‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 39 sur 120 · OPERATIONS CONTRE LE PORTUGAL · texte numérisé non relu

OPERATIONS CONTRE LE PORTUGAL

Echec des Fronçais à Tuy (i5 février i8o<>). — Combat sur taTamega (6 mars). — Prise de Chavê* (11). — De Kraga (ao). — De Ouiraaraens (î6). — D'Ojwrto (îti). — Bataille de Medellio (18). — De Ciudad-Réal (37-38).-— Mouvement de Soult sur la ligne de retraite (premiers jours d'avril). — Prise d'Oporto par les Anglais (11 mai).— Combat d'Amarante (1 a).— Retraite des Français (du 1 3 au 18 mai) — I.cur arrivée à Ltigo (*3).

Les escadres britanniques n'avaient plus de point de contact avec la Catalogne ni la Galice. On résolut de leur enlever le littoral du Portugal et de faire perdre terre au resle des armées qui avaient fait capituler Junot.

Trois colonnes furent destinées à cette expédition : au nord Soult (a' et 8* corps, sous le nom de 1' corps), que Ney remplaça dans la Galice : au midi, Victor flanqué à gauche par le 4e corps, dont Sébastiani prit le commandement , et entre eux, la division Lapisse, forte de 10,000 hommes, qui dut déboucher par Zamora et Ciudad-Rodrigo.

Soult ouvrit la marche; il concenlra a5,ooo hommes sur le Minho, dont il voulait forcer le passage à Tuy. Les levées portugaises bordaient la frontière, commandées par les généraux Freire et Sylveira. Celui-ci défendait les défilés des montagnes, l'antre le chemin plus facile qui côtoie la mer. C'était ce dernier qu'on desirait aborder. On avait à grand'peine réuni dans un affluent du Minho quelques embarcations, et dans la nuit du 1 5 février, on entreprit de gagner la rive gauche; mais on ne put vaincre le courant et la marée, l'opération échoua et le maréchal.

dépourvu des moyens de la tenter une seconde fois, fut obligé de remonter jusqu'à Orense, pour trouver un pont et s'engager dans les chemins montueux qu'il avait cherché à éviter.

Ce contre-temps occasiona beaucoup de rctards.Dc nouveaux obstacles étaient survenus. La Romana, débarrasse de Ney,était descendu des Asturies et s'était jeté avec des nuées d'insurgés entre le Haut-Minho et la frontière du Portugal. La colonne française, avant de remplir sa mission, fut obligée de guerroyer encore en Galice. Après quelques manœuvres, elle atteignit près de la Tamcga les bandes îrrégulières qui se dispersèrent au premier choc. La Romana battit en retraite aussitôt pour retourner daus les Asturies, ou l'éloignemeut du 6' corps avait donné carrière à l'insurrection. Soult alors entra sans hésitation dans les défilés du Portugal, sa marche fut des plus pénibles, la population entière était soulevée. Les villages déserts ne présentaient aucune ressource, et l'armée, arrêtée à chaque pas par la nécessité de faire, des vivres, était sans relâche, harcelée sur ses flancs et sur ses derrières. Malheur aux traînards , aux hommes égarés! ils périssaient des plus cruels supplices, et la troupe entendait leurs cris sans pouvoir les secourir ni les venger. A Braga, à Guimaraens, l'ennemi voulut se mettre en ligue; il suffît de s'avancer l'arme au bras pour le culbuter; mais dans les rochers qui bordent la route, il reprit son avantage, et l'on ne mit pas moius.de quinze jours à franchir le court espace qui sépare Chavès d'Oporto.

Cette grande ville, peuplée de 70,000 âmes, avait fait les mêmes apprêts que Saragosse cl Valence. C'étaient des retranchemens, des barricades dans les rues, des canons en batterie et une milice exaspérée. Cependant, les redoutes furent forcées brusquement, la cavalerie se répandit dans les rues, sabrant, écrasant une foule de fuyards. L'épouvante saisit toute la population , qui se soumit après avoir subi les suites terribles d'un assaut.

Ce ne fut qu'une conquête stérile. Victor et par contre-coup Lapissc furent retenus en Espagne. Pendant que les 1" et 4" corps échangeaient leurs postes, l'armée d'Estramadure (22,000) commandée alors par le même Cuesta, qu'on avait vu d'abord à la tête de l'insurrection de Valladolid,sc porta jusqu'au Tagc, détruisit le pont d'Almaraz et prit position sur la rive gauche. Victor fut donc dans la nécessité de combattre pour se frayer la roule du Portugal et dégager son flanc droit. La seule chaussée voilurable traverse Almaraz dont il fallait avant tout rétablir le pont. On se mita l'œuvre et cependant deux colouùes (i3,ooo) tournèrent l'ennemi par le pout dcl'Arzobispo et le forcèrent à la retraite. Cuesta se replia au-delà de la Guadiana. Là, ayant reçu un renfort de 3 à 4000 hommes que le duc d'Albuquerque lui amenait d'Andalousie, il

revint sur ses pas pour offrir la bataille. Elle ne fut ni plus disputée, ni plus heureuse que les précédentes rencontres. Cuesta (a5 à a6,ooo) se rangea dans une plaine spacieuse qui s'étend entre le lit delà Guadiana et le bourg de Don Bcnito , la droite au fleuve , la gauche à un ravin. Les Français (trois divisions d'infanterie, deux de cavalerie(ai,ooo\ maîtres de Medellin se déployèrent parallèlement aux Espagnols ; mais ceux-ci ne formaient qu'une seule ligne sans réserve, et l'attaque ne disposa contre eux que d'une division d'infanterie flanquée par les deux corps de cavalerie; le reste se tint en seconde ligne. Cuesta avait su trouver le champ de bataille de Friedland; on marchait à lui en. débouchant d'une ville dont le pont était l'unique point de retraite. Mais Victor avait en sa faveur sa propre expérience et l'inhabileté de ses adversaires, il porta son effort contre leur gauche et api'ès deux heures de chances variées , il la rompit, la rejeta en désordre sur le centre qui , ainsi que la droite , était à ce moment fortement pressé. Alors, selon un écrivain espagnol, on vit tout-à-coup disparaître comme une rangée de cartes leurs longues et faibles lignes. L'armée entière se débanda; dans le désordre, elle ne put se rallier qu'aux confins de l'Estramadure et de l'Andalousie, affaiblie de plus de 10,000 hommes.

D'un autre côté, une seconde colonne ennemie, rassemblée au défile de Despena-Perros, commandée par. le comte de Carbajal, sous le nom d'armée de la Manche, s'était mise en marche pour le Tage. Elle se heurta à Ciudad-Réal contre Scbastiani qui la culbuta et la poursuivit jusqu'à la Sicrra-Morcna. Ces deux victoires assuraient l'opération du premier corps contre les armées actives; l'insurrection de l'Estramadure la fit échouer. Victor, concentré à Merida, fit sommer Badajoz d'ouvrir ses portes; la junte lui répondit avec fureur : toute la province se leva et le maréchal crut devoir donner à Lapisse l'ordre de le rejoindre. lorsqu'il l'eut rallié, il se disposa à tourner Badajoz et à pénétrer par les chemins que Junot avait précédemment frayés. Mais le temps s'était écoulé, l'on apprit que le a" corps avait évacué Porto et l'expédition fut abandonnée.

Soult, privé de l'appui des deux autres colonnes, eut sur les bras les forces anglaises et portugaises. La route qu'il avait si péniblement parcourue se referma derrière lui. Sylveira, se jetant dans les montagnes qui encaissent la Tamega , reprit Chavès, Braga, Guimaracns; et les Galiciens, insurgés de plus belle, assiégèrent Tuy. Les hostilités en Allemagne étaient flagrantes, et l'Angleterre redoublait d'effort* pour délivrer ia Péninsule pendant Fabscncc de Napoléon. Wellington avec de nouvelles troupes fut envoyé à Lisbonne. Enfin rien ne fut négligé pour exciter l'ardeur des populations du littoral.

Dans cette situation critique, l'espoir de la coopération de Victor pouvait seul retenir Soult à Oporto , mais au lieu de pousser en avant, il fallut d abord assurer la retraite. Deux divisions se détachèrent: Tune pour dégager Tuy, l'autre pour reprendre Chavès. La première gagna le Miuho par la route directe , dispersa les assiégeans et ramena au quartier général le grand parc d'artillerie qui, n'ayant pu s'engager dans les chemins des montagnes, était renfermé dans la place. La seconde , après plusieurs vicissitudes, fut contenue sur la Tamega et ne put dépasser Amarante.

Sur ces entrefaites, on apprit que Wellington (28,000) marchait sur Porto et Beresford vers la Tamega pour renforcer Sylveira. On se hâta de détruire le pont du Ducro, et l'on se disposa à soutenir le choc. Mais, dans la nuit du 11 au 1 1 mai, deux divisions anglaises surprirent le passage du fleuve au-dessus de la ville; d'autres rétablirent le pont; enfin le 1 1 au matin , Soult , assailli sur tous les points, fut obligé d'ordonner la < retraite. Il gagna Peûaficld avec l'intention de suivre la route d'Amarante et de Bragance. Là il sut que Beresford et Sylveira avaient opéré leur jonction , qu'ils avaient attaqué au pont d'Amarante, Loison qui se repliait sur le gros de l'armée et que le corps anglo-portugais remontait, à marches forcées, la Tamega pour occuper en masse le débouché de Chavès.

Ce fatal contre-temps, que l'hostilité de la contrée n'avait point permis de prévenir, mettait l'armée française dans le plus grand péril. Il était évident que Wellington allait la déborder par sa droite en même temps que Sylveira par sa gauche; et la nature ardue des localités pou vaii à chaque pas lui imposer la nécessité de déposer les armes. Soult la sauva par la promptitude et 1 a-propos de ses mesures. Il sacrifia sans hésitation, matériel, munitions, approvisionneurs , il se hâta de gagner Guimaraens, puis laissant à gauche Braga, où Wellington meuaeait de le devancer, il s'enfonça dans les montagnes, que creuse le Cavado. On atteignit au bout de deux jours Ruivaeus, embranchement «le la route de Chavès, où était posté Sylveira et d'une gorge profonde qui en côtoyant le lit du torrent , aboutit à Montalegre. L'armée entière se jeta dans ces sentiers étroits où deux hommes pouvaient à peine passer de front. A ses pieds le Cavado, gonflé par une pluie violente, roulait en mugissant; sur sa tête étaient suspendus des rochers d'où partait une fusillade incessante. Enfin , le chemin, déjà si pénible, était rompu de distance en distance par des ruisseaux qui débordaient de leurs lits escarpés. Soult surmonta tous ces obstacles , il parvint à dérober sa marche aux deux généraux ennemis et à toucher la frontière d'où il gagna Orense. Quelques hommes seulement furent enlevés à l'entrée du défilé du Ca-

m GUERRES DE LA REVOLUTION.

vado , la cavalerie conserva ses chevaux et la troupe ses armes. Cette retraite, bien différente de celle de Moore, est un des titres de gloire du maréchal. Serré , comme l'avait été le général anglais , entre deux armées supérieures en nombre , il les évita Tune et l'autre. Il passa sur le corps d'une population insurgée. 11 sut inspirer aux soldats assez de confiance pour leur faire supporter avec une constance admirable, la disette, la tempête et les difficultés d'une route où ils furent escortés d'un feu roulant, auquel ils ne pouvaient répondre.

Les Anglais ne dépassèrent pas la frontière , impatiens de se rabattre sur l'Estramadurc et d'opérer contre Victor. Soult arriva sans combattre sous les murs de Lugo qu'assiégeait La Romana. A son approche, les Espagnols s'éloignèrent, et l'armée prit en Gn quelque repos. Ncy était alors dans les Aslurics d'où il revint après les avoir pacifiées j il eut avec son collègue une entrevue où ils concertèrent leurs mouvemens. Le premier se chargea de déblayer la rive droite du Minho ; le second, de poursuivre sur la rive gauche La Romana qui s'était retiré à Orense. Soult manœuvra pendant près d'un mois et poussa son adversaire sur la frontière du Portugal, puis, attiré par les évènemens de l'intérieur, il lâcha prise pour gagner Bcnaventc et Zamora. Alors , Ncy, réduit à ses propres forces, ne put donner suite aux succès qu'il avait obtenus d'abord contre les Galiciens , il évacua la province , rappela les troupes des Asturies et se concentra dans le royaume de Léon.

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