa droite , au sortir de Znaym , il s'était séparé du corps autrichien qui occupait la Bohême. Bernadotte avait aussitôt comble l'intervalle, et en s'ct.iblissant de vive force à Teutsch-Bron et Iglau* il avait rendu impossible la jonction entre le prince Ferdinand et le général en chef.
A sa gauche Davout, en s'échelontiant jusqu'à la March, s'était interposé eutre ses colonnes et les levées de Hongrie renforcées par Meerfeld.
Pour rallier les impériaux, soit à droite soit à gauche, Kutusof était donc dans la nécessité de revenir sur ses pas et de livrer bataille. C'est là que Napoléon l'attendait. La grande -armée à son tour recula pour combattre sur un terrain choisi, pour donner à Bernadotte et Davoiit le temps d'accourir et de prendre part au combat. Celui-ci se plaça en réserve de Nikolsburg à la March et fournit au corps de bataille deux divisions d'infanterie et cavalerie qui prirent la droite de Soult. Le premier ne laissa qu'une division à Teutsch-Bron et revint de sa personne au centre de l'armée.
Le mouvement de Kutusof indiquait assex quels étaient ses projets. 11 avait quitté à Wischau la route de Brunn, pour se jeter sur Austerlitz, i lvoulait doue passer entre la March et la droite des Français, et ouvrir la communication avec Meerfeld et l'archiduc Charles.
Napoléon feignit une grande crainte, il prit soin, en rétrogradant, de retrancher des hauteurs qu'il n'avait nullement dessein de garder. Il accueillit un parlementaire russe et lui permit, sans témoigner d'impatience, de proposer des conditions inacceptables. Enfin le i" décembre
il eut la joie de voir les coalisés déboucher d'Âusterlilz et prendre les positions même où il avait cherché à les attirer. Il rassembla ses maréchaux et, à l'aspect des lignes ennemies , il s'écria : « Cette armée est à moi. » Au soir les soldais illuminèrent subitement le camp pour fêter l'anniversaire du couronnement , qui devait être plus dignement célébré le lendemain.
Au sorlir d'Olmutz, la route de Moravie va jusqu'à Posorzitz ; là elle se partage, l'embranchement de gauche descend par Austerlitz et Gœding à PresboUrg ; l'autre conduit d'abord à Brunu où il se replie à angle droit pour aboutir à Vienne. Un chemin de traverse, partant d'Austerlitz, les réunit et complète un quadrilatère entrecoupé de collines, d'étangs et de ruisseaux alors fortemeut gelés.
De ces cours d'eau qui coulent du nord au sud et qui alimentent le grand étang de Menitz, le plus direct cotivre les villages de Schlapanitz, Sokolnitzet Telniiz, et le plus étendu suit, en les entrelaçant dans ses nombreux détours , les deux côtés du quadrilatère dont l'angle est à Austerlitz.
Napoléon prévit que , s'il se formait sur le ravin de Schlapanitz , l'armée coalisée manœuvrerait sur l'autre ruisseau , et, cédant à la disposition du terrain , s'avancerait en éqUerre pour le pousser de front, déborder sa droite, la rejeter sur Brunn et le prévenir à Vienne.
En effet, le a décembre, avant le jour, trois colonnes d'environ 10,000 hommes chacune , commandées par Buxhceveden, s'engagèrent dans l'étroite vallée des étangs de Menitz. Le reste de l'armée, fort de 60,000 hommes, se déploya d'Austerlitz à Posorzitz, les réserves marchant au sommet de l'éqUerre.
Les empereurs d'Autriche et de Russie étaient au quartier général, et Kutusof, montrant les deux vastes bras, qui menaçaient d'étreindre la grande-armée , leur promit 1.1 victoire.
La tête de colonne de la gauche chemina long-temps sans obstacle. Le jour venait de paraître comme elle parvint au pied d'une colline, en avant de Telnitz, qUe couronnait Un bataillon de la division Legrand. Cétait l'extrênie droite des Français. Le feu s'ouvrit sur-le-champ ; deux fois les ennemis furent culbutés de la hauteur ; un troisième assaut les en rendit maîtres et le combat recommença plus acharné dans Telnitz où se trouvait un régiment entier. Les renforts accoururent de pari et d'autre, et ]x*grand parut à l'autre rive'; mais les ennemis, se formant de plus en plus nombreux sur la colline , on évacua le village pour se replier sur la division.
Il était neuf heures et le soleil s'élevait radieux; mais les dernières vapeurs du matin s'étaient concentrées au fond des vallées ; de sorte que
380 GUERRES DJi LA RÉVOLUTION.
Friant, attiré au secours de Legrand, par le bruit de la bataille, surviut inaperçu. Les deux généraux reprirent inopinément l'attaque, passèrent vivement le ruisseau, repoussèrent les Russes, rentrèrent dausTelnitz et s'y maintinrent jusqu'à ce que le brouillard fût dissipé. Ayant alors reconnu que d'énormes masses débordaient leur droite, marchant sur Sokolnitz, ils se retirèrent en toute bâte pour leur tenir tète et s'opposer au passage du ruisseau. A la suite d'une longue et sanglante lutte, l'ennemi les força sur tous les points, enleva Sokolnitz et les replia sur les hauteurs à la droite de Schlapanitz. Mais ce succès n'était qu'apparent; tandis que Legrand et Friant soutenaient l'effort de 3o,ooo hommes et les attiraient clans des défilés d'où ils ne devaient plus sortir, Napoléon portait le coup terrible qu'il avait préparé.
Lorsque le combat fut sérieusement entamé dans Telnitz , Soult à droite (divisions Vandammc et Saint-Hilaire) , Bernadotte au centre, Latines à gauebe, Mural entre ces deux derniers, marchèrent en avant soutenus par une réserve de ao bataillons de grenadiers (la garde et Oudinot), et 4o bouebcs à feu, postés sur une colline en avant de Schlapauilz. De son côté , Kutusof , enhardi par les progrès de sa gauebe , crut le moment arrivé de donner sur toute la ligne.
On ne tarda pas à se heurter avec acharnement sur un front de plus d'une lieue. Vers neuf heures , l'extrême gauebe du centre des coalisés , en couronnant le plateau de Pratzen, où elle se croyait encore loin des Français, vit avec effroi le revers intérieur de la colline couvert d'une profonde colonne d'infanterie. C'était Soult avec la division Saint-Hilaire et une brigade de Vandamme; à la faveur du brouillard et de la fumée des bivouacs, il avait masqué sa marche dans la vallée et il n'avait plus qu'un pas à faire pour saisir la hauteur qui ferme le ravin où s'était enfourné Buxbœveden.
A cette funeste nouvelle, les illusions du feld-maréchal se dissipèrent; il reconnut qu'il s'était cruellement abusé en présumant que son redoutable adversaire lui laisserait l'initiative. 11 comprit que Napoléon voulait enlever sa gauebe et que le sort de la journée dépendait de la possession du plateau de Pratzen. Déterminé à le conserver à tout prix , il expédia à Buxbœveden l'ordre de rétrograder, il lui emprunta les troupes qui se trouvaient à sa portée, enfin il appela ses réserves. Mais dans le même instant, Bernadotte et Lan nés s'étaient montrés si menaçans que les réserves étaient déjà aux prises sur toui les points, et il n'en put tirer que quatre régimens. Avant qu'ils fussent en ligne, la colonne de Soult s'avança culbutant tout devant elle. On la prenait en flanc, elle s'arrêtait, faisait feu et continuait sa marche irrésistible. Lorsque enfin tous les renforts furent réunis, Kutusof ordonna une charge générale à
SOIJLT (Nicolas Jcan-dc-Dieii),
Marêelial de France —Dnc de Dalmalie — Ne le 19 019^1769 Bataille d Au«t*rlit*.
CAMPAGNE DE 1805. 2bl
la baïonnette. Les généraux, l'empereur Alexandre lui-même payèrent de leur personne. Les Français immobiles attendirent intrépidement le choc, le repoussèrent avec une fusillade à bout portant, tirent dans les rangs ennemis d'horribles ravages, puis, chargeant à leur tour, achevèrent de déblayer le plateau. Russes, Autrichiens s'enfuirent pêlcmêle, abandonnant leur artillerie.
Soult avait enlevé la clef du champ de bataille. Le centre et la gauche n obtinrent pas de moindres succès, une brigade de Vandamme étant restée a Pratzen pour lier le centre à la droite fut assaillie par la garde impériale russe. Elle mit en pleine déroute les colosses de l'infanterie, et la cavalerie, brillante, magnifiquement montée, ayant osé pénétrer dans les intervalles, se trouva en présence des chasseurs et des grenadiers de la garde de Napoléon; une seule charge la rompit, elle plia, et dès-lors Bernadotte prenant l'ascendant, s'avança pas à pas jusqu'au ravin et refoula dans Austcrlitz le centre et la réserve des coalisés.
Lan nés disputa au prince Bagration l'espace entre Posorzitz et un mamelon connu sous le nom de Santon qui servait de point d'appui à l'extrême gauche de la grande-armée. Les deux adversaires avaient pour mission de se rendre maîtres de la chaussée d'Olmutz. Le général russe, ayant échoué à l'attaque du Santon, tenait encore à Posorzitz quand les progrès de Bernadotte l'obligèrent à se replier sur Austerlitz et à laisser le champ libreà Lannes et Murât qui s'élancèrent en avant pour couper à l'armée ennemie la retraite sur Olmutz.
La victoire n'était plus indécise. Restait , pour la rendre complète, à faire déposer les armes à Buxhœveden. A peine maître de Pratzen , Soult, faisant face en arrière , se porta contre lui par les hauteurs. Les ordres de Kutusof avaient suspendu son mouvement agressif et les deux divisions qu'il poursuivait, remarquant ses fluctuations, n'avaient point hé» sité à reprendre l'attaque. Elles l'avaient vigoureusement entasse au fond de la vallée quand Soult parut sur ses derrières.
Les malheureux Russes , pris entre deux feux, menacés en flanc par la formidable réserve qui n'avait point encore donné et dont on avait vu, durant tout le jour, la masse imposante manœuvrer sur le sommet des collines, les Russes tourbillonnèrent un moment , et bientôt leur déroute devint affreuse. Les uns se rendirent, d'autres cherchèrent à s'échapper à travers l'étang de Menitz; mais la glace rompue par une grêle de boulets que vomissait l'artillerie de la garde, plia sous le faix et un nombre considérable d'hommes disparut sous les eaux. Buxhœveden, plus heureux , découvrit une digue par laquelle il sauva de ce désastre inouï 7 à 8000 hommes qui prirent terre à Satschan sur la rive méridionale. Le reste périt ou resta prisonnier.
Dans cette journée, où les coalisés déployèrent près de 100,000 hommes contre 80,000 , ils eurent hors de combat plus de 4o,ooo hommes , ils laissèrent sur le champ de bataille 3oo canons, dont le bronze s élève en colonne sur Tune des plus belles places de Paris.
Kutusof n'avait plus de retraite que le pont d'Holitsch ou Davout courait le prévenir, quand les trois empereurs, h la suite d'une entrevue, suspendirent les hostilités. On convint que les Russes retourneraient par étapes dans leurs provinces centrales et le traite de Presbourg ne tarda pas h être conclu avec le cabinet de Vienne.
La destruction de l'empire d'Allemagne, la création des royaumes de Bavière et de Wurtemberg, la cession du Tyrol à la Bavièfe, des états Vénitiens au royaume d'Italie, furent les fruits de la mémorable campa* gne et de la bataille d'Auslerlitz.
OPERATIONS DANS Lfc ROYAUME DE RAFLE8.
Formation do l'armé* do Napl«.— Marthe sur Naple* (8 février 180S).— PrUo de Capoue (tî).— iicfic de Carte (la). — Kntrce à ?Japle»(i4). — Bataille de. Campo-Tenèse (9 mai-s).— 'Conquête dea Calabres (du 9 au 19 mars).— Chute de Caete(i8 juillet).
Le a 7 décembre, Napoléon mit à l'ordre du jour de «a grande-armée la conquête de Naplcs. A peine GoUvion-Saint-Cyr s'était-il éloigné, que la cour des Deux Siciles, violant la neutralité promise, avait appelé 220,000 Anglo-Russes, dont le débarquement fut annoncé au grand quartier général, au moment où la victoire d'Austerlitz venait de dénouer la coalition. La vengeance fut éclatante» L'empereur déclara que la dynastie
de Naples avait cessé de régner. Une armée d'environ 4°î00° hommes fut organisée sur-le-champ, on la composa de trois corps de i5,ooo, 12,000 et 10,000 hommes; on la mit sous les ordres de Joseph-Napoléon à qui la couronne de Ferdinand était destinée; on donna pour lieutenans au général en chef Massena , Saint-Cyr et Reynicr. Enfin, dans le courant de janvier, on poussa en avant.
A cette nouvelle, les Russes se rembarquèrent, les Anglais imitèrent leur réserve, la cour se réfugia en Sicile, et ses troupes, abandonnées à elles-mêmes, ne s'exposèrent pas aux premiers coups. Les colonnes françaises passèrent le Garigliano sans obstacles. Celle de droite marcha sur Gaëte; les deux autres investirent Capoue et sommèrent la place, qui refusa ses portes. Mais dès le lendemain , une députation arriva de la capitale, qui livra les clefs de Capoue, de Pescara et des châteaux de Naples.
Gaëte, sommé le même jour que Capoue, répondit par les apprêts d'une défense opiniâtre. 8000 hommes sous le général Lacour la bloquèrent, et l'armée poursuivant sa marche, fit son entrée à Naples, ou elle n'éprouva aucune résistance. Saint-Cyr se déploya sur l'Adriatique et le golfe de Tarente. Massena fut chargé de réduire Gaëte, et Reynier, soutenu par la droite de Saint-Cyr, eut pour mission de détruire l'armée napolitaine. Elle s'était rassemblée sur les frontières de la Calabre cité- Heure, forte.de 18,000 hommes, commandée par le prince royal.
On pénétra dans les Calabres par deux routes. La moins directe côtoie le golfe de Tarente, coupée par une multitude de cours d'eau; l'autre débouche de la principauté citérieure , et à partir de San-Lorenzo de Padula, elle longe, pendant une quinzaine de lieues, la crête des Apennins, qu'elle traverse enfin entre Castelluccio et Morano. Cette longue suite de défilés se termine par le val San-Martino , col où deux hommes ne peuvent passer de front , et qui aboutit au plateau culmiuant de Campo-ïenèse. lies Napolitains, divisés en deux corps , avaient pris position de manière à les intercepter l'une et l'autre. Celui de droite, sous le maréchal Rosenhcira , était rangé, la droite au golfe de Tarente. Celui de gauche sous Roger de Damas, occupait la plaine élevée de Campo-Tenèse, où il s'était fortifié, et il avait jeté en avant, sur les bords d'un ravin qui sort du Lago-Negro , une forte avant-garde.
Deux colonnes françaises marchèrent à ces positions redoutables. Duhesme, avec la droite de Saint-Cyr contre Rosenheim : Reynier contre Roger de Damas. Le dernier seul en vint aux mains, il força l'avantgarde qui se dispersa dans les montagnes, au lieu de faire rapidement retraite et de couvrir le val San-Martino. Il s'enfonça dans cet étroit passage, le franchit sans obstacle, couronna les hauteurs à droite et à gauche de Campo-Tcnèsc , déborda les ailes de l'ennemi, aborda le centre
à la baïonnette, enleva les redoutes, l'artillerie, et mil la troupe dans le plus complet désordre. Ses voltigeurs prévinrent les fuyards à Morano, et leur ôtèrent la possibilité de se rallier.
Rosenheim se hâta d'évacuer les Calabrrs, dont les généraux prirent possession sans coup-férir. Le 19 mars, Rcynicr poussa jusqu'au détroit de Messine.
Peu de jours après, Joseph reçut le titre de roi par décret impérial, et le 11 mai il fit, dans sa capitale, une entrée solennelle.
Cependant le siège de Gaête se poursuivait avec lenteur. Cette forteresse, qui renfermait 8000 hommes de garnison, forme une presqu'île, liée au continent par un isthme , large de 3 à 4<x> toises. Un sol rocailleux et une muraille irrégulière mais presque inexpugnable en défeudent l'entrée. Il fallait un train de siège qui fut long à réunir et à approvisionner. Cependant on n'avait pas cessé de pousser les tranchées et d'élever des batteries. Les Calabres réduites, Massena vint en persoune prendre la direction du siège, les derniers travaux s'achevèrent, et le 7 juillet les batteries de brèche commencèrent leur feu; en six jours, les remparts présentèrent plusieurs ouvertures, et cinq jours après, comme on se disposait à donner l'assaut, la garnison capitula.
Les Calabres, excitées par les Anglais et les Siciliens, se soulevèrent encore et soutinrent une guerre de partisans, qui dura jusqu'à la fin de septembre.