‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 35 sur 120 · OPÉRATIONS EU POLOGNE · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS EU POLOGNE

Ouverture de U campague de Pologne. — Passage de la Vistulc (ao novembre). — De l'Wkra (a4

décembre).— Bataille de Pulituck (*6).— Combats de Mohnmgen (»5 janvier 1807).— Dp Pas- Mflbeim (i'T février).— De Bergfried (3).— De Hoff (6).— D'Kylau (7).— Bataille d"Eylau (8) — D'OttroIenla (16).— Siège de DaoUig (du a 3 février au «4 mai). — Combats de la Pa.uarge (4- 5-6 juin).— Bataille de Halsberj (10) — De Friedland (14) — Trait* de Tilsitt.

La lutte prenait des proportions gigantesques ; pour assiéger Dantzig, il fallait tenir tête à la Russie, inquiéter l'Angleterre, organiser l'Allemagne et intimider l'Autriche. Le monde entier s'émut : la Perse prit

CAMPAGNE DE 1806-18 j7. 297

une attitude hostile; la Turquie courut aux armes et , pour parer l'effet de ces diversions , le cabinet britannique couvrit la Méditerranée de ses vaisseaux, attaqua Constantinople et tenta (mais vainement) de s'emparer de PÉgypte.

Cependant la Prusse occidentale , divisée en quatre départemens , fut confiée à une administration ferme et habile. Pour garantie de la neutralité du conseil aulique , on forma des camps sur l'Inn et sur le Pô. On fit avec la Saxe une alliance offensive et défensive, on poussa le siège des forteresses de la Silésie; enfin, on groupa à la droite de l'armée, près de la frontière autrichienne, Murât (20,000), Davout (aa,ooo) et Lannes (19,000) qui s'établirent à Leznica et Sompolno. Le quartier général et la garde se portèrent à Posen.

Les coalisés avaient sur la Vistule, i° entre Graudentz et Thcrn, 1 5,ooo Prussiens commandés par Lestocq; a0 à Varsovie, avec une avant-garde aux bords de la Bzara , la première armée russe, sous Benningsen (55,ooo). Ils avaient en outre à Dantzig, en Silésie, à Graudentz, Colberg , Dirschau et Stralsund 5o,ooo hommes de garnison.

Une seconde armée russe sous Buxbceveden 36,ooo s'avançait sur la Narew pour se réunir à la première sous le commandement du feld-maréchal Kaminskoy; enfin une réserve de 40,000 hommes était en formation sur le Niémen»

La première ligne couvrait à-la-fois les routes de Kœnigsberg , centre des opérations de la Prusse et de Grodno , point de départ, sur le théâtre de la guerre, des corps tirés du fond de la Russie.

Les six premiers corps de la grande-armée, la garde, la réserve de cavalerie de Murât , une seconde réserve de cavalerie récemment formée sous les ordres de Bessières, ayant achevé de passer l'Oder, marchèrent contre la Prusse royale : le 9* corps (Jérôme sous Vandamme) resta en Silésie. Le 8* (Mortier) releva Beruadolte en Poméranie, faisant place dans les villes anséatiques à l'armée hollandaise. Un 10' corps, composé de Saxons, de Badois, de Polonais, de Français et destiné à faire le siège de Dantzig sous le commandement du maréchal Lefebvre, traversa le Brandebourg. Les provinces occupées livraient leurs ressources , la Saxe donna son armée et le territoire de l'ancienne Pologne fournit à Dembrowki le noyau de cette armée polonaise qui devait rivaliser avec les corps d'élite en bravoure et en fidélité à la cause française.

Toutes ces forces présentaient un effectif de aoo,ooo hommes , dont 1 10,000 sous les ordres immédiats de l'empereur entrèrent en campagne. La redoutable colonne de droite s'ébranla la première. Murât poussa sur Lowicz une reconnaissance dont l'effet fut de faire reculer les Russes jusqu'à Varsovie. On les suivit; ils abandonnèrent la ville, replièrent le

ponl de bateaux sur la rive droite et laissèrent une arrière-garde dans le faubourg de Praga.

Le 28 novembre, l'avant-garde française fit son entrée dans la capitale de l'ancienne Pologne. Ce moment effaça le souvenir d'une longue agonie de misère : tout un peuple opprimé vit subitement renaître les espérances de Ja patrie. Son enthousiasme passa toute expression. A ses acclamations, les soldats, transportés d'une ardeur nouvelle, couru* rent à la Vistule qui charriait déjà d'énormes glaçons, ils bravent à-la» fois tons les dangers , ils se jettent à la nage et vont sous le feu de l'ennemi détacher les bateaux de la rive opposée. Bientôt la cavalerie s'env» barque; Praga est emporté; les Russes épouvantés fuient au-delà du Bug.

Les corps français s'établirent entre les deux rivières. D'un autre côté, Ney força le passage à Thom; Bernadotte partit de Dirsohau et occupa Sur l'autre rive Elbing et Marienwerder, de manière à couper Danlaig de ses communications avec Koenigsberg et l'armée. Enfin Augereau , Soult , Bessières débouchèrent par Zakroczym, Wyxogrod et Thorn,

Lcstocq et Benningscn étaient en pleine retraite; mais à Ostrolcnka, co dernier, informé de l'approche de Btixhosvedcn , suspendit le mouvement rétrograde, et résolut de revenir sur ses pas, de reprendre l'attaque avec plus de 100,000 hommes pondant que les adversaires étaient encore séparés par le cours du Bug. L'armée combinée , ramenée sur l'Wkra et ses nombreux affluons, fit halte et se retrancha dans la but de se préparer une base pour reconquérir l'espace entre le Bug et la Vistule. Mais Napoléon la prévint en l'attaquant dans ses lignes.

Il prit pour but de ses manoeuvres Pultusk, quartier général de Beuflmgsen, noeud des routes deKœnlgsberget de Grodno. La possession de dette ville devait forcer les Russes et les Prussiens ou à séparer ou à dérouvrir un de leurs centres d'opérations.

I/armée entière s'ébranla : Bernadotte se lia par sa droite à Ney qui prit position à Rypin; Bessières, 8oult, Augereau formèrent leurs colonnes à Sierps,Wy£ogrod et Zakrocaym. Tous ces corps eurent ordre de marcher de front sur l'Wkra, tandis que Davout , Lan nés et Mural se disposèrent à pénétrer entre cette rivière et la Narew.

Davout força d'abord le passage de Bug un peu au-dessous du confluent de l'Wkra , puis , au moyen d'un a droite, il se transporta au-delà de ce dernier cours d'eau, et se mit à remonter la rive gauche en refoulant la gauche des Russes. Lorsqu'il eut fait une large ouverture, Murât le suivit en seconde ligne, et Lanne6, passant derrière eux, appuya à droite, emporta vivement Nasielsk et pointa sur Pultutk. De leur côté, les trois corps de la gauche poussèrent Lcstocq ; liessières, en débouchant brusquement à Biezun, le rejeta sur la chaussée de Thorn à

Groduo, et Soult, en se portant à grands pas à Cieclmnow, acheva de le séparer des Russes. Ceux-ci, se voyant débordés à gauche par Lannes, à droite par Soult , évacuèrent en toute hilte leurs retranchemens. Les divisions se mêlèrent, on sacrifia des bagages, de l'artillerie, et, gagnant ainsi de vitesse, on prévint les généraux français sur la Narow.

Benningsen avait déjà rangé 4o,ooo hommes en avant de Pultusk, lorsque Lannes s'y présenta; mais le prince de Gallitxin (du corpsde Buxhœveclen ), dont la droite était pressée par Auge r eau, fut obligé de faire voile-face à Golymin avec a5,ooo hommes, pour soutenir le choc de Davout et de Murât. Une double bataille s'engagea dam ces positions, où les deux généraux russes étaient gravement compromis. 8oiilt, continuant à déborder Gallitxin , venait, au sortir de Ciechanow, de se jeter dans des chemins de traverse pour percer jusqu'à Makow et pénétrer le premier sur la Narew. Mais il dégelait, le sol naturellement fangeux était tellement détrempé, que le 4* corps, n'ayant pu vaincre tes difficultés du terrain, arriva trop tard. Les ennemis n'eurent contre eux que les chances ordinaires des armes.

Lannes, soutenu à gauche par une division de Davout, était encore de moitié moindre que son adversaire; mais on ne comptait plus et il n'hésita pas à ordonner l'attaque Le combat se soutint jusqu'à la nuit sans avantage décidé. Cependant, les Russes perdirent plus de 5ooo hommes, et les Français n'eurent que 6 à 700 morts et 1 5oo blessés. Benningsen ne crut point devoir hasarder une seconde bataille, il profita de l'obscurité pour passer la Narew, abandonnant la pièces de canon et quantité de bagages.

A Golymin , on était d'abord à nombre égal. Les Russes étaient postés dans le village et dans les bois qui l'environnent. L'infanterie de Davout les chassa pied à pied et finit par les entasser dans le village. À oc moment, Augereau approchait , et, si l'on eût pu saisir la route de Pulstuck, ils eussent été enveloppés. Davout l'essaya , il détacha sur sa droite une brigade de dragons pour leur couper la retraite; mais les chevaux s embarrassèrent dans un terrain marécageux, une nuée de tirailleurs les arrêta, la manœuvre manqua el l'ennemi se hâta de se retirer par la seule ouverture qui lui restât. Il prévint Soult à Makow, d'oh il gagna Ostrolenka.

Le même jour , Ney rejeta définitivement Lestocq sur la route de Kœnigsberg. Ce général avait fait un dernier effort pour renouer parSoldar la communication avec les Russes; le & corps déjoua ce dessein, repoussa toutes ses attaques, lui prit des drapeaux, du canon, et le poursuivit jusqu'à Djanow.

L'armée coalisée, affaiblie de plus de 10,000 hommes, était désormais séparée en trois corps, et la grande-armée avait réussi à se concentrer

au nœud des routes par lesquelles ils pouvaient déboucher. L'état de la saison empêcha de les poursuivre. Lannes se contenta de prendre position à Ostrolenka et de iaire nettoyer par sa cavalerie la vallée de laNarew. Les autres corps se répandirent dans leurs quartiers d'hiver, en couvrant leur front par la Passarge et TOmulew. Sous leur protection, l'investissement de Dantzig commença par la rive gauche de la Vistule.

A la fin de janvier, Bernadotte avait sou quartier général à Elbing; Neyétaità Gilgenburg et Niedenburg , communiquant avec le premier corps par Osterode et Mohrungen , et éclairant la Passarge et la Haute- Aile; Lcfebvre était à Thorn; Soult couvrait l'Omulew; Davout, Lannes et Augereau étaient échelonnés de Pulstuck à la rive gauche de la Vistule. Le grand quartier général, la garde et la cavalerie étaient rentrés à Varsovie. On croyait passer dans ces positions tout Phi ver, lorsque Benningsen , ayant réorganisé l'armée coalisée dont il avait reçu le commandement en chef, entra inopinément en campagne à la tête de 1 00,000 hommes.

Après la bataille de Pultusk , les Russes, au lieu de prolonger leur retraite par la route de Grodno, s'étaient jetés à droite dans la Prusse orientale, et l'armée entière s'avançait par les deux rives de l'Aile, espérant pénétrer entre Bernadotte et Ney , resserrer le premier entre la mer et la Basse- Vistule, s'établir sur le bord de ce fleuve , dégager Dantzig, et reporter la guerre dans le Brandeburg. Masqué par d'immenses forêts, Benningsen avait pu dérober ses mouvemens aux avant-gardes françaises qui, toutefois, avaient conçu de vagues soupçons. Sur leurs rapports, Napoléon se tenait prêt à lever les quartiers d'hiver et à parer à tout événement.

Le 24 janvier, l'avant-garde russe parut sur la Passarge, près de Liebstadt, et força le passage de la rivière. Aussitôt l'alarme se répandit sur toute la ligne. Bernadotte, après avoir soutenu à Mohrungen conlre 1 7,000 hommes un combat , où il eut besoin de toutes ses ressources pour se rendre maître du champ de bataille, concentra le 1" corps à Osterode. Ney prit position à Hohenstein; la communication fut établie entre eux et les deux maréchaux se mirent en mesure de combiner leurs manœuvres, soit pour marcher en avant, soit pour rétrograder. C'est à ce dernier parti que s'arrêta l'empereur. Lorsqu'il eut la certitude que toute l'armée coalisée débouchait, il voulut tourner contre elle son audacieuse tentative, se porter sur ses derrières, l'acculer à la Vistule. Il prescrivit en conséquence à Bernadotte de refuser sa gauche , de se retirer même, s'il le fallait, jusqu'à Thorn, pour laisser Benningsen suivre sa pointe et se compromettre d'autant plus fortement.

Celui-ci, pivotant sur sa gauche qui s'appuyait à Allcnstcin , fit irrup-

tion dans les canton nemens que le premier corps venait d'abandonner. Sa droite, poussant jusqu'à la Vistule, débloqua Graudentz. Bernadotte, en prenant position chaque jour, gagna Lobau, Neumarkt et Strasburg.

Cependant, Napoléon préparait un de ces coups décisifs qui l'ont élevé à une si grande renommée. Soult, Ney, Davout, Murât, Bessiè* res et la garde s'échelonnèrent parallèlement à la grande route de Varsovie à Kœnigsberg, flanqués par le 6' corps, qui prit position à Ostrolenka,pour faire face aux troupes qu'on savait rassemblées à Byalistock , sous les ordres d'Esse Cette masse formidable prit immédiatement l'offensive en poussant sur Ortelsburg et Hohenstein , dans le but de rompre l'aile gauche de Benningsen et de couper sa ligne de retraite.

Bernadotte devait , au moyen d'une marche forcée , tourner l'avantgarde russe pour venir prendre la gauche de Ney; mais l'officier , chargé des instructions qui lui étaient destinées , tomba entre les mains de l'ennemi. Benningsen fut instruit du plan de Napoléon. Il put mesurer à-la-fois le péril qui le menaçait et le parti qu'il devait tirer de l'heureuse information qui lui survenait. Il rappela sa droite (Lestocq) quitta rapidement la route de Thorn et porta son centre au secours de sa gauche, taudis que les Prussiens remontèrent jusqu'à Osterodc. Il espérait prévenir l'armée française sur la rive gauche de l'Aile, s'assurer de la route de Heilsberg et tenter le sort des armes. Mais, lorsqu'il eut franchi la Passarge, il trouva sa gauche chassée de Passenheim, d'Allenstein, et il se mit en bataille sur les hauteurs de Suktdorf, la droite à la Passarge, la gauche à Bergfried sur l'Aile.

La fortune l'avait sauvé d'une destruction inévitable ; mais pour échapper entièrement , il lui restait à faire un mouvement difficile : c'était, puisque la route de Heilsberg était déjà fermée, de défiler par le flanc gauche sur Preussisch-Eylau, devant le front de la grande-armée. 11 ne s'en tira qu'en jetant sur les pas de ses adversaires de fortes arrière-gardes qui se firent hacher.

Napoléon , le voyant disposé à tenir à Suktdorf , rangea , dans l'intervalle entre les deux rivières, la cavalerie, la garde, les 3' et 7" corps, et chargea Soult, soutenu par Davout, d'enlever le pont de Bergfried pour déborder sa gauche. Cet ordre fut vigoureusement exécuté. Soult entra dans Bergfried à la suite d'un brillant combat qui coûta aux ennemis près de 2000 hommes. Au bruit de son canon, le feu s'ouvrit sur toute la ligne; mais il était tard , et l'action fut suspendue par la nuit, dont Benningsen profita pour se retirer à marches forcées jusqu'à Wolfersdorf. Là il fit halte, après avoir placé 9000 hommes à Deppen, pour rallier l'aile droite qui était encore de l'autre côté de la Passarge. Le lendemain , on culbuta ses arrière-gardes ; Murât sabra, prit et dispersa la colonne de

Deppen, Le surlendemain» Ney atteignit entre Deppen et Liebstadt, l avant-garde de Lestocq qui croyait encore la route libre. Cette troupe (3 à 4ooo)fut entourée et enlevée. Le général Prussien recula jusqu'à Spandau , et Ney manœuvra de manière à lo rejeter hors du champ d'opération. Pendant ce temps, le centre de Brnning&en batlit en retraite par la route de Kcenigsbcrg, et son aile gauche par lechemiu dellcilsberg, qui côtoie la rive gauche de l'Aile. Davout poursuivit cette dernière colonne, les autres corps s'avancèrent par Landsberg, et Murât eul en* corc à combattre à Gros-Clanden et à Hoff, des arrière-gardes destinées à ralentir le mouvement.

Le déploiement des trois colonnes de la grande-armée le* portait naturellement à se réunir à Eylau. Une fois concentrées , rien ne pouvait les arrêter en avant de Kœnigsberg. Bunningsen résolut de prévenir leur réunion et indiqua, comme ralliement à ses deux ailes, la ville d'Eylau, où il fit halte avec son centre dans le dossein de ballre les corps français qui ae heurteraient les premiers contre lui, et ensuite d'engager une affaire générale.

La 7 février, Murât etSoult, marchant à la tète de la principale co» lonne, trouvèrent les approches d'Eylau fortement défendues; ils consacrèrent à les déblayer le reste du jour, et ils combat tirent toute la nuit pour s'emparer de cette petite ville, dont la possession était importante pour l'une et l'autre aimée. Il* l'enlevèrent rue par rue, et cette résistance acharnée suffit pour que Napoléon pénétrât le dessein du géoé* ral russe. 11 pressa la marche d'Augcrcau, des réserves , et h lendemain, quand les ennemis se déployèrent pour reprendre la position , on était en mesure de soutenir le choc jusqu'à la venue de Davout et de Ney, Bernadotte, à peine arrivé sUr la Passarge, était hors de compte.

La neige et la glace ayant nivelé le terrain, c'était une bataille en plaine. Les seules positions étaient d'abord Eylau, bâti dans le sens de la route d'Heiligcnbeil, présentant au front de l'ennemi la convexité d'un arc de cercle, puis les petits villages de Serpallen, Sansgartcn, Kuschitlen, Sebmoditten , fermant autour de la ville un demi-cercle de tooo à ifloo toises de rayon.

Les coalisés, afFaiblis par leur pénible retraite de près de ao,ooo hommes, étaient, au nombre de 8o,ooo, rangés sur trois lignes de Schmo» ditten à Serpallen. La grande-armée, privée par un malencontreux ha* sard,du corps de Bernadotte (ao,ooo hommes), ne comptait pas plus de 68,000 eombattans.

Soult, s'étanl rangé devant Eylau, appuyait à droite pour faire place à Augereau et pour se lier avec Davout, qui avait reçu l'ordre de se rabattre sur le champ de bataille, de manière à déborder l'aile gauche de

l'ennemi, lorsqu'une violente canonnade éclata contre lui. On y répondit avec vigueur, et à mesure que le débouché se dégageâmes divisions d' Auge reau défilèrent dans le but d assaillir le centre de fieuningsen.

Ces dispositions promettaient un de ces prompts succès auxquels la grande* armée était accoutumée. Mais à Eylau comme à Pultusk, les Russes furent secourus par le terrible auxiliaire , qui devait plus tard les faire triompher. Un orage de neige, soulevé par le vent du nord «éclat») Augereau s'égara daus l'obscurité et donna, tête baissée, entre la droite et le centre de l'ennemi. Avant d'avoir le temps de se reconnaître, il fut pris entre deux feux et souffrit de grandes perles; ses deux généraux dç division, lui-même, quittèrent le champ de bataille grièvement blessés. Le f corps se mit à flotter, et l'ennemi parut prêt à pénétrer dans l'intervalle, que sa fausse direction avait laissé entre sa droite et la gauche de Soult. Napoléon vit le péril et le prévint. Il lauca dans l'ouverture Murât , avec quatre divisions de cavalerie , soutenu par Bessières et la garde. Cette masse formidable écrase la cavalerie russe , rompit les deux premières lignes d'infanterie et traversa le champ de bataille dans toute sa largeur) enfin, après avoir fourni, non seus perte, cette charge brillante, elle détruisit une colonne de 4ooo hommes, qui s'était aventurée jusqu'aux maisons d'Eylau. Pendant ce temps, Davout s'étant déployé perpendiculairement aux lignes ennemies, la gauche à Serpallen, corn* mença à pousser leur gauche sur le centre. Après plusieurs iucideus variés, après avoir enlevé Sansgarten, il envahit le terrain jusqu'au-delà de Kuschitten et de la route de Friedland. Les Russes, resserrés près de la chaussée de Kœnigsberg, semblaient n'avoir plus qu'a faire une prompte re* traite, quand Leslocq, qui manœuvrait depuis lf matin pour échapper à Ney, parvint à jeter au-delà de la droite du maréchal 7000 hommes, qui, débouchant par Schroodltten, se portèrent aussitôt contre Davout et le firent reculer jusqu'au«delà de Kuschitten.

Cependant Ney, occupé à pousser la droite de Leslocq, averti par des inuraudeurs que l'on devait [Être aux prises, s'arrêtait fréquemment, prêtait l'oreille et recueillait comme un bruit sourd qui retentissait au loin : il se convainquit enfin qu'on se battait, et laissant là les Prussiens, il marcha au canon, entra en ligne en enlevant les premières maisons de Schmoditten, appui de la droite des Russes, et les détermiua à s'éloigner. Il acheva de se rendre maître du village et tailla en pièces leur arrière-garde dont la retraite était coupée.

Cette journée, que le désastre d'Augereau avait rendu si sang ante, coûta aux coalisés du canon , des bagages, 6000 morts et 90,000 blessés, dont le plus grand nombre resta prisonnier. La grande-armée perdit 3ooo morts et eut 16,000 blessés. C'était un vide qui devait se faire sentir.

La desorganisation du 7* corps, le dc'gel qui survint pendant la nuit, empêchèrent Napoléon de rien entreprendre; Murât seul lança quelques escadrons qui suivirent l'ennemi jusque sous les murs de Kœnigsberg; les vainqueurs prirent leurs cantonnemens en avant d'Eylau.

Un dernier engagement mit fin à la campagne d'hiver et ajouta aux désastres de l'ennemi. A peine les Français étaient-ils dans leurs quartiers, que des nuées de Cosaques se répandirent entre l'Aile et la Narew , et se mirent à harceler leurs flancs et leurs derrières. Savary, en l'absence de Lannes, commandait le 6* corps; pour réprimer ces mouvemens, il étendit sa gauche sur l'Omulew et donna à Essen la tentation d'attaquer Ostrolenka. Les Russes, au nombre de ?5,ooo, descendirent simultanément les deux rives de la Narew. Averti de leur marche, Savary courut à Ostrolenka avec Oudinot, et leur opposa des forces égales. Il fit assaillir et repousser au loin la colonne de droite, puis laissant l'autre s'avancer jusqu'aux murs de la ville, il la reçut à bout portant. Ecrasée par un feu terrible, découverte sur son flanc droit, elle se retira précipitamment abandonnant sept canons, deux drapeaux, 1200 morts et aooo blessés.

A peu de jours de là , Napoléon, après avoir occupé Eylau assez longtemps pour faire évacuer les hôpitaux et les trophées qui constataient sa victoire, fit rentrer l'armée dans son ancienne ligne de cantonnemens , résolu à suivre avec vigueur le siège de Dantzig et à suspendre jusqu'à la reddition de la place toute opération offensive. Bernadotte s'établit à Braunsberg et Spanden où il éleva une tête de pont. Soult à Liebstadt remplit la trouée par laquelle Benningsen avait pénétré. Ncy prit sa droite Deppen; vint ensuite Davout entre les sources de la Passarge, de l'Aile et de l'Omulew, se Haut par cette dernière rivière au 6* corps dont Massena vint prendre le commandement.

La garde , la cavalerie, les grenadiers d'Oudinot, une division polonaise, une division bavaroise, rendue disponible par la capitulation de la majeure partie des places de la Silésie; formèrent une seconde ligne à Osterode , Niedenburg et Pultusk ; le quartier général fut porté d'abord à Osterode, puis plus près de Dantzig à Finckenstein.

Les débris du n* corps avaient été répartis dans l'armée. Le 0/ corps achevait la conquête de la Silésiedont il démantelait les places. Le 8e assiégeait Stralsund et Colberg. Enfin le 1 oe (17,000) protégé par une barrière de i5o,ooo baïonnettes, resserrait les Prussiens dans les murs de Dantzig et commençait le blocus.

A 1 a lieues de la mer, la Vistule jette sur la droite , dans le golfe de Frisch-HafT, un bras qui prend le nom de Nogat et entoure une île du même nom. Elle continue ensuite à remonter au nord jusqu'à deux lieues de la côte. I*à elle se sépare encore pour courir d'un côté à l'orient et se

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perdre dans les mêmes eaux que laNogat , de l'autre à l'ouest , où après avoir baigné par sa rive gauche la vaste forteresse de Dantzig, elle fait un détour et gagne le golfe de Dantzig. Ces deux dernières branches entourent, avec le Frisch-HafF et la mer, une longue langue de sables qui s'étend jusqu'à Pillau et qu'on appelle l'île de Nehrung. Ces bras, ces îles compliquaient du côte de la rive droite, le blocus de la place. Sur la rive gauche, il fallait maîtriser le fort de Wcicliselmundc , à l'embouchure du fleuve , et un camp retranché qui renfermait le port.

Lorsque les opérations commencèrent, le corps assiégeant n'était pas entièrement en ligne, mais la garnison qui devait être portée à 20,000 hommes était incomplète et le gouverneur, feld-maréelial Kalkreuth, était absent. On débuta par l'attaque de Dirschau qu'occupaient les avant-postes prussiens. Cette ville fut enlevée à la suite d'un combat sanglant ; après quoi , le maréchal se rapprocha de jour en jour de la place jusqu'au 18 mars , époque à laquelle il ne restait qu'à s'emparer de nie de Nehrung , dont l'abord était interdit par les énormes glaçons que charriait le fleuve. Ce fut à ce moment que Kalkreuth et le complément de la garnison profitèrent du chemin qui était encore libre, pour entrer dans la place dont ils cherchèrent aussitôt à éloigner le corps assiégeant. Leur tentative fut secondée par Benningsen qui parut à-la-fois sur tout le front de la grande-armée. Ses troupes passèrent l'Aile et la Passarge, tombèrent à Braunsberg sur la gauche de Bcrnadotte , et à Guttstadt sur les avant-postes de Ney. Elles furent d'abord repoussées sur tous les points. Ensuite l'empereur ordonna un mouvement en avant pour reconnaître le but de ces démonstrations. Murât , poussant jusqu'à Seeburg, déblaya la rive droite de l'Aile. Soult, soutenu par Bcrnadotte, porta ses reconnaissances à Wormdit. Enfin, Ney s'empara de Guttstadt où il se fortifia. Benningsen céda partout le terrain et se retrancha lui-même dans Heilsberg dont il fit une place d'armes autour de laquelle il resta dans l'inaction.

Dès-lors, toute l'attention se porta sur le siège de Dantzig. Lefebvrc, après avoir repoussé les sorties de Kalkreuth , s'était emparé par un coup de main hardi , de l'île de Nehrung où il avait placé un corps assez imposant pour s'étendre par sa droite de manière à paralyser Wcichselmunde et le camp. Le blocus était complet dans la nuit du 1" au 2 avril. On ouvrit la tranchée à l'ouest de la ville et les travaux furent poussés avec vigueur, malgré les efforts de l'ennemi qui répondait à l'attaque par un contre-cheminement. Au bout de cinq semaines, la 3* parallèle fut achevée. Un matériel immense, tiré des places de la Silésie, était en batterie, lorsqu'un corps de i5,ooo Russes entra dans la Vistule, commandé par Ramenskoi. Ce général fit aussitôt ses dispositions pour profiter de

la supériorité du nombre, mais il était difficile de surprendre Napoléon, lu formé de rembarquement à Piltau d'un fort secours , il avait mis sous les ordres de La unes les grenadiers d'Oudinot et les avait dirigés sur File de Nogat. Ce renfort fît sa jonction avec Lefebvrc au moment où Kamenskoi débouchait du camp sous Weichselmunde dans l'île de Nebrung dans le dessein de prendre les lignes de blocus et d'ouvrir la communication avec les Prussiens. Les deux maréchaux battirent complètement les Russes et leur ôtèrent la tentation de troubler le siège.

Sur ces entrefaites , Mortier, ayaut conclu sous Stralsund un armistice avec les troupes suédoises , arriva et donna aux opérations une nouvelle ardeur. Kalkreuth, convaincu de l'inutilité d'une plus longue résistance, capitula et obtint pour sa garnison les mêmes conditions qu'il avait jadis accordées aux défenseurs de Mayencc. Kamcuskoi se rem» barqua.

Aprèa l'avoir rallié, les coalisés reprirent l'offensive. L'empereur Alexandre était venu prendre le commandement de l'armée qui avait été portée à i3o,ooo hommes. Kssen était resté sur la Narcw dans le même état. Massi'na n avait point nou plus été renforcé, mais l'effectif de» i", 3r, 4e et 6- corps avait été augmenté; l'armée en ligne sur la Passarge, qui en apparence était la même qu'à la fin de février, présentait réellement un effectif de 160,000 hommes.

Les euucmis débutèrent par une démonstration à Braunsbcrg, «près quoi ils débouchèrent en sept colonnes. La droite attaqua Bernadette ail pont de Spanden; le ceutre voulut enlever à Soult la position de Loroitten , mais la gauche entreprit une opération plus sérieuse. Benningsen la conduisit en personne ; les gardes et les réserves en faisaient partie. Elle tomba sur Ney à Guttstadt , manœuvrant pour tourner sa gauche à Wolfersilorf et le prévenir sur la Passarge.

Soult et Bernardotte furent victorieux, Ney se vit obligé de céder Iq terrain ; mais il eut la gloire de pénétrer les desseins de Beuningsep, de contenir les tètes de colonnes qui cherchaient à l'euvelopper, afin d'arriver avaut elles à Deppen sans être entamé. Il termina dignement cette belle retraite en passant la rivière avec un imperturbable sang-froid soua le feu d'une formidable artillerie.

Dcuuiugscu, qui a vait espéré surpreudre les trois maréchau*, déborder le 5 ro»j)s par sa gauche, l'enlever même, puis traverser la Passarge et couper en deux la ligne decantonnemens, Benningsen vit avec douleur ses projets déjoués; il ne douta point d'être lui-même assailli, et sur-le-champ il ordonna de battre en retraite.

En effet , aux premiers coups de feu, Napoléon avait appelé à lui Davout, Lannes, Mortier, la garde, la cavalerie, et dès le lendemain, Tar-

mée entière franchit la Passarge aux trois points que l'ennemi avait voulu forcer. Ce mouvement s'exécuta avec une rapidité inconnue aux troupes coalisées. On atteignit les arrière-gardes des Russes, on les empêcha de se déployer, on les resserra sur l'Aile où ils s'étaient eux-mêmes concentrés pour accabler Ney. On les chassa de la rive gauche, on enleva Guttsiadt, enfin on les déborda par leur droite, et on les coupa des corps de Lestocqqui se retira par Kœnigsberg , le long du Frisch-HafF.

Benningsen se hâta de rentrer dans ses relranchemens de Heilsberg, et l'armée française pressant sa marche, se rangea sous les murs de cette ville par la rive gauche de l'Aile.

Ainsi, Napoléon lit tourner contre son adversaire toutes les chances que celui-ci croyait s'être ménagées. A cheval sur la ligne de communications, il lui suffisait de l'empêcher de déboucher sur la rive gauche de l'Aile, pour êlre maître de le prévenir à Eylau et par suite à Kœnigsberg. Tel fut le but de la bataille de Heilsberg.;

Lavant-garde ennemie était en position en avant delà ville, et l'armée s'appuyait sur une suite de redoutes ou d'ouvrages palissades.

Murât et Soult engagèrent l'action au milieu du jour. Après six heures de vicissitudes, ils replièrent lavant-garde dans les retranchemens qu'ils abordèrent. Lan nés, à ce moment , survint et donna une nouvelle aelivité au combat qui se soutint indécis jusqu'à minuit. Les pertes furent grandes : 1 100 morts, 6 à 7000 blessés du côté des Français; 3ooo tués, 8 à 9000 blessés du côté de l'ennemi. Pendant la nuit, l'empereur fit entrer en ligne toutes ses forces , croyant à l'aube recevoir la bataille ; mais Benningsen resta d'abord immobile, et lorsqu'il vit les colonnes d'attaque se former, il évacua son camp pour se retirer par la rive droite de l'Aile à Bartenstein. C'était abandonner Kœnigsberg qui n'était plus couvert que par Lestocq. Murât, Davout, Soult y coururent par la route d'Eylau; Lannes et Mortier suivirent le cours de l'Aile. La garde, Ney et le r corps (commandé par Victor, remplaçant Bernadotte, qui avait été grièvement blessé à Spanden), s'échelonnèrent entre les deux autres colonnes.

L'Aile, à partir de Heilsberg, s'éloigne suivant un cours sinueux de Preussich-Eylau; mais à Friedland, un nouveau détour l'en rapproche, puis elle s'en écarte sans retour. Si donc, il restait à Benningsen une chance' pour ressaisir la route de Kœnigsberg et la disputer aux Français, c'était en passant le pont de Friedland. Il déboucha en effet par cette ville, animé de l'espoir de prendre par le flanc les colonnes de marche de la graude-armée et de les battre l'une après l'autre.

Napoléon , en apprenant que les Russes franchissaient l'Aile à Friedland, ne put réprimer un vif mouvement de joie : U brûlait de signaler

;îO* GUERRES DE LA REVOLUTION.

la fin de la campagne par un succès moins équivoque que celui d'Eylau, et son adversaire lui en offrait enfin l'occasion.

La petite ville de Friedland est bâtie sur la rive gauche de l'Aile, sur un monticule, resserré par les plis de cette rivière et par un vaste étang que forme le M uhienfliess. Après l'avoir traversé, les routes d'Eylau et de Kœnigsberg côtoient, l'une la rive gauche, l'autre la rive droite de l'étang. Lorsque Benningsen en prit possession, le 1 3 au soir, elle était occupée par un régiment de cavalerie légère qui se retira dans la direction d'Eylau. Le général russe sut qu'il faisait partie du corps de Lannes , et que le maréchal était à peu de distance. Il dut donc s'attendre à ne point se déployer sans trouble. Forcé de s'assurer sur les deux communications, il se mit en bataille : l'aile gauche à cheval sur la route d'Eylau, appuyant au Muhlenfliess et à la rivière, présentant un front de trois qunrts de lieue : l'aile droite et le centre de l'autre côté du ruisseau, sur un front d'un peu plus d'une lieue : les réserves à Friedland.

Pendant qu'il défilait, Lannes rangea son corps d'armée sur une chaîne de collines à deux lieues de la ville, appuyant sa droite à la route d'Eylau, et sa gauche à celle de Kœnigsberg. Lorsque les ennemis l'abordèrent, il fît assez bonne contenance pour garder ses positions jusqu'à l'arrivée des autres corps. Us accouraient, conduits par Napoléon. Mortier passa à la gauche de Lannes, Ney à sa droite. Victor et la garde restèrent en réserve entre Lannes et Ney.

A la vue des lignes des Russes, l'empereur jugea qu'ils étaient perdus. 11 s'écria : <r C'est aujourd'hui un jour heureux , c'est l'anniversaire de la bataille de Marengo. »

Il prescrivit à Lannes et Mortier de s'engager avec le centre et la droite ennemie assez sérieusement, pour les distraire de tout autre mouvement, et cepeudant de ne point les pousser trop vivement. C'est à Ney qu'est réserve l'honneur de porter le coup décisif. L'empereur le charge de culbuter la gauche de Benningsen, de la refouler entre l'étang et Friedland, de pénétrer dans la ville et d'enlever à l'armée russe son seul point de retraite. Ces ordres s'exécutèrent avec la même vigueur et la même précision qu'ils avaient été conçus. En moins de trois heures, l'armée russe disparut. La journée s'était consumée en apprêts : il était cinq heures du soir, lorsqu'une salve d'artillerie donna le signal de l'attaque.

Ney s'élance avec une force irrésistible; la cavalerie ennemie prétend l'arrêter en débordant sa droite; les dragons de Latour-Maubourg la chargent et la jettent dans la rivière. L'infanterie alors cède sur tous les points; on la pousse, on l'entasse sur les bords de l'étang, lorsque la garde impériale russe, cachée jusque-là par un pli du terrain, présente

tout-à-coup une nouvelle barrière. Mais Ney , soutenu par Dupont ( du i" corps), renverse tous les obstacles et perce jusque dans la ville au milieu d'un effroyable carnage. Il traverse ses rues en llammes; eutin, il se rend maître du pont qui est incendié.

Cependant, Mortier et Lannes poussaient pied à pied le centre et la droite des Russes, qui se rapprochaient de Friedland, croyant encore trouver le passage libre. Lorsque les troupes apprirent que la gauche était détruite et la ville occupée ^ elles se mirent dans le plus affreux désordre. Les uns, en cherchant à se frayer une route, se firent écraser ; d'autres se noyèrent; d'autres, se précipitant vers un gué qu'on leur indiqua, s'échappèrent en sacrifiant bagages et artillerie. Les Russes avaient donc aussi trouvé leur Iéna : ils s'enfuirent pêle-mêle jusqu'à Tilsitt , affaiblis de a5,ooo hommes. La perle des Français fut de i5oo morts et 4 à 5ooo blessés. Dans la même journée , le grand détachement de la gauche resserra dans Kœnigsberg Lcstocq, renforcé par Kamenskoi (a5,ooo). Ces généraux se mirent en défense; on les canonua le lendemain, et le 16 on sut, qu'à la nouvelle du désastre de Friedland , ils s'étaient retirés. Soult prit aussitôt possession de la ville. Trois jours après , la grandearmée était déployée sur le Niémen. De son côté, Massena avait poussé Essen jusqu'à Byalistock, et l'on était maître de porter la guerre au sein de l'empire russe, quand s'ouvrirent les négociations qui amenèrent le glorieux traité de Tilsitt.

Le blocus continental , les royaumes de Hollande, de Saxe, celui do Westphalie (formé au profit de Jérôme Napoléon, d'une partie des dépouilles de la Prusse, du Hanovre et de la Hcsse électorale ), furent reconnus. L'empereur reçut le titre de protecteur de la Confédération du Rhin, que la création du grand-duché de Varsovie étendit jusqu'aux frontières Russes.

La guerre avait duré neuf mois ; pendant ce court intervalle , l'empereur prenant pour point de départ Strasbourg, pour appuis la place de Forcheim sur la Rednitz et le fort de Kronach au-delà du Mein, avait tourné le Weser, première ligne de défense des états du nord. L'anéantissement de l'armée prussienne en deçà de l'Elbe, lui avait livré cette seconde ligne sur laquelle il s'était aussitôt affermi par l'occupation de Magdebourg et l'alliance de la Saxe. La terreur de ses armes avait fait tomber les places du Bas-Oder, et lui avait permis de tenter la conquête de celles du Haut-Oder (Silésie) avec un corps d'armée à peine suffisant, pour investir régulièrement l'une d'elles. Maître de Glogau , Stettin , Custrin, il n'avait point hésité à se porter vers la Vistule. Là, les fortifications de Thorn, Modlin et Praga lui avaient servi de base pour couvrir le siège de Dantzig , et après la prise de cette grande forteresse , il lui avait

suffi de quelques marches en avant pour détruire l'armée russe, con* quérir h Prusse orientale, enfin pousser jusqu'au Niémen qu'il pouvait franchir à son gré.

Ainsi les cinq premières barrières du théâtre de guerre du nord; défendues par des nations égales en organisation militaire, pourvues des mêmes moyens offensifs et défensifs, furent enlevées en moins de temps qu'il n'en eût fallu cent ans plus tôt pour réduire une place de premier ordre.

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