OPÉRATIONS EH CATALOGNE
Prise de Rose* (5 décembre 1808). — Bataille deLlinas (16). — De Molins-del-Rey (11). — De Wnlls a S février 1809). — Investissement de Taragonc (fin de février).— Retraite de Sainl-Cyr (to mars).— Siège et prise de Gironc (d"avril au 10 décembre).
Saint-Cyr débuta par l'investissement de Roses, dont le port, servant de relâche à la marine anglaise, était le foyer de l'insurrection de la province. Il enleva la place après treize jours de tranchée ouverte, et se mit aussitôt en mesure de dégager Barcelone.
La Catalogne est, relativement à la défense des royaumes du midi, d'une importance décisive. Elle couvre la route de Valence qui, au-delà de l'Ebre , est d'un accès facile ; aussi les juntes avaient mis tous leurs soins à empêcher Duhesme de tenir la campagne. On avait renforcé les braves Somatens de troupes régulières, parmi lesquelles figuraient les divisions de Reding et de Goupigny, Tune et l'autre illustrées par leur victoire contre Dupont. Le général en chef Vivès, au moyen des intelligences qu'il avait conservées dans la ville et de l'appui des vaisseaux anglais, se flattait d'enlever Barcelone et de s'assurer ainsi la possession de toute la contrée. Il resserrait de plus en plus la place, couvert par des corps détachés sur les rivières qui se déversent dans la Méditerranée. Saint-Cyr osa percer jusqu'à lui en forçant, ou tournant les lignes de blocus qui se refermaient sur ses derrières. Vivès courut à sa rencontre. Enflammé de l'espoir de renouveler les merveilles de Baylen , il opposa une barrière de 20,000 baïonnettes aux i5 à 16,000 Français, poursuivis en queue par les corps qu'ils avaient cru pouvoir négliger.
On se heurta près de Llinas : Saint-Cyr prouva ce que peut la supériorité des manœuvres. Il défît complètement Vivès, lui passa sur le ventre et fit son entrée à Barcelone. Peu de jours après, il força à Molins-del- Rcy leLlobregat, qui défendait Reding, et il parcourut en vainqueur les vallées d'où étaient descendus les Somatens.
Reding prit le commandement en chef et se rallia sous le canon de Taragone; les Français, au nombre de 18,000, campèrent aux portes de Barcelone. On se tint d abord en observation , puis la résistance de Saragosse excita les Espagnols à marcher au secours de cette noble cité. 11 fallait avant tout écraser Saint-Cyr, on se porta contre lui en deux colonnes; mais loin de se laisser prévenir, il aborda lui-même lesassaillans à Walls, les surprit dans leur marche, rompit le premier corps (1 5,ooo) en deux parties, et poussant à Reding qui conduisait le second, il le mena battant jusqu'à Taragone dont il commença l'investissement.
Reding fut blessé et mourut; l'armée désorganisée , ne troubla point le siège, mais les guérillas se montrèrent si nombreuses sur les derrières du corps français, que le général en chef fut obligé de se retirer. Il se rapprocha de la frontière et se résolut à prendre Girone, pour établir avec la France une communication solide. Mais cette place à demi démantelée, le retint pendant sept mois. Elle ne céda qu'à la famine; ni les brèches, ni les assauts, ni l'incendie des maisons n'ébranlèrent la constance de ses défenseurs. Enfin l'armée active, commandée parBlake, ayant vainement tenté de leur porter secours, ils capitulèrent après avoir épuise leurs derniers approvisionnemens, leurs dernières munitions.
OPÉRATIONS EN ÀRAGOI*.
Siège de Saragosse (3o décembre 1808 an ao f «Trier 180g).— Capitulation (ao férricr). — Comba (s d'Alcaniz (10 juin).— De Maria (1 5).— De Belcbite (18).
Après la bataille de Tudcla, le 3° corps renforcé plus tard par le 5', assiégea Saragosse. Lan nés étant éloigné de l'armée par une maladie, Moncey commença les opérations. Il reconnut l'impossibilité d'enlever la ville , et il ouvrit la tranchée dans la nuit du 29 au 3o décembre.
Saragosse était alors peuplé de 5o à 60,000 âmes. L'Èbre le sépare d'un faubourg qui communique avec lui par un pont de pierre. Un mur d'enceinte, une mauvaise citadelle, des rues étroites et sinueuses étaient ses moyens matériels de défense. Mais de tant de cités oit les vieux souvenirs sont encore vivans , c'était celle où les traditions de l'antique honneur national et des anciennes libertés avaient conservé le plus d'empire. C'était celle où l'insurrection s'était organisée avec le plus d'énergie, et les succès obtenus naguère contre Desnouettes et Verdier avaient exalté les âmes jusqu'à l'héroïsme.
3o,ooo hommes en état de porter les armes s'étaient renfermés dans la place; les Anglais les avaient abondamment approvisionnés, et, durant l'intervalle entre les deux sièges, on avait élevé des batteries, des retranchemens, des redoutes; on avait muré les rez-de-chaussées, percé de meurtrières les autres étages , on avait ménagé entre les maisons des communications.
Moncey fut remplacé le 1 ' janvier par Junot qui, au bout de quinze jours , poussa les tranchées jusqu'au mur que baigne l'Ebre. Il les étendit ensuite le long de l'enceinte; il dressa les batteries de brèche qui ouvri-
rcnt leur feu, tandis que les mortiers couvraient la ville d'une grêle de bombes. Les babilans se réfugièrent dans des souterrains où une horrible contagion les atteignit.
Sur ces entrefaites, Lannes reprit le commandement et ne tarda pas à ordonner l'assaut. (27 janvier). On pénétra dans la ville; mais rien n'était fait : un feu terrible partant de tous les édifices, arrêta les vainqueurs. Il faHut disputer chaque maison, chaque étage, chaque chambre; il fallut, à l'aide de la mine, ouvrir un chemin à travers les décombres. Lannes recula devant celte lutte meurtrière, il reporta J'attaque sur d'autres points, il enleva le faubourg, et maître de la rive gauche, il mit en batterie cinquante pièces qui commencèrent à détruire les maisons de la rive droite, où Ton gagnait en même temps du terrain par les premières brèches. On se mit ainsi en possession du quart de la ville; ce fut alors que la junte offrit de se rendre. La capitulation fut signée le 20 février, le siège avait duré soixante-deux jours. Le feuf l'épidémie avaient dévoré 3o,ooo Espagnols; 8,000 Français avaient péri.
La sublime constance de Saragosse frappa d'admiration tout le peuple espagnol, et les juntes ne renoncèrent pas à disputer aux Français leur sanglante conquête. Lorsque le 5e corps se fut éloigné pour prendre en Castille des cantonnemens, d'où il se porta en Estramadure, Blake partit de Tortose à la tête de 40,000 hommes pour disputer Saragosse au 3* corps, qu'on venait de mettre sous les ordres de Suchet. Les Espagnols, vainqueurs à Alcaniz, poussèrent jusqu'à la Guerva; mais ils furent défaits à Maria, à Belchite, et se retirèrent les uns en Catalogne, les autres à Valence. Suchet resta maître de l'Aragon.
m GUERRES DE LA REVOLUTION.